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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).
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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 01:15
Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris, (The Twelve Children of Paris, Jonathan Cape, 2013), traduit de l'anglais par Benjamin Legrand, Sonatine, 2014

(Le Grand Livre du Mois, pour notre édition)

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

23 août 1572. De retour d’Afrique du Nord, Mattias Tannhauser, chevalier de Malte, arrive à Paris. Il doit y retrouver sa femme, la comtesse Carla de La Penautier, qui, enceinte, est venue assister au mariage de la sœur du roi avec Henri de Navarre. A son arrivée, Mattias trouve un Paris en proie au fanatisme, à la violence et à la paranoïa. La tentative d’assassinat contre l’amiral de Coligny, chef des réformistes, a exacerbé les tensions entre catholiques et protestants. Introduit au Louvre par le cardinal de Retz, Mattias se retrouve bientôt au cœur des intrigues de la Cour et comprend très vite que le sang va couler dans les rues de Paris.

Dans une capitale déchaînée, où toutes les haines se cristallisent, Carla est impliquée au même moment dans une terrible conspiration. Plongé dans un océan d’intrigues et de violences, Mattias n’aura que quelques heures pour tenter de la retrouver et la sauver d’un funeste destin.

Tim Willocks est sans aucun doute l’un des plus grands conteurs de notre temps. Avec un souffle épique qui évoque Alexandre Dumas, il nous donne ici un roman inoubliable qui, se déroulant sur vingt-quatre heures, capture toute la folie d’un des plus terribles épisodes de l’histoire de France.

Tim Willocks est né en 1957. Grand maître d’arts martiaux, il est aussi chirurgien, psychiatre, producteur et écrivain. Scénariste, il a travaillé avec Steven Spielberg et Michael Mann. Auteur de six romans, parmi lesquels La Religion (Sonatine Éditions, 2009) et Green River (Sonatine Éditions, 2010), il vit en Irlande.

4e de couverture

 

Le livre est construit sur les voix alternées de Carla et Mattias Tannhauser.

Une des choses les plus importantes qui est ressortie du livre au moment où j'étais en train de l'écrire est ce contraste entre le masculin et le féminin, leurs principes de vie, ou plutôt leur attitude face à la vie... Car la violence des massacres est une violence masculine et politique. Or, il y a beaucoup de personnages féminins dans le livre, des femmes, des jeunes filles. Le contraste dans leur façon de gérer la catastrophe est devenu la dialectique principale de mon histoire.

 

Incipit

 

Maintenant il chevauchait à travers un pays éventré par la guerre et toujours saignant de ses contrecoups, où les soldats sans solde de monarques coupables exerçaient encore leur métier, où bienveillance était folie, et cruauté force, où personne n'osait affirmer être le gardien de son propre frère.

Il passa des arbres aux pendus, où des corbeaux aux pattes rougies étaient perchés, noirs comme leur charogne, où de petits groupes d'enfants en guenilles lui rendaient son regard en silence. Il passa les carcasses sans toit d'églises incendiées, où des tessons de vitraux étincelaient tels des trésors abandonnés dans les débris du choeur. Il passa des campements habités par des squelettes rongés, où les yeux jaunes des loups luisaient dans les ténèbres. Parfois une meule de foin en flammes éclairait une colline lointaine. Au clair de lune, les vignobles en cendres étaient blancs comme des tombeaux.

En très peu de jours, il avait couvert plus de lieues qu'il ne l'aurait cru possible. Et maintenant il y était enfin, et il y était arrivé : au terme du voyage. Les murailles tremblotaient dans le lointain, gauchies par la chaleur d'août, et au-dessus d'elles luisait un plastron de brume ocre, comme si ces murs d'enceinte n'avaient pas été de pierre, mais plutôt la lèvre d'un vaste puits ouvrant vers les royaumes infernaux.

Telle fut sa première impression de la ville la plus catholique de toute la chrétienté.

Cette vision lui apportait un vague réconfort. Les pressentiments qui l'avaient habité n'avaient pas diminué. Il avait dormi près des routes et il était remonté en selle dans la fraîcheur précédant l'aube et, chaque matin, sa destinée s'était dressée devant lui. Il la sentait qui l'attendait, tapie derrière ces murailles plutoniennes. Dans la ville de Paris.

Mattias Tannhauser pressa le pas en direction de la porte Saint-Jacques.

L'enceinte de trente pieds de haut était parsemée de tours de guet tout aussi hautes. La porte était encore plus massive et, comme les murs, souillée par le temps et les fientes d'oiseaux. Comme il traversait le pont-levis, ses yeux s'embuèrent des vapeurs putrides émanant des douves emplies d'ordures. A travers la buée, comme dans un rêve, deux familles se pressaient pour sortir entre les énormes portes de bois.

Elles étaient entièrement vêtues de noir et Tannhauser se dit que ce devaient être des huguenots. Ou des calvinistes, luthériens, protestants, ou autres réformateurs. A la question de comment les nommer il n'avait jamais trouvé de réponse servant tous les besoins. Leur nouvelle conception de la vie avec Dieu faisait à peine ses premiers pas que des factions internes étaient déjà prêtes à se sauter à la gorge. Cela ne surprenait pas du tout Tannhauser, qui avait tué pour Dieu au nom de plus d'une croyance.

Ces huguenots, femmes et enfants compris, ployaient sous divers bagages et balluchons. Tannhauser essayait d'imaginer tout ce qu'ils avaient abandonné d'autre. Les hommes, qui avaient l'air de deux frères, échangèrent un regard de soulagement. Un garçon mince releva la tête pour regarder Tannhauser. Tannhauser esquissa un sourire. Le garçon cacha son visage dans les robes de sa mère, révélant une marque de naissance grosse comme une fraise sous l'angle de sa mâchoire. La mère vit qu'il l'avait remarquée et, de sa main, elle couvrit la marque.

 

« les royaumes infernaux... ces murailles plutoniennes » : nous sommes dans l'Enfer de Dante, comme le confirment d'autres références tout au long du récit.

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

Paris 1572

Darren Bennett, carte adaptée de « Map of Paris, 1572 » de Braun et Hogenberg, Bibliothèque nationale d'Israël

(cliquer ICI pour mieux lire l'image : la carte légendée pour le roman permet de suivre les personnages dans leurs aventures)

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

Braun et Hogenberg, Map of Paris, 1572, Bibliothèque nationale d'Israël

(cliquer ICI pour mieux lire l'image)

 

Diego Ortiz, Recercada primera sobre el passamezzo antico, Jordi Savall : Viola da gamba, Arianna Savall : Harp, Ferran Savall : Theorbo, Colegiata de Sant Vicenç de Cardona, vers 2001-2013

 

Carla est une virtuose de la viola da gamba, elle a été invitée au mariage royal pour jouer lors des réjouissances.

 

A Paris en 1572, ça chie, ça fornique, ça détrousse, ça s’entre-tue, ça sodomise, dans tous les coins. Les fillettes aguichent le chaland sous l’œil de leur maquereau. Les prêtres troussent les gueuses au fond des cours. L'atmosphère est lourde d'une puanteur venant autant des déchets et déjections domestiques que des coupables activités de la rue. On respire un peu mieux dans les cabarets enfumés dont l'air chargé de vapeurs vinassières masque les relents du dehors.

[…] et ceux parmi les damnés, dont la tâche éternelle était de récurer le pot de chambre de Satan avec leur langue ne connaissaient pas pire puanteur.

 

Dès son arrivée, Mattias Tannhauser, preux chevalier, sauve et recueille Grégoire, un enfant affligé et maltraité par son maître, et il en fait son servant : il le soigne, le nourrit, l'habille.

Entrons dans les tavernes d'étudiants. Dans la quatrième, Le Bœuf Rouge, Tannhauser prit une table près de la porte. Il commanda du vin, une tourte froide à l'oie et deux jeunes poules rôties. […] La tourte était grasse, moelleuse et délicieuse.

(on pourrait suivre un fil de lecture Nourritures terrestres)

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

Saint Bartthélemy, icône, église Saint-Michel-Archange, Bakou

 

Le 23 août est la veille de la Saint-Barthélemy, la fête de saint Barthélemy l'apôtre.

En ce temps-là, les grands et les puissants demeuraient comme subjugués par leur propre suffisance ; leurs plus abjectes émotions faisaient tourner les roues de l'Histoire. (en 2015, le monde a bien changé)

 

A la Grande Halle, dans le Palais de justice, Mattias trouve une robe de baptême finement brodée, Carla allait l'adorer.

Il retrouve une ancienne connaissance, Guzman, un mercenaire espagnol, désormais au service d'Albert de Gondi, le comte de Retz : il assure sa garde rapprochée. Retz, Guzman et Tannhauser se rendent au Louvre – toujours pour Carla. En chemin, Tannhauser évoque ses pensées sur les guerres de religion : elles sont dues aux ambitions politiques et économiques des puissants et non à des différends à propos de la lecture des textes. (en 2015, le monde a bien changé)

C'est une guerre entre croyants qui ne comprennent pas ce en quoi ils croient. C'est une question de pouvoir, pas de religion.

Au Louvre, sous les ors et les stucs, un étalage de la décadence, des femmes de haute lignée dévoilant leurs seins pour des gentilshommes alanguis par la débauche. Le tout dans une odeur d'urine persistante.

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

François Dubois, Le Massacre de la Saint-Barthélemy, vers 1572-1584, huile sur bois de noyer, 93,5 x 154,1 cm – © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

(cliquer ICI pour mieux lire l'image)

 

Le massacre commence au son du tocsin. Ça saigne, ça s'étripaille, ça meurt beaucoup, et ça émascule à cœur joie. Les pillards sont à la fête pendant les tueries.

 

On embroche... et cela nous donne de l'appétit : entrons dans une gargote. Une tourte à la viande froide composée de porc émincé, d'étourneaux et de morceaux de lapin, […] un plateau de tartelettes au fromage, un chargement d’œufs farcis, un blanc-manger de riz au poulet et un potage de tripes de bœuf séchées […]. Des pichets de vin […]. […] une tournée de petites tartes aux figues dégoulinantes de miel accompagnées d'une assiette d'écorces d'orenges confites avec un pichet de lait de vache.

(on pourrait suivre un fil de lecture Nourritures terrestres)

 

L'enfant de Carla et de Mattias est né, c'est une fille, Amparo. Ils échappent à Paris. Maintenant, une longue route les attendait pour rentrer chez eux.

 

La folle journée est riche en péripéties, comme dans les grands romans d'aventures du XIXe siècle, ou les chansons de geste.

 

(en 2015, le monde n'a pas changé ; on a seulement inventé les stations d'épuration – attention, risque de polysémie)

 

Avant d'entamer le pavé de 936 pages, veillez à vos provisions.

(on pourrait suivre un fil de lecture Nourritures terrestres)

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 01:15
Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – une douce amnésie

Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Collection Blanche, Gallimard, 2014

Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – une douce amnésie

Patrick Modiano, Stockholm, 6 décembre 2014

 

En exergue.

 

Je ne puis donner la réalité des faits, je n'en puis présenter que l'ombre.

Stendhal

 

Presque rien. [...] une buée qui se dissipait sous le soleil.

[…]

Dans cette solitude, il ne s'était jamais senti aussi léger, avec de curieux moments d'exaltation le matin ou le soir, comme si tout était encore possible et que, selon le titre du vieux film, l'aventure était au coin de la rue...

 

Si on lui avait demandé aujourd'hui quel écrivain il aurait rêvé d'être, il aurait répondu sans hésiter : un Buffon des arbres et des fleurs.

Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – une douce amnésie

De Sève, dessin, Louis Le Grand, graveur, Le chat sauvage, in Buffon, Histoire naturelle etc.

 

Une écriture limpide, rare, timide peut-être et lentement travaillée.

 

Une piqûre d’insecte, d'abord très légère, et elle vous cause une douleur de plus en plus vive, et bientôt une sensation de déchirure.

 

Le récit est écrit du point de vue de Daragane, le narrateur, de sa mémoire – défaillante ?

La moindre chose est une énigme, un soupçon.

 

Le roman commence par des sonneries de téléphone. Le personnage principal – Jean Daragane –, après une longue hésitation, finit par répondre. Un inconnu lui dit qu’il a entre ses mains un carnet d’adresses que Daragane avait perdu. Daragane lui trouve une insistance suspecte et même un ton de maître-chanteur. La voix de cet inconnu va lui remettre en mémoire un épisode de son enfance qu’il croyait avoir oublié et qui aura été déterminant dans sa vie. D’une manière générale, la perte avive la mémoire à cause du manque ou du sentiment d’absence qu’elle provoque. Bien sûr, la perte d’un être que vous aimiez. Mais quelquefois la perte d’un objet anodin qui vous était familier dans le passé : soldat de plomb, porte-bonheur, lettre que vous aviez reçue, vieux carnet d’adresses... Cette perte et cette absence vous ouvrent une brèche dans le temps.

Entretien avec Patrick Modiano à l'occasion de la parution de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier.

© Gallimard 2014

 

Presque onze heures du soir. Quand il se trouvait seul chez lui, à cette heure-là, il ressentait souvent ce qu'on appelle un « passage à vide ». Alors, il allait dans un café des environs, ouvert très tard, la nuit. La lumière vive, le brouhaha, les allées et venues, les conversations auxquelles il avait l'illusion de participer, tout cela lui faisait surmonter, au bout d'un moment, son passage à vide. Mais depuis quelque temps il n'avait plus besoin de cet expédient. Il lui suffisait de regarder par la fenêtre de son bureau l'arbre planté dans la cour de l'immeuble voisin et qui conservait son feuillage beaucoup plus tard que les autres, jusqu'en novembre. On lui avait dit que c'était un charme, ou un tremble, il ne savait plus.

 

Au téléphone, Gilles Ottolini, une voix menaçante : il recherche un certain Torstel. Chantal Grippay, liée à Ottolini, sous contrainte, est fragile et souffre de son état. Il y a un dossier Torstel : il s'agissait de notes très brèves mises bout à bout dans le plus grand désordre concernant l'assassinat d'une certaine Colette Laurent.

 

Un fait-divers. Le nom de Torstel apparaît dans le carnet de Daragane, et dans un de ses romans, Le Noir de l'été. Le fait-divers date de 1951. Le dossier est confus, on y trouve des éléments de 1952, peut-être d'une autre enquête.

Ottolini ne cherche-t-il pas, en fait, Daragane ?

 

Gilles Ottolini se dit à l'Agence Sweerts, Paris. Un employé fantôme d'une agence imaginaire. Tout est faux. Ottolini est inconnu au 8, square du Graisivaudan, où Daragane avait son logement d'étudiant.

Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – une douce amnésie

Et Annie Astrand... cela fait si longtemps... se plonger dans ce passé lointain. A quoi bon ?

Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – une douce amnésie

15, rue de L'Ermitage, à Saint-Leu-la-Forêt, Daragane a vécu auprès d'Annie. Dans son enfance. Ils ont dû fuir, vers l'Italie.

Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – une douce amnésie

Annie s'appelle maintenant Agnès Vincent, 18, rue Alfred-Dehodencq.

 

« Entre, mon petit Jean... »

Une voix timide, mais un peu rauque, la même que celle d'il y avait quinze ans. »

 

Daragane avait retrouvé Annie Astrand quinze ans après son séjour à Saint-Leu-la-Forêt alors qu'il était enfant. Depuis, il s'était écoulé plus de quarante ans.

Elle s'était mariée quelques années auparavant avec Roger Vincent. Maintenant, Daragane avait vingt-cinq ans et elle, trente-six peut-être.

 

Maintenant... oui, le temps est heurté dans le récit. Annie et Jean se sont connus, une nuit, une douce amnésie.

 

Il était en présence d'un palimpseste dont toutes les écritures successives se mêlaient en surimpression et s'agitaient comme des bacilles vus au microscope.

 

« – Et l'enfant? demanda Daragane. Vous avez eu des nouvelles de l'enfant?

Aucune. Je me suis souvent demandé ce qu'il était devenu... Quel drôle de départ dans la vie...

Ils l'avaient certainement inscrit à une école...

Oui. À l'école de la Forêt, rue de Beuvron. Je me souviens avoir écrit un mot pour justifier son absence à cause d'une grippe.

Et à l'école de la Forêt, on pourrait peut-être trouver une trace de son passage...

Non, malheureusement. Ils ont détruit l'école de la Forêt il y a deux ans. C'était une toute petite école, vous savez... »

4e de couverture

 

Au début, ce n'est presque rien […], et il vous faut un peu de temps encore pour vous rendre compte qu'il ne reste plus que vous dans la maison.

 

Pourquoi faudrait-il fuir la France en 1951 ou 1952 ? Il ne peut s'agir que d'un fait-divers, ou d'un écho au long hiver de 1940 à 1945 ?

 

Trois LLL, comme on dit dans certaine revue...

 

A Saint-Leu-la-Forêt, on écoutait Wanda Landowska.

Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – une douce amnésie

Johann Sebastian Bach, Variations Goldberg, clavecin : Wanda Landowska, 1933

 

Une autre variation.

Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier – une douce amnésie

Johann Sebastian Bach, Variations Goldberg, clavecin : Scott Ross, 1985

 

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 05:15

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 01:15
Taraf de Haïdouks, Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts

Taraf de Haïdouks, Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts, Crammed Discs, 2015

Taraf de Haïdouks, Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts

Le Taraf de Haïdouks, groupe rom emblématique de la musique roumaine depuis 25 ans, se compose actuellement de Gheorghe Falcaru (flûte), Anghel « caliu » Gheorghe (violon), Robert Gheorghe (violon), Constantin « costica » Lautaru (violon et voix), Marin « marius » Manole (accordéon), Marin P. Manole (accordéon et voix), Filip Simeonov (clarinette), Paul Pasalan Giuclea (violon et voix), Ion « ionica » Tanase (cymbalum).

 

Taraf de Haïdouks, Moldavian Shepherds' Dance, Of Lovers, Gamblers & Parachute Skirts, 2015

 

Après la disparition de ses membres fondateurs, la communauté continue de cultiver la diversité de son répertoire autour des musiques traditionnelles de l’Europe de l’Est : ballades roumaines, vieilles chansons d’amour tsiganes, musiques de danses d’antan.

 

Dansons avec les Roms !

 

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 01:15
Dennis Lehane, Un pays à l'aube – Faudrait tous les brûler

Dennis Lehane, Un pays à l'aube (The Given Day, Dennis Lehane, 2008), traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Maillet, Payot & Rivages, 2009 – Rivages/ Noir, 2010 (855 pages)

Dennis Lehane, Un pays à l'aube – Faudrait tous les brûler

Dennis Lehane est un écrivain américain, d'origine irlandaise, né le 4 août 1965 dans le quartier de Dorchester à Boston, source d'inspiration de ses romans.

 

L’Amérique se remet difficilement de la Première Guerre mondiale. De retour d'Europe, les soldats entendent retrouver leurs emplois, souvent occupés par des Noirs en leur absence. Mais l'économie est ébranlée et la vie devient de plus en plus difficile pour les classes populaires. Sur ce terreau fleurissent les luttes syndicales et prospèrent les groupes anarchistes et bolcheviques, ainsi que les premiers mouvements de la défense de la cause noire.

En 1918, Luther Laurence, jeune ouvrier noir de l'Ohio, est amené par un étonnant concours de circonstances à disputer une partie de base-ball face à Babe Ruth, étoile montante de ce sport. Une expérience amère qu'il n'oubliera jamais.

Au même moment, l'agent Danny Coughlin, fils aîné d'un légendaire capitaine irlandais de la police de Boston, est chargé d'une mission spéciale par son parrain, le retors lieutenant McKenna : infiltrer les milieux syndicaux et anarchistes.

A priori, Luther et Danny n'ont rien en commun. Le destin va pourtant les réunir à Boston en 1919, l'année de tous les dangers.

"Une fresque flamboyante sur Boston." (Paris-Match)

"Magistral autant qu'inclassable." (Le Figaro Magazine)

4e de couverture

 

« Quand Jésus va revenir, qu'elle disait, Il arrivera de la montagne en train. »

Josh Ritter, Wings

 

when Jesus comes a'calling she said he's coming round the mountain on a train

Dennis Lehane, Un pays à l'aube – Faudrait tous les brûler

Josh Ritter, Wings

 

En raison des restrictions sur la liberté de circulation imposées à la ligue majeure de base-ball par le ministère de la Défense pendant la Première Guerre mondiale, les World Series de 1918 furent programmées en septembre et divisées en deux séries de matchs à domicile : les Chicago Cubs devaient organiser les trois premiers et Boston les quatre derniers. C’est ainsi que le 7 septembre, après la défaite des Cubs au terme de la troisième rencontre, les deux équipes montèrent ensemble à bord du Michigan Central pour un trajet de vingt-sept heures, et Babe Ruth, passablement éméché, se mit à faucher des chapeaux.

Dennis Lehane, Un pays à l'aube – Faudrait tous les brûler

La machine est en panne, on s'arrête, on fait une partie dans le pré en se rappelant les premiers matchs.

Le train repart. A peine rentré, Babe s'offre un verre au bar. Il pense à son père, mort deux semaines plus tôt dans une bagarre. Sa mère était morte pendant qu'il était à la maison de redressement où son père l'avait envoyé quand il avait huit ans. C'était triste, avait-il dit aux journalistes. Bien triste. Il attendait toujours d'éprouver quelque chose. Il attendait depuis deux semaines.

[…]

Et lui, il était là, seul au monde.

 

En septembre, Luther perdit sa place à l'usine de munitions.

C'est la fin de la guerre, les blancs vont revenir du front, ils auront besoin de travail. Seulement, les rescapés de la guerre sont mal en point. La grippe fait des ravages dans tout le pays.

Steve, l'ami de l'agent Danny Coughlin, est atteint. Il en sort estropié, il perd son emploi de policier, il désespère.

Je suis sûr qu'on peut trouver une solution..., commença [Danny].

Écoute, Coughlin, l'interrompit Steve en lui posant une main sur le bras, je t'aime bien mais faut que tu saches qu'y a pas toujours de « solution ». La plupart du temps, quand on dégringole, c'est sans filet. Sans rien pour nous rattraper. On tombe dans le vide, c'est tout.

Jusqu'où ?

Steve ne répondit pas tout de suite. Il regarda par la vitre en pinçant les lèvres.

Là où finissent ceux qui ont pas de filet.

 

Nathan Bishop remplit une nouvelle fois son verre puis inclina la bouteille vers celui de Danny, qu'il servit tout aussi généreusement.

C'est mal, dit-il.

Quoi ?

Ce que les hommes qui ont des moyens exigent de ceux qui n'en ont pas. Et après, ils espèrent que les pauvres se montreront reconnaissants pour les quelques miettes qu'on leur jette. Ils ont l'audace de jouer les offensés si les pauvres ne jouent pas le jeu. On devrait tous les condamner au bûcher.

Danny sentait l'alcool épaissir le sang dans ses veines.

Qui ?

Les riches. (Bishop se fendit d'un sourire paresseux.) Faudrait tous les brûler.

 

A midi le 15 janvier 1919, le réservoir de mélasse de la United States Industrial Alcohol Company explosa dans le North End. […] c'était très certainement l’œuvre de terroristes.

 

D'autres complots sont déjoués.

Nom d'un chien ! Pensa Babe. C'est la terre entière qui se rebelle.

Les Rouges vont-ils prendre le pouvoir ? Les anarchistes posent une bombe à la porte du procureur.

Ce fut un été de folie.

Des grèves partout, des émeutes raciales, l'émeute se transformant en guerre et flanquant la trouille au pays entier. Même la police...

Sur des panneaux on lit en lettres de sang : Vive la révolution ! A bas la tyrannie de l’État ! Mort au capitalisme ! Mort aux esclavagistes ! Renversons la monarchie capitaliste !

Brûle, Boston, brûle !

 

Quelle époque incroyable !

 

 

Trop long pour le propos.

 

Le récit est tissé de nombreuses anecdotes, liées en échos, on boit, on trafique, on survit en refaisant le monde.

Le propos est juste : le pays à l'aube (les States) ressemble étrangement au pays à son zénith (dans les '60-'70) et à son crépuscule (parce qu'aujourd'hui, ça décline). Mais 855 pages (dans l'édition de poche), c'est trop.

 

Un grand roman, Des pas perdus l'écrit.

 

Quelques illustrations trouvées en lisant.

Dennis Lehane, Un pays à l'aube – Faudrait tous les brûler

La Pierre de Blarney (Cloch na Blarnan en irlandais, Blarney Stone en anglais) est une pierre intégrée aux créneaux du château de Blarney, en Irlande, près de Cork. Selon la légende, embrasser la pierre donnerait le don de l'éloquence.

 

Harry Von Tilzer, George Whiting, Bert Kalmar, I'm a twelve o'clock fellow in a nine o'clock town – Byron G. Harlan, dir. : Josef Pasternack, enregistré à Camden, New Jersey, Victor, 12 juin 1917

 

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 01:15
Branford Marsalis, In my solitude

Branford Marsalis, In my solitude, Live at Grace Cathedral, 2012, Okeh/Sony Music, 2014

Branford Marsalis, In my solitude

Branford, l'aîné de la famille est le plus sage, mais il ne craint pas de se livrer ainsi dans la Grace Cathedral de San Francisco, où Duke Ellington créa l'un de ses Sacred Concerts.

Après les années de conservatoire au Berklee College of Music et les improvisations en tous les sens, Branford Marsalis improvise au soprano sur une ligne de Steve Lacy, puis se lance dans Stardust, la ballade de Hoagy Carmichael, tout en velours, et s'approprie la Sonate C.P.E. Bach. On l'applaudit !

 

Branford Marsalis, In my solitude, Sonata in A minor for oboe solo, Wq 132 : I, Poco Adagio

 

Un prince.

 

Carl Philipp Emanuel Bach, Sonate en la mineur, pour flûte seule, Wq 132 : I, Poco Adagio – Xue Su, flûte, Robert J. Werner Recital Hall, 2014

 

Une princesse.

 

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 01:15
Sylvère Monod, Madame Homais – « Qu'est-ce que Dieu ? »

Sylvère Monod, Madame Homais, Pierre Belfond, 1987

 

Dernière phrase de Madame Bovary : Homais « vient de recevoir la croix d'honneur ».

Premier chapitre de Madame Homais : Homais prépare « L'apothéose d'un apothicaire », c'est-à-dire le compte rendu dithyrambique de la cérémonie qui aura lieu le lendemain...

4e de couverture

 

On apprend ainsi tout ce que Flaubert ne nous a pas dit sur Yonville, qui n'était alors que le village de Ry, sur la femme du pharmacien qui s'appelait encore Marie Hommet, sur Delphine Bivarot qui allait devenir Emma Bovary et sur le bon Charles qui ne fut pas le seul mari trompé de la commune.

 

Avec Madame Homais, Sylvère Monod nous livre ce qui fut, en fait, la source de Madame Bovary.

Voici comment Madame Homais a inspiré Flaubert !

4e de couverture

Sylvère Monod, Madame Homais – « Qu'est-ce que Dieu ? »

Sylvère Monod est né le 9 octobre 1921 à Cannes. Il a longtemps enseigné la littérature anglaise à l'Université de Caen, puis à la Sorbonne. Traducteur, critique et historien de la littérature, il donne, avec Madame Homais, son premier roman.

4e de couverture

 

Sylvère Monod est le fils de Samuel William Monod, dit Maximilien Vox, grande figure de la typographie au XXe siècle, le frère de l'universitaire Richard Monod, de l'auteur Flavien Monod, du graphiste Blaise Monod, de Martin Monod, et le neveu du savant, naturaliste et explorateur, Théodore Monod.

 

« Au lieu de faire une œuvre, il est peut-être plus sage d'en découvrir de nouvelles sous les anciennes. »

Gustave Flaubert, lettre du 30 janvier 1847 à Louise Colet

 

« On peut […], par exemple, récrire Madame Bovary en quittant le point de vue d'Emma. »

Gérard Genette, Palimpsestes

 

I

Enfin ! Mais pourquoi ?

« Regarde, mon amie, regarde ! N'est-ce pas bien tourné ? Et ce titre ? Crois-tu que je puisse aller jusque là ? »

Le titre de l'article destiné au Journal normand et qu'il tendait à sa femme avec un sourire épanoui (plus souvent exhibé au bénéfice de clients importants ou de personnalités en vue qu'offert à la compagne de ses jours) s'étalait en travers de la page manuscrite, calligraphié avec amour : L'Apothéose d'un apothicaire.

[…]

Tu peux me faire confiance, n'est-ce pas ? Il s'agit, bien entendu, du compte rendu de la cérémonie de remise de ma croix...

[…]

Tu as d'ailleurs eu l'amabilité d'y mettre la main. Je ne parle pas des taches de graisse sur un feuillet que je t'avais apporté dans la cuisine, saisi par mon enthousiasme d'auteur inspiré devant la beauté d'une de mes phrases, alors que tu lardais notre rôti.

[…]

Voilà qui met en appétit. Lisons donc ton ouvrage. Donne-moi ce fameux compte rendu.

 

M. et Mme Leblanc, le commis principal de la perception de Forges-le-Eaux et son épouse ont une fille : ils la prénomment Marie-Delphine-Juliette.

Bons chrétiens aimant le blanc virginal des fleurs blanches, des cierges, des robes blanches des enfants aux messes des premières communions, ils placent tout naturellement leur fille chez les Ursulines dès ses sept ans, pour son instruction : « Qu'est-ce que Dieu ? »

 

Deux ans plus tard, Mme Leblanc se retrouve écrasée sous un échafaudage aux poutres mal assujetties.

.

La toujours candide orpheline s'interroge, sa foi chancelle, elle rencontre Hugues et connaît son premier baiser. Hélas ! Hugues est un jeune homme de peu de foi, il entre au Grand Séminaire, quel gaspillage !

 

M. Leblanc donne un dîner. Hommet est invité. Il a tout pour plaire à Marie : il est incroyant, et pour Marie, c'est l'essentiel. Pour lui, la dot est satisfaisante.

Au début de mars 1827, Jules Leblanc mourut paisiblement dans son sommeil […]. Le mariage eut lieu quelques semaies plus tard, le 14 mai 1827 ; il n'y aut qu'une brève cérémonie civile et laïque...

 

Mme Auguste Hommet, née Marie Leblanc, est déçue. Il ne lui reste qu'à attendre la mort de son époux âgé de vingt et un ans de plus qu'elle, dans la confiance consolante des statistiques.

Un soir où il se sentait las et un peu abattu après l'exercice rituel, l'apothicaire lui avait décoché une formule latine : « Que veux-tu, ma bonne, Hommet animal post coitum triste ! »

 

Et Delphine Bivarot ? demandez-vous.

Elle est infidèle, elle prend une poudre blanche, elle meurt.

 

M. Auguste Hommet expira au milieu de la nuit du 7 au 8 mai 1857.

Ses derniers mots furent à « Fol... bert... »

 

C'est délicieux !

 

Pour Yueyin, c’est le bonheur tout simplement. Magistral !

 

Et Madame Bovary ? Elle vient d'entrouvrir son volet.

 

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 01:05
Gustave Flaubert, Madame Bovary – portes, fenêtres, volets

Gustave Flaubert, Madame Bovary, Michel Lévy Frères, 1857

Gustave Flaubert, Madame Bovary – portes, fenêtres, volets

Par l'effet seul de ses habitudes amoureuses, madame Bovary changea d'allure. Ses regards devinrent plus hardis, ses discours plus libres ; elle eut même l'inconvenance de se promener avec M. Rodolphe, une cigarette à la bouche, comme pour narguer le monde ; enfin, ceux qui doutaient encore ne doutèrent plus quand on la vit, un jour, descendre de l'Hirondelle, la taille serrée dans un gilet, à la façon d'un homme ; et madame Bovary mère, qui, après une épouvantable scène avec son mari, était venue se réfugier chez son fils, ne fut pas la bourgeoise la moins scandalisée.

Première partie, Chapitre 14, Illustration de A. Richemont, gravée à l'eau-forte par C. Chessa, Paris, F. Ferroud, 1905.

 

Gaetano Donizetti, Lucie de Lammermoor, 1835, scène de la folie, L'Autel rayonnesoprano : Mlle Yvonne Brothier, de L'Opéra Comique ; orchestre, dir. G.Diot, flûte : Marcel Moyse – Gramophone, Mat. CT-4029-1, 7 juin 1928

 

Emma, de même, aurait voulu, fuyant la vie, s'envoler dans une étreinte.

Deuxième partie, Chapitre 15.

 

C'était comme l'initiation au monde, l'accès des plaisirs défendus ; et, en entrant, il posait la main sur le bouton de la porte avec une joie presque sensuelle. Alors, beaucoup de choses comprimées en lui, se dilatèrent ; il apprit par cœur des couplets qu'il chantait aux bienvenues, s'enthousiasma pour Béranger, sut faire du punch et connut enfin l'amour.

 

Entre la fenêtre et le foyer, Emma cousait ; elle n'avait point de fichu, on voyait sur ses épaules nues de petites gouttes de sueur.

 

Ils étaient à l'hôtel de Boulogne, sur le port. Et ils vivaient là, volets fermés, portes closes, avec des fleurs par terre et des sirops à la glace, qu'on leur apportait dès le matin.

 

Elle se tenait en face, appuyée contre la cloison de la chaloupe, où la lune entrait par un des volets ouverts.

 

Madame Bovary, c'est une histoire de portes, fermées, ouvertes, de fenêtres, entrouvertes ou fermées, de volets où l'on peut lancer des cailloux pour se faire connaître. On en trouvera toutes les occurrences chez Madame Bovary.

 

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 01:15
Gianni Celati, Le Avventure di Guizzardi – non me la fanno più

Gianni Celati, Le Avventure di Guizzardi, Storia d'un senza famiglia, Feltrinelli, 1989

Gianni Celati, Le Avventure di Guizzardi – non me la fanno più

Gianni Celati, Les Aventures de Guizzardi, traduit de l'italien par François Dupuigrenet Desroussilles, Salvy, 1991

Gianni Celati, Le Avventure di Guizzardi – non me la fanno più

Gianni Celati, né à Sondrio en 1937, est découvert par Italo Calvino qui fait publier son premier livre, Comiche, en 1971.

Les Aventures de Guizzardi forment le premier volume d'une trilogie intitulée Parlements burlesques.

(rabat de 4e de couverture de l'édition Salvy)

 

Arnold Schönberg, Pierrot lunaire, Op. 21, I, Mondestrunken, 1912 – Ensemble Musique Oblique, Marianne Pousseur, soprano, dir. Philippe Herreweghe, Harmonia Mundi, 1992

 

In breve

 

Un personaggio inventato dalla fantasia di Celati, un senza famiglia a metà tra l'attore Harry Langdon e un suo parente un po' matto.L'autore narra inizialmente le vicende di Guizzardi agli amici, pian piano i suoi racconti diventano libro.

 

Il libro

 

A quei tempi andavo al cinema tutti i giorni, e amavo molto i vecchi film comici. Volevo scrivere qualcosa ispirato a quei film, e allora ho cominciato col personaggio di Guizzardi, che per me somigliava all'attore comico Harry Langdon, ma parlava come un mio parente un po' matto. E ogni settimana recitavo a un gruppo di amici la continuazione delle avventure di Guizzardi, come un teatrino a puntate. Volevo scrivere una trilogia, con un Inferno, un Purgatorio e un Paradiso. Guizzardi era l'eroe di un inferno da ridere ma anche da piangere : l'inferno della meschinità, diffidenza e avarizia inculcate in noi dalla scuola e dalla famiglia. Nel mio assolutismo giovanile trovavo queste miserie così asfissianti, che la solitudine e la mattolica di Guizzardi erano per me un sollievo. Una cosa che detestavo particolarmente erano le lamentele sulla vita dei padri di famiglia. Pensavo che in questa trilogia bisognava passare attraverso l'inferno e il purgatorio, per smetterla una buona volta con tutte le lamentele sulla vita. E poi che bisognava scrivere storie cadendo in uno stato di dormiveglia, per dimenticarsi tutto e trovare così la strada verso una 'vita nova' – come avverrà nel terzo libro, Lunario del paradiso (almeno secondo le mie idee di allora). Gianni Celati

 

Les Aventures de Guizzardi

 

En ces temps-là, j'allais au cinéma tous les jours et j'aimais beaucoup les vieux films comiques. Je voulais écrire quelque chose inspiré de ces films, alors j'ai commencé par le personnage de Guizzardi, qui pour moi, ressemblait à l'acteur comique Harry Langdon et parlait comme un de mes parents un peu fou.

Chaque semaine, je contais à un groupe d'amis la suite des aventures de Guizzardi.

Gianni Celati

 

Premières lignes.

 

C’era un tempo in cui ammiravo la signorina Frizzi instancabilmente come chi abbia riconosciuto i meriti di una persona e non intende poi pentirsene mai.

 

C'était le temps où j'admirais mademoiselle Frizzi ,inlassablement comme qui a reconnu les mérites d'une personne et entend bien ne jamais s'en repentir.

(traduit de l'italien par Mireille Le Fustec que nous remercions ici de nous avoir offert ce beau roman et son almanach, Lunario del paradiso)

 

Publiées pour la première fois en 1972, et revues en 1989, Les Aventures de Guizzardi ont imposé Gianni Celati comme l'un des tout premiers écrivains italiens d'aujourd'hui.

Guizzardi, héros et narrateur de ce conte, est un enfant mystérieux toujours vêtu de blanc immaculé, un Pierrot lunaire. Se croyant atteint d'une terrible maladie de la parole qui empêche ses semblables de le comprendre tout à fait, il traverse successivement les cercles d'une sorte d'Enfer dantesque et drôlatique à la recherche d'une improbable Béatrice, la chère, la très-aimée mademoiselle Frizzi qui lui donnait des leçons de langues étrangères dans le jardin public et à qui il apportait en tremblant les plus beaux bouquets du monde.

(rabat de couverture de l'édition Salvy)

 

Un roman de formation dans la tradition picaresque, un récit truculent en langue populaire.

 

Piccioli et moi étions de si grands amis que nous ne nous quittions pas un instant […]. Quand on se baladait, c'était souvent pour aller au jardin public, s'il faisait beau. […] Pendant ces escapades, j'étais toujours secoué de rires à m'en faire péter la sous-ventrière quand Piccioli, ayant examiné une passante des pieds à la tête, me demandait rituellement : « Tu sais où je vais le lui coller, mon engin ? » Et moi je disais : « Où ça ? » Il répondait : « Vlan dans les lolos ! » Voire : « Pan dans le cul ! »

 

Le pauvre Danci (Guizzardi) se fait prendre par dame Lapine, « une vraie salope », selon Piccioli. La patronne est à l'aise, elle tient son jeune amant en laisse, la maison serait confortable sans les voisins qui harcèlent le malheureux. Il s'enfuit, il se noie, une lavandière le repêche, il est presque violé par un paysan. Bondissant et valsant, il se retrouve dans un cercueil...

 

Un pas chasse l'autre...

 

L'aventurier mène sa barque vent debout, en tirant des bords.

 

« Me l'hanno fatta me l'hanno fatta ! … Però non me la fanno più ! »

 

A suivre, avec Lunario.

 

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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 01:15
Mary Shelley, Frankenstein – un éveil au monde

Frankenstein et autres romans gothiques, édition établie par Alain Morvan avec la collaboration de Marc Porée, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, 2014

 

Au commencement :

 

Mary Wollstonecraft Shelley (dans l'édition de 1823), Frankenstein or The Modern Prometheus, Lackington, Hugues, Harding, Mavor & Jones, libraires londoniens, 1818 – publié anonymement.

Le roman fut imprimé à cinq cents exemplaires. Sur la page de titre de cette édition figurait en épigraphe une citation du Paradis perdu de John Milton : « T'ai-je requis, toi mon Créateur, avec mon argile / De me façonner en homme ? T'ai-je sollicité / De m'élever depuis les ténèbres ? »

(Livre X, v. 743-745)

 

Le coup de génie de Frankenstein, c'est de mettre en discours un concept fou – l'assemblage de toutes pièces, hors sexualité, d'un être humain – à la faveur d'une forme narrative aussi simple que géométriquement parfaite. Cette construction soigneusement équilibrée fait ressortir, par contraste, la hideur de cet être. Trois récits sont enchâssés avec rigueur : celui du navigateur Robert Walton, qui commence le livre et le finit, enserrant celui du personnage dont le roman porte le nom ; celui de Victor Frankenstein, donc, que Walton a recueilli à son bord et qui rend compte de ses années de formation, de son invention puis des conséquences tragiques qu'elle entraîne ; celui du monstre créé par Victor et qui donne sa version des faits (du chapitre XI au chapitre XVI, selon le découpage de l'édition de 1831), avant que Victor ne reprenne la parole.

Alain Morvan

 

Selon Maurice Lévy, Le roman gothique anglais (1764-1824), trois critères définissent le genre : l'usage d'une architecture médiévale, la présence de l'Au-Delà et une atmosphère d'angoisse et de mystère.

Les trois éléments sont présents dans Frankenstein.

 

L'oxymore (cette obscure clarté) est une clef de lecture de l’œuvre – souffrance / esprit céleste.

 

Le dérèglement des passions, l'hybris, fait glisser les personnages vers la folie. On observe l’occurrence fréquente du terme « enthousiasme » dans les propos de Walton et dans ceux de Victor lorsqu'ils évoquent leur quête – le pôle Nord magnétique pour l'un, la création d'un être pour l'autre. La créature, à sa façon, souffre elle aussi d'enthousiasme. Les trois personnes sont proches.

 

Chapitre XI

Mary Shelley, Frankenstein – un éveil au monde

H. Colburn et R. Bentley, Londres, 1831

 

« Dans la lueur de cette lumière expirante, je vis s'ouvrir l’œil terne et jaune de la créature : la chose se mit à ahaner, les membres agités d'un mouvement convulsif. […] Je quittai précipitamment la pièce. »

 

« Ce n'est pas sans de considérables difficultés que je me remémore l'époque initiale de mon existence... Il faisait sombre lorsque je m'éveillai. »

 

Il s'agit, pour la créature, d'un éveil au monde. Elle découvre les luminaires, la terre, les arbres, les oiseaux, le feu ! et la méchanceté des humains qui la chassent à coups de pierres. Elle apprend le langage articulé et s'exprime avec élégance. La brute est un hyperactif, porté à l'empathie, et disposant naturellement de valeurs morales.

 

« Je ne mange pas ce que mange l'homme : je ne tue pas l'agneau et le chevreau pour rassasier mon appétit – glands et baies suffisent à me nourrir. Ma compagne sera de même nature, et elle se contentera de la même chère que moi. Nos lits serons faits de feuilles sèches ; le soleil brillera pour nous comme pour l'homme, et il fera mûrir notre nourriture. »

 

Le monstre aspire à la pureté dans un paradis terrestre où tout n'est qu'amour.

Mary Shelley, Frankenstein – un éveil au monde

Aimables enfants, vous passiez ainsi dans l’innocence vos premiers jours en vous exerçant aux bienfaits ! Combien de fois dans ce lieu vos mères, vous serrant dans leurs bras, bénissaient le ciel de la consolation que vous prépariez à leur vieillesse, et de vous voir entrer dans la vie sous de si heureux auspices ! Combien de fois, à l’ombre de ces rochers, ai-je partagé avec elles vos repas champêtres qui n’avaient coûté la vie à aucun animal ! des calebasses pleines de lait, des œufs frais, des gâteaux de riz sur des feuilles de bananier, des corbeilles chargées de patates, de mangues, d’oranges, de grenades, de bananes, de dattes, d’ananas, offraient à la fois les mets les plus sains, les couleurs les plus gaies, et les sucs les plus agréables.

Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, 1789, de l'Imprimerie de Monsieur, avec approbation et privilège du Roi.

 

Mary Shelley connaissait une riche bibliothèque. La virginité du monde et l'innocence des créatures est bien dans l'esprit gothique.

> Pauvre Charlot ! Malheureuse Elena !

 

Mary Shelley est en révolte dans un monde où l'intérêt et la vanité ruinent l'amour : le monde de Frankenstein.

 

Emma Bovary (Gustave Flaubert, Madame Bovary, dont nous reparlerons prochainement) lit le roman de Bernardin de Saint-Pierre au couvent. Et vous saurez tout de Madame Homais.

 

Le créateur se meurt dans la glace auprès de Walton.

Sortez vos mouchoirs.

La créature s'en va mourir « vers le point le plus au nord, là où se termine notre globe. »

 

James Whale, Frankenstein, 1931

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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