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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).
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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 23:01
Jules Janin, L'Ane mort – Pauvre Charlot ! malheureuse Henriette !

Jules Janin, L'Ane mort, Bibliothèque Marabout, illustrations de Tony Johannot, préface de Tristan Maya, 1974

Jules Janin, L'Ane mort – Pauvre Charlot ! malheureuse Henriette !
Jules Janin, L'Ane mort – Pauvre Charlot ! malheureuse Henriette !

Jules Gabriel Janin est né le 24 décembre 1804 à Saint-Étienne. Après de belles études dans sa ville natale et au lycée Louis-le-Grand à Paris, il devient saute-ruisseau chez un avoué, puis journaliste à la Revue de Paris et au Journal des Enfants (publications dont il est l'un des fondateurs), à la Revue des Deux Mondes, au Figaro et à la Quotidienne. En 1827, il publie L’Ane mort et la femme guillotinée – il est tranché par la critique. Longtemps malheureux candidat à l'Académie Française, il est reçu le 7 avril 1870, au fauteuil de Sainte-Beuve.

L'immortel est décédé à Paris le 19 Juin 1874.

 

Dans la lignée gothique d'Horace Walpole (Le Château d'Otrante, 1764), de Clara Reeve (Le vieux Baron anglais, 1777), dans la vague en vogue du « roman noir », d'Ann Radcliffe (Le Roman de la Forêt, 1791 ; Les Mystères d'Udolphe, 1794 ; L'Italien ou le Confessionnal des pénitents noirs, 1797 > à venir, prochainement sur cet écran) – sans oublier le sulfureux Donatien Alphonse François de Sade (Justine ou les Malheurs de la vertu, 1791) –, dans le sillage du merveilleux allant avec la terreur – Matthew Gregory Lewis (Le Moine, 1795 – raconté par Antonin Artaud en 1931), Charles-Robert Mathurin (Melmoth ou l'Homme errant, 1820) –, L'Ane mort s'inscrit comme une parodie de la frénésie noire s'achevant en œuvre romantique.

 

Commençons à la Barrière du Combat.

 

[…]

Hélas ! nous n'avons pas encore le cirque où les hommes se dévorent entre eux, comme dans le cirque des Romains, mais nous avons déjà la Barrière du Combat :

Une enceinte pauvre et délabrée, de grosses portes grossières et une vaste cour garnie de molosses jeunes et vieux, les yeux rouges, la bouche écumante, de cette écume blanchâtre qui descend lentement à travers les lèvres livides. Surtout, parmi les hôtes dramatiques de cette basse-cour, il y en avait un qui faisait silence dans son coin. C'était une horrible bête fauve, – un géant hérissé ! mais l'âge et la bataille lui avaient dégarni les mâchoires; vous eussiez dit le frère aîné de quelque sultan retranché du nombre des hommes, ou bien un ancien roi des Francs à la tête rasée. Ce dogue émérite était affreux à voir, aussi affreux que Bajazet dans sa cage, avec quelque chose du cardinal de la Balue dans la sienne ; fier et bas, impuissant et hargneux, colère et rampant, aussi prêt à vous lécher qu'à vous mordre: le digne comédien d'un pareil théâtre. Dans un coin de ces coulisses infectes, de vieux morceaux de cheval, des crânes à demi rongés, des cuisses saignantes, des entrailles déchirées, des morceaux de foie réservés aux chiennes en gésine. Ces affreux débris arrivaient en droite ligne de Montfaucon : c'est à Montfaucon que se rendent, pour y mourir, tous les coursiers de Paris. Ils arrivent attachés à la queue l'un de l'autre, tristes, maigres, vieux, faibles, épuisés de travail et de coups. Quand ils ont dépassé la porte et la cabane de la vieille châtelaine, qui, l'œil fixé sur les victimes, les voit défiler avec ce sourire ridé de vieille femme qui épouvanterait un mort, ils se placent au milieu de la cour, vis-à-vis d'une mare violette dans laquelle nage un sang coagulé ; alors le massacre commence : un homme armé d'un couteau, les bras nus, les frappe l'un après l'autre: ils tombent en silence, ils meurent ; et, quand tout est fini, tout se vend de ces cadavres, le cuir, le crin, le sabot, les vers pour les faisans du roi, et la chair pour les comédiens dévorants de la Barrière du Combat.

J'étais donc à la Barrière du Combat, à l'entrée du théâtre, un jour de relâche, pour mon malheur. Les aboiements des chiens avaient attiré le directeur du chenil ; un petit homme sec et maigre, des cheveux roux et rares, de l'importance dans toute sa personne, un ton solennel de commandement et en même temps plusieurs rides obséquieuses, un genou très-souple, une épine dorsale raisonnablement voûtée, un juste et agréable milieu entre le commissaire royal et l'ouvreuse de loges. Cependant cet homme fut très-poli à mon égard. – Je ne puis vous montrer aujourd'hui toute la compagnie, me dit-il; mon ours blanc est malade, l'autre se repose; mon boule-dogue nous dévorerait tous les deux; on est en ce moment occupé à traire mon taureau sauvage ; mais, cependant, je puis vous faire dévorer un âne si le cœur vous en dit. – Va donc pour l'âne à dévorer, dis-je à l'imprésario, et du même pas j'entrai dans l'enceinte silencieuse, moi tout seul, tout comme si on eût joué Athalie ou Rodogune.

[…]

Cependant une porte s'ouvrit lentement, et je vis entrer...

Un pauvre âne !

Il avait été fier et robuste; il était triste, infirme, et ne se tenait plus que sur trois pieds ; le pied gauche de devant avait été cassé par un tilbury de louage ; c'était tout au plus si l'animal avait pu se traîner jusqu'à cette arène.

Je vous assure que c'était un lamentable spectacle. Le malheureux âne commença d'abord par chercher l'équilibre ; il fit un pas, puis un autre pas, puis il avança autant que possible sa jambe droite de devant, puis il baissa la tête, prêt à tout. Au même instant quatre dogues affreux s'élancent ; ils s'approchent, ils reculent et enfin ils hésitent; ils s'enhardissent, ils se jettent sur le pauvre animal. La résistance était impossible, l'âne ne pouvait que mourir. Ils déchirent son corps en lambeaux ; ils le percent de leurs dents aiguës ; l'honorable athlète reste calme et tranquille : pas une ruade, car il serait tombé, et, comme Marc-Aurèle, il voulait mourir debout. Bientôt le sang coule, le patient verse des larmes, ses poumons s'entre-choquent avec un bruit sourd ; et j'étais seul ! Enfin l'âne tombe sous leurs dents; alors, misérable ! je jetai un cri perçant: dans ce héros vaincu je venais de reconnaître un ami !

[...]

C'était Charlot !

[...]

Pauvre Charlot ! malheureuse Henriette ! moi cependant qui les ai perdus l'un et l'autre, je suis encore le plus à plaindre des trois !

 

Oui, il en fait toujours un peu trop, on peut rêver...

 

[...]

Vienne le 2 mai, et de cela il y aura deux ans, j'étais sur la route de Vanves, montagne pelée, à la portée de Paris ; campagnes équivoques, à l'usage des blanchisseuses, des meuniers, des romanciers en plein vent et de tous les poètes ordinaires du Pont-Neuf. J'étais, ce jour-là, tout entier au bonheur de vivre, de respirer, d'être jeune, de sentir un air pur et chaud circuler autour de moi, admirant comme un enfant la moindre fleur qui s'épanouissait lentement, restant des quarts d'heure entiers à voir tourner les jolis moulins à vent avec une gravité magistrale. Tout à coup, justement à l'encoignure de cette route si mal tenue, si étroite, si rocailleuse, et pourtant si aimée, qui conduit à la taverne du Bon Lapin, j'aperçus une jeune fille sur un âne qui l'emportait et qui s'emportait. O le ravissant spectacle ! j'y serai toute ma vie. La jeune enfant était rose, animée, assez grande, à la gorge naissante, mais qui déjà battait aux champs; dans sa terreur, elle avait perdu son chapeau de paille, ses cheveux étaient en désordre, et elle criait avec une bonne voix : Arrête ! Arrête ! Mais le maudit âne allait toujours, et moi je le laissais courir. La jeune fille, pour être un peu effrayée, n'était pas en grand danger. J'étais si heureux de la savoir à ma merci ! Pour la secourir, il n'y avait là que moi, le hasard et mon chien. A la fin je crie à Roustan : Arrête, Roustan ! Aussitôt Roustan s'élance droit à l'âne ; l'âne s'arrête brusquement, la jeune fille tombe, nous poussons un cri, je cours à elle, elle est à moi, l'âne s'enfuit à travers champs.

[…]

Et comme elle courait, et s'arrêtait ; comme elle était bien assise sur le gazon, et comme elle s'est relevée d'un seul bond ! Et comme elle appelait : Charlot ! Charlot ! Et d'ailleurs, ne suis-je pas monté sur son âne ? Ne me suis-je pas assis à la même place qu'elle ? Elle ne m'a pas vu, mais qu'importe ? j'ai couvert ma tête de son chapeau de paille, j'ai passé sous mon menton le ruban qui avait touché le sien ; j'ai été penché sur elle quand elle embrassait Charlot, et ce tendre baiser, c'est presque moi qui l'ai reçu ! Ainsi pensant et méditant, je regagnai le bienveillant cabaret du Bon Lapin, tout entier à mon bonheur de la matinée.

[…]

En vain, depuis ce jour et dès que je fus un peu remis de mon aventure, je repris mes lentes promenades autour de Vanves et du Bon Lapin ; en vain j'allai souvent m'asseoir au pied du buisson en fleurs qui la vit tomber ; je rencontrai, chemin faisant, plus d'un âne et plus d'une jeune fille ; hélas ! ce n'était ni Henriette, ni Charlot.

 

Ce tendre baiser annonce celui volé à la guillotine. Charlot est le nom que l'on donnait à l'époque aux bourreaux.

 

[…]

La nouvelle poésie envahissait tous les esprits ; je ne sais quel reflet ténébreux d'une passion à la Werther me saisit, moi aussi, tout à coup, mais je ne fus plus le même jeune homme. Jadis gai, jovial et dispos; à présent triste, morose, ennuyé ; naguère, l'ami de la joie, des gros éclats de rire et d'une délirante chanson bachique, lorsque, les deux coudes sur la table, on se presse, sans y songer, à côté d'une taille féminine artistement rebondie, et que du pied droit on presse furtivement un petit pied qui s'en aperçoit à peine.

[…]

La vérité ! la vérité ! ne sortez pas de la vérité, mes amis, quand vous devriez en mourir. En effet, qu'est-ce qu'un berger, dans la vie réelle ? un malheureux en haillons et mourant de faim, qui gagne cinq sous à conduire quelques brebis galeuses sur le pavé des grandes routes. Qu'est-ce qu'une bergère véritable ? un gros morceau de chair mal taillée, qui a le visage roux, les mains rouges, les cheveux gras, qui sent l'ail et le lait rance. Oui, certes, Théocrite et Virgile ont menti. Que nous parlent-ils de laboureurs ! Le laboureur n'est qu'un marchand comme un autre marchand, qui spécule sur le bétail comme l'épicier spécule sur le sucre et la cannelle. Du courage donc ! et puisqu'il le faut, donnons le baiser de paix à cette nature dépouillée, que nous avons eu les premiers l'honneur de découvrir.

 

Le malheureux retrouve Henriette, il la suit jusqu'à la Morgue : là, Henriette reconnaît un de ses jeunes amants qui s'est suicidé pour elle. Un inconnu propose de le faire revivre le soir même, chez lui.

 

[…]

Quand tout fut préparé, on plaça le cadavre du noyé sur la table, on rapprocha du tronc le membre qui lui manquait, et l'art se mit à opérer.

Le cadavre s'agita, les deux mâchoires s'entre-choquèrent, la cuisse brisée retomba lourdement sur le parquet ; à ce choc mou et flasque, le piano rendit un son plaintif, et tout fut dit !

[…]

Nous pensâmes renverser, sur l'escalier, un valet de la maison qui portait une jatte de punch enflammé.

 

[…]

Mais, hélas ! malgré tous mes efforts, je revenais bientôt à mon étude favorite : le vrai dans l'horrible, l'horrible dans le vrai.

 

[…]

Et vous fûtes pendu, mon brave ?

Je fus pendu le lendemain, honneur rendu à mon courage et à ma renommée. Quelques heures suffirent pour élever le gibet et pour appeler un bourreau. Le matin on vint me prendre, on me fit sortir de mon cachot, et à la dernière grille je trouvai des pénitents blancs, des pénitents noirs, gris, chaussés, pieds nus ; ils tenaient à la main une torche allumée ; leur tête était couverte d'un san benito qui lançait une flamme sinistre ; vous les eussiez pris pour autant de fantômes ; devant moi, quatre prêtres, murmurant les prières des morts, portaient une bière ; je marchai bravement à la potence.

[…]

Je m'avançai sans trembler au pied de l'échelle, et j'allais me livrer tout à fait, lorsqu'un dernier coup d'œil jeté sur mon cercueil me fit reculer de deux pas : – Ce cercueil n'est pas assez grand pour contenir tout mon corps, m'écriai-je ; on ne me pendra pas si je n'en vois arriver un autre de ma taille. Et je pris un air si résolu que le chef des sbires s'approchant : – Mon cher fils, me dit-il, assurément vous auriez raison de vous plaindre si ce coffre devait vous contenir tout entier ; mais, comme vous êtes très-connu dans le pays, nous avons décidé, quand vous serez mort, de vous faire couper la tête et de l'exposer au point le plus élevé de nos remparts.

La raison était sans réplique. Je montai à l'échelle ; en un clin d'œil je fus sur le haut de la potence ; la vue était admirable. Le bourreau était novice, de sorte que j'eus le temps de contempler tout à l'aise cette foule qui pleurait sur moi.

[…]

Cependant, en attendant l'exécuteur, je me promenais sur la potence, au-dessus du précipice ; un léger zéphyr agitait doucement la corde fatale. – Tu vas te tuer ! criait le bourreau ; attends-moi. Il arriva enfin au sommet de l'échelle ; mais il avait le vertige, ses jambes tremblaient ; cette cascade au-dessous de lui, cet éclatant soleil au-dessus de sa tête, tous ces regards de pitié pour moi et de haine pour lui, toutes ces causes réunies troublaient ce malheureux jusqu'au fond de l'âme. Enfin, et d'une main tremblante, il me mit la corde au cou, il me poussa dans l'abîme ; il tenta d'appuyer son ignoble pied sur mes épaules ; mais ces épaules sont fermes et fortes, un pied d'homme n'y peut laisser d'empreinte ; celui de mon bourreau glissa, le choc fut violent ; d'abord il s'arrêta au bout de la potence avec ses deux mains, puis une de ses mains faiblit, et l'instant d'après il tomba lourdement dans la fondrière, et il fut emporté par les flots.

Tel fut le récit du pendu.

 

L'histoire du pendu est si plaisante à raconter en société qu'elle plaide en faveur de la peine de mort. Un jour, un vénérable musulman intervient :

 

Je veux bien croire, nous dit-il, que cet Italien a été pendu, puisque moi-même j'ai été empalé !

A ces mots, il se fit tout à coup un grand silence ; les hommes se rapprochèrent du narrateur ; les dames, oubliant leur aiguille, prêtèrent une oreille attentive. Vous avez peut-être remarqué des femmes en groupe, écoutant un récit qui les intéresse; alors vous avez souvent admiré cette physionomie qui s'anime, cet œil qui s'ouvre de toute sa grandeur, ce sein qui s'arrête tout court, ce joli cou qui se dresse comme le cou du cygne, et ces deux mains oisives qui retombent nonchalamment : voilà ce que j'admirais moi tout seul, en attendant qu'il plût au Turc de commencer.

 

Le bourreau a chu, comme celui du gibet. Un jeune homme apporte son récit au débat sur la mort, infligée ou consentie : il s'est noyé – par rêverie ou désœuvrement. Pendant ce temps, Henriette...

 

Henriette est tombée dans le vice ! Demi-mondaine, puis grisette, enfin fille de joie, elle est devenue meurtrière d'un client par trop pervers : Henriette est sauvée par un crime.

Jugée, condamnée, enfermée dans un cachot, elle accorde encore ses faveurs à un geôlier hideux. Un marché : on suspend l'exécution d'une femme enceinte pendant neuf mois. La mort, la vie, l'amour, la mort...

 

Un baiser volé à la mort : un nouvel épisode à la Charlot.

 

Au fond de la cour, une main habile et capricieuse avait dessiné un petit jardin tout parfumé par de beaux lilas à demi épanouis ; au-dessus du toit, pointait, en roucoulant, un joli pigeonnier recouvert en tuiles rouges ; sur le bord de la planche toute neuve, un beau pigeon au cou changeant, au plumage doré, se promenait fièrement au soleil, battant de l'aile sa coquette et blanche amoureuse ; il y avait autour de cette jolie maison tant de propreté, de bien-être et de bonne grâce, que je ne pus résister au désir d'y jeter au moins un coup d'œil. J'entrai dans la cour, et après avoir respiré de plus près l'odeur de ces lilas embaumés, j'allais continuer ma promenade, quand, au rez-de-chaussée et au milieu d'une vaste salle, j'aperçus, à moitié construite, une large machine. Cette machine étrange se composait d'une longue estrade en bois de chêne ; une légère barrière l'entourait de deux côtés ; sur le derrière s'appuyait un escalier ; sur le devant s'élevaient deux larges poutres menaçantes; chacune de ces poutres avait une rainure au milieu ; tout au bas de la machine, l'estrade se terminait brusquement par une planche taillée au milieu en forme de collier ; cette planche était mobile ; on voyait pourtant que l'ouvrage était bien près d'être achevé : un jeune homme beau, riant, vigoureux, bien fait, frappait en chantant et de toutes ses forces sur les ais mal joints, ajoutant à son œuvre une dernière cheville ; sur le dernier échelon de l'escalier on voyait une bouteille presque vide et un verre à moitié plein ; de temps à autre le jeune homme se mettait à boire à petits traits, après quoi, il revenait à son ouvrage et à son gai refrain.

 

Un enfant de la Salpêtrière apporte le fruit de son travail : une corde de chanvre.

 

Arriva à la fin une fille belle et fraîche, naïve et curieuse ; après le premier bonjour à son amant, elle s'occupa, tout comme moi, de la machine. Je n'entendais pas un mot de la conversation, mais elle devait être vive et intéressante. A la fin, le jeune homme, à bout sans doute de toutes ses explications, fit un signe à la jeune fille comme pour l'engager à jouer son rôle sur ce théâtre ; d'abord elle ne voulut pas ; puis elle se fit prier moins fort ; puis elle consentit tout à fait : alors son fiancé, prenant un air grave et sérieux, lui attacha les mains derrière le dos avec la corde de l'enfant ; il la soutint pendant qu'elle montait sur l'estrade ; montée sur l'estrade, il l'attacha sur la planche mobile, de sorte qu'une extrémité de ce bois funeste touchait à la poitrine, pendant que les pieds étaient fixés à l'autre extrémité ! je commençais à comprendre cet horrible mécanisme ! J'avais peur de le comprendre, quand tout à coup la planche s'abaisse lentement entre les deux poutres ; tout à coup aussi, et d'un seul bond, le jeune charpentier est par terre, ses deux mains entourent le cou de sa maîtresse ainsi garrottée ; lui cependant, jovial exécuteur de la sentence qu'il a portée, il passe sa tête et ses deux lèvres brûlantes sous cette tête ainsi penchée. La victime rose et rieuse avait beau vouloir se défendre, pas un mouvement ne lui était permis.

Jules Janin, L'Ane mort – Pauvre Charlot ! malheureuse Henriette !

Eh bien ! ce fut seulement au second baiser que le jeune homme donna à sa maîtresse, que je compris tout à fait à quoi cette machine pouvait servir.

[...]

Viens, mon ami, dis-je à Sylvio avec le sourire d'un insensé ; viens voir cette machine sur laquelle ces deux bons jeunes gens prennent leurs ébats amoureux, comme font sur cette planche polie les pigeons du colombier. Crois-tu donc que sur ce parquet tout uni, entre ces deux poutres de sapin si odorantes et si blanches, sur ce théâtre innocent de tant d'amour, puisse jamais se passer une horrible scène de meurtre ? que dis-je ? le plus horrible des crimes, un meurtre de sang-froid, un meurtre accompli à la face de Dieu et des hommes !

[...]

[Sylvio] Malheureux ! à présent que tu as accoutumé ta vue aux éblouissements turbulents du paradoxe, j'ai bien peur que tu ne puisses soutenir une lumière plus pure et plus calme. Cependant je t'ai suivi tout ce matin pour te faire part de l'histoire d'un agonisant, écrite par lui-même.

 

Suivent les neuf pages du dernier jour d'un condamné.

Tous mes souvenirs cessent à la vue de l'échafaud et de la rue.

Entre la vision et le couperet, le malheureux finit sa rédaction – délicate tâche quand on a les mains liées derrière le dos.

 

Et Henriette, dans tout ça ? On a porté sa dépouille tranchée à Clamart, un cimetière, si l'on veut ; c'est un morceau de terre dans lequel on fait semblant d'enterrer quelque chose ; le prêtre ne l'a pas béni. Pour tout monument funèbre, on a élevé à Clamart un amphithéâtre de dissection.

Dans la nuit, son cadavre est volé, pour la science.

Adieu, Henriette, adieu la fille de joie, mon cher et innocent amour !

 

Tout cela peut paraître bien mélo, funèbre, et pourtant ce n'est pas triste.

L'humour, noir comme il se doit, est présent à chaque scène – quelques phrases sont mises en relief dans les extraits cités.

L'écriture se présente comme une fugue, avec ses variations en reprise : la destinée du pauvre âne, massacré, dévoré, annonce celle d'Henriette, déchue, tranchée, disparue ; le pendu, l'empalé, le noyé sont vivants – leurs bourreaux n'ayant pas survécu à l'exécution manquée (le noyé est son propre bourreau volontaire : cette part suicidaire a sombré dans l'eau) ; le condamné à mort prend le temps d'écrire lui-même son dernier jour – comme Henriette s'accorde neuf mois de sursis.

Jules Janin cultive le paradoxe : il a horreur de l'horreur, mais il finit par succomber à ses charmes dans un humour grinçant.

« L'humour est quelque chose de profondément sérieux à base de tendresse humaine. »

Francis de Miomandre, à propos de son Don Quichotte – cité par Tristan Maya dans l'édition donnée en tête.

Pourtant, le contexte social n'est pas teinté de fantaisie : L'Ane mort est également la chronique d'une époque, ses misères, Paris et ses mystères, les quartiers de la Barrière du Combat, des Capucins, de la Bourbe, de Clamart, du Lupanar, de La Salpêtrière, de la Morgue...

 

Boby Lapointe, Sentimental bourreau

Jules Janin, L'Ane mort – Pauvre Charlot ! malheureuse Henriette !

La Grande Braderie de l'été vous propose de découvrir des chefs-d’œuvres injustement méconnus.

 

« La réimpression d'ouvrages distingués ou supérieurs, méconnus ou tombés dans l'oubli pour toutes ces causes (si souvent incompréhensibles) qui décident de la fortune des livres, ne devient-elle pas la ressource de la Curiosité littéraire, quand la littérature, chaque jour déclinant davantage, est, comme tant de choses, peut-être au moment de périr ? »

Jules Barbey d'Aurevilly

 

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Les contributions seront mises en lien au fur et à mesure.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 23:01

♪♫♪ Ole ole ole ola ♪♫♪

 

C'est l'été, les radios diffusent leurs tubes. Et les blogs également grâce au blogueur lolobobo qui a lancé la radio des blogueurs, une chaîne de blogs.

 

Lou a été nominé par Des Pas Perdus.

La radio des blogueurs – Rev. Tom Frost, Bloody Works, 2013

 

Rev. Tom Frost, Burn Down Your House, in album Bloody Works, STGW Records, 2013

 

G.T., le Prince du Rock-Art, et Mr Kiki du Kikimundo voudront-ils prendre le relais ?

 

Voyageons !

 

Rev. Tom Frost, Gotta Travel On, in album Bloody Works, 2013

 

* * *

 

La règle du jeu est très simple :

_ vous donnez le mode d'emploi ;

_ vous dites qui vous a conduit là ;

_ vous apportez votre air et vous désignez une ou plusieurs victimes pour suivre.

 

Bien sûr vous prévenez vos élus et vous faites connaître votre apport à Lou et à lolobobo.

 

Tous les genres musicaux (hors top ten de l'été) sont bienvenus.

 

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de maintenant
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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 23:01
La Grande Braderie de l'été – Eugène Mouton, L'Invalide à la tête de bois

Eugène Mouton, L'Invalide à la tête de bois (1857), Bibliothèque Marabout, 1975

La Grande Braderie de l'été – Eugène Mouton, L'Invalide à la tête de bois

Eugène Mouton, alias Mérinos, né le 13 avril 1823 à Marseille, mort le 8 juin 1902 à Paris, est un magistrat et écrivain français.

Dans sa nouvelle La fin du Monde (1872), il imagine le réchauffement de la planète, dû à l'industrialisation, et la disparition de l'espèce humaine.

 

Histoire de l'invalide à la tête de bois

 

Ce n'est pas à moi qu'il faut dire que l'Invalide à la Tête de Bois n'a jamais existé, et par une bonne raison : c'est que c'était mon camarade de régiment et que nous avons brossé les Turcs ensemble.

Vous me direz que je cherche à vous faire accroire : il n'y a que les conscrits qui ne croient à rien. Je vous donne ma parole d'honneur que c'est très vrai !

Ainsi !

Donc, quand je le vis arriver au régiment, il avait vingt ans. C'était un beau soldat, grand, gros, un fort homme comme moi. Il faisait son service comme tout le monde, ni mieux ni pis. Je ne suis pas homme à vous dire une chose pour l'autre, moi.

Il s'appelait Dubois et il était picard. Pas moyen de s'ennuyer avec lui : il nous faisait

crever de rire par ses farces. Mais dame ! il n'était pas Picard pour rien : au moindre mot il prenait la mouche et dégainait. Le servent lui disait toujours :

Dubois, tu te feras casser la tête avec tes manières !

Eh bien ! si on me la casse, je m'en ferai faire une de bois, qu'il disait.

On ne fit pas attention à ce propos-là sur le moment : et j'ai toujours eu l'idée, depuis, que c'est ce qui est cause qu'il a eu une tête de bois.

Nous entrons en campagne.

A la première bataille il eut le nez emporté d'un coup de sabre en sauvant son colonel, à qui un brutal de Turc voulait faire violence à la faveur du tumulte de la mêlée. Le colonel, reconnaissant de ce dévouement, le fit soigner dans sa tente el lui paya un nez d'argent peint en couleur de chair.

Dubois, trop orgueilleux de cette faveur, cessa d'être bon enfant. Il se moquait de ceux qui n'avaient qu'un « nez de viande », comme il disait, ajoutant que « c'était bon pour des clampins, des feignants el des propres à rien ».

Ce langage insultant déplut : une nuit, pendant qu'il dormait, on gratta la couleur de son nez, qu'on passa ensuite au rouge d'Angleterre, si bien qu'il brillait comme un pommeau de sabre. Au point du jour, on se réveilla en sursaut pour recevoir l'ennemi, qui venait de l'orient. Dubois saute à bas du lit, met son nez sans y regarder et s'élance aux relranchements. Ce nez, étincelant aux premiers rayons de l'astre du jour, attira l'attention du général ennemi, qui lui fit envoyer une balle forcée : la balle toucha et Dubois eut l’œil gauche crevé.

En échange de son œil Dubois eut la croix et les galons de sergent. Alors il se mit à apprendre à lire et à écrire, dans l'espoir de se faire nommer colonel à la première affaire : il ne prenait pas garde que son nez donnait à sa voix un son métallique désagréable qui devait lui interdire tout espoir d'avancement.

Vint une autre bataille plus furieuse que les deux autres. Ce jour-là Dubois fil merveilles cl combattit comme un César, mais la fortune le trahit encore une fois.

Il venait de prendre à lui tout seul «ne batterie à cheval de douze canons de quarante-huil, lorsqu'il eut la sotte idée de regarder dans un des canons pour voir s'il y avait beaucoup de mitraille dedans. Un artilleur ennemi, profilant de son imprudence, s'avança à pas de loup sur son cheval, mit le feu à la pièce, et le coup partit.

Au bruit de l'explosion, Dubois, que sa présence d'esprit n'abandonnait jamais, fit un mouvement pour se retirer, mais il était trop lard : la mitraille lui emporta presque toute la tête avec son nez d'argent, sauf son bon œil et une dent devant.

 

On le croit mort, on l'enterre, on pleure tant et si bien sur sa tombe que les larmes l'inondent – or, il avait horreur de l'eau. Il se réveille, on le confie à un chirurgien pour l'amputation, puis à un sculpteur pour façonner la bille. De bois. D'un vieux sapin de la Forêt-Noire.

Dubois, nasillard au temps de son nez d'argent, prend maintenant un fort accent allemand. L'artiste lui a donné un nez camard et une bouche en cul-de-poule, et voilà Dubois qui se met à parler :

Ponchour, més gônmrates ! Gôment fus bordez-fus ?

Il cultive les facéties, jusqu'au delà de l'océan, revient en France et en triomphe, se met à la pêche. Il capture, fou de joie, un soulier qu'il prend pour une carpe. Cet excès de joie l'achève : il était trop bête pour devenir fou : il devint idiot.

Aujourd'hui, il ne sort plus de l'hôtel des Invalides.

La Grande Braderie de l'été – Eugène Mouton, L'Invalide à la tête de bois

 

Esculape, L'invalide à la pine de bois

La Grande Braderie de l'été – Eugène Mouton, L'Invalide à la tête de bois

La Grande Braderie de l'été vous propose de découvrir des chefs-d’œuvres injustement méconnus.

La boîte est ouverte sur Facebook.

Les contributions seront mises en lien au fur et à mesure.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 23:01
L'art dans les chapelles 2014 – prier

L'art dans les chapelles 2014, du 4 juillet au 21 septembre 2014.

Juillet et août : tous les jours, sauf le mardi, de 14 h à 19 h.

Septembre : les trois premiers week-ends, samedi et dimanche, de 14 h à 19 h.

Accueil : Maison du Chapelain, lieu-dit Saint-Nicodème, 56930 Pluméliau.

 

Depuis 23 ans, L'art dans les chapelles invite des artistes à créer une œuvre pour l'une des chapelles ouvertes à l'occasion du festival. Découvrons trois d'entre elles.

L'art dans les chapelles 2014 – prier

Édouard Sautai, Miroir, Chapelle Notre-Dame des Fleurs, Moric, Moustoir-Remungol

 

Un miroir d'eau où l'on peut voir le vaisseau de la charpente à l'endroit, comme une arche de Noé – les Écritures sont à lire en miroir.

L'art dans les chapelles 2014 – prier

Élodie Boutry, Sans titre, chapelle Saint-Tugdual, Quistinic

L'art dans les chapelles 2014 – prier

On pense à Sol Lewitt, château d'Oiron, 1994. Dans la chapelle Saint-Tugdual, le trompe-l’œil prend corps. La matière se détache en volume. L'obstacle nous invite à le contourner pour accéder à l'autel d'où nous pouvons voir l'envers de décor.

L'art dans les chapelles 2014 – prier
L'art dans les chapelles 2014 – prier

Leïla Brett, Grande Nuance (096), pointe à graver, pastel à l’huile sur papier Vinci, marouflé sur toile, 310 x 130 cm, chapelle Saint-Jean, Le Sourn

 

Une porte, depuis l'entrée vers l'autel, une icône à prier.

 

A revoir : L'art dans les chapelles 2013 – figures.

 

* * *

 

Près des chapelles, les fontaines miraculeuses.

L'art dans les chapelles 2014 – prier

Chapelle de la Trinité, Cléguérec

L'art dans les chapelles 2014 – prier

Devenez mécène de L'art dans les chapelles.

Pour tout don égal ou supérieur à 100 €, vous recevrez gratuitement le catalogue de la manifestation (valeur : 18 €). Pour un don de 100 €, vous bénéficierez d’une réduction d’impôt de 66 €. Si votre aide à L’art dans les chapelles est bien de 100 €, le coût réel supporté par vous sera de 16 €.

Nous avons besoin de votre soutien pour développer, c'est-à-dire tout simplement poursuivre, cette belle aventure.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans du champ du signe
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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 23:01
Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale, Actes Sud, 2014

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

Sébastien Lapaque, né à Tübingen, le 2 février 1971, est un romancier, essayiste et critique littéraire au Figaro littéraire – chroniqueur à Témoignage chrétien (jusqu'en 2012) et au quotidien brésilien O Estado de S. Paulo.

 

« Si je n'avais pas été entraîné dans quelques conflits de ce triste siècle, je crois que je n'aurais rien écrit de plus que quelques cartes postales. »

Guy Debord (A Christian Sébastiani, 3 juin 86, in Correspondance, volume 6, janvier 1979 - décembre 1987, Fayard, 2007)

 

En remontant la rue des Écoles en direction du boulevard Saint-Michel, il avait songé au livre qu'il voulait écrire, une théorie de la carte postale à laquelle il avait rêvé voici bien longtemps et qui depuis quelques mois le réveillait en pleine nuit, il en entendait le tic-tac et la mécanique.

[…]

Il se laissait faire, il oubliait qu'il avait le dessein de composer un poème sur un thème biblique, à moins que ce ne fût une pièce de théâtre, dans son idée, le héros en serait Noé, enfermé dans son arche, il s'angoisserait sous l'orage du silence de Dieu.

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

L’Arche de Noé, Église de Saint-Savin-sur-Gartempe, XIIe siècle

 

Il pensait souvent à Rabelais. […] « Nous avons vu des mots rouges, des mots verts, des mots bleus, des mots noirs, des mots dorés. Une fois réchauffés entre nos mains, ils fondaient comme neige, et nous les entendions réellement. »

On pourrait, se dit-il, écrire ses cartes postales avec un gros Bic quatre couleurs, et un feutre pour les mots dorés.

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

Un ancien facteur lui avait rapporté qu'il avait existé un temps où, dans les grandes villes, les boîtes aux lettres étaient relevées six fois par jour. Autant de levées, autant de tournées. Cela éclairait ces cartes postales à l'énoncé presque fabuleux pour un spectateur du XXIe siècle : « Ne pas venir avant huit heures. »

 

Alors forcément, forcément alors, il s'était souvenu de l'épopée de l'Aéropostale, il s'était souvenu de toutes les cartes envoyées entre la France et l'Amérique du Sud aux temps héroïques de l'aviation, quand les pilotes risquaient leur vie pour que le courrier arrive à l'heure.

 

Il fait un temps à écrire des cartes postales.

 

De Quiberon, le 14 août 1929 : « Excursion magnifique. Baisers. Robert. »

 

A partir de 1909, un demi-tarif fut accordé aux cartes portant cinq mots, au maximum, plus la signature.

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

Biarritz, 1951

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

Aix-en-Provence, 1953

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

Contrexéville, 1953

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

Houlgate, 1954

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

Contrexéville, 1956

 

L'histoire est inachevée.

Et combien de cartes postales lui restait-il à écrire ?

Et combien d'existences à vivre ?

Cette histoire se racontera au futur. Il aimera les cartes postales, il en écrira, il en recevra. Tout recommencera comme la première fois. Il se promènera à Paris, au cœur de l'été...

A la terrasse d'une brasserie, au carrefour de l'Odéon, il s'installera, posera ses cartes postales devant lui, commandera un vittel-menthe, et comme il aura oublié son stylo à la maison, pour la première fois il osera demander : « Garcon, de quoi écrire. » (*)

(*) Louis Aragon, Le roman inachevé, 1956

 

Un récit joliment tourné pour une plage ou une station thermale.

Le temps est venu d'écrire des cartes postales.

 

* * *

 

La production de cet article a bénéficié du mécénat de La Poste.

 

Avec l’application MaCartaMoi, envoyez de vraies cartes postales personnalisées depuis votre téléphone mobile ou Facebook. La Poste les imprime et les distribue. Pour souhaiter une fête, annoncer une naissance, ou en vacances, il y a toujours une occasion pour créer sa carte !

La Poste, 2014

 

La Poste à votre service, persévérance, ponctualité, proximité, en 2013 comme en 1904.

Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »
Sébastien Lapaque, Théorie de la carte postale – « Garcon, de quoi écrire. »

Le Dauphiné Libéré/Michel Thomas, 6 mai 2013

 

* * *

 

Les cartes postales des années 1950 viennent des collections de Wab. Qu'il en soit remercié ici.

 

_ _ _

 

ANNEXE

 

François Rabelais, Le Quart-Livre, Chapitre LVI, Comment entre les parolles gelées Pantagruel trouva des motz de gueule

 

Le pilot feist responce: Seigneur, de rien ne vous effrayez. Icy est le confin de la mer glaciale, sus laquelle feut au commencement de l'hyver dernier passé grosse & felonne bataille, entre les Arismapiens, & le Nephelibates. Lors gelèrent en l'air les parolles & crys des homes & femmes, les chaplis des masses, les hurtys des harnoys, des bardes, les hannissements des chevaulx, & tout effroy de combat. A ceste heure la rigueur de l'hyver passée, advenente la serenité & temperie du bon temps, elles fondent & sont ouyes. Mais en pourrions nous voir quelqu'une. Me soubvient avoir leu que l'orée de la montaigne en laquelle Moses receut la loy des Iuifz le peuple voyoit les voix sensiblement.

Tenez tenez (dist Pantagruel) voyez en cy qui encores ne sont degelées.

Lors nous iecta sus le tillac plènes mains de parolles gelées, & sembloient dragée perlée de diverses couleurs. Nous y veismes des motz de gueule, des motz de sinople, des motz de azur, des motz de sable, des motz dorez. Les quelz estre quelque peu eschauffez entre nos mains fondoient, comme neiges, & les oyons realement. Mais ne les entendions. Car c'estoit languaige Barbare. Exceptez un assez grosset, lequel ayant frère Ian eschauffé entre ses mains feist un son tel que font les chastaignes iectées en la braze sans estre entonmées lors que s'esclatent, & nous feist tous de paour tressaillir.

C'estoit (dist frère Ian) un coup de faulcon en son temps.

Panurge requist Pantagruel luy en donner encores. Pantagruel luy respondit que donner parolles estoit acte des amoureux.

Vendez m'en doncques, disoit Panurge.

C'est acte des advocatz, respondit Pantagruel, vendre parolles. Ie vous vendroys plutost silence & plus chèrement, ainsi que quelque foys la vendit Demosthenes moyennant son argentangine.

Ce nonobstant il en iecta sus le tillac troys ou quatre poignées. Et y veids des parolles bien picquantes, des parolles sanglantes, lesquelles li pilot nous disoit quelques foys retourner on lieu duquel estoient proferées, mais c'estoit la guorge couppée, des parolles horrificques, & aultres assez mal plaisantes à veoir. Les quelles ensemblement fondues ouysmes, hin, hin, hin, hin, his, ticque torche, lorgne, brededin, brededac, frr, frrr, frrr, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, bou, traccc, trac, trr, trr, trr, trrr, trrrrrr, On, on, on, on ououououon: goth, mathagoth, & ne sçay quels aultres motz barbares, & disoyt que c'estoient vocables du hourt & hannissement des chevaulx à l'heure qu'on chocque, puys en ouysmez d'aultres grosses & rendoient son en degelent, les unes comme de tabours, & fifres, les aultres comme de clerons & trompettes. Croyez que nous y eusmez du passetemps beaucoup. Ie vouloys quelques motz de gueule mettre en reserve dedans de l'huille comme l'on guarde la neige & la glace, & entre du feurre bien nect. Mais Pantagruel ne le voulut: disant estre follie faire reserve de ce dont iamais l'on n'a faulte, & que tousiours on en a main, comme sont motz de gueule entre tous bons & ioyeulx Pantagruelistes. Là Panurge fascha quelque peu frère Ian, & le feist entrer en resverie, car il le vous print au mot, sus l'instant qu'il ne s'en doubtoit mie, & frère Ian menassa de l'en faire repentir en pareille mode que se repentit G. Iousseaulme vendent à son mot le drap au noble Patelin, & advenent qu'il feust marié le prendre aux cornes, comme un veau: puys qu'il l'avoit prins au mot come un hile. Panurge luy feist la babou en signe de derision. Puys s'escria disant. Pleust à Dieu que icy, sans plus avant proceder, i'eusse le mot de la dive Bouteille.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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4 juillet 2014 5 04 /07 /juillet /2014 23:01
Geoffrey Chaucer, The Canterbury Tales – « Of fartyng, and of speche daungerous »

Geoffrey Chaucer, The Canterbury Tales, Penguin Books, 2005

Cover : A portrait of Geoffrey Chaucer as a Pilgrim from the Ellesmere manuscript, Huntington Library, MS EL 26 C 9, San Marino, California, ca 1400

 

Une trentaine de pèlerins se rassemble dans une auberge de Southwark, avant de partir pour Canterbury afin d'y honorer le sanctuaire de Thomas Becket. La veille du départ, l'aubergiste, qui est du voyage, organise l'animation : sur la route, on se racontera des histoires édifiantes pour se désennuyer un peu. Chacun donnera deux contes à l'aller et deux autres au retour.

Les Contes ont été écrits par Geoffrey Chaucer au XIVe siècle, en moyen anglais (langue parlée entre la conquête normande de l'Angleterre, 1066, et la deuxième moitié du XVe siècle). Les manuscrits – tous différents dans le texte – qui nous sont parvenus semblent inachevés en regard du projet initial.

 

Le Conte du Meunier rapporte comment le vieux John, un charpentier d'Oxford, était cocufié par Nicholas, un jeune et bel étudiant qui lui louait une chambre.

 

Absolon, un autre beau et vigoureux jeune homme, voudrait également se faire Alison, la jeune et pieuse épouse aperçue à l'église.

 

Now was ther of that chirche a parissh clerk,

The which that was ycleped Absolon.

Crul was his heer, and as the gold it shoon,

And strouted as a fanne large and brode ;

Ful streight and evene lay his joly shode.

His rode was reed, his eyen greye as goos.

With Poules wyndow corven on his shoos,

In hoses rede he wente fetisly.

Yclad he was ful smal and proprely

Al in a kirtel of a lyght waget ;

Ful faire and thikke been the poyntes set.

And therupon he hadde a gay surplys

As whit as is the blosme upon the rys.

A myrie child he was, so God me save.

[...]

But sooth to seyn, he was somdeel squaymous

Of fartyng, and of speche daungerous.

 

Le délicat Absolon craint le pet (fartyng) et le parler rustre.

 

Nicholas, le gai luron se piquant d'astrologie, fait croire au charpentier que le déluge revient, il lui fait accrocher trois pétrins au toit, comme une nouvelle arche de Noé, où l'infortuné peut dormir tranquille... pendant que sa jeune et belle femme, Alison, s'envoie en l'air avec son amant.

 

"Now John," quod Nicholas, "I wol nat lye ;

I have yfounde in myn astrologye,

As I have looked in the moone bright,

That now a Monday next, at quarter nyght,

Shal falle a reyn, and that so wilde and wood

That half so greet was nevere Noes flood.

[…]

Yet shal I saven hire and thee and me.

[…]

"Anon go gete us faste into this in

A knedyng trogh, or ellis a kymelyn,

For ech of us, but looke that they be large,

In which we mowe swymme as in a barge,

And han therinne vitaille suffisant

But for a day -- fy on the remenant !

The water shal aslake and goon away

Aboute pryme upon the nexte day.

 

Les huches sont fixées, les provisions embarquées, la hache prévue pour rompre les cordes et mettre l'arche sur les flots, vers la terre promise.

 

And whan thou thus hast doon as I have seyd,

And hast oure vitaille faire in hem yleyd,

And eek an ax to smyte the corde atwo,

Whan that the water comth, that we may go

And breke an hole an heigh, upon the gable,

Unto the gardyn-ward, over the stable,

That we may frely passen forth oure way,

Whan that the grete shour is goon away.

 

Pendant que Nicholas et Alison sont en oraison amoureuse, Absalon se présente à la fenêtre. Il ne demande qu'un baiser. Alison se met céans le séant à l'air et Absalon pose ses lèvres sur...

 

And at the wyndow out she putte hir hole,

And Absolon, hym fil no bet ne wers,

But with his mouth he kiste hir naked ers

Ful savourly, er he were war of this.

[...]

"Tehee!" quod she, and clapte the wyndow to,

And Absolon gooth forth a sory pas.

 

Triste et humiliante épreuve.

 

Absalon revient pour se venger. Cette fois, c'est Nicholas qui se pose sur le bord de la fenêtre et envoie un « fart » bien senti au rival séducteur. Celui-ci a emprunté un fer rougi au feu et il marque Nicholas au fer rouge et aux fesses. Nicholas hurlant a le feu au cul.

Le charpentier est réveillé, il coupe la corde de son arche et tombe en se cassant le bras.

 

Thus swyved was this carpenteris wyf,

For al his kepyng and his jalousye,

And Absolon hath kist hir nether ye,

And Nicholas is scalded in the towte.

This tale is doon, and God save al the rowte !

 

Heere endeth the Millere his Tale

Geoffrey Chaucer, The Canterbury Tales – « Of fartyng, and of speche daungerous »
Geoffrey Chaucer, The Canterbury Tales – « Of fartyng, and of speche daungerous »

Pier Paolo Pasolini / Geoffrey Chaucer

 

Pier Paolo Pasolini, I Racconti di Canterbury, 1972

C'est plein de beaux jeunes gens – de jeunes beaux amants ?

L'adaptation de Pasolini est très fidèle au texte. Le conte du meunier commence à 50' 29".

 

* * *

 

Geoffrey Chaucer, The Canterbury Tales – « Of fartyng, and of speche daungerous »

Geoffrey Chaucer, Les Contes de Canterbury et autres œuvres, sous la direction d’André Crépin, Robert Laffont, Bouquins, 2010

 

* * *

 

Geoffrey Chaucer, The Canterbury Tales – « Of fartyng, and of speche daungerous »

Sur une idée de Yueyin.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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28 juin 2014 6 28 /06 /juin /2014 23:01
Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent – la stratégie de l'innocence

Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent, Denoël, 2010 – Illustration : © Valsecchi / Alinari / Roger-Viollet : © Malcolm Piers/Gettyimages

Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent – la stratégie de l'innocence

Né en Normandie en 1955, Jean-Claude Marguerite commence sa première collaboration régulière avec la presse régionale alors qu’il est jeune lycéen. Écologiste, à 20 ans il publie un essai sur les méfaits du remembrement, Sauver le bocage. Il rejoint Ouest-France, puis signe ses reportages en indépendant, textes et photos, se spécialisant dans le domaine du cheval.

Par défi, il entreprend des études de gestion et change de métier, passant de témoin à acteur en devenant le conseil en communication de plusieurs haras, puis crée sa propre agence généraliste. Cette activité l’incite à quitter la campagne normande pour Paris, en qualité de concepteur-rédacteur free-lance. Très vite, il préfère abandonner le monde de la publicité pour celui de l’édition, et se fait graphiste, maquettiste, responsable technique…

Habitant en Île-de-France, il enseigne la P.A.O. à Paris III. Parallèlement à l’écriture, il poursuit toujours son travail de photographe.

Le Vaisseau ardent, écrit sur une période de dix-huit ans, est son premier roman, un projet unique dans la littérature française contemporaine.

Photo : © Paul Marguerite

 

Yougoslavie, fin des années cinquante. Dans un petit port de l’Adriatique, Anton et Jak, dix et onze ans, assouvissent leurs rêves de piraterie en volant des bijoux, de l’argent et des instruments de navigation sur les bateaux qu’ils astiquent pendant le jour – tout un butin qu’ils entreposent dans une cave laissée à l’abandon.

Alors qu’ils doivent cesser leurs cambriolages, car pêcheurs et miliciens recherchent activement les voleurs du port, les deux garçons font la connaissance d’un ivrogne. En échange d’alcool, le vieil homme leur raconte l’épopée du Pirate Sans Nom, un forban hors du commun qui aurait disparu sans laisser de trace, tout en emportant avec lui son trésor, le plus fabuleux de l’histoire de la piraterie.

Pour Anton, ce qui n’est sans doute qu’une légende va devenir sa principale raison de vivre. Devenu un pirate des temps modernes, un pilleur d'épaves, sa quête le mènera aux quatre coins de la planète, et il découvrira que derrière l’énigme du Pirate Sans Nom s’en cache une autre, bien plus ancienne, celle du Vaisseau ardent…

De l’Égypte pré-pharaonique à l’Amérique contemporaine, en passant par l’âge d’or des Caraïbes et les glaces du Groenland, Le Vaisseau ardent nous embarque pour la plus grande chasse au trésor jamais contée. Mais quelle est la nature réelle du trésor ?

4e de couverture

 

Tout n'a pas été dit au sujet du Manuscrit de l'île Éléphantine.

[…]

La première légende interdisait de s'approcher de l'île du Chaos noir, que cernait un lac d'où se déversait un fleuve moribond.

[…]

L'île vomissait des crocodiles par dizaines.

 

Des scorpions en surgissaient, des milans noirs s'envolaient jusqu'à obscurcir le ciel.

 

La seconde légende rapportait que cet oasis n'était pas une île, mais l’œuvre des Anciens. Au temps où le ciel crachait des pierres embrasées et où le fleuve Océan avait recouvert la Terre pour la protéger de cette furie incendiaire, de leurs mains ils avaient édifié cette forme stupéfiante, l'arche.

[…]

Le jeune scribe, habile, qui tira ces légendes de l'oubli, fut attaché au service de l'ancêtre du premier pharaon. Leur transcription avait troublé le monarque, elles faisaient écho au songe prémonitoire qui l'obsédait depuis sa prime enfance.

Il se voit, non comme « un jeune garçon », mais comme « un vieillard, faible et esseulé, et qui semble égaré ». Ses yeux « sont attirés par la ronde joyeuse de dix enfants nus, qui s'éloignent tout en chantant. » Il découvre à ce moment la « mystérieuse vision qui les fascine : une barque enflammée, au brasier fantastique, mais dont le bois regorge d'eau. »

[…]

Ce vaisseau ardent m'étonne et me subjugue.

[…]

Voici qu'il s'approche de la nef incendiée […], il touche de ses mains le bois qui ne se consume pas. Aussitôt, dans un grand éclat, il recouvre la vigueur et la brillance de sa jeunesse ! […] Alors, m'élevant de la fournaise, je triomphe de l'épreuve, non plus comme un enfant, non pas comme un vieillard, mais en dieu, immortel et bienveillant, qui prodigue prospérité et gloire à ma terre d’Égypte !

 

L'île du Chaos noir a disparu.

 

Or, près de l'actuelle île Éléphantine, à l'endroit où les recherches les plus pertinentes situent l'île du Chaos noir, se trouve un îlot sans nom dont les pierres érodées figurent très fidèlement une tortue se tenant à fleur d'eau, symbole d'éternité.

 

L'Ivrogne était tombé à la manière d'un tabouret de bar.

[…]

Anton s'était précipité […].

[…] Jak décida qu'il valait mieux attendre qu'Anton remonte de lui-même à la surface plutôt que de se lancer à sa recherche. D'ailleurs, il ne savait pas nager […].

 

Cette nuit lointaine sur le quai a décidé de son existence. Décidé ? Oui, probablement. Car depuis, les mensonges du vieil historien – affabulations, élucubrations et autres divagations éthyliques – pimentent ses souvenirs et modèlent ses plans. […] « Et si c'était vrai ? »

Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent – la stratégie de l'innocence

Anton est devenu le commandant Petrack.

Il se souvient de la « grotte aux trésors », aménagée cinquante ans auparavant par Jak et lui – Jak avait onze ans, Anton, dix ans –, derrière la cave du restaurant tenu par les parents de Jak et donnant, par une porte dérobée, sur un puits.

 

Il fait sien « le serment des Pirates » : « Il suffit de le vouloir vraiment ! »

 

Les larcins des « gamins » se fondent sur « la stratégie de l'innocence », « une stratégie unique, simple, efficace... l'innocence... ils étaient innocents. »

 

L'Ivrogne : « Pirates du soir, bonsoir ! »

Il sait. Il a volé leur trésor et il sait qu'ils ne sont pas innocents.

 

Anton se demande : « Est-ce cela, grandir ? Devenir étranger de soi-même, un autre si proche ? »

« Partir, il en a conscience depuis longtemps, était un mot grave qui exprimait qu'il devait cesser de jouer, qu'il quittait déjà l'enfance. »

« Peut-être faut-il devenir père à son tour pour renouer avec cette part enfouie de soi ? »

 

C'est l'histoire d'un passage.

 

L'Ivrogne est un « passager » sur le yacht d'un milliardaire américain que les gamins sont venus piller. Après tout, c'est leur voilier, ils doivent le reprendre, s'y embarquer, et partir, non plus comme petits mousses voués aux corvées à l'ancre, mais comme passagers, en haute mer, seuls maîtres à bord.

L'Ivrogne est « un Malouin de pure souche […], […] un originaire de Saint-Malo, France. Oui, matelots. Mes ancêtres avaient pour nom Jean Bart et Robert Surcouf ! »

En échange de flacons de rhum – un tord-boyaux piraté aux aubergistes, les parents de Jak –, l'Ivrogne se raconte.

« N'est-ce point le propre de l'enfance que de toucher les frontières d'un monde enchanteur à la première évocation des mots : pirate, île au trésor, vaisseau fantôme... […] le sang noir des pirates […] : leur sens absolu de la liberté […]. »

« Devenir pirate, c'est être seul, à tout jamais, c'est entrer en guerre contre le monde entier. »

« Ne suis-je pas devenu comme eux, finalement ? Ivrogne, à mon tour... Avec pour tout public deux matelots, pas un de plus. Deux apprentis pirates qui rêvent plus qu'ils ne m'écoutent […]. »

« Au Pirate Sans Nom ! lança-t-il jusqu'aux étoiles dans un enthousiasme théâtral. »

 

Né peu après le siècle, l'Ivrogne débarquait à la gare Montparnasse au début des années folles.

[…]

Près du jardin du Luxembourg, les plaques émaillées de deux rues voisines de chez lui portent les noms de Jean-Bart et de Duguay-Trouin. Il est étudiant en histoire, à la Sorbonne, il prépare une thèse sur les pirates : « Faits historiques, effet légendaire ».

Faits légendaires, effets historiques ?

Son directeur de recherche l'associe à la rédaction d'une Histoire mondiale de la piraterie.

En raison de son imagination facétieuse, l'Ivrogne est dit Bouffon-savant.

Il part pour les Caraïbes – les tropiques, les tempêtes, les cyclones. L'eau turquoise, le rhum, les cartes – au poker, on ne le voit pas venir, un ivrogne invisible, et il gagne tout à la dernière mise. Il s'appelle maintenant Qui-perd-gagne.

Après trois années, il se remet à ses recherches quand la légende vient à lui sous la forme d'un manuscrit : le Manuscrit de l'île Éléphantine.

Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent – la stratégie de l'innocence

Hergé, Le Secret de La Licorne, 1943 (pré-publié en noir et blanc du 11 juin 1942 au 14 janvier 1943 dans les pages du Soir)

Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent – la stratégie de l'innocence
Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent – la stratégie de l'innocence

Un hommage à Albert Dubout

Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent – la stratégie de l'innocence

Hergé, l'art du mouvement

 

Le Pirate Sans Nom serait à Tortuga, l'île de la Tortue.

Selon Jak : « le Pirate Sans Nom n'a jamais existé ! »

« – T'es-tu jamais demandé qui faisait l'Histoire ? […] Ceux qui écrivent l'Histoire, ce sont les historiens. Personne d'autre ! Les grands noms de l'Histoire n'existent que par la plume de leurs biographes. Voilà la vérité. »

Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent – la stratégie de l'innocence

Le Pirate Sans Nom serait-il vivant sous un déguisement ? Aurait-il fondé Libertalia, cette colonie libertaire où il prétendait affranchir les esclaves arrachés aux négriers ? Ne les a-t-il pas abandonnés après leur avoir repris les richesses que les trafiquants s'étaient appropriées ?

Un libérateur ou un monstre ?

 

Anton, devenu le commandant Petrack, est tout à la fois le jeune pirate, l'Ivrogne, le Sherlock Holmes des mers, l'enquêteur bien connu.

A l'aube de la soixantaine, il pense :

« Je suis trop vieux pour un nouveau voyage. »

[…]

Avec les années de recul, le commandant Petrack se félicite de cet apprentissage tortueux, car tout enfant il avait réinventé l'un des systèmes les plus sophistiqués de l'art de la mémoire, lequel consiste à disposer les choses dans des pièces familières en les liant par une histoire aussi personnelle et individuelle qu'un souvenir intime dans lequel on prend plaisir à déambuler. Anton avait substitué aux pièces des univers entiers, et il les avait rattachés en empruntant l'autre aspect de leur réalité, en décrochant.

[…]

Le « Vaisseau ardent » n'était que la juxtaposition de l'arche du Déluge et du buisson ardent.

 

Nathalie... Nathalie, le nom de son voilier... Nathalie... Nathalie Derenoy, vingt à vingt-cinq ans, tout au plus, presque encore une adolescente – sa jeunesse insolente.

 

Serait-elle... enfin ?

 

Elle se présente, une étudiante, il la reçoit. Délicieux instant. Ils parlent de poésie.

 

« Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi. »

Jean Cocteau, Discours de réception à l’Académie Française

 

Nathalie, Nathalie ! Je te sauverai !

La limousine aux vitres teintées stoppe dans un crissement de pneus.

 

« T'y comprends quelque chose ?

C'est le nom qui me dit quelque chose.

On ramène de tout dans nos filets.

Des fois, des marins perdus écrivent en pensant à leur femme ou à leur fils. Et puis, ils confient leur message à la mer.

C'est con. Les poissons font pas le facteur.

Oui, c'est con. Mais ça fait du bien.

A qui ? Allez, t'emmerde pas avec ça, fous-la à la baille ! Aux sirènes de s'en charger...

Tais-toi. T'as personne à qui t'aimerais causer une dernière fois ?

Ça changerait quoi, je te demande ? T'es mort, t'es mort. Non ?

Petrack... C'est le nom qui me dit quelque chose. Mais d'où ?

Si ça se trouve, ton gars il est connu. Tiens, on va la garder, ta lettre... Hé, t'imagines qu'on se fasse du fric avec !

Ça nous changerait du poisson. »

 

Jean-Claude Marguerite, Le vaisseau ardent, bande-annonce

 

Le Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite est une histoire commencée sous forme d’un conte pour son fils Paul, alors âgé de huit ans, et terminée pour ses deux filles, Miriam et Raquel, treize et onze ans.

 

Comme en un rêve.

La vie est un rêve, le rêve est une vie. L'histoire avance d'écueil en écueil, d'échec en victoire, de mensonge en vérité, une histoire sans fin.

 

Comment parler d'un chef-d’œuvre, un conte pour enfants, un roman curieux, classique dans l'écriture (encore que...) ? Comment souquer ferme de page en page ? 1290 pages. On peut avoir le mal de la marée dans le flux et le reflux de l'histoire.

Jean-Claude Marguerite, Le Vaisseau ardent – la stratégie de l'innocence

Et yo-ho-ho ! Et une bouteille de rhum !... Quand le capitaine rejoint la légende, quand la légende devient vérité.

 

Efelle en a parlé.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 23:01
Peter Cheyney, La Môme vert-de-gris – Ah ! ces gonzesses...

Peter Cheyney, La Môme vert-de-gris (Poison Ivy, 1937), Gallimard, Série noire n° 1, 1945

Peter Cheyney, La Môme vert-de-gris – Ah ! ces gonzesses...

Une nuit, dans un cabaret, Mickey s'est fracassé le crâne, tout seul, bien sûr, en trébuchant contre une vitre – un malheureux accident, il était ivre. Dans son délire létal, il parle d'un convoi d'or, d'une attaque. Le F.B.l. envoie Lemmy Caution.

 

Service du chiffre

[…]

L'agent spécial Samuel H. Caution se rendra à New-York afin d'y prendre secrètement contact avec l'agent fédéral spécial Myras Duncan, délégué des services fédéraux de Chicago, lequel lui fournira toutes instructions ultérieures.

L'agent spécial Caution adoptera l'identité de Perry Charles Rice, courtier en valeurs ; ville natale, Mason-City, Iowa.

[…]

A lire. A retenir. A brûler.

 

Dans un bar, Chez Moksie, Lemmy rencontre Myras qui lui donne rendez-vous au Select Club de Joë Madrigaul, un faisan Grec. Au comptoir, il prend un verre avec Jerry Tiernan, reporter à la Gazette de Chicago, dit Gueule de Bois ou G.D.B., toujours entre deux cuites – un gars régulier. Dans la salle, paraît une poule de classe, Carlotta, la Môme Vert-de-Gris, une chanteuse (la sœur de Mickey). Myras est troué debout dans une cabine téléphonique du cabaret : Lemmy pose une pancarte « En dérangement ». Un de lessivé.

 

La Môme Carlotta entre en scène.

 

Bernard Borderie, La Môme vert-de-gris – Michel Emer (auteur), Jeff Davis (compositeur), Seule dans la foule, int. Dominique Wilms (Carlotta de La Rue, dite La Môme vert-de gris)

 

Jean-Marc Tennberg (G.D.B.) : « Ah ! ces gonzesses... »

 

Lemmy est envoûté, Willie le Pigeon est effondré, silencieusement, la poche du smoking de Saltierra est mitée – il était dans la loge de Carlotta, une « garce », dont il est « cinglé », le machiniste confirme l'alibi.

 

Coups de poing, bains forcés, mitraillages, Lemmy s'en sort toujours.

 

Gueule de Bois, toujours dans le cirage, est-il vraiment franc ?

Carlotta, la belle, est-elle vraiment garce ?

 

Mais pourquoi l'appelle-t-on Vert-de-Gris ?

Peter Cheyney, La Môme vert-de-gris – Ah ! ces gonzesses...

Bernard Borderie, La Môme vert-de-gris, 1952 (sortie en salles, 1953)

Peter Cheyney, La Môme vert-de-gris – Ah ! ces gonzesses...

Dominique Wilms, la Môme vert-de-gris

Peter Cheyney, La Môme vert-de-gris – Ah ! ces gonzesses...

Eddie Constantine, Lemmy Caution, archétype du détective « cigarettes et whisky et p'tites pépées »

Peter Cheyney, La Môme vert-de-gris – Ah ! ces gonzesses...

Jean-Marc Tennberg, G.D.B.

 

Peter Cheyney, La Môme vert-de-gris – Ah ! ces gonzesses...

Sur une idée de Yueyin.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 23:01
Andrea G. Pinketts, Le Sens de la formule – la conscience du séant

Andrea G. Pinketts, Le Sens de la formule (Il Senso della Frase, Feltrinelli, 1995), traduit de l'italien par Gérard Lecas, Éditions Payot & Rivages, 1998

Andrea G. Pinketts, Le Sens de la formule – la conscience du séant

Andrea G. Pinketts, 2000

 

« Pour me plonger dans un récit, il faut d’abord que je plonge physiquement dans le milieu que je veux décrire. C’est pourquoi j’ai vécu parmi les satanistes de Bologne – qui d’ailleurs ont pu être arrêtés par la suite grâce à mes recherches – ou encore parmi les SDF de la gare de Milan dans les années 1990. C’était très dangereux. En effet, je me suis vraiment infiltré dans ce milieu et j’ai vécu en contact étroit avec eux. Ma mère se rongeait les sangs. Elle ne songeait qu’à une seule chose : avais-je bien mis mon maillot de laine ? Mais elle n’imaginait pas un instant les rixes quotidiennes au couteau. » (Andrea G. Pinketts, in Polar et pasta, un documentaire de Susanne Dobke).

 

Andrea G. Pinketts naît à Milan en 1961. Élève rebelle, il s'intègre difficilement au milieu scolaire. Il continue sur cette lancée et, à 17 ans, sera responsable de dégradations sur la devanture d'un cinéma, puis, plus tard, désertera pendant son service militaire. Ses enquêtes dans l’hebdomadaire Esquire lui ont permis de développer l’art du transformisme en revêtant tour à tour différentes identités.

Andrea G. Pinketts, Le Sens de la formule – la conscience du séant
Andrea G. Pinketts, Le Sens de la formule – la conscience du séant

 

Fred Buscaglione, Leo Chiosso, Eri piccola così, 1959

 

Je ne sais pas skier, je ne joue pas au tennis, je nage couci-couça mais j'ai le sens de la formule.

[…]

Il y avait tellement d'histoires, tellement de femmes, de coups de poing et de whisky comme dans les chansons de Fred Buscaglione, mais surtout, tellement de discours. Certains se cristallisaient, d'autres s'atomisaient en paroles. Paroles bourrées des germes du sens de la formule. Nos paroles, les mots qui étaient les nôtres, n'étaient pas de l'argot. Ils constituaient une liturgie. Ils nous servaient de boucliers contre ceux qui ne savaient dire que « putain », « y a qu'à » et « j'veux dire ». Nous avions déjà réduit à merci les « à la limite », terrassé les « ça m'interpelle » et autres « au niveau du vécu ». Cela ne signifiait nullement que nous ne disions jamais « putain ». Non. Mais pas toujours. Nous l'utilisions dans la conversation uniquement s'il nous en venait la fantaisie, une putain de fantaisie. Une des contributions majeures à notre vocabulaire fut apportée par Pogo le Juste : Diulio Pogliaghi pour l'état civil. Diulio pour sa famille, mais Pogo le Juste pour le reste du monde.

 

Lazare Santandrea, « après avoir été successivement intervieweur de starlettes télé pour un hebdo spécialisé, auteur de thèses de doctorat signées par d'autres, professeur d'arts martiaux, chanteur à la voix rauque et faiblarde dans un piano-bar, extrémiste, amoureux, propriétaire d'une boîte de nuit tombée en faillite, détective privé de licence dont je n'avais d'ailleurs jamais été titulaire, mannequin pour catalogues de mode, héritier aux abois, écrivain underground... », a le sens de la formule.

Andrea G. Pinketts, Le Sens de la formule – la conscience du séant

Au Rose & Crown, « un hybride entre le pub et le dancing » :

De l'autre côté du bar, une femme. […] Elle s'appelait Silvana […]. La nuit d'avant, j'avais commandé une bière, et tandis qu'elle me la tirait, elle m'avait demandé :

De quel signe es-tu, beau brun ?

Lion.

Baiseur exceptionnel, avait-elle constaté.

[…] sans parler des Gémeaux aux attributs absolument uniques.

 

En posant son séant sur une absence de chaise, Lazare s'est cassé le coccyx. Convalescent, il lit au lit, il téléphone au hasard et à une inconnue, Leone, qui lui dira peut-être : « lève-toi et marche ! »

Elle vient le voir. Leone, c'est la fille de la couverture. Elle tire de son petit sac une paire de ciseaux et les plante dans l'épaule de Lazare.

J'avais le sens de la formule, la conscience du séant et des ciseaux dans l'épaule.

Lazare retient l'inconnue aux ciseaux pendant quelques jours : elle devient « la prisonnière ». Elle ne s'appelle pas Leone, elle s'est enfuie de chez sa cousine, Leone. Lazare la reconduit. Ils se revoient autour de bouteilles de vin blanc dans un petit café d'une ruelle.

 

Vient alors, d'un récit d'Ivan – qui s'appelle Caroli, « blessure d'automne », la troisième « invention » avec « sens de la formule » et « conscience du séant ».

Leone, la cousine de « la prisonnière », est une sociologue nymphomane.

Bientôt Noël ! Les Pères Noël sont dans la rue. Lazare croise Ulli (Ulriche, ou Sabina, sa sœur, elles se ressemblent tellement : « tout le monde nous confond ») : 1 m 75, 90, 65, 90, yeux bleus, cheveux châtain foncé, déguisée en Père Noël.

Deux autres Pères Noël, un Sicilien et un de Bergame, en veulent à Caroli. Caroli est un acteur qui ne joue pas mais qui joue aux courses et ne rembourse pas ses dettes de jeu. Les Pères viennent le flinguer, au moment où Lazare vient voir son ami.

Andrea G. Pinketts, Le Sens de la formule – la conscience du séant

De bar glauque en café exotique, Ulli et Lazare se retrouvent : « Je t'aime. »

 

Mais... tu me laisses comme ça ? Tu ne me dis rien de gentil... une phrase...

Tu te contenterais de cela ?... une phrase ?...

Oui, s'il te plaît, répondit Ulli, une de tes petites formules.

Une formule, s'il suffit d'une formule, bien sûr...

Silence.

Et alors, Lazare ?

Aucune formule ne me venait à l'esprit. Je ne sais pas skier, je ne joue pas au tennis, je nage couci-couça mais j'ai le « sens de la formule ». Mais à présent les formules n'avaient plus, n'ont plus aucun sens.

 

Une histoire de doubles.

Santandrea est maître de kendo, comme Pinketts. Les identités sont flottantes : Leone aux ciseaux ou sa cousine Leone, Ivan le blessé ou Caroli, le vrai-faux acteur, Nicky, la mythomane, ou la nouvelle Nicky, son clone mental...

 

Litanies des formules, liturgie de la formule : une écriture liturgique en litanies.

Et le narrateur, le grand prêtre des mensonges de Nicky et de Dieu qui n'existaient pas, les déclamait à voix haute, comme une liturgie obsessionnelle, afin qu'au moins UN être vivant, même incrédule, les apprenne par cœur pour en assurer la pérennité.

 

Vérité et mensonges.

La vérité peut cacher un mensonge. Un mensonge recèle la vérité.

 

Lire la chronique de Des pas perdus, que nous remercions de nous avoir fait connaître ce roman extraordinaire, un thriller, si l'on veut, pour la trame, un récit tissé d'une réflexion sur le semblant, le faux-semblant, le ressemblant – en vérité comme en mensonges, au fil d'une écriture en jeu : un jeu d'écriture, une didactique, menant au « sens de la formule » par la « conscience du séant », en pansant, en repensant, la « blessure d'automne ».

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 23:01
Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien, Casterman, 1987

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »
Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

Nouvelle-Angleterre, début du XVIIe siècle, quelque part sur la frontière. Au cours de l’été finissant, le viol d’une jeune fille blanche par deux jeunes guerriers indiens, puis leur exécution sommaire par Abner Lewis, un colon blanc des environs témoin de la scène, rompt la cohabitation pacifique mais fragile qui s’était instaurée entre les Indiens et les Blancs.

 

Les neuf premières pages sont muettes, le dessin de Manara est narratif.

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

L'histoire se passe à New Canaan, où vivent Shevah, la nièce du révérend Black, Abner, Jéremie, Eliah, Phillis et sa mère Abigail, marquée au fer rouge du signe de Lilith.

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

A quoi rime cette histoire. Ce révérend Black, qui est-il, en réalité ? Que représente-t-il pour nous ? Qu'est-il pour toi et Phillis ?

C'est une histoire sordide, Eliah, tout ce qu'il y a de pire dans le genre.

La famille, originaire du Kent, a été vendue à de riches colons de Nouvelle-Angleterre.

Le vieux Black tourmente et séduit la jeune fille. Le fils l'oblige à faire des choses défendues, quand le père n'est pas là.

Un seul ami, le secrétaire du révérend Black, Cosentino.

A cette même époque arriva un chasseur français. Il était bel homme. Après son départ, je découvris que j'étais enceinte.

Et tu vins au monde, mon chéri !

Le fils Black poursuit l’œuvre du père. Il en naît Phillis.

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

L'inceste... Mais ça veut dire quoi ? Quelle importance ? Les Saintes Écritures sont remplies de personnages incestueux : Anah, descendant d'Esaü, était le fils de la mère de son père...

Sennachérib, Noé, Yéhoyakin, Haran, Abraham avec sa demi-sœur Sarah, Loth avec ses deux filles... Caïn et Abel, avec qui ont-ils fait l'amour si ce n'est avec leurs deux sœurs jumelles, Lebhudha et Qelimath...

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »

Phillis se sacrifie.

Hugo Pratt, Milo Manara, Un été indien - « Quels Indiens ? »
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