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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).
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Survival

 

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 05:15

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 01:09

C'est un ouvrage que l'on a connu, il y a bien longtemps, et qui s'est égaré dans les couloirs de la vie.

Guy des Cars, La Brute

On l'a retrouvé, dans un écrin pleine peau.

Guy des Cars, La Brute

Guy des Cars, La Brute, Flammarion, 1951 – première édition

Les couvertures ont un peu souffert, le livre a voyagé.

Guy des Cars, La Brute

En page de garde et en page de titre, on reconnaît les cachets des grandes bibliothèques d'antan.

A la page 31, on aperçoit encore l'encre estompée par le temps et le vent des sables : « Bibliothèque des officiers de la garnison de Tiznit ».

Les commentaires (modérés) susurrant, même implicitement, que Lou partage les lectures des Rouges, seront implacablement censurés, en toute tolérance.

 

C'est l'histoire d'un procès, de son instruction, de l'enquête menée par un vieil avocat, commis d'office pour défendre un client perdu d'avance.

 

Victor Deliot, inscrit au Barreau de Paris depuis quarante cinq années, est un inconnu à la robe élimée, qui ne traite que les menus délits en Correctionnelle, quatre ou cinq fois par an.

Son vieil ami, devenu le bâtonnier Musnier (après un premier procès très médiatique, une affaire de scandale privé et politique), l'invite dans son noble bureau au Palais.

Depuis le temps des études, au temps où Victor, brillant étudiant, aidait son camarade à préparer les examens, le bâtonnier a ignoré l'ancien condisciple. Il lui offre la chance qui lui a manqué : passer aux Assises !

 

Vous vous souvenez de l'affaire Vauthier ?

 

Jacques Vauthier a tué un Américain, John Bell, à bord du De Grasse, pendant une traversée de New-York au Havre.

Un crime insensé dont le véritable mobile n'a pu encore être découvert. Vauthier a tué un homme qu'il n'avait jamais vu, qui ne le connaissait pas, et qu'il n'a pas volé.

 

Le tueur, encore maculé du sang de sa victime, a été arrêté sur-le-champ par le commandant.

Il avoue le crime et refuse d'être défendu.

Victor Deliot reprend le dossier. Le copain d'avant, aujourd'hui honoré, lui aurait-il fait une fleur, tardivement ?

C'est-à-dire que les plus grands ténors du Barreau, sollicités au commencement, se sont tous désistés. Il ne reste que le minable, sa première chance, si l'on peut dire – parce que l'affaire est jugée, le prévenu est coupable, il est déjà condamné.

 

Et s'il était innocent ?

 

Victor Deliot, soixante-huit ans – l'histoire se tient en 1950 – mène l'enquête, avec son assistante, Danielle Gény, jeune étudiante terminant son Doctorat en Droit – elle est la seule femme autorisée dans l'intimité du vieux garçon misogyne, avec Louise, la femme de ménage.

 

Première rencontre à la Santé.

D'après les premiers renseignements que j'ai sur lui [dit-il au gardien], ce garçon est instruit, très intelligent... Vous a-t-on dit que cette brute a même écrit un bouquin ?

Oui, L'Isolé, publié cinq ans auparavant – le jeune écrivain avait vingt-deux ans. Le livre n'a pas été réimprimé, il est devenu introuvable.

 

Le prisonnier n'est pas bavard, il devient violent quand on le touche.

Il est sourd, muet et aveugle, de naissance.

Il lui reste l'odorat, le goût et le toucher.

 

Un livre introuvable ? Pas pour l'ami Bauchet, le meilleur des libraires. Jacques a écrit son récit avec sa femme, Solange.

 

Victor se rend à l'Institution de la rue Saint-Jacques. Le directeur lui enseigne comment on éduque un sourd-muet-aveugle en combinant les méthodes de l'Institution Nationale des Sourd-Muets et celles de la Fondation Valentin Haüy. A Sanac, dans la Haute-Vienne, un homme a définitivement mis au point la méthode : Yvon Rodelec, un religieux de l'ordre des Frères de Saint-Gabriel.

 

On part du connu vers l'inconnu, de l'objet palpé au signe mimique qui le représente ; ce n'est qu'ensuite qu'on peut apprendre l'alphabet dactylologique – et la reconnaissance, la reproduction, des sons qu'il n'entend pas, ce qui lui permet de s'exprimer, de manière imparfaite, en langage oral. Enfin, l'écriture Braille.

 

Victor rencontre Simone Vauthier, la mère de Jacques, puis Solange Vauthier, blonde, fine, jolie.

 

Le procès s'ouvre le 20 novembre. Le directeur de l'Institution de la rue Saint-Jacques est le premier interprète. Danielle Gény est aux côtés de Me Deliot. La partie civile est assurée par le redoutable Me Voirin.

La Cour entre : le premier président, Legris, et ses assesseurs, l'avocat général Berthier, encore plus inquiétant.

 

Jacques Vauthier est né le 5 mars 1923, 16, rue Cardinet, à Paris (on est donc en 1950).

Le père, Paul Vauthier, est mort le 23 septembre 1941.

La mère, Simone Vauthier, née Arnould.

Une sœur, Régine.

 

Jacques a passé les dix premières années de son existence, entouré des siens et soigné par une toute jeune bonne, de trois ans seulement son aînée, la petite Solange Duval.

Il séjourne ensuite douze années à Sanac.

Six mois après la parution de L'Isolé, Solange Duval a épousé Jacques Vauthier à Sanac.

Pendant cinq ans, ils font une tournée de conférences aux États-Unis, pour présenter les recherches en éducation des sourds-muets-aveugles. Au retour, c'est le drame à bord du De Grasse.

 

Vient le défilé des témoins.

 

Premier témoin cité par l'Accusation : Henri Téral, steward à bord du paquebot De Grasse. Il a découvert le cadavre encore tiède, et Jacques Vauthier, prostré dans la cabine, les mains souillées de sang.

Deuxième témoin : André Bertin, premier commissaire de bord sur le paquebot De Grasse.

Troisième témoin : le commandant Charlot.

Quatrième témoin : le docteur Langlois, premier médecin à bord du De Grasse.

Cinquième témoin : l'inspecteur principal Mervel, monté à bord du paquebot à son arrivée au Havre. Il a interrogé Jacques, puis l'a fait écrouer à la Santé.

Sixième témoin : le professeur Delmot. Il a examiné Jacques et en a conclu qu'il était tout à fait normal, et d'une intelligence supérieure.

Septième témoin : Thomas Bell, sénateur de l'Ohio, père de la victime, son fils unique – la mère est morte en couches.

Huitième témoin : Régine Daubray, sœur de Jacques.

Neuvième témoin : Georges Daubray, le beau-frère.

Dixième témoin : Mélanie Duval, mère de Solange.

Onzième témoin : le doyen Marnay, de la Faculté des Lettres de Toulouse.

Douzième témoin : Jean Dony, aveugle, organiste à la cathédrale d'Albi.

 

Premier témoin cité par la Défense : Simone Vauthier, la mère.

Deuxième témoin : Yvon Rodelec, directeur de l'Institution Saint-Joseph, à Sanac.

Troisième témoin : le docteur Dervaux, médecin attitré de L'Institution.

Quatrième témoin : Dominique Tirmont, frère-portier de l'Institution.

Cinquième témoin : Solange Vauthier, l'épouse.

 

Suivent les réquisitoires.

 

Selon la Défense, Jacques Vauthier est innocent.

L'assassin est dans la salle, il est venu à la barre.

Accablé par l'avocat, il passe aux aveux.

 

L'avez-vous trouvé ? Vous savez bien que le coupable, c'est toujours le majordome.

 

Une intrigue policière peut être représentée en une grille de deux lignes et x colonnes.

 

Personnages

Majordome

Pierre

Paule

Jacques

Fonctions

?

jeune héritier

maîtresse éconduite

mari jaloux

 

La fonction « coupable » n'est pas attribuée et l'un des personnages n'a pas de fonction dans l'intrigue : le coupable est le majordome.

 

C'est un roman policier. Le scénario est habilement, et lentement, construit (le synopsis tiendrait en une demi-page). Le récit est écrit avec élégance. Mais au-delà du roman, il y a une question : quel droit peut-on accorder à la différence et à l'intelligence mêlées ?

Guy des Cars, La Brute

Le roman a été adapté au cinéma par Claude Guillemot,

Guy des Cars, La Brute

en 1987 – il est mort en janvier de cette année.

Xavier Deluc est Jacques Vauthier, Assumpta Serna, Solange Vauthier, Jean Carmet, Me Deliot. Tous excellents.

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25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 00:09
Alan Silitoe, Tony Richardson, La solitude du coureur de fond

Alan Silitoe, La solitude du coureur de fond (The Loneliness of the Long Distance Runner, nouvelle tirée d'un recueil du même nom, 1959), traduction française d'Henri Delgove, Éditions du Seuil – La Petite Ourse, Lausanne, 1966, pour la présente édition

Alan Silitoe, Tony Richardson, La solitude du coureur de fond

Frontispice de Pierre Monnerat

Alan Silitoe, Tony Richardson, La solitude du coureur de fond

Alan Sillitoe, né le 4 mars 1928 à Nottingham, dans une famille d'ouvriers, est l'un des Angry Young Men (Jeunes gens en colère), un mouvement littéraire ainsi forgé par la presse britannique dans les années 1950.

 

« Dès mon arrivée au Borstal, ils ont fait de moi un coureur de fond en cross. Ça doit être parce qu'ils trouvaient que j'avais la découpure qu'il faut, parce que j'étais grand et musclé pour mon âge (et je le suis toujours). Au fond, pour vous dire le vrai, je ne m'en faisais guère pour ça, parce que, de courir, ça a tout le temps été le fort dans notre famille, surtout quand il s'agit de se défiler de la police. Moi, j'ai toujours été bon à la course, avec, à la fois, du sprint et de la foulée, mais le seul ennui, c'est que malgré toute ma vitesse, et pour savoir jouer des flûtes, vous pouvez être, sûr que je m'y connais, même si c'est moi qui vous le dis, c'est pas ça qui m'a empêché de me faire piger par les cognes le jour que j'ai fait la boulangerie. »

 

La solitude du coureur de fond est une longue nouvelle (126 pages dans notre édition). C'est l'histoire de Colin Smith, un jeune homme âgé de dix-sept ans, placé dans un centre de redressement après un vol dans une boulangerie. Le directeur de l'établissement, « ce gros pansu de salaud avec ses yeux de veau », remarque ses qualités d'endurance et il mise sur lui pour remporter l'épreuve de course de fond qui oppose chaque année ses sujets aux élèves d'un collège privé.

Smith court et lui refuse la victoire : son indépendance l'emporte.

 

« C’est ça, qu’ils disent, l’entraînement idéal pour la grande journée des championnats, quand tous les messieurs-dames à groin de cochon – qui ne savent même pas que deux et deux font quatre et qui seraient empotés comme des manches s’ils n’avaient pas leurs esclaves pour les servir au doigt et à l’œil- viendront nous faire de beaux discours pour nous démontrer qu’il n’y a rien comme le sport pour vous ramener dans le droit chemin et vous empêcher d’avoir les doigts qui vous démangent de taquiner les serrures de leurs boutiques et de leurs coffres-forts, ou de vider les pennies de leurs compteurs à gaz avec des épingles à cheveux. Et comme récompense, on vous donnera un bout de ruban bleu et une coupe, après que vous vous serez bien esquintés à courir ou à sauter, tout comme des canassons, avec cette différence que les canassons, eux, on les traite mieux que nous ensuite. »

 

Le directeur joue sur la confiance : soyez franc jeu et vous en serez récompensés. Hypocrisie flagrante : son laquais juteux ne sait que gueuler au garde-à-vous. Le coureur sort ses tripes, mais il ne montre pas ce qu'il pense.

 

« Il possède peut-être des milliers de livres, et il est même bien possible qu'il en ait écrit lui-même, mais je suis bien tranquille, aussi sûr que je suis ici, que ce que je gribouille, ça vaut un million de fois ce qu'il pourrait jamais écrire. »

 

« Parce qu'une autre chose que les gens comme le directeur n'arriveront jamais à comprendre, c'est que je suis honnête, moi, et que je n'ai jamais été autrement qu'honnête, et qu'honnête, je le serai toujours.

[…]

Je suis convaincu que mon honnêteté est de la seule espèce qui existe au monde, et lui croit également que la sienne est la seule. »

 

Colin pense.

 

« C'est qu'il faut que je vous explique que mon paternel était mort d'un cancer de la gorge et que la mère avait touché un petit magot de cinq cents livres de l'assurance et comme primes de l'usine où il travaillait, "pour adoucir votre chagrin", qu'ils avaient dit, ou quelque chose du même genre. »

 

Après des achats de nippes, télé, mangeaille, il en restait trois cents gros billets.

 

La publicité de la télé fait miroiter tout ce qu'on peut acheter : les choses s'animent, alors que les réclames glacées du cinéma et les minables affiches n'ont pas de vie.

Colin et son copain Mike cassent le coffret de la caisse chez un boulanger. En rentrant, ils sifflent un air ancien.

 

John Walter Bratton, Teddy Bear Two-Step, 1907 – int. Rodney Jantzi, 2013, sur un Berlin Reed Organ, fabriqué à Berlin (Kitchener), Ontario, Canada, en 1904.

Alan Silitoe, Tony Richardson, La solitude du coureur de fond

Des paroles furent ajoutées à la mélodie en 1932 par Jimmy Kennedy, et la chanson devint Teddy Boys' Picnic.

 

Les deux Boys coulent les liasses de fafiots dans la descente d'eau devant la porte de la maison. Les flics les ont reconnus grâce à un témoignage. Ils viennent interroger Smith, il pleut, la gouttière vomit ses billets.

 

Au Borstal.

 

« L'abruti d'enflé de directeur expliquait à un abruti d'enflé de membre du Parlement […] que c'était uniquement sur moi qu'il comptait pour gagner pour le Borstal la Coupe du Ruban bleu du Championnat d'Angleterre de cross en fond. »

 

La course est lancée. Smith est loin en tête. Près de la ligne d'arrivée, il s'arrête, attend le second (venant du collège privé), le laisse passer.

 

Après six mois de travaux forcés aux corvées, en récompense, il est libéré. Il reprend son métier de crocheteur, tout en écrivant son récit qu'il confie à un ami sûr en vue de le faire paraître en livre, si les flics [lui] remettent le grappin dessus.

 

Le texte n'a pas vieilli, ni dans le propos d'un rebelle refusant une société injuste et, selon lui, définitivement figée, ni dans la musique de l'écriture dont on a pu se faire une idée plus haut.

 

Le film.

 

Alan Sillitoe (scénario), Tony Richardson (réalisation), The Loneliness of the Long Distance Runner, avec Tom Courtenay (Colin Smith, le coureur de fond), Michael Redgrave (Ruxton Towers, le directeur du centre) ; musique : John Addison ; montage : Antony Gibbs, 1962.

 

« Le beau titre. Comme tous les beaux titres, il satisfait d’abord à son harmonie propre. Satisfaction qui relève du « charme » poétique. Puis viennent les interprétations. Elles sont au moins deux comme pour toute poésie. Au premier degré nous demeurons sur le plan des apparences, de la réalité pure et simple : il s’agit bien d’un coureur de fond qui, tout le long de sa course épuisante, se trouve seul, livré à ses seules ressources physiques et morales. […] Au deuxième degré, sur le plan du symbole : tout au long de sa vie, assimilée à une épreuve sportive, tout homme est ce coureur solitaire, surtout quand il a choisi la révolte. Tout le film de Richardson se bâtit sur l’étroit enlacement de deux suites de scènes en accord avec cette double interprétation ; […] La réussite de ce film tient beaucoup à l’étonnante présence de Tom Courtenay. D’un physique plutôt ingrat – qui évoque l’oiseau tombé du nid, le petit animal frileux – il joue avec une étonnante variété. […] Excellente bande sonore où la musique, loin de faire double emploi avec l’image, joue en contraste grinçant (les cantiques sur une des images de passage à tabac) ou indique le sentiment suggéré par le mouvement de la caméra (jazz, par exemple, pour souligner la joie ou le burlesque) ; habilité du montage greffant l’une sur l’autre les deux suites d’images d’une façon dépouillée arbitraire. […] Mais la caméra travaille à suggérer par son mouvement les mouvements sur lesquels l’histoire se déroule. […] Elle s’efforce, court, souffle, halète, s’éblouit en accord avec Smith, ou s’immobilise (plan général) pour mieux s’étendre sur les paysages lorsque les quatre jeune chiens, au bord de la mer, gesticulent à la limite de l’horizon ou que le coureur s’élance dans la vaste fraîcheur de l’aube. »

Jean-Louis Bory, Des yeux pour voir, 1971

 

La fin du film, la course (V.O. non sous-titrée) : on peut commencer à 11' 41", mais on peut, encore mieux, emprunter ou acquérir le film (V.O. s/t français).

 

Alan Silitoe, Tony Richardson, The Loneliness of the Long Distance Runner, 1962

 

* * *

 

Teddy Boys' Picnic

 

If you go down in the woods today

You'd better go in disguise

In drainpipe trews and high coloured shoes

And something intense in ties

No need to wash its going to rain

Just take your cosh and your bicycle chain

Todays the day the teddy boys have their picnic

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 00:09
Camile Belliard, Le Bois de la Croix – le mouvement de l'eau

Camile Belliard, Le Bois de la Croix, L'Amitié par le livre, 1948 – Bois de Tilmans

Camile Belliard, Le Bois de la Croix – le mouvement de l'eau

Camille Belliard est né en 1899 à Beuzeville-au-Pin, près de Sainte-Mère-Église, dans une famille d'ouvriers agricoles.

A l’école primaire supérieure de Carentan, il apprend la poésie auprès du directeur, et à Blosville, le curé lui enseigne la philosophie. Son instituteur l’encourage à entrer dans l’enseignement.

En 1915, après l’École Normale de Saint-Lô, il est nommé instituteur à Villedieu-les-Poêles. Sanctionné pour avoir écrit une brochure pacifiste, il est muté en Champagne-Ardenne. En 1921, il revient dans la Manche, il se marie avec Louise Lefillâtre, enseignante également : ils auront trois enfants.

En 1924, il publie son premier essai philosophique, Le Bois de la Croix.

En 1930, il fonde « L’Amitié par le Livre », une maison d'édition bien reconnue, en particulier chez les enseignants.

En 1943, il s’installe à Blainville-sur-Mer. Puis, au lendemain de la guerre, en 1946, l’administration lui confie la direction du nouveau « Centre de rééducation de Tatihou ». Il y met en pratique pendant huit ans sa pensée. Il y compose Les cahiers de l’île.

En 1947, il crée « La pensée libre ».

En 1954, il prend sa retraite d’enseignant, et se retire dans la maison familiale de Blainville-sur-Mer.

En 1960, il est aux origines de l’Association de l’Enfance et de l’Adolescence Inadaptées de la Manche, en continuant son travail d'écriture.

 

Ce philosophe à la plume poétique était un an-archiste en recherche de Dieu : Le Bois de la Croix en fait foi.

 

Psaume 22 (23), Le Seigneur est mon berger, in album : Suzanne Haïk-Vantoura, La musique de la bible révélée – Adolphe Attia, ténor ; harpe celtique, Martine Géliot, Harmonia Mundi, 2000

Camile Belliard, Le Bois de la Croix – le mouvement de l'eau

Bois de Tilmans, et typographie à l'ancienne, à la main

 

« CES paroles ne s'adressent point

aux savants ni aux philosophes.

Mais aux hommes que sont ces

savants et à leur cœur. »

 

« VOUS les îlots d'amour dans cette mer de suffisance et de perversion.

Vous les assoifés de vérité, les douloureux du

désir de connaître et d'aimer.

[…]

Joignez à notre mal d'aimer votre

mal d'aimer et qu'il devienne

fécond de la fraternité.

[…]

Ils ont un esprit et ne

connaissent point.

[…]

Les voici semblables à la brutalité

des bielles et aux courroies des

usines. »

Camile Belliard, Le Bois de la Croix – le mouvement de l'eau

Charlie Chaplin, Les Temps modernes, 1936

 

« TES savants construisent des

canons et préparent de la poudre. »

 

« L'ARTISTE sculpte dans la pierre ou dans le bois l'image qu'il a en son esprit de l’œuvre qu'il doit accomplir. Mais après qu'il en a fixé les grands traits, l'image de son esprit se modifie selon les lois de la matière que ses mains travaillent. »

 

« LE mouvement de l'eau est d'aller de la mer à la terre et par la terre de retourner à la terre. »

 

A rapprocher de la parole de l'ermite :

 

« Comment concevoir que l'irréversibilité de cet ordre impérieux qu'est le temps puisse être rompue ? C'est ici qu'interviennent les Vides médians inhérents à la Voie. Eux-mêmes Souffles, ils impriment à la Voie son rythme, sa respiration et lui permettent surtout d'opérer la mutation des choses et son retour vers l'Origine, source même du Souffle primordial. Pour le fleuve, les Vides médians se présentent sous forme de nuages. Étant de la Voie, le fleuve, comme il se doit, participe aussi bien de l'ordre terrestre que de l'ordre céleste. Son eau s'évapore, se condense en nuage, lequel retombe en pluie pour l'alimenter. Par ce mouvement en cercle vertical, le fleuve, assurant la liaison entre terre et ciel, rompt la fatalité de son propre cours forcené. De même, à ses deux extrémités, il imprime la même sorte de cercle entre mer et montagne, yin et yang. Ces deux entités, grâce au fleuve, entrent dans le processus du devenir réciproque : la mer s'évaporant dans le ciel et retombant en pluie sur la montagne, laquelle active sans cesse la source. Le terme rejoint par là le germe. »

François Cheng, Le dit de Tianyi, 1998

 

En une prose poétique, le prophète annonce la bonne nouvelle aux foules.

 

Camille Belliard vivait comme il écrivait : accueillant, généreux, amoureux de la connaissance.

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 00:09
Washington Irving, Contes de l'Alhambra

Washington Irving, Contes de l'Alhambra, 1832, traduction et introduction : André Belamich, Miguel Sanchez, Éditeur, Granada, 1975

Washington Irving, Contes de l'Alhambra

John Plumbe, daguerréotype de Washington Irving, ca 1855

 

Washington Irving, diplomate, historien et voyageur américain, vécut pendant plusieurs mois dans les appartements de Charles Quint aménagés au cœur des palais de l'Alhambra.

Il présente son ouvrage comme un récit de voyage et en fait un recueil de contes.

 

« Au printemps de 1829, l'auteur de cet ouvrage, que la curiosité avait attiré en Espagne, fit une excursion de Séville à Grenade en compagnie d'un ami, membre de l'ambassade russe de Madrid. Venus l'un et l'autre de contrées éloignées du globe, le hasard nous avait réunis, et la similitude de nos goûts nous engagea à vagabonder ensemble parmi les romantiques montagnes d'Andalousie. »

 

Isaac Albeniz, Recuerdos De Viaje, op. 71, 1887, Malagueña, Rumores de la Caleta, arr. Julian Byzantine, guitare, 1993

 

Washington Irving nous fait partager une visite guidée en compagnie d'un ancien, un « Fils de l'Alhambra ». Nous découvrons l'histoire de la forteresse, où résidaient quarante mille hommes, du temps des Maures, puis la résidence royale au temps des Rois Catholiques, nous apprenons quel était le sage gouvernement des Maures, leur immense culture, nous admirons les collines environnantes, et nous écoutons les histoires, le merveilleux, les miraculeuses légendes : L'astrologue arabe, Les trois belles princesses, La rose de l'Alhambra – où l'on apprend d'où vient le violon de Paganini, et bien d'autres encore.

 

« Pour illustrer notre livre, nous y avons intercalé de nombreuses gravures de l'époque qui rendent le charme romantique du paysage et des gens de l'Alhambra de cette époque. »

Les illustrations ne sont pas légendées précisément, on sait seulement qu'elles sont de David Roberts, John Frederick Lewis, Gustave Doré.

Washington Irving, Contes de l'Alhambra

L'Alhambra depuis l'Albaicin

Washington Irving, Contes de l'Alhambra

La tour de Comares depuis le Peinador de la Reina

Washington Irving, Contes de l'Alhambra

La célèbre cour des Lions

 

Un très beau récit – il y est même question de cuisine, et une écriture élégante, que le traducteur en soit remercié !

 

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 00:09
Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître – Ceci n'est pas un roman

Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître, dessinés par André François, étude et notes de Yvon Belaval, Le club français du livre, 1953

 

Jacques le fataliste et son maître est un roman philosophique de Denis Diderot – rédigé de 1765 jusqu'à la mort de l'écrivain, en 1784, paru initialement en feuilleton dans la Correspondance littéraire de Melchior Grimm entre 1778 et 1780, et pour la première édition (posthume) en France, en 1796 – en forme de dialogue entrecoupé d'adresses au lecteur par l'auteur/narrateur.

 

Les interventions de l'écrivain marquent, par anticipation, une distanciation brechtienne.

« Vous voyez, lecteur, combien je suis obligeant ; il ne tiendrait qu’à moi de donner un coup de fouet aux chevaux qui traînent le carrosse drapé de noir, d’assembler, à la porte du gîte prochain, Jacques, son maître, les gardes des Fermes ou les cavaliers de maréchaussée avec le reste de leur cortège, d’interrompre l’histoire du capitaine de Jacques et de vous impatienter à mon aise ; mais pour cela, il faudrait mentir, et je n’aime pas le mensonge, à moins qu’il ne soit utile et forcé. Le fait est que Jacques et son maître ne virent plus le carrosse drapé, et que Jacques, toujours inquiet de l’allure de son cheval, continua son récit... »

 

« JACQUES.

Tous les deux étaient écrits l’un à côté de l’autre. Tout a été écrit à la fois. C’est comme un grand rouleau qu’on déploie petit à petit…

Vous concevez, lecteur, jusqu’où je pourrais pousser cette conversation sur un sujet dont on a tant parlé, tant écrit depuis deux mille ans, sans en être d’un pas plus avancé. Si vous me savez peu de gré de ce que je vous dis, sachez-m’en beaucoup de ce que je ne vous dis pas.

Tandis que nos deux théologiens disputaient sans s’entendre, comme il peut arriver en théologie, la nuit s’approchait. »

 

Jacques et son maître sont en chemin, ils devisent en se contant des histoires, vraies ou fausses : « Peut-être cela était-il vrai, peut-être cela était-il faux : que sait-on ? »

 

On ne sait où ils vont ni d'où ils viennent. On ne sait ce qu'ils pensent. Il n'y a aucun témoin.

Pour autant, le grand rouleau ne se déroule pas depuis le point de vue de Dieu (on dit aussi : focalisation zéro) : le narrateur (auteur) désamorce toute tentative de (re)construction par le lecteur.

Il s'agit d'une réflexion sur le roman, et sur le monde tel qu'il va – ce en quoi le texte est vivant, actuel ; ce en quoi il se démarque de ses sources d'inspiration : Sterne, Fielding, Richardson.

Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître – Ceci n'est pas un roman

Laurence Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme, 1759-1763, Le club français du livre, 1965

Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître – Ceci n'est pas un roman

Henry Fielding, Joseph Andrews, Les Éditeurs Français Réunis, 1955

Les Aventures de Joseph Andrews et du curé Abraham Adams, publié en 1742 et qualifié par Fielding de « roman sentimental comique » (comic romance), raconte, en forme de parodie, les aventures d’un honnête domestique revenant de Londres accompagné par son ami et mentor, le pasteur tête-en-l’air Abraham Adams.

Denis Diderot, Jacques le fataliste et son maître – Ceci n'est pas un roman

Samuel Richardson, Pamela Andrews

Pamela, ou la vertu récompensée, l'archétype, est un roman épistolaire paru en 1740.

 

Feuilletons le roman.

 

« Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? Que disaient-ils ? Le maître ne disait rien ; et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut. »

 

« Après une courte pause, Jacques s’écria :Que le diable emporte le cabaretier et son cabaret !

LE MAITRE.

Pourquoi donner au diable son prochain ? Cela n’est pas chrétien.

JACQUES.

C’est que, tandis que je m’enivre de son mauvais vin, j’oublie de mener nos chevaux à l’abreuvoir. Mon père s’en aperçoit ; il se fâche. Je hoche de la tête ; il prend un bâton et m’en frotte un peu durement les épaules. Un régiment passait pour aller au camp devant Fontenoy ; de dépit je m’enrôle. Nous arrivons ; la bataille se donne.

LE MAITRE.

Et tu reçois la balle à ton adresse.

JACQUES.

Vous l’avez deviné ; un coup de feu au genou ; et Dieu sait les bonnes et mauvaises aventures amenées par ce coup de feu. Elles se tiennent ni plus ni moins que les chaînons d’une gourmette. Sans ce coup de feu, par exemple, je crois que je n’aurais été amoureux de ma vie, ni boiteux.

LE MAITRE.

Tu as donc été amoureux ?

JACQUES.

Si je l’ai été !

LE MAITRE.

Et cela par un coup de feu ?

JACQUES.

Par un coup de feu.

LE MAITRE.

Tu ne m’en as jamais dit un mot.

JACQUES.

Je le crois bien.

LE MAITRE.

Et pourquoi cela ?

JACQUES.

C’est que cela ne pouvait être dit ni plus tôt ni plus tard.

LE MAITRE.

Et le moment d’apprendre ces amours est-il venu ?

JACQUES.

Qui le sait ?

LE MAITRE.

A tout hasard, commence toujours... »

 

« JACQUES.

Ah ! si je savais dire comme je sais penser ! Mais il était écrit là-haut que j’aurais les choses dans ma tête, et que les mots ne me viendraient pas. »

 

Jacques s'est trouvé blessé au genou, comme à la guerre. Il est recueilli par une femme qui veillait à sa porte. On fait venir les chirurgiens – malgré la mauvaise humeur du mari.

 

« JACQUES.

[…] Ils avaient fait le plus de diligence possible, ils avaient chaud, ils étaient altérés. Ils s’asseyent autour de la table dont la nappe n’était pas encore ôtée. La femme descend à la cave, et en remonte avec une bouteille. Le mari grommelait entre ses dents : "Eh ! que diable faisait-elle à sa porte ?" On boit, on parle des maladies du canton ; on entame l’énumération de ses pratiques. Je me plains ; on me dit : "Dans un moment nous serons à vous." Après cette bouteille, on en demande une seconde, à compte sur mon traitement ; puis une troisième, une quatrième, toujours à compte sur mon traitement ; et à chaque bouteille, le mari revenait à sa première exclamation : "Eh ! que diable faisait-elle à sa porte ?"

 

Quel parti un autre n’aurait-il pas tiré de ces trois chirurgiens, de leur conversation à la quatrième bouteille, de la multitude de leurs cures merveilleuses, de l’impatience de Jacques, de la mauvaise humeur de l’hôte, des propos de nos Esculapes de campagne autour du genou de Jacques, de leurs différents avis, l’un prétendant que Jacques était mort si l’on ne se hâtait de lui couper la jambe, l’autre qu’il fallait extraire la balle et la portion du vêtement qui l’avait suivie, et conserver la jambe à ce pauvre diable. Cependant on aurait vu Jacques assis sur son lit, regardant sa jambe en pitié, et lui faisant ces derniers adieux, comme on vit un de nos généraux entre Dufouart et Louis. Le troisième chirurgien aurait gobe-mouché jusqu’à ce que la querelle se fût élevée entre eux, et que des invectives on en fût venu aux gestes.

Je vous fais grâce de toutes ces choses, que vous trouverez dans les romans, dans la comédie ancienne et dans la société. Lorsque j’entendis l’hôte s’écrier de sa femme : "Que diable faisait-elle à sa porte !" je me rappelai l’Harpagon de Molière, lorsqu’il dit de son fils : Qu’allait-il faire dans cette galère ? »

 

« La vérité, la vérité ! – La vérité, me direz-vous, est souvent froide, commune et plate ; par exemple, votre dernier récit du pansement de Jacques est vrai, mais qu’y a-t-il d’intéressant ?Rien. – D’accord. – S’il faut être vrai, c’est comme Molière, Regnard, Richardson, Sedaine ; la vérité a ses côtés piquants, qu’on saisit quand on a du génie ; mais quand on en manque ? – Quand on en manque, il ne faut pas écrire. – Et si par malheur on ressemblait à un certain poète que j’envoyai à Pondichéry ? – Qu’est-ce que ce poète ? – Ce poète... Mais si vous m’interrompez, lecteur, et si je m’interromps moi-même à tout coup, que deviendront les amours de Jacques ? »

 

« Je vous le répète donc pour ce moment et pour la suite : soyez circonspect si vous ne voulez pas prendre dans cet entretien de Jacques et de son maître le vrai pour le faux, le faux pour le vrai. Vous voilà bien averti, et je m’en lave les mains. »

 

Jacques croit assister aux funérailles de son cher capitaine.

 

« Mais peut-être que mon maître est encore vivant.

[…]

LE MAITRE.

[…]

Eh ! laisse là ces quiproquos, et tâche de t’apercevoir que c’est en faire un grossier que de t’embarquer dans un chapitre de morale, lorsqu’il s’agit d’un fait historique. L’histoire de ton capitaine ?

JACQUES.

Si l’on ne dit presque rien dans ce monde, qui soit entendu comme on le dit, il y a bien pis, c’est qu’on n’y fait presque rien qui soit jugé comme on l’a fait.

LE MAITRE.

Il n’y a peut-être pas sous le ciel une autre tête qui contienne autant de paradoxes que la tienne.

JACQUES.

Et quel mal y aurait-il à cela ? Un paradoxe n’est pas toujours une fausseté.

LE MAITRE.

Il est vrai. »

 

Jacques rencontre des fourches patibulaires où son cheval l'emporte.

« Est-ce un avertissement du destin ? »

 

« LE MAITRE.

[…]

Jacques, vous êtes une espèce de philosophe, convenez-en. Je sais bien que c’est une race d’hommes odieuse aux grands, devant lesquels ils ne fléchissent pas le genou ; aux magistrats, protecteurs par état des préjugés qu’ils poursuivent ; aux prêtres qui les voient rarement au pied de leurs autels ; aux poètes, gens sans principes et qui regardent sottement la philosophie comme la cognée des beaux-arts, sans compter que ceux même d’entre eux qui se sont exercés dans le genre odieux de la satire, n’ont été que des flatteurs ; aux peuples, de tout temps les esclaves des tyrans qui les oppriment, des fripons qui les trompent, et des bouffons qui les amusent. »

 

Vient l'histoire de Mme de la Pommeraye – 69 pages dans notre édition > texte intégral –, racontée par l'hôtesse de Jacques et de son maître, un récit souvent interrompu par des dialogues entre Jacques, son maître et leur hôtesse.

 

La vengeance de Mme de la Pommeraye (proche d'une intrigue de Pierre Choderlos de Laclos,dans Les Liaisons dangereuses, 1782) est ainsi tramée :

– Mme de la Pommeraye feint d’être lassée du marquis des Arcis, son amant, en l’incitant de cette manière à lui révéler qu'il veut la quitter ;

– Mme de la Pommeraye engage une prostituée et sa mère, elle les fait passer pour deux dévotes tombées dans le besoin ;

– trois mois après, elle organise une rencontre : le marquis des Arcis s’éprend de la fausse jeune dévote ;

– le mariage est décidé ;

– Mme de la Pommeraye conclut sa vengeance par la révélation de la vérité (« Vous avez épousé une grue. » – dans le film de Robert Bresson, dialogue de Jean Cocteau > voir ci-dessous) ;

– l'histoire se conclut par une grande scène de pardon : l'amour l'emporte sur le mal.

 

Peut-on dire que Mme de la Pommeraye incarne le mal ? Le marquis n'est pas blanc-bleu dans l'affaire. Les « dames » sont complices d'une mauvaise action, elles sont contraintes par la « nécessité », mais elles choisissent librement le moyen de s'en libérer. L'amour est le seul bien.

 

Un roman dans le roman. Un récit en miettes. Une leçon.

 

« Jacques demanda à son maître s’il n’avait pas remarqué que, quelle que fût la misère des petites gens, n’ayant pas de pain pour eux, ils avaient tous des chiens ; s’il n’avait pas remarqué que ces chiens, étant tous instruits à faire des tours, à marcher à deux pattes, à danser, à rapporter, à sauter pour le roi, pour la reine, à faire le mort, cette éducation les avait rendus les plus malheureuses bêtes du monde. D’où il conclut que tout homme voulait commander à un autre ; et que l’animal se trouvant dans la société immédiatement au-dessous de la classe des derniers citoyens commandés par toutes les autres classes, ils prenaient un animal pour commander aussi à quelqu’un. Eh bien ! dit Jacques, chacun a son chien. Le ministre est le chien du roi... »

 

Où l'on retrouve la pantomime des gueuxLe Neveu de Rameau > texte intégral en annexe.

 

A la fin.

 

« "Qu’es-tu devenu, mon pauvre Jacques !..." Une nuit le château de Desglands est attaqué par les Mandrins ; Jacques reconnaît la demeure de son bienfaiteur et de sa maîtresse ; il intercède et garantit le château du pillage. On lit ensuite le détail pathétique de l’entrevue inopinée de Jacques, de son maître, de Desglands, de Denise et de Jeanne.

"C’est toi, mon ami !

– C’est vous, mon cher maître !

– Comment t’es-tu trouvé parmi ces gens-là ?

– Et vous, comment se fait-il que je vous rencontre ici ?

– C’est vous, Denise ?

– C’est vous, monsieur Jacques ? Combien vous m’avez fait pleurer !... »

Cependant Desglands criait : « Qu’on apporte des verres et du vin ; vite, vite : c’est lui qui nous a sauvé la vie à tous..."

Quelques jours après, le vieux concierge du château décéda ; Jacques obtient sa place et épouse Denise, avec laquelle il s’occupe à susciter des disciples à Zénon et à Spinoza, aimé de Desglands, chéri de son maître et adoré de sa femme ; car c’est ainsi qu’il était écrit là-haut.

On a voulu me persuader que son maître et Desglands étaient devenus amoureux de sa femme. Je ne sais ce qui en est, mais je suis sûr qu’il se disait le soir à lui-même : "S’il est écrit là-haut que tu seras cocu, Jacques, tu auras beau faire, tu le seras ; s’il est écrit au contraire que tu ne le seras pas, ils auront beau faire, tu ne le seras pas ; dors donc mon ami..." et qu’il s’endormait. »

 

L'histoire finie, le personnage retourne au sommeil dont le rêve nous a été conté.

 

 

Robert Bresson, Les Dames du Bois de Boulogne, 1945, avec la merveilleuse Maria Casarès, dont Albert Camus était amoureux – et on comprend pourquoi.

 

* * *

 

ANNEXE

 

Denis Diderot, Le Neveu de Rameau (écrit entre 1762 et 1773, publié d'après le manuscrit original en 1891), la pantomime des gueux

 

« LUI. ― Non, non, vous dis-je. Je suis trop lourd pour m’élever si haut. J’abandonne aux grues le séjour des brouillards. Je vais terre à terre. Je regarde autour de moi ; et je prends mes positions, ou je m’amuse des positions que je vois prendre aux autres. Je suis excellent pantomime ; comme vous en allez juger.

Puis il se met à sourire, à contrefaire l’homme admirateur, l’homme suppliant, l’homme complaisant ; il a le pied droit en avant, le gauche en arrière, le dos courbé, la tête relevée, le regard comme attaché sur d’autres yeux, la bouche entrouverte, les bras portés vers quelque objet ; il attend un ordre, il le reçoit ; il part comme un trait ; il revient, il est exécuté ; il en rend compte. Il est attentif à tout ; il ramasse ce qui tombe ; il place un oreiller ou un tabouret sous des pieds ; il tient une soucoupe, il approche une chaise, il ouvre une porte ; il ferme une fenêtre ; il tire des rideaux ; il observe le maître et la maîtresse ; il est immobile, les bras pendants ; les jambes parallèles ; il écoute ; il cherche à lire sur des visages ; et il ajoute : Voilà ma pantomime, à peu près la même que celle des flatteurs, des courtisans, des valets et des gueux.

Les folies de cet homme, les contes de l’abbé Galiani, les extravagances de Rabelais, m’ont quelquefois fait rêver profondément. Ce sont trois magasins où je me suis pourvu de masques ridicules que je place sur le visage des plus graves personnages ; et je vois Pantalon dans un prélat, un satyre dans un président, un pourceau dans un cénobite, une autruche dans un ministre, une oie dans son premier commis.

MOI. ― Mais à votre compte, dis-je à mon homme, il y a bien des gueux dans ce monde-ci ; et je ne connais personne qui ne sache quelques pas de votre danse.

LUI. ― Vous avez raison. Il n’y a dans tout un royaume qu’un homme qui marche. C’est le souverain. Tout le reste prend des positions.

MOI. ― Le souverain ? encore y a-t-il quelque chose à dire ? Et croyez-vous qu’il ne se trouve pas, de temps en temps, à côté de lui, un petit pied, un petit chignon, un petit nez qui lui fasse faire un peu de la pantomime ? Quiconque a besoin d’un autre, est indigent et prend une position. Le roi prend une position devant sa maîtresse et devant Dieu ; il fait son pas de pantomime. Le ministre fait le pas de courtisan, de flatteur, de valet ou de gueux devant son roi. La foule des ambitieux danse vos positions, en cent manières plus viles les unes que les autres, devant le ministre. L’abbé de condition en rabat, et en manteau long, au moins une fois la semaine, devant le dépositaire de la feuille des bénéfices. Ma foi, ce que vous appelez la pantomime des gueux, est le grand branle de la terre. Chacun a sa petite Hus et son Bertin.

LUI. ― Cela me console.

Mais tandis que je parlais, il contrefaisait à mourir de rire, les positions des personnages que je nommais ; par exemple, pour le petit abbé, il tenait son chapeau sous le bras, et son bréviaire de la main gauche ; de la droite, il relevait la queue de son manteau ; il s’avançait la tête un peu penchée sur l’épaule, les yeux baissés, imitant si parfaitement l’hypocrite que je crus voir l’auteur des Réfutations devant l’évêque d’Orléans. Aux flatteurs, aux ambitieux, il était ventre à terre. C’était Bouret, au contrôle général.

MOI. ― Cela est supérieurement exécuté, lui dis-je. Mais il y a pourtant un être dispensé de la pantomime. C’est le philosophe qui n’a rien et qui ne demande rien.

LUI. ― Et où est cet animal-là ? S’il n’a rien il souffre ; s’il ne sollicite rien, il n’obtiendra rien, et il souffrira toujours.

MOI. ― Non. Diogène se moquait des besoins. »

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 00:05
Antoine de Saint-Exupéry – Et je sais pourquoi

Luc Estang, Saint-Exupéry par lui-même, Écrivains de toujours, Éditions du Seuil, 1956

Antoine de Saint-Exupéry – Et je sais pourquoi

 

Frédéric Chopin, Nocturne 13, op. 48, n° 1, en do mineur, 1841, piano : Arthur Rubinstein – une pièce que Saint-Exupéry jouait vers 1917

Antoine de Saint-Exupéry – Et je sais pourquoi

Pieter Brueghel l'Ancien, La chute d'Icare, huile sur panneau, transposée sur toile, 73,5x112 cm, 1558, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles

 

« Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien. La termitière future m’épouvante. Et je hais leurs vertus de robots. Moi, j’étais fait pour être jardinier. »

Tels sont les derniers mots connus de Saint-Exupéry, dans une lettre adressée à Pierre Dalloz, écrite la veille de sa mort, le 31 juillet 1944, et retrouvée sur son bureau.

Antoine de Saint-Exupéry – Et je sais pourquoi

Retour de mission sur Lightning, 1944

Antoine de Saint-Exupéry – Et je sais pourquoi

L'avion selon Luc Vanrell

Antoine de Saint-Exupéry – Et je sais pourquoi

La gourmette retrouvée de Saint-Exupery

 

C'est en 1926 que paraît, dans la revue d'Adrienne Monnier, « Le navire d'argent », et sous les auspices de Jean Prévost, une nouvelle, L'aviateur, première œuvre imprimée de Saint-Exupéry. Et c'est la même année qu'a lieu l'engagement comme pilote de ligne à la Compagnie Latécoère, sur recommandation de l'abbé Sudour qui, lui, aura pressenti à coup sûr la valeur humaine de son élève de l'école Bossuet.

 

« Pour moi, et pour tous ceux qui ont eu le bonheur de l'approcher, Antoine de Saint-Exupéry était un universel génie. Il était à la fois un grand écrivain, un grand philosophe, un savant, un inventeur, un mathématicien, sans parler du pilote de ligne, du pilote d'essais, de l'ingénieur, du constructeur, de l'aérodynamicien, du héros de guerre et enfin de l'ami. »

Général Chassin, in Confluences

 

« D'où suis-je ? Je suis de mon enfance. Je suis de mon enfance comme d'un pays. »

(Pilote de guerre, 1942)

 

Les siens l'appelaient « le roi-soleil » ; à cause de sa blondeur. Mais n'était-ce pas consacrer aussi un rayonnement qui les subjuguait, royauté naturelle dont le cercle de famille formait spontanément la cour ?

Ses condisciples du collège Sainte-Croix le surnommèrent « Pique-la-lune » ; à cause de son nez retroussé ; peut-être aussi d'une propension à la rêverie, voire d'une humeur changeante. Mais à cause d'autre chose encore qu'ils annonçaient sans le savoir et qui n'était rien de moins qu'une vocation.

Les Maures décerneront au chef de poste de Cap Juby le titre de « Seigneur des sables » ; à cause d'un courage, d'un esprit chevaleresque, d'une courtoisie qui leur imposeront. Mais comment se seraient-ils doutés qu'ils prophétisaient ; que si mérité qu'il fût dans le présent, le titre seigneurial conviendrait mieux encore dans l'avenir, quand cette image de prince du désert aurait été modelée par l'écrivain de Citadelle à son intime ressemblance.

[…]

Du Petit Prince au Grand Caïd : ainsi se résumeraient les contrastes. Ils vont de la faculté d'émerveillement aux idées arrêtées ; du rêve en mouvement aux symboles figés ; du charme de l'éphémère à l'austérité de l'éternel ; de la vie en liberté à la vie en ordre ; du cœur comblé par ce qu'il est à l'âme tourmentée par ce qu'elle veut être ; de la fraîcheur au sens rassis ; de la tendresse à la dureté ; de l'innocence à la conscience ; de la sagesse naïve à la morale de vieillesse...

 

« Je me croyais riche d'une fleur unique, et je ne possède qu'une rose ordinaire. Ça et mes trois volcans qui m'arrivent au genou, et dont l'un, peut-être, est éteint pour toujours, ça ne fait pas de moi un bien grand prince...

[…]

Et, couché dans l'herbe, il pleura. »

(Le Petit Prince, p. 66)

 

« Le petit prince s’en fut revoir les roses.

– Vous n’êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n’êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n’avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n’était qu’un renard semblable à cent mille autres. Mais j’en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde. »

 

« Car telle fleur est un refus d'abord de toutes les autres fleurs. Et cependant à cette condition seulement elle est belle. »

(Citadelle, VI)

 

Cette rose, cette fleur, n'est-elle pas femme ?

 

Saint-Exupéry, ce Zarathoustra du désert, a lu Nietzsche : « J'emporte Nietzsche sous mon bras. J'aime ce type immensément. Et cette solitude. » (Lettres de jeunesse, p. 102)

 

Les Américains l'appelleront – encore un surnom ! – « le Joseph Conrad de l'air ».

 

Vol de nuit

 

En 1931, Saint-Exupéry est directeur de l’Aeroposta argentina. Il donne son expérience dans Vol de nuit, où il relate l'épopée des vols de nuit dans des avions fragiles, chaque vol étant un combat contre l’obscurité (pas de lumière à bord), le relief et les conditions météorologiques. Vingt-trois chapitres où figurent le directeur (dans son bureau), les pilotes (au ciel), l’épouse de l’un d’eux et les mécaniciens.

 

« Les collines, sous l'avion, creusaient déjà leur sillage d'ombre dans l'or du soir. Les plaines devenaient lumineuses mais d'une inusable lumière : dans ce pays elles n'en finissent pas de rendre leur or, de même qu'après l'hiver elles n'en finissent pas de rendre leur neige.

Et le pilote Fabien, qui ramenait de l'extrême Sud, vers Buenos Aires, le courrier de Patagonie, reconnaissait l'approche du soir aux mêmes signes que les eaux d'un port : à ce calme, à ces rides légères qu'à peine dessinaient de tranquilles nuages. Il entrait dans une rade immense et bienheureuse.

Il eût pu croire aussi, dans ce calme, faire une lente promenade, presque comme un berger. Les bergers de Patagonie vont, sans se presser, d'un troupeau à l'autre : il allait d'une ville à l'autre, il était le berger des petites villes. Toutes les deux heures il en rencontrait qui venaient boire au bord des fleuves ou qui broutaient leur plaine.

Quelquefois, après cent kilomètres de steppes plus inhabitées que la mer, il croisait une ferme perdue, et qui semblait emporter en arrière, dans une houle de prairies, sa charge de vies humaines ; alors il saluait des ailes ce navire. »

(Vol de nuit, incipit)

 

« Fabien erre sur la splendeur d'une mer de nuages, la nuit, mais, plus bas, c'est l'éternité. Il est perdu parmi des constellations qu'il habite seul. Il tient encore le monde dans les mains et contre sa poitrine le balance. Il serre dans son volant le poids de la richesse humaine, et promène, désespéré, d'une étoile à l'autre, l'inutile trésor, qu'il faudra bien rendre… »

(Vol de nuit, p. 143)

 

Il s'agit de la nuit, du bonheur, de l'éternité, des étoiles, de la terre et du ciel. De la mer. De la méditation, en silence. De la douceur. De la guerre et de la paix.

 

« Et c'est à cette minute que luirent sur sa tête, dans une déchirure de la tempête, comme un appât mortel au fond d'une nasse, quelques étoiles. »

(Vol de nuit, XV)

 

« Ils séparent la pensée de l'action, comme d'autres l'action du rêve. Ils font travail d'analystes ou d'historiens ; et, bien sûr, ils ne réussissent pas à s'insérer dans les démarches de la vie. »

(Carnets, p. 145)

 

Citadelle

 

Saint-Exupéry parlait de Citadelle comme de son œuvre posthume. Les premières pages sont écrites dès 1936, en même temps que Terre des hommes, Pilote de guerre, Le Petit Prince. L'ensemble constitue une réflexion sur la condition humaine et la relation entre l'homme et Dieu.

Quelle forme Saint-Exupéry aurait-il donnée pour une publication ? La première date de 1948 : le manuscrit est présenté en 219 chapitres dont l’ordre n’est peut-être pas celui que Saint-Ex aurait choisi.

Les pensées sont écrites à la première personne : un chef berbère dont le père du « sang des aigles » a été assassiné, transmet la sagesse qu'il lui a enseignée.

Comme dans le Zarathoustra, on peut lire un conte, puis une réflexion politique, enfin une méditation spirituelle.

 

« Obstiné, je montais vers Dieu pour lui demander la raison des choses, et me faire expliquer où conduisait l'échange que l'on avait prétendu m'imposer.

Mais au sommet de la montagne je ne découvris qu'un bloc pesant de granit noir – lequel était Dieu. »

(Citadelle, LXXIII)

 

« Mais il se trouva que mon désespoir faisait place à une sérénité inattendue et singulière. J'enfonçais dans la boue du chemin, je m'écorchais aux ronces, je luttais contre le fouet des rafales et cependant se faisait en moi une sorte de clarté égale. Car je ne savais rien mais il n'était rien que j'eusse pu connaître sans écœurement. Car je n'avais point touché Dieu, mais un dieu qui se laisse toucher n'est plus un dieu. Ni s'il obéit à la prière. Et pour la première fois, je devinais que la grandeur de la prière réside d'abord en ce qu'il n'y est point répondu et que n'entre point dans cet échange la laideur d'un commerce. Et que l'apprentissage de la prière est l'apprentissage du silence. Et que commence l'amour là seulement où il n'est plus de don à attendre. L'amour d'abord est exercice de la prière et la prière exercice du silence. »

(Citadelle, LXXIII)

 

« Car j'ai vu trop souvent la pitié s'égarer. Mais nous qui gouvernons les hommes, nous avons appris à sonder leurs cœurs afin de n'accorder notre sollicitude qu'à l'objet digne d'égards. Mais cette pitié, je la refuse aux blessures ostentatoires qui tourmentent le cœur des femmes, comme aux moribonds, et comme aux morts. Et je sais pourquoi. »

(Citadelle, I)

 

* * *

 

On peut voir l'adaptation de Courrier Sud au cinéma par Saint-Exupéry et Pierre Billon, 1934 – austère, intéressant.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 23:47
Reinhard Jirgl, Renégat, roman du temps nerveux – des !gens ignobles

Reinhard Jirgl, Renégat, roman du temps nerveux, Carl Hanser Verlag, 2005, traduit de l'allemand par Martine Rémon, Quidam Editeur, 2010 – Conception graphique et illustration de couverture : Marion Bataille, d'après Falling Man II, 2001, de Richard Artswager ; le logo est de Mœbius

 

Un journaliste en rupture de ban, alcoolique et divorcé, entreprend une cure de désintoxication et tombe amoureux de sa thérapeute. Il quitte Hambourg pour la suivre à Berlin. Un ancien garde-frontière, fou de douleur après la mort de sa femme, se fait taxi de nuit pour retrouver une jeune Ukrainienne, réfugiée clandestine, afin de l'arracher à un avenir glauque. Leurs destins se croisent dans le Berlin des années 2000, ville en plein bouleversement, redevenue la capitale d'un pays toujours confronté, dix ans après la chute du Mur, à la réunification et à l'arrivée de nouveaux immigrants. Par sa narration en strates, Renégat, roman du temps nerveux entraîne dans le dédale des sentiments deux hommes venus là par amour et par désir d'un nouveau départ. Reinhard Jirgl tisse, dans une langue étrangère à sa propre langue, autant un faisceau d'histoires autour de destinées individuelles que de réflexions sociales critiques radicales.

4e de couverture

Reinhard Jirgl, Renégat, roman du temps nerveux – des !gens ignobles

Reinhard Jirgl est né en 1953 à Berlin où il réside toujours. Lauréat du prix Georg-Büchner 2010, ainsi que des prix Alfred-Döblin et Josef-Breitbach, il est l'auteur de Inachevés, Quidam, 2007.

Renégat a reçu le prix du Meilleur roman Technikart 2010.

 

Alexandre Scriabine, Sonate nº 3 op. 23 en fa dièse mineur, États d'Ame, 1897-1898, premier mouvement : Drammatico, Vladimir Sofronitsky, Classound, 1952

 

Toutalentour les hommes & leurs histoires, qui font main basse=sur moi é qui me terrifient. Je les enfermerai dans Monlivre. Car la peur est la prison des mots. Je m'avance vers eux et m'aventure dans un Paysage Inconnu.

 

Les réfugiés sont des !gens ignobles, & ce qu'ils obtiennent, c'est un bonheur ignoble..... La voix habituellement si douce de Krystyna se brisa, de la haine dans ses yeux clairs.

[…]

Ma famile est originaire de Białystok, une ville industrielle au nord-est de la Pologne, à 50 km environ de la frontière russe.

[…]

L-Armée-Rouge entra dans Białystok en 1939.

[…]

Et plus tard, quand les-Allemands arrivèrent Duranlaguerre […]

Pendant ce temps Krystyna avait continué de parler […] – Et ne subsiste de la liberté que ce que les hommes lui ont trouvé de séduisant en=tout=temps : la possibilité de s'entretuer. Takà aller faire un tour à Berlin et voir ce !qui est arrivé à tant de gens. – C'était Hermann qui parlait à présent.

Les immigrés=eux-mêmes rencontrent les ! Plusgrosses difficultés avec leurs propres enfants […] manigances castagnes & agressions, briser les vitrines des magasins, brûler des voitures, menacer Dautregens avec leurs couteaux & les poignarder – : leurs propres parents sont impuissants face à cela.

 

Au-delà du pont de l'Oder, la frontière franchie, Slubice. Un café. Une jeune femme.

Cela prenait presque une tournure de rendez-vous galant à présent : le soir dans le petit café polonais ; à la rencontre d'1 femme avec laquelle je n'avais pas encore échangé le moindre mot.

Valentina – sa famille était originaire d'Ukraine.

 

[…] 1 sentiment taraudant avait grandi en-moi, quelque chose proche de la colère mais qui n'irait pas en s'amplifiant, flambant juste à la surface comme lorsque l'on se sent offensé par des mensonges idiots. Car il faut bien en convenir, c'est chaquejour=lelotquotidien de l'individu de se voir sans cesse trompé : le mensonge est la relation la plus normale entre les gens.

 

               « Cette crapule invulnérable

               Comme les machines de fer

               Jamais, ni l'été, ni l'hiver

               N'a connu l'amour véritable. »

               Charles Baudelaire,

               Le vin de l'assassin, Les Fleurs du Mal

 

Les voisins (la plupart m'était connue de mes années d'enfance&de jeunesse ; ils n'avaient pas comme-moi déménagé en-ville, mais étaient restés sur-place dans les fermes de leurs pères), dans mon dos ils parlaient maintenant de mon cas, en toute décontraction, comme si je ne leur tenais pas compagnie ce soir-là, dans la lueur éventée du bistrot, mais les avait quittés depuis des lustres eux & Lepays. – l est v'nu ici kpour réclamer – (disait 1 voix venue du bout de la table) – maintenant va ben falloir voir comment ki sen sortira là-bas...

 

Qui écrit est incapable de tuer. Mon manuscrit est mon alibi. Je suis resté Anonyme.

[…]

Là-dessus, j'allonge fermement..... le pas et libéré, j'entre dans mon paysage.

 

Ce sont les dernières lignes de ce roman de 520 pages.

 

Un journaliste en rupture de ban, alcoolique et divorcé... Un ancien garde-frontière, fou de douleur après la mort de sa femme... Comment dire la vérité ?de-maintenant avec des clichés-d'avant-hier. Cet ouvrage entre au-rayon des chefs-d’œuvre & ils sont peu nombreux de nos jours. On ne peut pas le résumer = c'est-comme pour quelquesautresrares œuvres présentées dans ces-pages.

 

Reinhard Jirgl tisse, dans une langue étrangère à sa propre langue, autant un faisceau d'histoires autour de destinées individuelles que de réflexions sociales critiques radicales.

 

Quelques citations ont montré la pensée.

 

On aura perçu une écriture déconstruite dans un récit en lambeaux. La ponctuation (maladroitement imitée dans les lignes qui précèdent) marque le rythme de la lecture. La « langue étrangère » semble s'apparenter à celle des SMS : dès la première page, on lit « chac-1 », pour « chacun » ; on notera l'erreur : les pratiquants du « lol » font des erreurs.

C'est vrai, nous ne pouvons nous référer qu'à la traduction. Nous avons déjà écrit que les traducteurs étaient des écrivains, ils n'ont pas inventé l'histoire mais ils sont les auteurs des textes. Unefoisencore=!hommage.

 

Les citations sont fortement connotées, très peu de lecteurs peuvent le voir.

 

Mais pourquoi Scriabine ? demande un impertinent.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 23:01

_ Bonjour, monsieur Mimile ! Toujours dans le mille ?

_ crédju, m'sieur Lou, où c't'y qu'vous était !?

_ Chez moi, très discret derrière mon portail toujours fermé.

_ ho ! Mimile ! si que t'as pas l'arthérose du coude, t'en ouvres une !

_ a'c eul z'olives ?

_ Mon petit Mimile – vous permettez que je vous appelle mon petit Mimile ?

_ j'permets pas, j'préconise.

_ Mimile, vous savez que notre ami Popol est pour la continuité sans le changement. Pour moi, ce sera un thé avec une rondelle de citron.

_ dame, on s'languissait, m'sieur Lou, c'était qui de c't'affaire ?

_ Des nuisibles, des plaisantins, mon cher Popol.

_ vous avez-t-y r'pris vos cours su' Libellus ?

_ Oui, et de nouvelles lectures vous attendent, Bébert. Vous aurez même bientôt un sujet de dissertation à traiter.

_ vindju, m'sieur Lou, s'y faut r'tourner à l'école de c't'heure !

_ Vous pourrez poser des questions dans z'eul commentaires, et je vous proposerai mon aide. Voici le sujet :

« Chercher la vérité, c'est se faire du mal à soi-même. »

Vous développerez, vous expliquerez, vous illustrerez cette sentence de Pierre de Sallen, penseur contemporain.

_ tudju ! y a des vérités qu'y faut mieux pas savoir, c'est c'que j'dis.

_ ho ! Mimile ! t'oublies que l'sujet, c'est cher-cher.

_ qui qu't'as, Popol, tu vas-t-y nous fair' la l'çon ?

_ Mao-tsé-toung l'a dit, après Lao-tseu : mieux vaut chercher là où il n'y a rien que trouver là où il y a quelque chose.

_ hé, la patronne, tu nous fait r'monter eun caisse, y a Popol qu'a besoin d'fortifiants.

_ Ce que dit monsieur Popol est intéressant. Toutefois, il conviendrait simplement d'inverser les termes de sa citation.

_ ho ! la patronne ! t'amènes eun aspirine avec.

 

* * *

 

Chez Mimile - les routes ne sont plus sûres

http://www.libellus-libellus.fr/article-chez-mimile-les-routes-ne-sont-plus-sures-76113033.html

 

Chez Mimile_02 – Oursel et Avarie

http://www.libellus-libellus.fr/article-chez-mimile_02-oursel-et-avarie-77106636.html

 

Chez mimile_03 – dans le commerce, rien ne va plus

http://www.libellus-libellus.fr/article-chez-mimile_03-dans-le-commerce-rien-ne-va-plus-103922190.html

 

Chez Mimile_04 – la Poste-Par-Tom

http://www.libellus-libellus.fr/article-chez-mimile_04-la-poste-par-tom-112341909.html

 

Chez Mimile_05 – dieu est mort

http://www.libellus-libellus.fr/article-chez-mimile_05-dieu-est-mort-120699744.html

 

Chez Mimile_06 – Meurtre à la batte

http://www.libellus-libellus.fr/article-chez-mimile_06-meurtre-a-la-batte-thouars-deux-sevres-121863739.html

 

Chez Mimile_07 – pour faire bref

http://www.libellus-libellus.fr/article-chez-mimile_07-pour-faire-bref-122582341.html

 

Chez Mimile_08 – sortie des burnes

http://www.libellus-libellus.fr/article-chez-mimile_08-resultat-des-burnes-123192022.html

 

Retrouvez la bande à Mimile chez les dames du Thérondelle.

 

Le thérondelle_17 – chez Mimile

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_17-chez-mimile-113481887.html

 

Le thérondelle_21 – Saint Kitts and Nevis, home, sweet confectionery

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_21-saint-kitts-and-nevis-home-sweet-confectionery-119313078.html

 

 

 

 

_ _ _

 

A NE PAS LIRE

 

http://fa-cantal.blogspot.fr/2014/01/on-peut-rire-de-tout-mais-pas-avec.html

dimanche 19 janvier 2014

« On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui. » Pierre Desproges

Et surtout pas avec Manuel Valls !

Fédération Anarchiste, Groupe Marguerite Agutte - Cantal

 

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http://www.federation-anarchiste.org/spip.php?article1232

Communiqué : Article du Monde Libertaire gratuit

dimanche 2 mars 2014

Un article inadmissible a échappé à la vigilance de nos camarades du Monde Libertaire Gratuit. L’article "« on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » Pierre Desproges, ET SURTOUT PAS AVEC MANUEL VALLS !" dans le numéro 48, n’aurait jamais dû paraître dans notre presse, pour des raisons évidentes à celles et ceux qui l’auront lu. Il s’agit bien évidemment d’une erreur, la personne ayant écrit cet article ne fait pas partie de notre organisation et ne représente pas davantage notre position politique. Nous allons rechercher collectivement la source de ce dysfonctionnement. Nous demandons aux personnes qui auraient encore ce numéro 48 sur leurs blogs ou sites internet de bien vouloir le retirer de la circulation.

 

La Fédération Anarchiste

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de maintenant
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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 23:01
Éric Dupont, La Fiancée américaine – ses yeux sarcelle

Éric Dupont, La Fiancée américaine, Éditions Marchand de feuilles, 2012, éditions du Toucan, 2014

 

Un gâteau renversé à l'ananas peut-il changer le cours de l'histoire ?

Aux confins enneigés du Québec, l'histoire d'une famille étonnante, un clan de bûcherons, de croque-morts et d'entrepreneurs, marqué pour l'éternité par Madeleine, cette « fiancée » venue d'Amérique avec pour seul trésor son livre de recettes.

La Fiancée américaine est une extraordinaire saga familiale campée entre la petite ville de Rivière-du-Loup, sur les bords du fleuve Saint-Laurent, Rome et Berlin. On se laisse emporter par la genèse et le destin d'une lignée rare, peuplée d'hommes forts, de religieuses québécoises et de petites filles aux yeux bleus qui utilisent les tartes au sirop pour tuer leur frère.

Inspiré de faits bien entendu réels, ce roman célèbre la femme de façon unique. C'est un récit qu'on lit la main sur le cœur et l'esprit porté par le vent qui souffle, paraît-il, du bar de Rivière-du-Loup jusqu'au château Saint-Ange de Rome.

4e de couverture

Éric Dupont, La Fiancée américaine – ses yeux sarcelle

Éric Dupont, né à Amqui, Gaspésie, en 1970, est professeur de littérature à l'Université McGill de Montréal. La Fiancée américaine (Prix des libraires du Québec 2013, Prix des Collégiens 2013) est son quatrième roman, après Voleurs de sucre (2004, Prix Senghor de la francophonie), La logeuse (Lauréat du Combat des livres 2006) et Bestiaire (un des cinq meilleurs romans de l'année 2008 selon le journal La Presse).

 

Quelques années avant d'être forcée par sa mère à monter dans un autobus pour New York en plein blizzard de décembre, Madeleine Lamontagne avait été une petite fille qui aimait par-dessus tout les lapins de Pâques, les sapins de Noël et les histoires de Louis Lamontagne, son papa.

[…] les histoires épouvantablement fabuleuses de Papa Louis, comme la fois où il avait battu de justesse Manitoba Bill – le Pied-noir aux yeux bleus – au bras de fer, ou l'improbable récit de cette nuit de la Saint-Jean où il avait dansé avec la bonne femme Téton sur la route Transcanadienne derrière Saint-Antonin.

 

Louis Lamontagne, dit Cheval Lamontagne, remportait les concours d'hommes forts dans les foires.

 

Le décor est planté : Noël, la neige, Pâques, la Saint-Jean, puis la neige encore.

 

Une famille, plusieurs générations, la même histoire.

 

Papa Louis était un petit Jésus. Le fait était connu. Mais sa mère Madeleine, dite Madeleine l'Américaine, pour ne pas la confondre avec Madeleine-la-Mére et toutes les Madeleine qui s'étaient succédé depuis l'arrivée en terre canadienne de l'ancêtre Lamontagne, et son père Louis-Benjamin Lamontagne, eux, ne l'avaient pas su d'avance. Même qu'on s'attendait à ce que Papa Louis naisse bien après les Rois, de sorte qu'on avait pas fait trop attention.

[…]

C'était décembre 1918 dans la vieille Rivière-du-Loup qu'on appelait Fraserville. Louis-Benjamin Lamontagne et sa femme Madeleine l'Américaine attendaient leur premier enfant dans l'hiver glacial et silencieux du Bas-Saint-Laurent.

Pourquoi on l'appelait l'Américaine, Grand-Maman Madeleine ? Pis pourquoi toutes les femmes s'appellent Madeleine dans tes histoires ?

 

Madeleine-la-Mére, grand-mère de Louis Lamontagne, mère de Louis-Benjamin, a fait venir l'Américaine au Canada : elle avait souhaité que son fils, né le 14 janvier 1900, épousât, comme son père, une Madeleine.

Le 1er mars 1918, une jeune fille aux yeux sarcelle se présenta : ce fut le coup de foudre.

Le mariage fut célébré le 3 avril.

 

On a festoyé.

Éric Dupont, La Fiancée américaine – ses yeux sarcelle

Pieter Brueghel l'Ancien, Le repas de noces

 

Pour Noël, le curé Cousineau de l'église Saint-François-Xavier voulait monter une Nativité en chair et en os pour animer sa messe de minuit. La nuit de Noël, Madeleine l'Américaine accouche dans l'église. Une fille morte avant de naître, puis un fils bien vivant. Madeleine, déchirée, n'a pas survécu.

Éric Dupont, La Fiancée américaine – ses yeux sarcelle

Pieter Brueghel le Jeune, Le Dénombrement de Bethléem, ca 1605-1610, musée des Bons-Enfants, Maastricht

 

La petite fille qui aimait les histoires de Louis Lamontagne, son papa, c'est Madeleine Lamontagne.

En 1955, Solange Bérubé, cinq ans, comme Madeleine, est sa voisine. Sa mère lui interdit d'aller chez les Lamontagne. Certes, Louis est croque-mort de son état, et pourtant c'est sa femme, Irène, que l'on fuit.

Les deux fillettes se lient d'amitié. Un mot de Solange à Madeleine : « Pour toujours. Toi, moi et Lazare. S. »

Un jour, Irène fait cuire Lazare, le chat de Solange.

 

En juin 1968, le petit Luc Lamontagne est retrouvé mort, asphyxié dans un cercueil. C'était une partie de cache-cache. Papa Louis monte à l'organiste, lors des funérailles : « Je veux que tu joues Que ma joie demeure. »

 

Johann Sebastian Bach, Jesu bleibet meine Freude (Jésus, que ma joie demeure), cantate Herz und Mund und Tat und Leben (Le cœur, la bouche, l'action et la vie), BWV 147, 1723, transcription pour orgue de Maurice Duruflé, int. János Pálúr, Művészetek Palotája (Palais des Arts), Budapest, 2008

 

Le père Lecavalier, prêtre et peintre, vient composer un nouveau chemin de croix à l'église. Il est invité à souper chez les religieuses. On lui a préparé un gâteau, avec des tranches d'ananas et des cerises au marasquin. Un nouveau confesseur, et tant de nouveaux pécheurs, et surtout, de nouvelles et d'anciennes pécheresses !

En peignant, il chante.

 

Giacomo Puccini, Tosca, 1900 / Recondita armonia, int. Roberto Alagna, Enrico Fissore, Angela Gheorghiu, in Tosca, un film de Benoît Jacquot, 2001 – orchestre de Covent Garden, dir. Antonio Pappano, 2001

 

Recondita armonia di bellezze diverse !

È bruna Floria, l'ardente amante mia.

E te, beltade ignota, cinta di chiome bionde,

Tu azzurro hai l'occhio,

Tosca ha l'occhio nero !

L'arte nel suo mistero,

le diverse bellezze insiem confonde...

Ma nel ritrar costei,

Il mio solo pensiero,

Il mio sol pensier sei tu,

Tosca, sei tu !

 

Madeleine-la-mère-des-jumeaux, la petite Madeleine, a donné naissance à Gabriel et Michel. Elle confie Gabriel (tout le portrait de Louis) à Solange et garde Michel, plus frêle.

Le 2 mai 1969, les deux jeunes femmes créent le premier Chez Mado, à Montréal, au coin des rues Saint-Hubert et Beaubien.

Chez Mado devint la gargote à déjeuner la plus courue du quartier. […] Madeleine aux fourneaux, Solange au service.

Éric Dupont, La Fiancée américaine – ses yeux sarcelle

Les temps ont changé.

 

Les histoires imbriquées dans l'histoire ne peuvent se réduire à un résumé. Comment rendre compte de l'humour, parfois macabre, des allusions gourmandes ou grivoises ?

 

On lira avec intérêt la chronique chantante de Topinambulle, et celle, très belle, de Venise.

Éric Dupont, La Fiancée américaine – ses yeux sarcelle

Québec en septembre, une idée de Karine.

 

Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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