Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

Recherche

l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 00:15
Jean-Claude Pirotte, Portrait craché – un silence habité

Jean Claude Pirotte, Portrait craché, le cherche midi, 2014

 

« La paralysie faciale a déformé ses traits. Pour parler de lui, il convient de trouver un ton objectif, ce qui n'est pas si facile. Il est sourd de l'oreille gauche, le préciser est déjà entrer en lui comme par effraction. Il n'est plus jeune, loin s'en faut, et son esprit commence à vagabonder. »

 

Ni plainte ni complainte dans ce roman cru et nu où l'auteur fait corps avec son personnage pour tenir une chronique où le scalpel de l'humour noir découpe à vif humeurs et tumeurs. Les mots contre les maux. « Les livres sont des analgésiques », écrit Jean-Claude Pirotte. Ils survivront à cette humanité moribonde où le silence et la mort sont siamois. La littérature comme remède. Les ouvrages des écrivains qu'il aime – sa famille élective – font rempart autour de lui. L'écrivain plonge en eux pour revenir à la source, à l'orgueil de finir debout.

Jean-Claude Pirotte, Portrait craché – un silence habité

Jean-Claude Pirotte, à Montolieu, photo : Christine Chaton

 

Jean-Claude Pirotte est né à Namur le 20 octobre 1939.

Études en lettres et en droit. Avocat de 1964 à 1975. Exclu du barreau pour un délit qu'il nie avoir commis (une aide à la tentative d'évasion d'un de ses clients). Condamné. Vagabond en cavale. Se consacre dès lors à la littérature et à la poésie, et publie une cinquantaine de livres, des articles, des poèmes. Peintre, également.

Sylvie Doizelet, Jean-Claude Pirotte, Chemin de croix, La Table Ronde, 2004

Admirateur d'André Dhôtel, de Georges Bernanos, de Guido Gezelle, de Frederik van Eeden, de Georges Rodenbach, de Jacques Chardonne.

Il est mort.

 

Jean-Claude Pirotte cultive ses tumeurs depuis trente ans. Il a perdu un rein, ses boyaux, sa figure. A la longue, il s'est lié à ses oncologues.

Tout à l'heure, quand le soleil sera au zénith, je me coucherai et j'attendrai, comprenant que la vie n'est qu'une longue attente de rien.

Il y a la douleur. Et la lecture prend le pas sur la douleur, on dirait presque qu'elle la maîtrise, sans cesser de l'évoquer par un silence habité. La littérature, que le monde aujourd'hui méprise, est la seule sauvegarde. Il suffit de quelques lignes souveraines et modestes, et le ciel change de couleur.

 

Les enfants dans le parc commencent à hurler. Se souvient-il d'une enfance que dominaient les hurlements ? Non, l'enfance était méditative, et d'une liberté intérieure qui semble aujourd'hui bien oubliée.

 

La douleur circule. Ne l'a-t-il pas cherchée ? Le suicide individuel ou collectif est à la mode. Du fanatique à ses commanditaires, les financiers, les agioteurs, les politiciens.

 

La sagesse des nations s'est égarée dans le labyrinthe du progrès, ce monstre au faciès branlant.

[…]

Les songes de démocratie n'étaient, ne sont encore, plus que jamais, que des songes creux dans l'esprit des gouvernants élus grâce à l'aveuglement, ou la dérision, des peuples déboussolés.

 

D'un mince ouvrage de Julien Gracq, dont il ne s'est jamais séparé […], il aime à recopier la première phrase : « La France, qui s'est si longtemps méfiée du billet de banque, est en littérature le pays d'élection des valeurs fiduciaires. » Rien n'a changé, se dit-il, au contraire ça va de mal en pis.

 

La mort vient : le silence éternel des espaces infinis.

 

Le silence enfin, la musique, comme un silence habité.

 

John Cage, 4' 33", 1952

 

Un hymne à la littérature, nous dit Des Pas Perdus.

Jean-Claude Pirotte, Portrait craché – un silence habité

C'est la rentrée ! Revenons aux affaires dans l'euphorie et la bonne tumeur ! Viva la muerte !

 

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article
29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 00:15

Un dernier bain, une dernière sieste.

L'été à la plage – Ryanne Corey, Une douce méprise

Ryanne Corey, Une douce méprise (Leather and Lace, 1991), traduction française de Véronique Dumont, Harlequin, 1992

 

Il n'y avait que deux bonnes raisons de faire étape à Ticaboo, en Arizona : le rôti braisé du Bird's Café et Isabelle, la belle serveuse rousse.

L'été à la plage – Ryanne Corey, Une douce méprise

Brody Walker would care for both.

 

La chambre, appelée « suite », est nulle : pas de serrure à la porte, pas de télévision et l'ampoule qui se pend au plafond est grillée.

 

Qu'importe ! Brody, un démon aux yeux bleus, bourreau des cœurs et deux côtes fêlées dans un rodéo (il a son ranch au Wyoming), adore danser avec Isabelle.

Tiens ! La jolie rousse l'attend dans son lit. Elle s'est mise en dentelles. Curieux. Et si... la porte ne fermant pas, une autre s'était méprise ?

 

Vous connaissez maintenant le scénario.

 

A ton avis, demanda-t-elle d'un ton désinvolte, où mène cette porte ?

Que dirais-tu d'aller voir ?

L'été à la plage – Ryanne Corey, Une douce méprise

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article
23 août 2015 7 23 /08 /août /2015 00:15

Laissez le casino, il y a d'autres jeux.

L'été à la plage – Lass Small, Bien plus qu'un jeu

Lass Small, Bien plus qu'un jeu (Four dollars and fifty-one cents, 1991), traduction française de Diana Whitney, Harlequin, 1992

 

Tabby consulta la pendule qui surplombait la porte du restaurant. Elle eut un geste d'impatience.

Il faut en trouver un cinquième, déclara-t-elle.

[…]

Que diriez-vous de Junior ? demanda soudain Silthy.

 

Il s'agit d'un jeu d'enchères... sur des hommes, jeunes, beaux et tout. Un tournoi. C'est pour une bonne œuvre.

Junior, 27 ans, musclé, sérieux – voire réservé, c'est là qu'est l'hic. Jane, 24 ans, petite et mince, de grands yeux et de très longs cils – « longs comme des pattes de sauterelles », disait Junior quand ils étaient enfants –, est sa voisine. Saura-t-elle vaincre sa réserve et le persuader de s'exhiber – pour une bonne œuvre ?

 

La lune était juste au-dessus de l'horizon, ronde et pleine comme un disque d'or. C'était le début de l'été. L'air était doux et embaumé par les buissons de fleurs odorantes.

 

Il s'agit de pure poésie.

 

Jane a toutes les qualités : bien faite et, surtout, raisonnable, elle serait une bonne épouse et une bonne mère ; elle avait travaillé dans un centre d'enfants en difficulté, comme bénévole ; elle savait coudre et faire la cuisine.

Junior a pour lui ses yeux, sa bouche, ses épaules, sa virilité...

 

Encore cent-vingt pages, tout ça pour...

 

Oh ! Junior...

Elle ferma les yeux.

Ils s'embrassèrent longtemps, tendrement.

J'aime que tu sois près de moi, lui dit-elle à la fin. Tout près. On va s'aimer toute la vie, dis ? Ne me quitte plus jamais.

Je te le promets, Bouton d'or [« Buttercup »] !

 

Ouf !

 

Mike d'Abo, Tony Macaulay, Build Me Up Buttercup, int. Colin Young avec The Foundations, 1968

 

Why do you build me up (build me up) buttercup, baby

Just to let me down (let me down) and mess me around

And then worst of all (worst of all) you never call, baby

When you say you will (say you will) but I love you still

I need you (I need you) more than anyone, darlin'

You know that I have from the start

So build me up (build me up) buttercup, don't break my heart

 

"I'll be over at ten", you told me time and again

But you're late, I wait around and then (bah-dah-dah)

I went to the door, I can't take any more

It's not you, you let me down again

 

(Hey, hey, hey!) baby, baby, try to find

(Hey, hey, hey!) a little time and I'll make you mine

(Hey, hey, hey!) I'll be home

I'll be beside the phone waiting for you

Ooo-oo-ooo, ooo-oo-ooo

 

Why do you build me up (build me up) buttercup, baby

Just to let me down (let me down) and mess me around

And then worst of all (worst of all) you never call, baby

When you say you will (say you will) but I love you still

I need you (I need you) more than anyone, darlin'

You know that I have from the start

So build me up (build me up) Buttercup, don't break my heart

 

You were my toy but I could be the boy you adore

If you'd just let me know (bah-dah-dah)

Although you're untrue, I'm attracted to you all the more

Why do I need you so

 

(Hey, hey, hey!) baby, baby, try to find

(Hey, hey, hey!) a little time and I'll make you mine

(Hey, hey, hey!) I'll be home

I'll be beside the phone waiting for you

Ooo-oo-ooo, ooo-oo-ooo

 

Why do you build me up (build me up) buttercup, baby

Just to let me down (let me down) and mess me around

And then worst of all (worst of all) you never call, baby

When you say you will (say you will) but I love you still

I need you (I need you) more than anyone, darlin'

You know that I have from the start

So build me up (build me up) buttercup, don't break my heart

 

I-I-I need you-oo-oo more than anyone, baby

You know that I have from the start

So build me up (build me up) buttercup, don't break my heart

 

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article
15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 00:15

Ça baigne, ça bronze ? Attention aux méduses ! – Hé, Valentine ! Viens m'aider !

L'été à la plage – Jennifer Greene, Le chevalier du ciel

Jennifer Greene, Le chevalier du ciel (It had to be you, 1992), traduction française de Henriette Tullis, Harlequin, 1993

 

Val, une petite rousse aux yeux dorés, à la bouche tendre et parfumée, s'est engagée dans la Croix-Rouge au secours des réfugiés de la guerre du Golfe. Tout comme Sam aux yeux perçants (ce regard inquisiteur qui la troublait tant).

 

La dernière chose dont elle avait besoin, c'était d'une histoire d'amour !

 

Pendant de longues secondes, il n'y eut plus que Sam, dont les lèvres, chaudes, caressantes, exigeantes, prenaient possession de sa bouche avec l'insolence d'un voyou et une autorité toute masculine.

 

A l'Orient, les secondes durent des siècles, et l'autorité masculine assure.

 

Quand tout cela sera fini, quand nous serons rentrés au pays, je te retrouverai, Valentine.

 

Comment ? Val ne laisse pas d'adresse au pays.

 

Sam retrouve sa trace, il atterrit sur le petit aérodrome de Chekapee, en Floride – oui, il dirige une entreprise de transport aérien, comme tout le monde. Il loue une voiture, la plus rapide (il est pressé), une Mustang (faut un minimum).

 

Et ça finit comme toujours.

 

Je veux passer ma vie avec toi, Sam.

Sais-tu... Sais-tu au moins à quel point je t'aime ?

Oui...

 

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article
9 août 2015 7 09 /08 /août /2015 04:15

Pour suivre l'actualité, cliquez ICI. La page en lien est régulièrement modifiée.

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de maintenant
commenter cet article
7 août 2015 5 07 /08 /août /2015 00:15

La collection Rouge Passion, Harlequin, est de saison. En juillet-août, les blogs sont désertés, comme Paris, pour les bords de mer. Partons pour la plage avec de belles et courtes chroniques annoncées.

L'été à la plage – Ariel Berk, Les hauts de Glenville

Ariel Berk, Les hauts de Glenville (Teacher's Pet, 1985), traduction française de Catherine Berthet, Harlequin, 1993

 

Courtes chroniques ? Ces ouvrages majeurs de la littérature mériteraient des commentaires mot à mot.

 

Relisons Ariel Berk, Les hauts de Glenville.

 

Ça commence ainsi :

« Mon chéri ! Quelle surprise !

Êtes-vous libre pour déjeuner, ma chérie ? »

Et ça finit par :

Et au moment où ils franchissaient, ensemble, le seuil de la maison, main dans la main, yeux dans les yeux, personne n'aurait pu se douter etc.

 

Vous lisez : Oh, c'est une happy end comme on en trouve à la fin de tous ces petits romans à l'eau de rose. Erreur ! vous n'avez pas lu : c'est le commencement d'un drame.

 

Reprenons.

 

Ils vont main dans la main, ensemble : c'est plus pratique d'être ensemble quand on marche main dans la main – à moins d'avoir le bras long.

 

Ils franchissent le seuil de la maison : il y a un seuil, un écueil. Main dans la main : vous voyez ? Il n'est pas écrit : ils entrent main dans la main par le vaste portail du château. Vous avez une maison ? La porte de votre appartement fera l'affaire. Si vous cherchez à entrer avec votre chérie (ou chéri – on ne reprendra pas la variante féminin-masculin), ensemble, main dans la main, l'un des deux va se fracasser contre le mur – en général, une porte est entourée d'un mur : fracture du crâne, six mois d'hôpital, un an de rééducation pour les séquelles – votre chérie est rétablie, complètement, elle est tombée amoureuse du kinésithérapeute, ils vont se marier, elle est venue vous l'annoncer... mais n'anticipons pas.

 

Les yeux dans les yeux ? Même sans le seuil, si vous vous promenez avec votre chérie en la regardant dans les yeux, vous allez trébucher. Avec l'écueil, vous vous affalez sur le carrelage de l'entrée : trois ans dans le coma.

« Mon chéri ! Quelle surprise ! Tu es réveillé ! En forme ? Es-tu libre pour le banquet ?

– Jeee suiiis à la noooce. »

Ces derniers mots, pleins de joie et d'espoir, ont été mâchouillés sur un ton qui tient autant à l'amertume du cœur qu'à la crampe faciale. Il n'y a pas d'amour heureux.

 

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article
3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 00:15

L'été, à la plage, certains relisent Proust qu'ils n'ont pas encore lu une seule fois. D'autres se plongent dans Harlequin, les fondamentaux, quoi !

L'été à la plage – Cathryn Clare, La loi de la passion

Cathryn Clare, La loi de la passion (Blind Justice, 1989), traduction française de Anouk, Harlequin, 1993

 

J'étais pressée. Cet après-midi je déménage pour m'installer avec mon amie Sarah dans une petite ville proche de Boston. J'en avais assez de la grande ville et j'ai trouvé un boulot pas franchement passionnant mais reposant : une importante société d'assurance cherchait son avocat, et je suis avocate.

 

Pressée, mais toujours charitable, je cherche à aider une vieille dame, aveugle de surcroît, à traverser l'avenue, elle se rebiffe, grincheuse, elle n'a besoin de personne, et nous nous retrouvons au milieu de la trois voies quand les voitures démarrent du feu tricolore. Je pousse ma dame vers le trottoir, elle trébuche... un horrible crissement de pneus... elle est étendue sous le pare-choc d'une jeep, très belle, flambant neuve.

 

Le conducteur, un homme pressé, descend, très agressif – j'aurais poussé la dame –, et... hmm... très bel homme. Et avocat lui aussi. J'en suis toute frémissante. Que va-t-il se passer dans les cent trente pages qui suivent ?

 

On va "conclure", et puis on va se marier, comme tout le monde. Tout le monde est pressé, tout le monde est riche, jeune, beau et intelligent.

 

La vieille dame va bien, elle n'en était pas à son coup d'essai, elle est connue de tout le quartier et des services de police, elle est invitée à la noce.

 

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article
31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 00:15
Comtesse de Ségur, Les Malheurs de Sophie

Comtesse de Ségur, Les Malheurs de Sophie, 1858 – Hachette, 1994 ; édition limitée à 4000 exemplaires numérotés ; illustrations de Maria Helena Vieira da Silva

Comtesse de Ségur, Les Malheurs de Sophie

Árpád Szenes et Maria Helena Vieira da Silva

 

Vers 1930 est apparu dans notre maison de Boulogne un couple extraordinaire : Maria Helena était portuguaise, avec de longs cheveux noirs, un nez d'aigle et un accent chantant. Elle avait vingt-deux ans mais m'apparaissait comme une dame. Árpád, son mari, était hongrois, il avait des cheveux « carotte » et plaisantait sans arrêt.

 

Violante do Canto se souvient. Pour le Noël de 1931 – elle avait alors huit ans –, Maria Helena lui a offert Les Malheurs de Sophie, un livre illustré par elle de petites gouaches collées par-dessus les images imprimées d'André Pécoud. Soixante-trois ans plus tard, elle les donne en édition.

 

I

La poupée de cire

 

Sophie reçoit en cadeau une magnifique poupée.

Comtesse de Ségur, Les Malheurs de Sophie

La poupée vécut très longtemps, bien soignée, bien aimée ; mais petit à petit elle perdit ses charmes, voici comment.

Un jour Sophie pensa qu'il était bon de laver les poupées, puisqu'on lavait les enfants ; elle prit de l'eau, une éponge, du savon, et se mit à débarbouiller sa poupée ; elle la débarbouilla si bien qu'elle lui enleva toutes ses couleurs : les joues et les lèvres devinrent pâles comme si elle était malade, et restèrent toujours sans couleur. Sophie pleura, mais la poupée resta pâle.

 

Un autre jour, Sophie entreprend de friser les cheveux de sa poupée avec un fer chaud : la poupée en reste chauve.

 

Un autre jour encore, Sophie apprend des tours de force à sa poupée : un bras cassé.

 

Une autre fois, elle lui donne un bain de pieds bouillant : la poupée perd ses jambes.

 

Enfin, un dernier jour, la poupée tombe d'un arbre et se brise en cent morceaux. Sophie et ses amis l'enterrent en grande pompe.

 

Livre rare, à rechercher pour parer sa bibliothèque.

Comtesse de Ségur, Les Malheurs de Sophie

Vieira da Silva, Vitrail, Église Saint-Jacques, Reims, 1966-1976 – photo : Gérald Garitan

 

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans du champ du signe
commenter cet article
27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 00:15
Pierre Lamalattie, 121 curriculum vitae pour un tombeau

Pierre Lamalattie, 121 curriculum vitae pour un tombeau, l’Éditeur, 2011

Pierre Lamalattie, 121 curriculum vitae pour un tombeau

Pierre Lamalattie, 1 – Pierre, après SOIR 3 il s'est endormi durant l'émission intitulée : "les secrets du plaisir féminin"

 

Pierre Lamalattie est né à Paris en 1956. Il apprend très tôt les bases de la peinture à l’huile grâce aux conseils et à l’expérience de l’artiste Léo Lotz. Au cours de ses études à l’Agro de Paris, nombre de voyages et de rencontres contribuent à entretenir son goût pour l’art pictural. Après avoir travaillé comme médiateur social et enseigné quelques années la gestion des ressources humaines, il décide en 1995 de se consacrer uniquement à la peinture. Son travail, résolument figuratif et férocement ironique, propose notamment une réflexion sur la vie contemporaine au travail. Seul ou avec d’autres artistes, il expose régulièrement ses œuvres en France.

 

Depuis quelque temps, je me suis mis à peindre des curriculum vitae. Quoi de mieux, en effet, pour parler de la vie des hommes et des femmes d'aujourd'hui, que des curriculum vitae ? En tout cas, à notre époque, c’est un genre qui a beaucoup de pratiquants. Un CV, c’est moins long qu’un roman, et souvent plus vrai... plus tragiquement vrai.

Les cabinets de recrutements sont formels : un bon curriculum vitae, ça doit se lire d’un seul coup d’œil. C’est quelques mots-clés et un bon visuel. Pas besoin de se cacher derrière les détails. Il faut résumer une vie à l'essentiel. D’ailleurs, avec un peu d’entraînement, l’existence se résume très facilement.

C’est dans cet état d’esprit que j’ai commencé cette série de CV. Il s’agit de témoigner du genre d'hommes et de femmes que j'ai pu rencontrer dans ma petite vie. Il ne s'agit pas, bien sûr, de personnes réelles, mais de caractères, de personnages inspirés de mon expérience comme pourraient l'être des personnages de romans. Certains CV peuvent faire sourire, voire rire, mais le fond de ma démarche n'est pas de faire de l'humour, ni de dénigrer ces semblables auxquels je ressemble tant. C'est plus grave : j'ai envie de faire sentir en quoi consistent réellement des vies tout entières.

 

Maurice Ravel, Le Tombeau de Couperin, V. Menuet, Jean-Philippe Collard, piano, – in Ravel, Complete works for solo piano, Warner / Parlophone France / Wea France, 2004

 

Dans la musique occidentale, un « tombeau » est un genre musical, surtout en usage dans la période baroque mais aussi au XXe siècle. Il y a eu par exemple le Tombeau de M. se Sainte-Colombe, par Marin marais, ou le Tombeau de Couperin, par Ravel. Le tombeau était composé, précise à juste titre Wikipédia, « en hommage à un grand personnage ou à un musicien, maître ou ami, aussi bien de son vivant qu’après sa mort, contrairement à ce que le nom de ce genre musical pourrait laisser penser. Il s’agit généralement d’une pièce monumentale, de rythme lent et de caractère méditatif non dénué parfois de fantaisie et d’audace harmonique ou rythmique ». Voilà exactement ce que je voulais faire en peinture : un tombeau des hommes et des femmes de notre temps.

 

I

Mon médecin référent était le docteur Konstantinopoulos.

[…]

Depuis quelque temps je me sentais patraque.

[…]

Eh bien ! Autrefois, quand j'entrais en relation avec une femme, il y avait deux phases successives. Retenez bien « successives », c'est le mot important. Phase A : le plaisir. Phase B : les emmerdes.

[…]

Eh bien ! Maintenant, je pense qu'il s'est constitué une sorte d'autoroute neuronale entre ces deux centres. Aussitôt l'idée du passage à l'acte émerge-t-elle, aussitôt le centre d'évaluation des emmerdes se met-il en état d'alerte maximale. Les deux phases se produisent simultanément. Ça gâche tout. Bref, je me sens raplapla, docteur, je suis tout mou. Je ne suis plus aussi réactif qu'autrefois, voilà le problème...

 

De la truculence dans l'élégance.

De l'amour, de l'empathie, pour les autres.

Des citations musicales ou picturales à chaque page.

Pierre Lamalattie, 121 curriculum vitae pour un tombeau

Pierre Lamalattie, 7 – Claire, elle a compris que son mec ne comprendrait jamais rien à la musique de chambre

Pierre Lamalattie, 121 curriculum vitae pour un tombeau

Pierre Lamalattie, 121 – Pierre, il lui reste ce plaisir de rouler sur l'autoroute avec la musique d'Alfred Schnittke

 

Alfred Schnittke, Polyphonischer Tango, 1979 – NDR Radio-Philarmonie, Hannover, dir. Eiji Oue

(on entendra peut-être un air de la 40e de Mozart, revue par Kurt Weill – deux maîtres pour Alfred Schnittke)

Merci, Des Pas Perdus, de nous avoir offert ce beau livre, avec Paris et Le Chat Noir en boules à neige.

Pierre Lamalattie, 121 curriculum vitae pour un tombeau

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans du champ du signe
commenter cet article
23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 00:15
Catherine Lamielle, Étranges nouvelles

Catherine Lamielle, Étranges nouvelles, Les Éditions du Panthéon, 2005

Catherine Lamielle, Étranges nouvelles

La découverte d'un galion du XVIIe siècle près de Stockholm, l'ombre toute-puissante de Cromwell, l'héritage inattendu d'un tableau, un faux accident de carriole... Autant d'événements du passé qui transformeront le destin de personnages actuels.

Ces incursions du passé dans le présent constituent la trame des quatre premières nouvelles de ce recueil.

Les trois ultimes Étranges nouvelles sont l'occasion pour Catherine Lamielle d'explorer ce qui se cache derrière des existences en apparence ordinaires. Celles de gens a priori comme les autres qui dissimulent pourtant un secret, une faille. L'un pense qu'il va devenir riche, l'autre croit dominer son environnement et le dernier est loin d'être le personnage insignifiant qu'il paraît être.

Catherine Lamielle est née à Paris en 1953. Des études de physique et son souhait de concilier vie en entreprise et amour des livres l'ont d'abord amenée à choisir le métier de documentaliste scientifique. Son entrée dans un grand groupe international lui a permis d'évoluer rapidement vers des fonctions de communication puis de gestion des ressources humaines.

L'histoire de sa propre famille et ses nombreux déplacements privés ou professionnels sont pour elle une source d'inspiration toujours renouvelée.

Étranges nouvelles est son premier recueil – nous dit la 4e de couverture.

 

Trois nouvelles en quelques phrases.

 

Un tableau dont personne ne voulait

[…]

Il est entré chez nous par hasard...

Quand le hasard même est inscrit dans le grand rouleau...

 

Un changement d'univers

La journée avait commencé de manière étrange...

Ordinaire, en fait. C'est ensuite qu'est apparu l'étrange.

 

L'aigle

[…]

Avons-nous rêvé l'Oiseau ?

[…]

Et s'il était simplement la représentation de ce qu'il y a de mieux en nous : notre aptitude à rêver, notre sens du merveilleux, notre désir de liberté, notre capacité à voir plus loin, à voir de plus haut, une partie de notre conscience peut-être ?

[…]

Vivons, cela suffira.

 

C'est brillant, étrange, aux frontières du fantastique. Une écriture merveilleuse et limpide.

 

Erik Satie, Gymnopédie n°1, 1888 – piano : Daniel Varsano, 1969

 

Partager cet article

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article