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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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17 mai 2016 2 17 /05 /mai /2016 00:15
Jean-Pierre Minaudier, Poésie du gérondif – du rêve et de la poésie

Jean-Pierre Minaudier, Poésie du gérondif, Vagabondages linguistiques d'un passionné de peuples et de mots, illustration de couverture : Denis Dubois, Le Tripode, 2014

Jean-Pierre Minaudier, Poésie du gérondif – du rêve et de la poésie

Jean-Pierre Minaudier n'est pas un homme ordinaire. Cet amateur de mots est victime d'une terrible addiction : il possède une des plus grandes bibliothèques personnelles au monde de grammaires et s'en nourrit comme d'autres lisent des poèmes et des BD (qu'il lit aussi). Dans Poésie du gérondif, armé de ses quelque 1163 grammaires, concernant plus de 800 langues, il nous raconte avec humour et quantité d'exemples pourquoi chaque langue véhicule une vision particulière de l'univers...

Ancien élève de l'Ecole normale supérieure et historien de formation, Jean-Pierre Minaudier s'est découvert sur le tard un amour pour les langues rares. Depuis, il enseigne le basque et l'estonien (qu'il traduit aussi, on lui doit notamment la version française de L'Homme qui savait la langue des serpents, d'Andrus Kivirähk) et jongle compulsivement avec les centaines d'autres idiomes qui nichent dans sa bibliothèque.

4e de couverture

 

Incipit

 

Alexandre Vialatte a donné de l’homme une définition éternelle autant qu’irréfutable : « Animal à chapeau mou qui attend l’autobus 27 au coin de la rue de la Glacière ». On peut tout aussi bien le concevoir comme le seul être susceptible de poésie, le seul capable de jongler avec les mots dans un but esthétique car le seul à en avoir à sa disposition ; le seul aussi, sans doute, qui sache porter à l’infinie diversité du monde une attention gratuite et bienveillante. Dans ce sens où la poésie est gaîté et se fond dans le rêve, l’humour et la curiosité, le grand Alexandre est indépassable.

[…]

Ce livre invite son lecteur à flâner sur d’autres chemins : il chante un objet poétique injustement négligé, le gérondif. Non pas un gérondif particulier, embarqué dans tel poème de Prévert (« En sortant de l’école, nous avons rencontré… »), d’Apollinaire (« Les vaches y paissant lentement s’empoisonnent ») ou de Rimbaud (« accrochant follement aux herbes ses haillons d’argent »), mais bien le gérondif en son essence, celui qui date de la plus haute antiquité, celui qui est irréfutable — et tout ce qui volète, furète, halète autour de lui : adverbes de manière, concordance des temps, accord du participe passé. En un mot, ce livre chante la poésie de la grammaire. Car il est des êtres dans la vie desquels cet art occupe la place de la lune pour Hugo, de la mer pour Valéry, de Lou pour Guillaume et de Verlaine pour Rimbaud ; enfin, il en est au moins un, et il se trouve que c’est moi.

[…]

Je collectionne les ouvrages de linguistique — j’en possède à ce jour très exactement 1186, concernant 878 langues *.

* Il se parle actuellement environ 6 000 langues.

[…]

Il faut dire que tout cela ne m’empêchait nullement d’être un lycéen, puis un khâgneux fort médiocre en langues, surtout anciennes : en sa probable maison de retraite, le jury de latin au concours de la rue d’Ulm (session 1980) doit encore trembler d’horreur lorsque ma prestation revient hanter ses rêves. C’était du Lucrèce, j’en fis du Onfray.

 

Collectionner les grammaires, les lire, comme les pièces d'un puzzle.

Pour le dernier rang qui bavarde : une grammaire, c'est avant tout du rêve et de la poésie.

 

La langue orale – doit-on rappeler l'enseignement de Socrate ? – est plus intéressante que la langue écrite, souvent plus pauvre et artificielle.

La grammaire peut devenir un jeu et une passion, même si l'on n'est pas linguiste.

 

Voyageons, rêvons, comme les lycéens de Vialatte, en leurs « tristes Hollandes » auvergnates, rêvaient aux seins de la négresse.

Parcourons en croisière les langues et leurs grammaires. Sauriez-vous dire en kalam, une langue papoue de Nouvelle-Guinée orientale : « J'ai vu un animal de ce type » ? On dit : Knm nb nŋnk.

Quand la consonne fait rage...

 

Chaque langue est un archipel, une vision du monde, une représentation dont on peut dresser la carte – et dont on peut fleurer « l'odorante fleur du langage », selon les mots d'Aragon *.

* Aragon, Le Conscrit des cent villages, 1943, in La Diane française, 1944.

 

La diversité des langues est l'une des richesses fondamentales de l'humanité.

 

La lecture d'une grammaire peut constituer un véritable roman policier. Qui diantre est le coupable, l'accusatif ou le génitif ? Parfois le suspense monte, insoutenable, sur plusieurs chapitres : l'accord du verbe avec le complément d'objet direct se fera-t-il jusque dans les subordonnées ? A l'issue d'une haletante démonstration dont la conclusion est que « toutes les voyelles brèves du khalkha sont en réalité des schwas épenthétiques » (les garces !), le lecteur convenablement excité éprouvera une volupté proche de celle du tchékiste démasquant un nid de saboteurs hitléro-trotskystes dans une usine biélorusse en 1937.

 

L’étude des grammaires nous apprend encore que les concepts de droite et gauche sont relatifs (on est toujours à droite ou à gauche de quelque chose) et n’ont rien d’universel : certaines langues possèdent des systèmes d’orientation absolus, comme le taba, langue austronésienne parlée au large d’Almahera, en Indonésie, où l’on distingue « le côté mer » et le « côté de la terre » (les locuteurs du taba habitent les côtes d’une île, laquelle est ronde – il ne s’agit donc pas de points cardinaux). On ne dit pas « Les cigarettes sont à gauche (ou à droite) de la chaise » mais Tabako adia kurusi ni lewe lema, « les cigarettes sont du côté de la terre par rapport à chaise, ou Tabako adiia kurusi ni laema pope, « les cigarettes sont du côté de la mer par rapport à la chaise » : chacune de ces deux phrases veut dire « à droite » ou « à gauche » selon la position du locuteur.

 

Féminin, masculin...

 

Pourquoi diable « un laideron » est-il toujours une femme, et « une sentinelle » presque toujours un homme ?

 

Ecoutez La Bonne Nouvelle, en langue abui, ca 2010 – l'abui est une langue papoue parlée par 16.000 personnes sur l’île d’Alor, en Indonésie.

 

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 00:15
Yevgeny Sudbin plays Medtner & Rachmaninov – flamboyant

Yevgeny Sudbin plays Medtner & Rachmaninov, BIS Records, 2015

Yevgeny Sudbin plays Medtner & Rachmaninov – flamboyant

Oui, l'artiste a signé pour Lou de Libellus, tout simplement.

 

Rachmaninov – sa virtuosité –, a fait un peu oublier l'œuvre de son jeune ami Medtner. Yevgeny Sudbin, un russe né en 1980 à Saint-Pétersbourg, présente les deux mages et nous offre son Medtner, son romantisme, sa nostalgie joyeuse.

Yevgeny Sudbin plays Medtner & Rachmaninov – flamboyant

Nikolaï Karlovitch Medtner, Николай Карлович Метнер, né le 24 décembre 1879 à Moscou, est un compositeur et pianiste russe.

 

Nikolaï Medtner, Fairy Tale, Op. 51, n° 3 – Yevgeny Sudbin, piano

Yevgeny Sudbin plays Medtner & Rachmaninov – flamboyant

Sergueï Vassilievitch Rachmaninov, Сергей Васильевич Рахманинов, né le 1er avril 1873 à Semionovo, près de Novgorod, est un compositeur, pianiste et chef d'orchestre russe – son œuvre s'inspire du romantisme de ses maîtres, Tchaïkovski et Rimski-Korsakov.

 

Sergueï Rachmaninov, Six Préludes, G Minor, Op. 23, n° 5 – Yevgeny Sudbin, piano

 

Flamboyant, doit-on le dire ?

 

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 00:15
Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes, Editions Glénat, 2016

 

Japon, fin du XIXe siècle. Dans une société en crise, le Voleur mène une double vie. Le jour, il œuvre dans le restaurant portuaire de son père. La nuit, il dévalise la colline aux palais. Ce qui le guide : le frisson de l’aventure, la sensation de liberté, le sentiment que le monde lui appartient.

Jusqu’au jour où il cambriole le gouverneur. Jusqu’au jour où sa fille découvre son visage. Entre l’héritière, promise à un destin qu'elle refuse, et le Voleur, piqué dans son orgueil, se noue alors un étrange chassé-croisé...

Inclassable, poétique et artistique, Le Voleur d’estampes saura vous inviter au voyage dans une histoire dessinée et racontée comme un recueil d'estampes japonaises...

Selon l'éditeur

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes

Après des études aux Beaux-Arts de Rennes, Camille Moulin-Dupré s'engage au sein du collectif Un regard moderne (auprès de Bazooka, Kiki et Loulou Picasso, Olivia Clavel, Placid, Chris Marker, et bien d'autres). Il crée plus de trois cents animations pour la Toile et participe aux résidences lors des projections ou expositions du groupe. En 2005, il se consacre aux comics alternatifs américains et à l’animation nipponne. En 2009, il publie pour Vivement lundi ! son premier court-métrage, Allons-y ! Alonzo !, en hommage à Jean-Paul Belmondo – il s’inspire d’Hergé et de sa ligne claire. A la maison des auteurs d’Angoulême, entre 2011 et 2013, il invente Le Voleur d'estampes, dans la tradition des grands maîtres : Hiroshige, Harunobu et Hokusaï.

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes, pp. 22-23

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes, pp. 72-73

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes, pp. 86-87

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes

Camille Moulin-Dupré, Le Voleur d'estampes, pp. 154-155

 

L'histoire d'un jeune homme, commis de cuisine le jour et monte-en-l'air la nuit, qui s'introduit chez les notables pour leur dérober toutes sortes d'objets, nous rappelle Arsène Lupin. L'histoire est là. Ce n'est pas seulement une histoire, c'est une écriture, un graphisme calme et tranquille en noir et blanc.

 

Un chef-d'œuvre.

 

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23 avril 2016 6 23 /04 /avril /2016 00:15
Trio Esperança, De Bach à Jobim

Trio Esperança, De Bach à Jobim, Gérard Gambus & Philippe Avril, Dreyfus/Sony, 2010

Trio Esperança, De Bach à Jobim

Trio Esperança est un ensemble vocal brésilien composé par les sœurs Correa – Regina, Eva et Mariza –, dès les années '60. La France est leur second pays. Elles y donnent leur album De Bach à Jobim, puis Doce França en hommage à la chanson française.

 

Trio Esperança, A Rosa (Rancho Das Flores), in album De Bach à Jobim, 2010

 

Trio Esperança, Caminho Da Razão, Desafinado, A Rosa (extraits), in album De Bach à Jobim, 2010

 

On aura reconnu Johann Sebastian Bach dans Caminho Da Razão et A Rosa, Antônio Carlos Jobim dans Desafinado.

 

Trio Esperança, La vie en rose, 1993

 

Trio Esperança, La bohème, ca 2010

 

Quelle merveille !

 

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 00:15
Epictète, De l'attitude à prendre envers les tyrans – une couronne de roses

Epictète, De l'attitude à prendre envers les tyrans et autres textes, texte établi et traduit du grec ancien par Joseph Souilhé avec la collaboration d'Amand Jagu – extraits des Entretiens –, Folio Sagesses, Gallimard, 2016

 

« Si un homme possède une supériorité quelconque, ou s’imagine du moins la posséder, alors qu’il n’en est rien, cet homme, s’il manque d’éducation philosophique, en sera inévitablement tout bouffi d’orgueil. Le tyran dit, par exemple : "Je suis le plus puissant du monde." »

L’enseignement du sage Épictète est d’une grande modernité : un manuel de savoir-vivre et de liberté de pensée.

4e de couverture

Epictète, De l'attitude à prendre envers les tyrans – une couronne de roses

Epictète, Ἐπίκτητος – homme acheté, serviteur –, est né à Hiérapolis, en Phrygie, vers l'année 50. Esclave d'un affranchi de Néron, Epaphrodite, il devient lui-même affranchi. Dans les années '90, il est banni de Rome – l'empereur Domitien s'accommodant mal des philosophes qui dénoncent la tyrannie. Il se retire à Nicopolis, en Epire où il vit dans la pauvreté en compagnie d'une femme et d'un enfant adopté. Il ouvre une école stoïcienne de grande renommée. Son enseignement est oral. Il meurt à Nicopolis, probablement vers l'an 125 ou 130.

Epictète est, avec Sénèque et Marc Aurèle, une grande figure du stoïcisme romain des premiers siècles. Il présente une philosophie qui repose essentiellement sur la raison de nature divine et la liberté de l’homme. Son enseignement se fonde sur la distinction entre « ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion, en un mot toutes nos œuvres propres ; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, les témoignages de considération, les hautes charges, en un mot les choses qui ne sont pas nos œuvres propres. »

 

Le tyran n'a aucun pouvoir. Il ne peut faire que mon désir se réalise ni même que son désir advienne.

Mais quoi ? Est-ce que je ne prends pas soin de mon âne ? Est-ce que je ne lui lave pas les pattes, ne l'étrille pas ? Ne sais-tu pas que tout homme prend soin de lui-même ? Et pour toi, est-on aux petits soins comme on l'est pour son âne ?

 

_ Mon nom restera [dit le tyran].

_ Ecris-le sur une pierre et il y restera. Voyons, hors de Nicopolis, qui gardera ton souvenir ?

_ Mais je porterai une couronne d'or.

_ Si en tout et pour tout tu désires une couronne, prends une couronne de roses et mets-la sur ta tête : ton aspect en sera plus élégant.

 

Une belle leçon d'élégance en temps de corruption.

Epictète, De l'attitude à prendre envers les tyrans – une couronne de roses

2016, année grecque, avec Cryssilda et Yueyin !

 

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 00:15
Handel, Music for Queen Caroline, Les Arts Florissants, William Christie

Handel, Music for Queen Caroline, Les Arts Florissants, direction : William Christie, 2014

Handel, Music for Queen Caroline, Les Arts Florissants, William Christie

Handel, Music for Queen Caroline, Les Arts Florissants, direction : William Christie, 2014

 

Une interprétation flamboyante, émouvante, empreinte d’humanité.

 

La reine Caroline fut une figure féminine emblématique du XVIIIe siècle : épouse du roi George II d’Angleterre, femme d’une grande beauté, défenseur des arts et des sciences, Caroline d’Ansbach fut aussi l’amie et la protectrice de Handel. C’est à lui que furent confiées les musiques solennelles destinées aux grandes cérémonies qui accompagnèrent son règne – aussi bien The King shall rejoice donnée pour son couronnement et celui du roi, que le Te Deum Queen Caroline écrit pour son arrivée officielle en Angleterre mais aussi The ways of Zion do mourn qui résonna lors des funérailles de la reine.

 

Handel, Music for Queen Caroline, The King shall rejoice, HWV 260, 4 - Alleluia ! Les Arts Florissants, direction : William Christie, 2014

 

Les Arts Florissants et réjouissants.

 

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 00:15
Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

Yves Battistini, Trois contemporains, Héraclite, Parménide, Empédocle – traduction nouvelle et intégrale avec notices, Les Essais LXXVIII, Galimard, 1955/1961

 

Héraclite.

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

Hendrick ter Brugghen, Héraclite, huile sur toile, 1628, Rijksmuseum, Amsterdam

 

Sa pensée ne nous est parvenue que par la tradition orale, la mémoire des témoins, en fragments – comme le maître s'y complaisait.

Héraclite est un des premiers maîtres de la dialectique. Est-il obscur ou bien poète de la Nature autant que philosophe ? Sa vision du monde en mouvement dans sa densité éternelle est actuelle, selon le mot de Nietzsche : le monde, dans son éternel besoin de vérité, a éternellement besoin d'HéracliteLa philosophie à l'époque tragique des Grecs, 1873.

 

Ποταμῷ γὰρ οὐκ ἔστιν ἐμϐῆναι δὶς τῷ αὐτῷ.

On ne descend pas deux fois dans le même fleuve.

 

Les chercheurs d'or creusent beaucoup et trouvent peu.

 

Puisse la richesse ne vous manquer jamais, Ephésiens, afin que votre corruption soit manifeste.

 

Héraclite est notre contemporain.

 

Parménide.

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

Raphaël, Parménide, L'École d'Athènes, détail, 1509-1510

 

De son poème Sur la nature ne nous sont parvenus que cent cinquante vers : un préambule, où le poète est présenté à la déesse Dikê, une première partie sur la vérité, une seconde sur l'opinion.

 

Εἰ δ΄ ἄγ΄ ἐγὼν ἐρέω, κόµισαι δὲ σὺ µῦθον ἀκούσας : ἡ µὲν ὅπως ἔστιν τε καὶ ὡς οὐκ ἔστι µὴ εἶναι.

Allons, je vais parler et toi recueille mes paroles : être est et non-être n'est pas.

 

Τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστίν τε καὶ εἶναι.

Même chose se donne à penser et à être [et c'est l'être].

 

Si l'être est et si le non-être n'est pas, alors que la pensée et l'être ne font qu'un, comment puis-je penser le non-être ? Parménide refuse le concours des sens et en même temps il écrit : Allons, je vais parler et toi recueille mes paroles.

 

La perception est au cœur de la question.

Qu'y a-t-il (à penser) ? Que perçoit-on ? Voyons René Magritte, La Condition humaine I, ouvrons le dialogue.

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

René Magritte, La Condition humaine I, 1933, The National Gallery of Art, Washington

 

_ Qu'y a-t-il derrière la toile peinte posée sur un chevalet devant la fenêtre ? Ce qu'on voit sur la toile ? Une imagination de l'artiste ? Rien ?

_ Que voit-on derrière la toile peinte posée sur un chevalet devant la fenêtre ? Evidemment, on ne voit rien.

 

On peut apprendre à regarder.

Le réel n'est ni de l'ordre d'un univers idéel dont ne nous serait donnée que l'ombre portée ni de l'ordre d'une pure représentation détachée. Nous sommes impliqués dans notre perception du monde et en même temps nous partageons notre expérience avec d'autres témoins (le dialogue, τὸ διάλογος). Ce que nous révèle une œuvre d'art – notre histoire toujours recommencée.

 

Empédocle.

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

Michael Wolgemut and Wilhelm Pleydenwurff, Empedocles, gravure, Liber chronicarum, 1493

 

Empédocle d'Agrigente eut un rôle politique majeur dans sa cité. En démocrate, il lutta contre les ennemis de la liberté qui aspiraient à la tyrannie. Il ne reconnaissait qu'un seul dieu, la Matière éternellement vivante, sans cesse mouvante, conscience pensante et réalité sensible. Il s'opposait à ceux qui faisaient du sacré une profession et voulait briser les cages de la servitude, lever les interdits : pour cela, on le bannit.

Dans son poème philosophique Sur la nature de l'univers, il réalise une synthèse de la pensée de ses prédécesseurs. Quatre éléments composent l'univers : le feu, l'air, la terre et l'eau, en même temps matériels et doués de conscience. Deux forces conduisent l'univers selon des cycles nécessaires : la Haine et l'Amour.

Selon Nietzsche, il est « la figure la plus bariolée de la philosophie ancienne ».

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

2016, année grecque, avec Cryssilda et Yueyin !

 

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7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 00:15
Damien Guillon, Le Banquet Céleste, J. S. Bach Psalm 51, A. Vivaldi Nisi Dominus

J. S. Bach Psalm 51 BWV 1083 (after Pergolesi's Stabat Mater), A. Vivaldi Nisi Dominus RV 608, Le Banquet Céleste, Damien Guillon, contre-ténor & direction, Céline Scheen, soprano, Glossa, 2016

Damien Guillon, Le Banquet Céleste, J. S. Bach Psalm 51, A. Vivaldi Nisi Dominus

Damien Guillon, né en 1981, a suivi sa première formation musicale en 1989 à la Maîtrise de Bretagne dirigée par Jean-Michel Noël. Il étudie ensuite au sein de la Maîtrise du Centre de Musique Baroque de Versailles, dirigée par Olivier Schneebeli. En 2004, il est admis au sein de la Schola Cantorum Basiliensis pour y suivre l’enseignement du contre-ténor Andreas Scholl – on l'entend. Il étudie également l’orgue et le clavecin. Dès son enfance, il se produit sur de nombreuses scènes, en France et à l'étranger. En 2009, il crée son ensemble Le Banquet Céleste avec lequel il travaille sur le répertoire baroque – sa discographie est déjà riche de récompenses et d'éloges.

 

Le Banquet Céleste, Damien Guillon / Céline Scheen, Bach et l'Italie

 

Damien Guillon, Le Banquet Céleste, A. Vivaldi Nisi Dominus RV 608, Glossa, 2016

 

Son interprétation lumineuse de deux psaumes, l'un de Bach inspiré du Stabat Mater de Pergolesi, l'autre de Vivaldi, dans sa dimension éminemment concertante, est merveilleuse.

 

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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 00:15
Yannis Xanthoulis, Un Turc dans le jardin – La neige tombait toujours

Yannis Xanthoulis, Un Turc dans le jardin (Γιάννης Ξανθούλης, Ο Τούρκος στον κήπο, Εκδόσεις Καστανιώτη, 2001), traduit du grec par Florence Lozet, Actes Sud, 2005 – Illustration de couverture : Bo Bartlett, Noreaster (détail)

Yannis Xanthoulis, Un Turc dans le jardin – La neige tombait toujours

Né en 1947 à Alexandroupolis, près de la frontière turque, Yannis Xanthoulis vit aujourd'hui à Athènes. Certains de ses nombreux romans, extrêmement populaires en Grèce, sont traduits en plusieurs langues.

Selon l'éditeur

 

Athènes, été 1958. Le jeune Ilias, qui vient de perdre sa mère, s'installe chez son père et sa belle-mère, domestiques à demeure d'une octogénaire d'origine turque. Quand celle-ci rencontre le fils de son jardinier, la vieille dame est étonnée par la prescience qu'il semble avoir de certains détails la concernant, et elle se persuade bientôt qu'il pourra lui permettre d'entrer en contact avec son frère adoré, mort trop tôt. Dans une maison bruissante de mémoire et embaumée de parfums insolites, Ilias devient malgré lui le passeur d'une histoire de sang dont l'épilogue se jouera, quarante ans plus tard, dans une Istanbul transfigurée par la neige.

Si les fantômes s'abritent dans l'ombre de ce roman, c'est pour contraindre les vivants à affronter les renoncements et les impostures sur lesquels se sont construites leurs vies. Car cette métaphore onirique des relations gréco-turques est nourrie d'une réflexion sur la peur de l'autre l'Etat voisin, l'inconnu, l'adulte qu'on devient en grandissant, et sur le destin, sur les héritages inéluctables qu'il faut assumer sous peine de se perdre.

Selon l'éditeur

 

Ce n'était quand même pas un monstre, ce gamin !

 

Héraclès et Vasso vont ensemble.

 

Héraclès est le père d'Ilias. Vasso est la mère de Bella. Ilias a perdu sa mère et Bella a perdu son père : ils sont orphelins.

 

Vasso sent circuler dans la chambre rose de sa patronne comme des traces de l'abîme bienveillant de la religion. Comme une « nausée sacrée ».

 

La vieille dame, Méropé-Justine-Rana, est capricieuse.

 

Mehmet, jeune orphelin recueilli par sa vieille tante Zeynep, serait-il en miroir d'Ilias en un autre temps ?

 

Un jour, Ilias connaît un vomissement hors du naturel, un déluge de mots inconnus à la manière des parolles gelées.

 

Nourritures terrestres, un fil bien connu des lecteurs de Libellus.

 

Ilias commence à avoir faim. Se présente alors une poule au pot, une grosse poularde ramenée du champ voisin, avec salade et fromage.

 

Plus tard... A Constantinople, un festin lui est servi par Kaplanzi, un Turc.

 

La table est mise de roses blanches et jaunes fraîchement cueillies. En entrée, un potage de simples poireaux, une soupe délicieuse accompagnée d'un vin noir dans une carafe en cristal. Suit un mets nomade d'Anatolie : Viande d'agneau, graisse, riz, gros sel, poivre noir et noix muscade, le tout cuit à la braise dans une sorte de puits en terre. La cervelle de l'animal trône, entière, au centre du plat. Les couilles sont broyées dans le riz avec le sel et le poivre.

 

Bon appétit !

 

Le vin est enivrant. On se rafraîchit la bouche, avant le dessert, en mordant un radis ferme et piquant.

On apporte alors le baklava, décoré de feuilles d'or broyées au-dessus de la surface croustillante. Il y eut encore du halva blond avec de la poudre de cannelle et des noisettes grillées. Et de la confiture de roses.

Un café ? Lourd, odorant et bien évidemment turc – servi dans la bibliothèque.

 

Ilias entend la voix d'Ella Fitzgerald, Holy night.

 

Ella Fitzgerald ft Ralph Carmichale & Orchestra, Silent Night, Capitol Records, 1967

 

La neige tombait toujours.

 

Un Kaplanzi peut en cacher un autre.

 

Ilias... Il eut faim subitement quand d'alléchantes odeurs de friands à la viande hachée et aux épinards lui chatouillèrent le nez. Il entra dans un café-restaurant et goûta aux feuilletés que des femmes d'Anatolie, expertes, pétrissaient devant lui en petite tenue, accroupies devant des tables basses recouvertes de farine.

 

Ce roman goûtu taquinant nos papilles décrit un monde chiffré et corrompu, injuste et glacé.

 

Yueyin, une frugale, moins objective que Lou dans sa relation, a aimé l'œuvre « pour sa réinterprétation onirique des Grandes espérances ».

Yannis Xanthoulis, Un Turc dans le jardin – La neige tombait toujours

2016, année grecque, avec Cryssilda et Yueyin !

 

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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 00:15
Caetano Veloso / Gilberto Gil / Two Friends, one century of music

Caetano Veloso / Gilberto Gil / Two Friends, one century of music, Sony music (2 CD, 1 DVD), 2016

Caetano Veloso / Gilberto Gil / Two Friends, one century of music

Deux amis liés dans la mouvance de la samba et de la bossa nova depuis cinquante ans – un siècle à eux deux.

 

Gilberto Passos Gil Moreira, Gilberto Gil, né le 26 juin 1942 à Salvador de Bahia, est un musicien, compositeur, interprète brésilien – ancien ministre de la Culture au gouvernement Lula da Silva, entre 2003 et 2008.

 

Caetano Emanuel Viana Teles Veloso, Caetano Veloso, né le 7 août 1942 à Santo Amaro da Purificação dans l'Etat de Bahia, est un musicien brésilien parmi les plus populaires – João Gilberto a dit à propos de la contribution de Caetano à la musique brésilienne : « il a ajouté une dimension intellectuelle à la musique populaire brésilienne »,

 

Caetano Veloso / Gilberto Gil / Two Friends, one century of music, Sony music (2 CD, 1 DVD), 2016

 

Une merveille ! Chantons et dansons sur un rythme lent, loin des rythmes barbares, malgré les rythmes fous. La fête est dissociée du bruit.

 

Caetano Veloso & Gilberto Gil, Coração vagabundo, in album Two Friends, one century of music, Sony music (2 CD, 1 DVD), 2016

 

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