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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).
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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 00:15
Philippe Pratx, Le Soir, Lilith – apparences mensongères, désespérément

Philippe Pratx, Le Soir, Lilith, L'Harmattan, 2014

Philippe Pratx, Le Soir, Lilith – apparences mensongères, désespérément

Écrivain (Lettres de Shandili, nouvelles, Éditions Thot, 2007), poète (Devîsadageï), chroniqueur (La Nouvelle Revue de l’Inde), fondateur du site Indes réunionnaises, Philippe Pratx est en ce moment professeur de Lettres en Colombie, après un périple de Kinshasa à la Guyane, en passant par La Réunion, Abidjan, Libreville ou encore... la Normandie et l’Ariège. Le Soir, Lilith est son premier roman.

 

Automne 1964. Lilith Hevesi, star hollywoodienne sous le nom d'Eve Whiteland, est morte depuis quarante ans. La Cinémathèque de T. s'apprête à lui rendre hommage tandis que le narrateur, écrivain français, a entrepris une biographie de celle qui fut alors une amie intime, et beaucoup plus. Une journaliste, Solange Marty, rencontre le narrateur : elle prépare elle aussi un article biographique sur Lilith et souhaiterait en apprendre davantage.

Le narrateur, plongé dans son lointain passé, exhume lettres et morceaux de mémoire, parcourt ce qui reste de la filmographie de Lilith. Chemin faisant, et au fil de ses entretiens avec Solange Marty, il fera ressurgir anecdotes du Hollywood des Années Folles ou souvenirs singuliers de l'époque où, près de Lilith, et peu avant sa disparition, il vécut des heures effroyables et sublimes dans ce château hongrois, non loin des lieux hantés jadis par l'Ogresse des Carpates, la comtesse sanguinaire...

Mais Solange Marty, dont le comportement s'avère étrange, est-elle bien la journaliste qu'elle prétend ? Quel liens entretient-elle vraiment avec André Santerre, son psychanalyste ? André Santerre... Qui est-il d'ailleurs vraiment lui-même ? Quels sont les liens mystérieux et complexes qui le rattachent à Lilith ?

Le narrateur n'est pas au bout de ses surprises, mais il poursuit son exaltant travail de biographe en même temps que sa réflexion sur l'Art Véritable, qu'à ses yeux Lilith, génie du cinéma muet, a incarné jadis... Il poursuit donc sa tâche, à peine troublé par les coïncidences qui l'assaillent, dont celle-ci n'est pas la moins stupéfiante : Solange Marty est née le 23 novembre 1924, le jour même de la mort de Lilith Hevesi ! Une circonstance qui ne peut laisser indifférent celui qui a notamment écrit un essai intitulé Métempsycose et poésie symboliste.

Le lecteur est entraîné dans un labyrinthe basculant incessamment du présent au passé, d'un passé à un autre, se faufilant entre bribes de vie, bribes de films et mondes occultes... un labyrinthe où il fera d'étonnantes rencontres et dont nul ne sait comment il sortira.

Synopsis

 

Incipit

 

1

Où le narrateur, qui a entrepris une biographie de Lilith Hevesi – la star déchue Eve Whiteland ! – reçoit à la fin de l’été 1964 la visite d’une journaliste polie et déterminée, tandis qu’il fouille d’une main fébrile dans ses archives des années 20

 

(1964. Brouillons d’une biographie de Lilith Hevesi). C’est le soir. Quelques mots, sur le soir… Toute la journée j’ai lancé autour de moi, vers les différentes strates, les différents cercles du passé, de petite écrevisses cueillies à l’aube sous les rochers du ruisseau, en les faisant tourbillonner à bout de bras à des vitesses inouïes dans des frondes végétales, souples et résistantes. Au milieu de la clairière. J’y ai passé des heures, jusqu’à ce que mes bras endoloris se refusent à tout effort supplémentaires. Les premiers aboiements des chevreuils dans la forêt m’ont fait sursauter.

 

La première page se lit comme un rêve éveillé.

 

Quarante ans après la mort de Lilith, en 1924, le narrateur, maintenant écrivain, entreprend une biographie de son grand amour d'antan.

 

En juin 1923, Eve Whiteland, une étoile du cinématographe muet, quitte Hollywood et ses illusions fumeuses et stupéfiantes pour revenir à Budapest, chez elle.

Lilith est la première femme, avant Eve.

 

Biographie de Lilith Hevesi

 

- 15 avril 1896 : naissance de Lilith à Èrd, près de Budapest, fille de József, cordonnier, et Anna, couturière.

[…]

- 23 novembre 1924 : Au matin, Lilith est retrouvée morte dans son lit.

 

Novembre 1923

 

Le professeur Hàrs s'est installé au Château. Dans son appartement, à la place d'honneur, son microscope.

Lilith se penche et sonde, l'âme étonnée, l'étrangeté de la goutte de sperme immobile sous la lentille. Toute la nuit Lilith rêve de créatures merveilleuses qu'elle précipite dans un puits profond, peuplé de serpents, de basilics et de vouivres.

Philippe Pratx, Le Soir, Lilith – apparences mensongères, désespérément

(1964. Brouillons d’une biographie de Lilith Hevesi. A Csejthe, mai ou juin 1924). Aux orties, le professeur Hàrs ! Après plusieurs mois d’orgies mystico-scientifiques, notre jolie petite Lilith a fini par avoir assez du vieux beau à la mallette de cuir. Dehors ! Elle l’a proprement renvoyé à ses études, et à son laboratoire de recherches (comprendre : l’appartement miteux où il prétend entre deux lamelles de verre débusquer au milieu des crapauds – énormes ! – les germes parfaits de l’humanité future… un deux pièces au dernier étage, j’y suis passé par curiosité tandis qu’il brisait les cœurs au Château).

Pour se distraire, Lilith qui traverse une de ses périodes de mélancolie a décidé un voyage, une sorte de pèlerinage si l’on veut, vers les lieux inspirés où vécut Erzsébet Báthory. Celle-là même sur laquelle elle a lu tant de pages sanglantes, entendu tant de choses terribles, et qui l’a habitée le temps d’un film, le temps d’un tournage. Plus longtemps sans doute. Elle a donc pris ses malles de frivolités, ses soieries, ses fards et ses fragrances. Sans oublier son pain de terre molle, cette sorte de mastic immonde que les médecins lui donnent à mordre pendant ses crises. Lilith l’aime comme un ami. Et elle le hait. Elle en joue et s’en moque, le nargue du coin de l’œil et lui fait les yeux doux. Elle a l’intention de rester là-bas plusieurs jours. Le temps qu’il faudra. Qu’il faudra pour quoi ? Nous la suivons comme les laquais d’une cour d’amour dont amants éplorés et chastes donzelles se seraient égayés dans le vent, laissant vides le couloir des soupirs qui mène à la chambre de la reine.

 

Quelle illusion veux-tu couler dans le moule de ta vie ?

 

(Du narrateur à Lilith. Juillet 1924). « Si la vie n'est qu'un songe, alors je suis seul. Parfois tout concourt à me laisser croire que ce monde est faux et que tout en ce monde n'est qu'apparences mensongères, désespérément. »

 

Quand on se plonge dans les films d'Eve Whiteland, on a l'impression d'être le spectateur d'un rêve, d'un cauchemar, d'une scène fantastique.

La vie rêvée de Lilith par le narrateur, la douceur onirique de son sommeil d'enfant, la folie née du spectacle ou des brumes opiacées, toute cette mise en scène, en mots, en images a l'air d'une reconstitution d'un puzzle qui, une fois achevé sans qu'aucune pièce n'y manque, ne représenterait rien.

Le narrateur s'est-il perdu dans le dédale des lieux et des moments passés ? N'est-il qu'un personnage dans une fantasmagorie dont le créateur reste caché ? Peut-être est-il le seul être conscient de sa mémoire dans le labyrinthe du Château où s'indéfinissent d'interminables couloirs sous les ors et les stucs, sans issue, désespérément ?

Xanadu... Marienbad... Lilith est une énigme.

 

Fragments d'enquêtes, de confessions, de lettres, d'entretiens, de souvenirs, Lilith est une œuvre complexe où le lecteur est invité à filer son fil d'Ariane en suivant une écriture en grâce.

 

Le soir est presque là maintenant. Ou peut-être la nuit. Cela ne me fait plus repenser à rien. Et cette main au fond de moi ne lâchera plus jamais prise. Si ce n'est qu'il y a ce liquide, de l'être et du temps, qui s'échappe entre les doigts.

 

Lilith, une calligraphie.

 

Épigraphe

 

Mon âme n'est pas assez vide,

il y reste quelque chose de moi

Pierre Jean Jouve

 

Lilith... Paulina...

 

Philippe Pratx, Le Soir, Lilith

 

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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 00:15
Steve Tesich, Price – tout homme est une île

Steve Tesich, Price (Summer Crossing, 1982), traduit de l'anglais (États-Unis) par Jeanine Hérisson, Monsieur Toussaint Louverture, 2014 – illustration de couverture : Thibault Balahy

La couverture est du Loop Uncoated Antique Vellum de 290 grammes imprimé en offset, puis cogné typographiquement pour lui apprendre un peu la vie. Le papier intérieur est de l'Ambegraphic de 80 grammes.

(source : éditeur)

Steve Tesich, Price – tout homme est une île

Steve Tesich (Stojan Tešić), né le 29 septembre 1942 à Užice en Yougoslavie (dans l’actuelle Serbie), était scénariste, dramaturge et romancier.

 

Épigraphe

 

« L’homme a des endroits de son pauvre cœur qui n’existent pas encore mais où la douleur entre afin qu’ils soient. »

Léon Bloy

 

Quelques phrases tirées du roman et gravées sur le dos du livre

 

« Des choses mortes, de vieux rêves brisés, nous en avons tous, nos têtes en sont pleines, la mienne en tous cas, elle en est pleine. A une époque pourtant, c’était une cage à oiseaux, propre et nette. Il y avait un rossignol à l’intérieur, et il chantait d’une voix pure et fraîche... la chanson de ma vie. »

 

Incipit

 

Il s'appelait Presley Bivens. Il était d'Anderson, dans l'Indiana. Soixante-quinze kilos, tout sourire. Il était déjà venu ici à deux reprises, avait gagné à chaque fois et était là pour tenter de remettre ça. Il ne ressemblait en rien à l'image que je m'étais faite de lui – celle d'une légende vivante.

Price est plaqué par son adversaire à quelques secondes de la fin du match.

French, son entraîneur, est déçu. Dans sa vieille Mercury, sur le chemin du retour, les Drifters chantent à la radio.

Steve Tesich, Price – tout homme est une île

 

Doc Pomus, Mort Shuman, This Magic Moment, int. Ben E. King & The Drifters, Atlantic Records, 1960

(source : https://www.youtube.com/watch?v=Ul041CSNJto)

 

This magic moment, so different and so new

Was like any other until I kissed you

And then it happened, it took me by surprise

I knew that you felt it too, by the look in your eyes

 

Sweeter than wine

Softer than the summer night

Everything I want, I have

Whenever I hold you tight

 

This magic moment while your lips are close to mine

Will last forever, forever till the end of time

 

Oh-oh-oh-oh-oh

Oh-oh-oh-oh-oh-oh

Mm-mm-mm-mm-mm

 

Sweeter than wine

Softer than the summer night

Everything I want, I have

Whenever I hold you tight

 

This magic moment while your lips are close to mine

Will last forever, forever till the end of time

 

Whoa-oh-oh-oh-oh

Magic moment

Magic moment

Magic moment

 

Les choses reprennent leur cours. Price reprend ses cours au lycée, avec ses copains, Billy Freund (qu'on appelait Freud) et Larry Misiora (dit Le Teigneux).

Un soir, de chez lui, près du Kosciuszko Park, un quartier plein d'usines (on l'appelle La Région), il s'en va jusqu'à Aberdeen Lane, East Chicago, à quelques rues de là. Devant une maison, il aperçoit une fille d'une grande beauté, une princesse aux boucles d'oreilles ornées de turquoises. Un homme aux cheveux gris la rejoint et l'appelle : Rachel.

A la maison, Price retrouve sa mère : elle lit dans le marc de café ; elle veut connaître le nom de la petite amie de son fils ; il n'a pas de petite amie, il répond : Rachel.

 

Geddes, le professeur de littérature, perd la boule en classe. Il délire : « … la flamme bleue... »

 

« J'ai été brûlé par la flamme bleue. [...] Mon Dieu, c'est une cravate bleue ! Bleu marine ! […] Grrr... complets bleus. Bas bleus. Savez-vous... grrr... ce qu'est un bas-bleu ? […] Blazers ! De la flamme bleue, nous passons à... grrr... blazers bleus. […] Billy a acheté un blazer bleu. »

Derrière moi, Billy Freund déglutit.

 

Tout avait commencé par une discussion sur les métaphores – dont on trouvait des exemples dans la chanson populaire. Blue Moon...

Steve Tesich, Price – tout homme est une île

 

Richard Rodgers, Lorenz Hart, Blue Moon, int. Connee Boswell, Brunswick Records, 1935

(source : https://www.youtube.com/watch?v=aZCi2WQ6rNg)

 

Blue moon

You saw me standing alone

Without a dream in my heart

Without a love of my own

 

Blue moon

You knew just what I was there for

You heard me saying a prayer for

Someone I really could care for

 

And then there suddenly appeared before me

The only one my arms will ever hold

I heard somebody whisper : « Please adore me »

And when I looked the moon had turned to gold

 

Blue moon

Now I'm no longer alone

Without a dream in my heart

Without a love of my own

 

« Avez-vous entendu parler de la période bleue de Picasso ? Avez-vous entendu parler de L'enfant bleu, de Gainsborough ? […] Et L'Hôtel bleu, de Stephen Crane ? Et Blue Juniata, de Malcolm Cowley ? Et le Voyage bleu, de Conrad Aiken ? […] Ou bien ne connaissez-vous que Blue Moon ? »

Fin du cours... Une ambulance, sirène gémissante, vient se ranger derrière le bâtiment. On cause dans les couloirs...

« Bande de vaches débiles, marmonnai-je.

Moi, j'aime bien les vaches, déclara Freud avec un sourire. Surtout les laitières. […] Elles marchent comme des candidates à l'élection présidentielle, l'air important, avec leurs grosses mamelles qui ballottent, on dirait des cloches. »

 

Dans la famille Price, le père est devenu solitaire et distant quelques années auparavant. Il travaille dur à l'usine alors qu'il est malade, toujours fiévreux et, à la maison, toujours plongé dans les mots croisés du Sun Times.

 

Price revient à Aberdeen Lane. Rachel est dans le jardin, elle l'aperçoit et l'appelle, elle lui demande son nom. Daniel Boone Price – Daniel Boone, comme le pionnier qui traça la route vers l'Ouest.

 

Peut-être était-ce le destin. […] Notre rencontre.

 

Rachel Temerson vit avec son père – l'homme aux cheveux gris –, David, photographe.

 

Pour Price, destin est un mot nouveau. Avoir un destin, c'était comme avoir une identité secrète. […] Non seulement j'avais un destin, mais en plus je connaissais son nom, son adresse ; il habitait Aberdeen Lane et se prénommait Rachel.

 

Price rencontre son destin tous les soirs.

Un soir, le père est seul, un peu ivre. A la radio, les Ames Brothers chantent Blue Moon. Rachel est allée se promener.

Price la retrouve au Kosciuszko Park.

« Rachel, dis-je.

Ah, voilà...

Je t'aime. »

[…]

« Et maintenant ? » demandai-je.

Elle sourit.

[…]

« Notre histoire a commencé. »

 

Au petit matin, les hommes de nuit sortent de la Sunrise Oil.

Pauvres gars. Regardez-moi ça. Ils rentrent chez eux en traînant la patte, leurs misérables affaires à la main, courbés, épuisés, mornes.

 

Mademoiselle Mashar, la remplaçante du professeur Geddes, demande à ses élèves d'écrire un poème et de le réciter devant la classe.

Misiora dit :

Je mettrais ma main au feu,

Oui, je mettrais ma main au feu

Que tout homme est une île.

 

Le soir, en rejoignant Rachel, Price s'attribue le poème.

 

Le père de Price est hospitalisé, c'est le cancer.

Le docteur Hurst : Malheureusement, le cancer n'est pas rare, dans la région. La forte concentration d'industries est peut-être formidable pour l'emploi, mais il semblerait qu'elle provoque aussi une épidémie de cancers – de toutes sortes. […] C'est un cancer de la moelle épinière. Plusieurs traitements sont envisageables. Aucun ne garantit la guérison et, malheureusement, aucun ne peut être dispensé dans cet hôpital. En d'autres mots, nous disposons de magnifiques installations industrielles pour provoquer le cancer, mais d'aucune pour le traiter.

 

Rachel et Price, l'amour. Oui, Rachel et moi, nous sommes amants.

L'amour peut être un poison, déclara-t-elle en hochant la tête, un sourire aux lèvres. Et ça peut aussi être un antidote. Un jour viendra où tu ne feras plus la différence entre les deux.

 

La fameuse chanson de Jiminy Cricket surgit dans ma tête et je la fredonnai tout en attendant Rachel.

On dit que la curiosité

est un vilain défaut,

c'est peut-être la vérité,

mais laissez-moi vous conseiller :

en matière de curiosité,

prenez donc l'encyclopédie.

L'en-cy-clo-pé-die !

 

Mentir était devenu un réflexe.

 

Price avait emprunté un poème à son copain Misiora. A la bibliothèque, il emprunte des livres sous une identité empruntée. Il écrit un journal de Rachel, un autre de Lavonne Dewey (une amie qui accueillait les trois copains), puis le sien.

Il est devenu James Donovan.

 

29 septembre. Aujourd’hui, j’ai quitté l’endroit où j’ai grandi, convaincu que le destin n’est qu’un mirage. Pour autant que je sache, il n’y a que la vie, et je me réjouis à l’idée de la vivre.

Ainsi commençait le journal de James Donovan.

Et je m’en allai par le monde.

 

Au seuil de la mort, je ne penserai pas au yacht que j’aurais pu m’acheter : je penserai aux régions inexplorées, aux amours que je n’ai jamais avouées, à toutes les émotions et idées que j’ai encore en moi et qui disparaîtront quand on me mettra six pieds sous terre. Vous n’avez qu’une chance pour cette chose qu’on appelle la vie.

Steve Tesich, mai 1996

(Steve Tesich est mort d'une crise cardiaque le 1er juillet 1996)

 

Histoire orageuse, parcourue d’égarements, de trahisons et de colère, Price raconte l’odyssée intime d’un garçon projeté brutalement dans la vie adulte, où vérité et mensonge, raison et folie finissent par se confondre.

(source : éditeur)

 

Vérité et mensonge, raison et folie, une fois encore... Apparence et réalité, semblant et faux-semblant, trahisons... Un thème récurrent depuis des mois.

Lou orchestre les variations en choisissant ses lectures, peut-être. A-t-il choisi l'histoire de Price ou bien est-ce le destin ?

Bleu, cravate bleue, bleu marine, élections et vaches à lait, Blue Moon... Où est le hasard ? Un père solitaire et distant, plongé dans ses mots croisés et qui prend la fièvre à la moindre occasion...

 

Où est Rachel ? Rosebud.

 

Grande histoire, roman initiatique – les commentaires de Lou ne seront entendus que par un lecteur muet dont la honte assure l'anonymat...

 

Autre histoire, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre :

Karoo est un roman fascinant, nous dit Des pas perdus.

 

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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 00:15
Tuomas Kyrö, Les tribulations d'un lapin en Laponie – moins on parle...

Tuomas Kyrö, Les tribulations d'un lapin en Laponie (Kerjäläinen ja jänis, Helsinki, Siltala, 2011), traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, Denoël – Gallimard Folio, 2013

Tuomas Kyrö, Les tribulations d'un lapin en Laponie – moins on parle...

Tuomas Kyrö à la foire du livre de Turku en 2011, photographie : Soppakanuuna

 

Né le 4 juin1974, Tuomas Kyrô est journaliste, écrivain, dramaturge et dessinateur.

Les Tribulations d'un lapin en Laponie (Kerjäläinen ja jänis) est son premier roman traduit en français.

Il vit actuellement avec sa famille à Janakkala.

 

Chapitre premier

où l'on découvre comment Vatanescu part travailler à l'étranger, dit adieu à sa sœur et fait un barbecue

 

Il y aurait bien sûr eu d'autres possibilités, notre héros aurait pu voler des voitures, récupérer le cuivre des câbles téléphoniques ou vendre un de ses reins. Mais de toutes les mauvaises solutions, celle que lui offrait Iegor Kugar était la meilleure. Elle lui assurait un contrat de travail d'un an, le transport jusqu'au théâtre des opérations et un emploi pour sa sœur, avec en prime de nouvelles dents et des implants mammaires.

Vatanescu laissa un mot à son ex-femme, promettant de lui envoyer l'argent de sa pension alimentaire dès qu'il aurait constitué un petit pécule. Après leur divorce, ses relations avec la mère de son fils Miklos s'étaient quelque peu envenimées. Au point que le pus giclait, malgré leur bonne volonté réciproque. Mais quand l'amour s'éclipse, le vide est vite comblé par la jalousie, la rancoeur, la vengeance, les jérémiades et l'entêtement.

Vatanescu s'assit sur le bord du lit où dormait sa mère, avec Miklos au creux de son bras. Sans le réveiller, il lui ôta sa chaussette droite et, à l'aide d'une craie de couleur, traça soigneusement sur une feuille de papier le contour de sa plante de pied.

Tu auras tes chaussures de football.

Papa va t'en acheter.

 

Le lapin est clairement un hommage au Lièvre de Vatanen (Jäniksen vuosi, 1975) de l'écrivain finlandais Arto Paasilinna.

Tout aussi clairement, on y lit un nouveau Candide.

 

Moins on parle, moins on dit de bêtises.

 

Le travail de Vatanescu, emporté en Finlande ? Mendiant professionnel. Une bonne conscience pour le bourgeois charitable, soixante-quinze pour cent pour Iegor, vingt-cinq pour l'employé.

A la fin de sa première journée, Vatanescu a gagné cinq euros quatre-vingts et une couchette dans son logement de fonction, la caravane numéro trois – qu'il partage avec Balthazar, vieillard manchot et unijambiste, compagnon de chambrée et d'infortune.

Vatanescu fait ses provisions dans une benne à ordures : un kilo et demi de collier de porc, jeté à la poubelle parce que la date du jour est celle indiquée sur l'emballage.

Barbecue, fête du cochon généreusement arrosée, Balthazar est à l'accordéon.

 

Lucie Galibois à l'accordéon et François Grimaud au violon

 

Vatanescu recueille un lapin poursuivi par une meute hurlante de chasseurs.

Je dois te sauver. Pour me sauver moi-même.

 

De mort en mort, Vatanescu ressuscitera-t-il comme Finnegan ?

Le lapin devenu comme une peluche reprendra-t-il sa liberté en changeant de mains ?

 

Truculent, facile mais truculent.

 

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 00:15
Mozart, Kristian Bezuidenhout – Lison dormait...

Mozart, Keyboard Music, vol. 7, Kristian Bezuidenhout (fortepiano), Harmonia Mundi, 2015

 

9 Variations on 'Lison dormait' in C Major, K. 264 (1778)

Sonata in A Major, K. 310 (1778)

6 Variations on 'Mio caro Adone' in G Major, K. 180 (1773)

Sonata in D Major, K. 284 (1774)

 

9 Variations on 'Lison dormait' in C Major, K. 264 (1778) – premières variations

Mozart, Kristian Bezuidenhout – Lison dormait...

Lison dormait dans un bocage

Un bras par ci, un bras par là.

Son lit était un vert feuillage,

Ah que l'on dort bien comme cela.

Son amant est là qui la guette.

Voyons, dit-il, réveillons-la.

Il lui tira sa collerette

Réveillons-la, réveillons-la.

La belle toujours sommeilla.

 

A l'automne 1778, Mozart compose Neuf Variations sur "Lison dormait", K. 264. Le thème est extrait de l'opéra-comique Julie, de Nicolas Dezède, représenté à Paris cette année-là. L'œuvre de Mozart montre une grande maîtrise du pianoforte de Stein, d'invention récente : l'espacement des voix et le registre des longues successions de retards dans la main gauche (variation 1) ; le dialogue de registres aigus contrastés (variation 3) ; de longs trilles (variation 4)...

(d'après le livret de l'album)

 

Endiablé, enjoué, en romance, Kristian Bezuidenhout est un magicien.

 

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 00:15
Russell Banks, Un membre permanent de la famille – des chiens et des chats

Russell Banks, Un membre permanent de la famille (A Permanent Member of the Family, HarperCollins Publishers, 2013), nouvelles traduites de l'américain par Pierre Furlan, Actes Sud, 2015 

Russell Banks, Un membre permanent de la famille – des chiens et des chats

Russell Banks, © Nancie Battaglia

Né en 1940, Russell Banks, sans conteste l’un des écrivains majeurs de sa génération, est président du Parlement international des Écrivains et membre de la prestigieuse American Academy of Arts and Letters. Son œuvre, traduite dans une vingtaine de langues et publiée en France par Actes Sud, a obtenu de nombreuses distinctions internationales. Il vit dans l’État de New York.

Récemment chez Actes Sud : Lointain souvenir de la peau (2012).

Source : Actes Sud.

 

Un mari humilié qui rôde dans la maison de son ex-femme, un serveur déprimé qui invente à une inconnue une vie qui n’est pas la sienne pour la sauver d’un hypothétique désespoir, des hommes et des femmes qui, pour transcender leur existence ordinaire, mentent ou affabulent à l’envi, sous le soleil de Miami ou sous des cieux plus sombres... Dans ces douze nouvelles d’une extraordinaire intensité et peuplées de personnages cheminant sur le fil du rasoir, Russell Banks, convoquant les angoisses et les tensions où s’abîment les fragiles relations que l’être humain tente d’entretenir avec ses semblables, transmue magistralement le réel et le quotidien en authentiques paraboles métaphysiques.

4e de couverture

 

Incipit

 

Ancien Marine

 

Après être resté éveillé une heure dans son lit, Connie finit par repousser les couvertures et se lever. Il fait encore nuit. Pieds nus, il frissonne dans son boxer et son tee-shirt. Il ressent une légère gueule de bois – une bière de trop la veille, au 20 Main. D’un geste sec il allume la lampe de chevet puis il remonte le thermostat de treize à dix-huit degrés. La chaudière pousse un soupir rageur, la soufflerie démarre et une odeur de pétrole se répand dans tout le mobile home. Connie tapote son sonotone pour bien le placer sans son oreille et jette un coup d’œil par la fenêtre de sa chambre. La neige tombe sur le gazon, sous le pâle faisceau d’un réverbère. C’est la deuxième semaine d’avril, il devrait pleuvoir, mais Connie est content de voir qu’il neige. Il sort du tiroir de la table de chevet son pistolet de service, un Colt de calibre 11,43, vérifie qu’il est bien chargé et le pose sur la commode.

 

Connie est, pour lui seulement, le Retraité. Il a été viré par le commissaire-priseur qui l'employait. C'est la faute de l'économie. Et la faute de ces mecs, quels qu'ils soient, censés s'en occuper.

Pour vivre, il y a les banques. Une cagoule, un flingue, un sac de sport : des milliers de dollars. Et de la neige sur la route. Le pick-up glisse, on se retrouve à l'hôpital avec une clavicule en trois morceaux et trois fils bien élevés après que leur mère les a abandonnés : deux policiers et un gardien de prison, fidèles à leur père et à leur devoir.

Ils se donnent le temps de réfléchir en quittant la chambre.

Le pistolet est resté avec les billets, il est chargé, le sac a été rapporté dans la chambre, on entend un coup de feu.

 

Un membre permanent de la famille

 

Je ne suis pas sûr d'avoir envie de raconter cette histoire qui parle de moi – en tout cas pas maintenant, environ trente-cinq ans après les faits.

L'histoire de mon ex-femme, d'un chat et d'une chienne, Sarge, un membre permanent de la famille.

 

Fête de Noël

 

Sheila, l'ex-femme d'Harold Bilodeau, s'était remariée, mais pas Harold.

Ils avaient divorcé à l'amiable, comme on dit. Sheila avait une liaison avec Bud Lincoln, un ami de la famille et leur voisin.

Harold vivait seul avec leurs trois chiens et deux chats.

Sheila et Bud ont fait construire une maison de rêve, adopté un petit Éthiopien, transformant ainsi un banal adultère en une belle histoire de grand amour.

Ils invitent Harold, parmi bien d'autres, à leur grande soirée de Noël où chacun apportera sa décoration au sapin.

Harold reprend une bière au bar de la fête, la fille tatouée qui le sert lui souhaite un joyeux Noël.

« A vous aussi, répond-il. Dites-moi votre prénom. »

 

Blue

 

Depuis près de trois ans Ventana a mis de côté cent dollars par mois. Aujourd'hui, elle a retiré trois mille cinq cents dollars en billets à la coopérative de crédit. Elle a quarante-sept ans, elle vit seule depuis son divorce, ses deux enfants sont loin.

Aujourd'hui, elle achète une voiture chez Sunshine Cars USA, une belle occasion, ils en ont dans ses prix.

Elle repartira dans sa voiture après avoir payé en billets – pour un chèque, on ne ferait pas confiance à une Noire.

On lui dit de regarder les voitures des dernières rangées au fond du parc.

Sunshine ferme à dix-huit heures. On oublie Ventana, on lâche le pitbull, Ventana est enfermée.

Elle échappe à la bête furieuse en se réfugiant sur le toit d'une voiture, puis en sautant de voiture en voiture elle se rapproche de l'entrée.

Reynaldo, un adolescent, passe devant la clôture, il apprend la mésaventure et appelle Channel 5 – le 911 refusant de se déplacer pour porter secours.

L'événement n'intéresse pas l'équipe de télévision venue sur place. Ventana reste seule, avec le chien.

Comment t'appelles-tu, chien-chien ? Peut-être Blue, comme dans une vieille chanson : « J'avais un chien et il s'appelait Blue... »

Le chien ne gronde ni ne grogne. Il ne respire même pas bruyamment. Silencieux, il frappe comme un serpent.

 

Joan Baez, Old Blue, Traditional

 

Où il est question de solitude, de vies bancales, de chiens et de chats.

 

Russell Banks est un très grand.

 

- - -

 

ANNEXE

 

Joan Baez, Old Blue, Traditional

 

Well, I had an old dog and his name was Blue

Had an old dog and his name was Blue

Had an old dog and his name was Blue

Betcha five dollars he's a good dog too

« Here old Blue, good dog you »

 

Well, I shouldered my axe and I tooted my horn

Went to find 'possum in the new grown corn

Old Blue treed and I went to see

Blue had 'possum up a tall oak tree

 

Mmm, boy I roast'd 'possum, nice and brown

Sweet potatoes, n' all around

And to say, « Here old Blue

(Here, boy)

You can have some too »

 

Now, old Blue died and he died so hard

Made a big dent in my backyard

Dug his grave with a silver spade

Lowered him down with a link of chain

Every link I did call his name

Singing, « Here, old Blue-ue, good dog you »

 

Now, when I get to heaven, first thing I'll do

When I get to heaven, first thing 'awm do

When I get to heaven first thing I'll do

Pull out my horn and call old Blue

I'll say, « Here old Blue, come on dog, good dog you »

 

I'll say, « Here Blue-e, I'm a coming there too

Down boy, good dog »

 

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 04:15

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 00:15

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.

Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »

Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.

Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.

En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.

Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,

ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.

C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.

Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

 

Τῇ δὲ μιᾷ τῶν σαββάτων Μαρία ἡ Μαγδαληνὴ ἔρχεται πρωΐ, σκοτίας ἔτι οὔσης, εἰς τὸ μνημεῖον, καὶ βλέπει τὸν λίθον ἠρμένον ἐκ τοῦ μνημείου.

Τρέχει οὖν καὶ ἔρχεται πρὸς Σίμωνα Πέτρον καὶ πρὸς τὸν ἄλλον μαθητὴν ὃν ἐφίλει ὁ Ἰησοῦς, καὶ λέγει αὐτοῖς, Ἦραν τὸν κύριον ἐκ τοῦ μνημείου, καὶ οὐκ οἴδαμεν ποῦ ἔθηκαν αὐτόν.

Ἐξῆλθεν οὖν ὁ Πέτρος καὶ ὁ ἄλλος μαθητής, καὶ ἤρχοντο εἰς τὸ μνημεῖον.

Ἔτρεχον δὲ οἱ δύο ὁμοῦ: καὶ ὁ ἄλλος μαθητὴς προέδραμεν τάχιον τοῦ Πέτρου, καὶ ἦλθεν πρῶτος εἰς τὸ μνημεῖον,

καὶ παρακύψας βλέπει κείμενα τὰ ὀθόνια, οὐ μέντοι εἰσῆλθεν.

Ἔρχεται οὖν Σίμων Πέτρος ἀκολουθῶν αὐτῷ, καὶ εἰσῆλθεν εἰς τὸ μνημεῖον, καὶ θεωρεῖ τὰ ὀθόνια κείμενα,

καὶ τὸ σουδάριον ὃ ἦν ἐπὶ τῆς κεφαλῆς αὐτοῦ, οὐ μετὰ τῶν ὀθονίων κείμενον, ἀλλὰ χωρὶς ἐντετυλιγμένον εἰς ἕνα τόπον.

Τότε οὖν εἰσῆλθεν καὶ ὁ ἄλλος μαθητὴς ὁ ἐλθὼν πρῶτος εἰς τὸ μνημεῖον, καὶ εἶδεν, καὶ ἐπίστευσεν :

οὐδέπω γὰρ ᾔδεισαν τὴν γραφήν, ὅτι δεῖ αὐτὸν ἐκ νεκρῶν ἀναστῆναι.

Jn, 20,1-9

 

« Nous ne savons pas où on l’a mis. »

 

C'est vrai, on ne sait plus où on L'a mis. Des fois sur la cheminée, et on ne Le voit plus sous la poussière, ou bien dans le placard à confitures, avec les images pieuses des vacances.

On ne Le voit plus. Et pourtant Il est à côté de nous. Vous connaissez ces vieux couples qui marchent côte à côte sans se regarder, sans se voir ?

Ouvrez le placard à confitures !

Pâques 2015 – On a enlevé le Seigneur

Fra Angelico, Noli me tangere, fresque, ca 1440, Couvent San Marco, Florence

(cliquer ICI pour mieux lire l'image)

La plaie ouverte sur le pied gauche du Christ se reproduit sur les plantes et dans l'herbe : le monde est le corps du Christ. Les pieds sont croisés et semblent effleurer la prairie : dans la tradition iconographique du Moyen âge, c'est une représentation du mouvement.

 

Johann Sebastian Bach, Oratorio de Pâques (Oster-Oratorium), Sinfonia, Collegium Vocale, Gent, dir. Philippe Herreweghe

 

Johann Sebastian Bach, Oratorio de Pâques (Oster-Oratorium), Kommt, eilet und laufet, Collegium Vocale, Gent, dir. Philippe Herreweghe – Mark Padmore, ténor, Peter Kooy, basse

 

Kommt, eilet und laufet, ihr flüchtigen Füße,

Venez, hâtez-vous, courez d’un pas rapide,

 

Erreichet die Höhle, die Jesum bedeckt !

Atteignez la caverne, qui couvre Jésus !

 

Lachen und Scherzen

Rires et ambiance joyeuse

 

Begleitet die Herzen,

Accompagnent les cœurs,

 

Denn unser Heil ist auferweckt.

Car notre salut s’est relevé.

 

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 00:15
Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres – Recordare, Domine

Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres, Ensemble Correspondances, Sophie Karthäuser, soprano, Sébastien Daucé, direction, harmonia mundi, 2015

Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres – Recordare, Domine

Sébastien Daucé

Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres – Recordare, Domine

Sophie Karthäuser

(oui, elle est...)

 

Lorsque Lalande quitte cette vallée de larmes, sa notoriété est à son apogée ; entre 1725 et 1730, il a été le musicien le plus programmé à Paris. On se presse pour entendre ses motets, notamment les trois Leçons de Ténèbres et le Miserere à voix seule destinés aux offices de la Semaine sainte. De nombreux compositeurs avaient déjà proposé leur vision des Leçons dans la France du Roi soleil, faisant de l’Office de Ténèbres un véritable événement mondain. Fidèle à cette esthétique, Lalande saura exploiter cet art de l’ambiguïté, tout en se détournant de la tradition.

  

Michel-Richard Delalande, Leçons de Ténèbres

 

Livre des lamentations de Jérémie, 5, 1-2

 

Recordare, Domine, quid acciderit nobis : intuere, et respice opprobrium nostrum.

Hæreditas nostra versa est ad alienos, domus nostræ ad extraneos.

 

Rappelle-toi, Seigneur, ce qui nous arrive. Regarde, et vois notre honte.

Notre héritage a passé à des inconnus, nos maisons, à des étrangers.

 

Bien en Cour avec ses Simphonies pour les Soupers du Roy, Michel-Richard Delalande offre également, pour la semaine sainte avant Pâques, le service frugal des Leçons de Ténèbres aux Dames de l'Assomption, près des Tuileries.

En fin de journée, le mercredy, le jeudy et le vendredy de la semaine sainte, ces lectures nocturnes des Lamentations du prophète Jérémie, dans une mise en scène dramatisée, sont un événement mondain. Dans l'obscurité de la chapelle, quinze cierges (représentant les douze apôtres et les trois Marie) s'éteignent l'un après l'autre, au fil des versets chantés.

Delalande, marié à une chanteuse, Anne-Renée Rebel, et père de deux sopranos, Marie-Anne et Jeanne, également réputées, savait ainsi composer avec leur voix, notamment dans les chapelets de vocalises qui introduisent chaque leçon, sur les lettres de l'alphabet hébraïque.

 

Souper frugal et fourneaux inspirés.

 

76' 23" de bonheur.

 

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 00:15
Louis-Ferdinand Céline, L'école des cadavres – encore très loin des orages

Louis-Ferdinand Céline, L’École des cadavres, Éditions Denoël, 19, rue Amélie, Paris, Copyright par Louis- Ferdinand Céline, Paris 1938 – Une Production Cigale

 

le Temps, 20 juillet 1938

 

Aryens, il faut toujours vous dire à chaque Juif que vous rencontrez que s'il était à votre place il serait lui nazi 100 pour 100. Il vous trouve en son intime stupide à dévorer du foin de n'avoir encore rien compris. Et plus vous lui donnerez des preuves de bienveillance, d'amitié, et plus il se méfiera, forcément...

 

A chaque seconde, il se demande si ça va durer toujours...

 

Il aime pas beaucoup vous regarder en face. Plutôt il vous bigle de travers, à la dérobée, comme on observe les cocus, de biais, vaquer à leurs petites affaires, encore pas inquiets du tout, encore très loin des orages.

 

Céline est un écrivain.

 

Qu'est-ce qu'un écrivain ? Comment apprendre à lire, à distinguer auteur, narrateur, personnage ? Quand Dame Agatha Christie publie Le meurtre de Roger Akroyd, personne ne la soupçonne d'être une meurtrière.

La vérité, c'est que Céline se foutait de ce monde de violence et d’imbécillité. A Sigmaringen (la page est sous-titrée : « c'est du roman »), il faisait scandale, mais on le tolérait, les crétins de Vichy ou de Berlin se réjouissaient du guignol (Guignol's Band) qu'ils ne lisaient que selon une informe (infâmante ?) lecture.

 

Qu'est-ce qu'un écrivain ?

 

ÉCRIVAIN. n. m. Celui qui compose des livres. Le métier d'écrivain. Un écrivain médiocre. Un écrivain célèbre. Les meilleurs écrivains du dix-huitième siècle. Les grands écrivains. Il se dit aussi des Femmes. Mme de Sévigné est un grand écrivain. Le dix-neuvième siècle fut fécond en femmes écrivains.

Absolument, Un écrivain, Un auteur distingué par les qualités de son style. Il faut de solides études pour former un écrivain. C'est un habile conteur : ce n'est pas un écrivain.

Écrivain public se disait de Celui qui faisait métier d'écrire pour le public des lettres, des mémoires, des pétitions, etc.

Dictionnaire de l’Académie Française, huitième édition, 1932-1935

 

Qu'est-ce qu'un auteur ?

 

AUTEUR. n. m. Celui qui est la première cause de quelque chose. Dieu est l'auteur de la nature. JÉSUS-CHRIST est l'auteur de notre salut. Les auteurs de la sédition, de la conjuration furent punis. On ne connaît point l'auteur de cette nouvelle. Vous êtes l'auteur de ma ruine. On n'a pu découvrir l'auteur de ce forfait. Il ne fut que l'instrument du crime; un tel en est l'auteur, le premier, le véritable auteur.

Les auteurs d'une race, Ceux dont elle est sortie. C'est dans ce sens qu'on dit, en termes de Jurisprudence, Les collatéraux descendent d'un auteur commun.

Les auteurs de nos jours, Notre père et notre mère.

Il signifie aussi Inventeur. L'auteur d'une découverte, d'un procédé. Il est l'auteur de ce système. Les auteurs des opinions nouvelles. L'auteur d'un projet.

Il se dit spécialement de Celui qui a fait un ouvrage de littérature, de science ou d'art. L'auteur de ce livre est inconnu. Cette musique est d'un auteur célèbre. Après la pièce, le public demanda le nom de l'auteur. Quel est l'auteur de ce tableau ? On le dit aussi des femmes. Cette dame est l'auteur d'un fort joli roman.

Il signifie absolument Celui qui a écrit quelque ouvrage ou qui écrit habituellement des ouvrages. Bon auteur. Mauvais, médiocre auteur. Il s'est fait auteur. La condition, la vie, le métier d'auteur. La réputation, la célébrité, la gloire de cet auteur. Auteur ancien. Auteur moderne. Auteur classique. Auteur grave. Auteur frivole. Auteur dramatique. Auteur grec, latin, italien, arabe. Auteur approuvé. Auteur orthodoxe. Auteur apocryphe. Auteur anonyme. Auteur pseudonyme. Auteur original. Les auteurs sacrés. Les auteurs profanes. Auteur contemporain. On dit adjectivement, dans ce sens, Une femme auteur.

Il désigne quelquefois par extension l'Ouvrage même d'un auteur. Lire un auteur. Commenter, expliquer, critiquer un auteur. Entendre les auteurs. Citer un auteur. Compiler des auteurs. Collection, choix des auteurs grecs, etc. Étudier les bons auteurs. Il possède à fond ses auteurs.

Il signifie également Celui de qui on a appris quelque nouvelle. C'est mon auteur. Je vous nomme mon auteur. Je vous cite mon auteur. Il ne veut pas dire son auteur. En ce sens, on dit aussi d'une Femme C'est elle qui est mon auteur.

En termes de Jurisprudence, il se dit de Celui de qui on tient quelque droit. On lui disputait la possession de cette terre, il fit appeler ses auteurs en garantie.

Dictionnaire de l’Académie Française, huitième édition, 1932-1935

 

Qu'est-ce qu'un narrateur ?

 

NARRATEUR, TRICE. (On prononce les deux R dans ce mot et dans les quatre suivants.) n. Celui, celle qui narre, qui raconte quelque chose. C'est un narrateur ennuyeux, fastidieux, exact, fidèle. Une amusante narratrice.

Dictionnaire de l’Académie Française, huitième édition, 1932-1935

 

Qu'est-ce qu'un personnage ?

 

PERSONNAGE. n. m. Personne. En ce sens, il se dit principalement des Hommes, et il comporte une certaine idée de grandeur, d'autorité, d'importance sociale. Les plus grands personnages de l'antiquité. Il se croit un personnage, un grand personnage. Trancher du personnage.

Il s'emploie quelquefois comme terme de dénigrement, et alors sa signification est ordinairement déterminée par une épithète. C'est un fort sot personnage. C'est le plus ridicule personnage que l'on puisse voir. Voilà un impudent personnage. Vous êtes un plaisant personnage. Absolument, Je connais le personnage.

Il se dit encore des Personnes mises en action dans un ouvrage dramatique; en ce sens, il s'applique aux femmes comme aux hommes. Le personnage de Tartufe, de Joad, de Zaïre, de Figaro, de Ruy Blas, d'Antony. Le principal personnage. Il y a dans cette pièce trop de personnages, trop de personnages accessoires. Personnage essentiel, inutile à l'action. La liste des personnages. On dit de même Les personnages d'un dialogue.

Il se dit quelquefois de Ces mêmes personnes, par rapport aux comédiens qui les représentent. Il joue le premier personnage, le principal personnage. Il joue bien son personnage.

Il se dit, par extension, des Personnes qui figurent dans un ouvrage narratif, dans un roman. Ce romancier a trop multiplié les personnages secondaires.

Fig., C'est un personnage de roman se dit d'un Homme qui a eu beaucoup d'aventures.

PERSONNAGE se dit, figurément, de la Manière dont on se conduit. Cet homme-là est destiné à jouer un grand personnage. Il a joué dans cette affaire un étrange personnage. Il fait un triste, un sot, un plat personnage. Il joue bien, il soutient bien son personnage. Un intrigant est obligé de jouer bien des personnages à la fois. Un fripon ne fait pas longtemps le personnage d'homme de bien.

Il désigne, en termes de Beaux-Arts, les Figures d'une composition. Un personnage placé au premier plan.

Tapisseries à personnages, Tapisseries où il y a des figures d'hommes et de femmes.

Personnage allégorique, Être métaphysique, création abstraite en qui la poésie ou la peinture personnifie une chose, une qualité ou un défaut de la nature humaine. La Renommée dans « l'Énéide » et la Mollesse dans « le Lutrin » sont des personnages allégoriques. Rubens, dans sa galerie du Luxembourg, a fait un grand emploi des personnages allégoriques.

Dictionnaire de l’Académie Française, huitième édition, 1932-1935

 

On se plaira éventuellement à connaître que l'écrivain est un insecte coléoptère de la famille des eumolpes qui découpe des sortes de caractères dans les feuilles de vigne (Elie-Abel Carrière, La Vigne, 1865).

Céline, fin entomologiste du monde, le connaissait.

 

Le narrateur est celui qui raconte l’histoire. Il ne faut pas le confondre avec l’auteur du récit (la personne physique qui a écrit le texte) ni avec les personnages (le narrateur n’est pas forcément un personnage du récit).

 

Relisons.

 

le Temps, 20 juillet 1938

 

Aryens, il faut toujours vous dire à chaque Juif que vous rencontrez que s'il était à votre

place il serait lui nazi 100 pour 100. Il vous trouve en son intime stupide à dévorer du foin de n'avoir encore rien compris. Et plus vous lui donnerez des preuves de bienveillance, d'amitié, et plus il se méfiera, forcément...

 

A chaque seconde, il se demande si ça va durer toujours...

 

Il aime pas beaucoup vous regarder en face. Plutôt il vous bigle de travers, à la dérobée, comme on observe les cocus, de biais, vaquer à leurs petites affaires, encore pas inquiets du tout, encore très loin des orages.

 

1938. Nous sommes avant l'orage. La tempête souffle depuis 1933, mais le maréchal n'a pas encore fait le don de sa personne à la France, ni même à la science.

 

 

Aryens. Ce discours s'adresse aux Aryens, qui se disent Aryens – le terme n'est pas forgé par celui qui parle.

 

Chaque Juif, s'il était à votre place il serait lui nazi 100 pour 100.

Cette phrase, dont la banalité suffit à disculper celui qui parle de toute malice, serait digne de Monsieur Perrichon (un personnage) ou de Monsieur de La Palice (dans le personnage qu'on en a fait).

Si vous, oui, devant votre écran, vous étiez à la place d'un nazi... Reprenons... Si vous étiez à la place du calife, vous seriez calife, n'est-ce pas ?

 

Il vous trouve en son intime stupide à dévorer du foin.

Ainsi, le Juif, qui n'est pas à la place d'un nazi, trouve clairement le nazi stupide. Est-ce le propos ou la pensée du Juif, un personnage qui observe, ou du narrateur, ou de l'auteur qui s'exprime en ayant recours à un truchement ?

 

Plutôt il vous bigle de travers, à la dérobée, comme on observe les cocus, de biais.

Voilà nos nazis, stupides à dévorer du foin, cocus !

 

Encore très loin des orages.

Loin des Orages d'acier qui anéantirons le Reich millénaire, après six millions, huit millions, dix millions d'exterminés. L'horreur est dans cette indétermination.

 

Céline n'a jamais appelé au meurtre, sinon dans un sens figuré, en littérature, avec ses Bagatelles pour un massacre des illettrés.

 

Céline est un écrivain.

 

- - -

Louis-Ferdinand Céline, L'école des cadavres – encore très loin des orages

Louis-Ferdinand Céline, Les écrits maudits, La Griffe Rouge

 

Voyons un peu : Céline, avec André Parinaud, journaliste, réalisation : Alexandre Tarta, INA, 1958 – première partie

 

Voyons un peu : Céline, avec André Parinaud, journaliste, réalisation : Alexandre Tarta, INA, 1958 – seconde partie

 

Une leçon de littérature.

 

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 01:15
La Toilette. Naissance de l'intime

La Toilette. Naissance de l'intime, Hazan, 2015 – 223 p., nombreuses illustrations, 29 €

Cet ouvrage est publié à l'occasion de l'exposition « La Toilette. Naissance de l'intime » organisée par le musée Marmottan-Monet à Paris du 12 février au 5 juillet 2015.

Auteurs du catalogue : Nadeije Laneyrie-Dagen et Georges Vigarello.

La Toilette. Naissance de l'intime

Pays-Bas du Sud, Le Bain, tenture de La Vie seigneuriale, vers 1500

 

Une tapisserie du musée de Cluny, un des éléments de la tenture des épisodes de La Vie seigneuriale, vers 1500, illustre un bain somptueux : des domestiques s'empressent auprès de la baigneuse, une nature luxuriante entoure la cuve de pierre, les instruments de musique, les parfums, les couleurs évoquent l'alerte des sens. Le bain serait plénitude, plaisir, l'occasion de représenter le nu aussi, un corps fin et délié triomphant dans un décor sublimé.

 

Un bain idéalisé glorifiant un corps abstrait des pratiques de l'ablution, rares à cette époque du fait de la rareté de l'eau dans les appartements et de la prévention des médecins contre sa nocivité.

 

Au XVIIe siècle, on préfère la toilette sèche : on s'essuie, on change de linge et le nettoiement s'accompagne de parfums et d'onguents – fort utiles en ces temps où la puanteur règne dans les couloirs et les antichambres des palais.

(de nos jours, l'odeur n'est plus la même)

 

Au XVIIIe siècle, la toilette, offerte en spectacle au siècle précédent, devient une scène intime où l'individu, le sujet, s'affirme. L'eau s'ouvre au bain et au bidet. L'espace privé se referme.

 

Ce mouvement se poursuit et s'amplifie au XIXe siècle. Le nu n'est plus celui du corps parfait, mythologique, mais celui du quotidien : les gestes secrets l'emportent sur l'idéal du trait.

 

Au XXe siècle, on ne montre plus que celle qui, dans le moment de la toilette, veut être seule.

La Toilette. Naissance de l'intime

Art Shay, Simone de Beauvoir après son bain, Chicago, 1950, photographie, tirage sur gélatine-argent, 33,02 x 21,59 cm, Chicago, Museum of Contemporary Art

 

Une très belle exposition sur un thème peu fréquenté et sous la conduite des excellents maîtres d’œuvre également rédacteurs du catalogue.

 

Des images... charmantes, comme on le voit dès la couverture.

 

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