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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).
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Survival

 

Uncontacted tribes

 

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 06:37

Deux cents litres d'acide sulfurique...

 

Tout corps plongé dans l'eau remonte. Celui-là, il ne fallait pas qu'il remonte, surtout jusqu'aux gars du maquis.

 

Franck, mon éditeur, a été très franc.

« Ma petite Hélène – m'a-t-il dit, flingue en poche –, si tu publies ton histoire chez un autre, je serai déçu. Tu ne m'as jamais déçu. »

Franck Romanet du Caillou, c'est toute une histoire. J'étais étudiante en sociologie, je préparais une thèse sur les fondamentaux des romans à deux balles qui font rêver le monde et dont il assure l'édition. Un souper fin, quelques bulles, et je suis passée à la casserole.

Ma thèse n'intéressait personne. Il m'a installée dans une fermette près de Paris. Et de sa chasse.

« Tu devrais écrire, mon petit.

– Je n'ai aucune imagination.

– Raconte notre histoire, je la publierai dans ma collection Passion. »

 

Avec lui, la passion était courte, dans l'espace et dans le temps, si vous voyez.

 

J'ai pris un cahier et j'ai commencé.

 

Deux cents litres d'acide sulfurique...

 

Une inspiration, une intuition peut-être.

Monsieur chassait. A Rambouillet, au Kenya, à Saint-Germain-des-prés. Une terrasse, une oiselle, quelques bulles. Emballée. C'est pesé.

Les jours de grand vent, il avait son salon réservé. Sage précaution depuis que sur une plage normande sa perruque s'était envolée vers l'Amérique sous les yeux de sa proie frétillante.

Pendant ce temps, je lisais les cinquante manuscrits qu'il recevait chaque semaine. Un seul à choisir pour l'imprimeur. La technique de l'escalier. Mon petit manoir, genre cottage, disposait d'un étage. Il n'avait pas prévu... mais n'anticipons pas. Je lançais la pile de gribouillages et celui qui arrivait le premier en bas était le bon.

Je prenais du bon temps, entre la baignoire immense et parfumée, l'herbe fraîche du jardin et le hamac, en écoutant Kashmir, cet air lancinant de Led Zeppelin.

 

Led Zeppelin, Kashmir, in album Physical Graffiti, 1975

 

Le dimanche soir, il se présentait, fidèlement annoncé par ses relents de venaison, il venait chercher son dû, sur le bureau et sous la couette. Il ne restait jamais bien longtemps. Après, je prenais un grand bain moussant dans la céramique dont je ne voyais pas encore tous les usages possibles.

 

En fait, tout a commencé quand j'ai rencontré Lou. Sur un pont. Je me penchais rêveusement sur la Seine.

« A quoi pensez-vous ? »

Elle avait l'air d'un chien mouillé. Cachemire, déjà. A quoi pensait-elle ?

« A un grand bain chaud et parfumé. »

Je l'ai emmenée chez moi. Bain à l'hibiscus. Thé vert bouillant.

« Racontez-moi.

– …

– Belle histoire ! Si vous l'écrivez, je la publie, je suis éditeur.

– J'ai déjà donné.

– Il vous a prise. Croyez-moi, l'histoire n'est pas finie. Je vous raccompagne dans votre douillet ranch. »

 

Deux cents litres d'acide sulfurique...

 

Cachemire me regardait, il a émis un wouof, bof !

J'ai envoyé un mail à Franck : « Notre histoire est finie. »

 

A l'entrée, au lieu du facteur, c'étaient Sergio et Luigi. Un contrat, et aucun sens de l'humour. Franck avait des relations dans un maquis insulaire et un coffre bourré d'espèces. Ils ont fait trois pas, j'ai seulement fait un signe à Cachemire. L'instant d'après, ils ne respiraient plus. J'avais deux grands congélos, je me suis donné un lumbago.

Le soir, il me call, comme si de rien n'était.

« Tu es prête, mon petit ? Viens comme tu es. On se retrouve chez Regina, la salle est à nous puisqu'elle est à moi, une petite fête entre amis.

– J'ai pris un tour de reins.

– On va danser, tu verras. Et il y a les plus grands. Tu connais Perveroli ?

– Ce foutu lumbago...

– Sergio et Luigi vont passer te chercher.

– Ça m'étonnerait. »

 

Elle m'a appelé, elle avait l'impression d'avoir fait une gaffe, je suis venu. A l'accueil, Cachemire m'attendait avec Cachou et Chess, il aime bien les chats. Il ne s'est pas levé de sa panière, pour ne pas les déranger, mais en remuant la queue il a ventilé la couche. Il est venu vers moi, il s'est assis, il m'a tendu la patte pour une poignée de mains. Ce qui est bien avec lui, c'est qu'on n'a pas besoin de se baisser, c'est mieux pour Hélène en ce moment.

J'ai entendu un clapotis en haut, son lumbago trempait au chaud. Une friandise pour le chien et les chats. Elle est apparue en haut de l'escalier, vêtue d'un simple peignoir. Elle est descendue douloureusement encore, je l'ai allongée sur le sofa, j'ai toujours sur moi mes huiles essentielles. Je l'ai longuement massée au creux du dos. Un très joli dos, mais en affaires je suis sérieux.

« Vous êtes mon grand Lou superbe et généreux ! »

Elle connaissait ses classiques.

 

Il allait venir, son flingue en poche, il venait, il était là.

« Hélèèène, je t'ai attendue toute la nuit.

– Je vous prépare un café, un thé ?

– Un doigt de Porto, j'aperçois...

– Un vingt ans d'âge.

– Vingt ans !

– Tout ce qui nous sépare. »

 

Je n'avais pas d'arsenic, j'arrache les mauvaises herbes à la main. Il a bu son verre, le petit dernier, il a allumé un de ses infects habanos, pour la route, et il est monté. Le palier s'ouvre sur une vaste mezzanine bordée d'une balustrade donnant sur le séjour d'accueil. Lou avait rangé la scie.

« Et notre histoire ?

– Elle est en bas.

– Où cela, où cela ?

– En bas.

– Je ne vois rien.

– Penchez-vous. »

 

Il n'avait rien vu, Lou est un ébéniste de précision.

 

Comme l'autre ne disait plus rien et n'avait pas éclaboussé le tapis en s'écrasant comme un puant cloporte qu'il était, nous avons recollé la rampe, et nous avons pris un bain ensemble, à l'aise.

« Tu sais qu'on y tiendrait à trois à l'aise ?

– Lou !

– Je pensais à autre chose. »

 

Les deux congélos étaient pleins, le ratatiné au tapis sentait le faisandé, il fallait se remuer.

 

Avec son Phone, septième génération, mon Lou a déniché deux cents litres d'acide sulfurique, livrables dans la journée, avec un supplément, et une carte bancaire. Il en avait une fausse plus vraie que les vraies. Pas de traces.

A midi tapant, le tub était plein. On a vidé la carpette, on a sorti les deux du maquis, on a laissé mariner. Comme nous avions une petite faim, nous sommes allés au Pavillon du Château. On s'en est mis plein la lampe.

Au retour, devant le saumâtre potage, j'ai récité une prière, je suis chrétienne.

 

Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis.

Te decet hymnus Deus, in Sion, et tibi reddetur votum in Jerusalem.

Exaudi orationem meam ; ad te omnis caro veniet.

Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis.

 

Lou a enlevé la bonde, on a bien rincé, mais l'inox est resté. En plus du toupet, ce dissous avait une fausse dent. Seule relique, on l'a portée à la rivière. Le nickel-chrome ne remonte pas. On est rentré. C'est là que Lou m'a fait l'amour pour la première fois, très bien, d'ailleurs, et la dernière, parce que je ne me souviens plus de la suite.

 

« Hélène Chatufaud, voulez-vous prendre pour époux Lou de Libellus ?

– Oh oui, oh oui, oh oui !

– Lou de Libellus, voulez-vous prendre Hélène Chatufaud pour épouse ?

– Oui.

– Je vous déclare unis par les liens du mariage. »

 

Pour le meilleur, en ce qui me concerne.

 

C'est le capitaine du grand yacht de croisière qui nous a ainsi bénis. Comme il y avait à bord un notaire en goguette, on a fait le contrat : le domaine, le chien, les chats, le sofa et le manuscrit reviendraient au dernier vivant. Avec l'assurance-vie, bien entendu.

 

Lune de miel. Apiculteur, je suis.

 

Un soir, elle s'est penchée sur le bastingage, je l'avais rencontrée sur un pont. On n'a jamais retrouvé son corps. En Méditerranée, il n'y a pas de marée.

 

Le chien et les chats sont dans leur couffin. Ce vingt ans d'âge est une pure merveille. Allongé sur mon sofa, je relis le manuscrit. Deux cents litres d'acide sulfurique, c'est un bon titre.

 

Tiens, on sonne.

 

* * *

 

Remerciements à Laurence Ge qui a fait resurgir ce plan.

 

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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 00:15

Jamais cela ne s'arrêtera.

Rod Lediazec, Il faisait encore nuit – Folie, mensonge, hypocrisie...

Rod Lediazec, Il faisait encore nuit, Edilivre, 2014

Rod Lediazec, Il faisait encore nuit – Folie, mensonge, hypocrisie...

Rod Lediazec est né en 1951. Blogueur, poète, écrivain et trublion, il vit au Plessis-Trévise, charmante commune française d'une superficie de 4,32 km², située dans le département du Val-de-Marne, en région Île-de-France, où l'on observe actuellement une température de 14 °C, un vent N à 19 km/h, et 44 % d'humidité. Rod Lediazec vit à l'heure locale, qui coïncide avec celle du pays tout entier dans sa pleine et entière territorialité. Rod Lediazec a bien l'air plesséen.

 

La vérité est que dans cette ville moyenne où tout est moyen, à commencer par la vie, les jours passent et avec eux les rêves s’évanouissent. La routine s’est installée dans les têtes et avec elle son lot de regrets, son pack de frustrations. Chacun a fait l’effort qu’il faut pour laisser les « vieux démons » là où ils sont, sur le comptoir d’un bistrot, sur une nappe de resto, tout au fond de la prison à ciel ouvert que la société construit pour empêcher le « pire » d’arriver... Mais qui dit prison dit évasion, et le jour vient où l’un des geôliers laisse échapper son propre monstre, l’Assassin. Dès lors, la vie de cette cité si tranquille et si exemplaire est bouleversée. Les meurtres se succèdent avec une régularité implacable sous les yeux d’une police impuissante. Chacun ne rêvant que d'une chose : que cela cesse !

4e de couverture

 

Incipit

 

Il fait encore nuit à sept heures du matin en ce mois de septembre qui sent l’automne. La température extérieure frise le zéro et le moral des gens est en berne. Le ciel est clair et la lune gibbeuse.

La baie frissonne. Oscar, grand lascar, barman dans le bistrot de nuit voisin, les traits tirés, pousse la porte du troquet Chez Basile, faisant tinter la cloche fixée à l’encadrement. Après une nuit de travail bien pleine, il a l’habitude de se faire servir un petit déjeuner copieux avant d’aller se coucher.

[...]

Et de trois ! lâche-t-il. Trois en trois mois… Ça commence à faire beaucoup… Bizarre tout de même, trois exécutions, parce que ça y ressemble… Comme ça, sans queue ni tête… Sans lien… Quelqu’un a l’air de l’avoir mauvaise, on dirait… Des flics qui courent la campagne comme des lièvres, des journalistes partout… Comme si on avait besoin de ça…

Albert, Antoine, Alexandre, trois prénoms commençant par la lettre A, dit le Capitaine. Le triple A, comme l’écrivent déjà les spécialistes de la judiciaire. C’est maigre comme indice, mais ça suffit pour tenir le commerce… Des gratte-papier qui fouinent… Au journal du soir, ça y va… Ils disent qu’ils ont envoyé la scientifique et que ça agace les flics du coin. Scientifique ou pas, chou blanc ! Pas un cheveu à mettre sous la loupe !…

Quand je pense que ces trois-là étaient ici il n’y a pas longtemps, aussi vivants que vous et moi… Qui aurait pu penser ?… Basile ne finit pas sa phrase.

 

Rod Lediazec, Il faisait encore nuit – Bande annonce, 2014

 

Le lundi, jour de repos, Oscar s'installe au pied d'un arbre penché vers la mer, en attendant son comparse, un fou de Bassan.

Un grand type souriant, jeune baroudeur à quatre sous, survient. Il est en mission, ces histoires de meurtres...

Antoine se dirige vers l'ascenseur, il est descendu, le deuxième un mois après le premier, selon le même rituel.

Troisième mois, troisième cadavre, Alexandre. Chez Basile, les affaires marchent. Du tourisme criminel. Qui l'eût cru ?

L'Assassin s'arrête devant l'océan. Folie, mensonge, hypocrisie... Jamais cela ne s'arrêtera.

Le Baroudeur enquête. En attendant, le commerce se porte bien.

 

Oscar écoute Thelonious Monk.

 

Thelonious Monk, Round About Midnight, ca 1940

 

L'Assassin écoute le prologue du poème symphonique de Richard Strauss, Ainsi parlait Zarathoustra, qu'il a découvert au cinéma avec le film de Kubrick. Depuis, musique et film lui sont devenus fétiches.

 

Richard Strauss, Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra), op. 30, 1896, Wiener Philharmoniker, dir. Herbert von Karajan, 1959

 

Alain prend une balle dans la nuque. L'Assassin signe son retour. « Le triple A s'amuserait-il à narguer l'autorité par le crime ? », titre la presse régionale.

 

L'Assassin ne sera pas dévoilé, même à la dernière ligne, mais... notre grille pourrait fonctionner. A vous de jouer !

 

Il ne s'agit pas d'un simple et sage roman policier. Le trublion parle de notre vécu ici et maintenant. Aliénation. Folie, mensonge, hypocrisie... Jamais cela ne s'arrêtera. Citations en poésie et musique accompagnent le récit.

 

Allez, lisez Lediazec ! A l’Élysée, Lediazec !

 

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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 08:09
Le Sofa_01 – Des Pas Perdus de La Butte

Ce soir, sur le sofa de Libellus, nous recevons celui que l'on surnomme la star du Blogchevik, Des Pas Perdus de La Butte.

 

 

– Des Pas, enfant difficile, vous êtes renvoyé de la crèche après trois semaines, vous achetez votre première pince à dépaver avec l'argent de poche fauché à un nourrisson bourgeois. Adolescent, vous apprenez le métier dans la rue Mouffetard avant de partir pour les Grands Boulevards, vous commencez à flinguer les graffitis au long de vos randonnées montmartroises : vous révolutionnez le regard que nous portons sur les murs. Aujourd'hui, Des Pas, c'est votre fête !

 

Aujourd'hui, c'est mon anniversaire : 71 ans au compteur !

Le Sofa_01 – Des Pas Perdus de La Butte

Je ne me plains pas.

 

Je l'ai fêté avec les collègues, à la pause de midi, entre 16h et 16h 20. Ils m'ont offert un jambon beurre. Oui le dimanche, la pause est plus longue parce qu'il y a moins de clients qu'en semaine . Le patron est un bon bougre, il a mis au pot pour mon sandwich. Il m'a aussi offert un bon de réduction de 10% sur le prix des chaussures de sécurité dont le port est obligatoire.

 

Je suis chef de rayon depuis 3 ans. C'est grâce au dispositif emploi junior-senior que je ne suis plus au RSA. Je gagne royalement ma vie. Un bon SMIC senior. Grâce au travail en soirée et au travail dominical, je me fais allègrement 500 euros bruts par mois. L'année dernière, j'ai reçu 20 euros bruts de prime annuelle en dépassant mes objectifs de vente. Je suis compétitif, j'aime la concurrence, j'adore les challenges, je suis intrinsèquement un winner ! Je ne me plains pas.

 

Mon boulot est tellement prenant que je ne vois pas arriver minuit. Je gère le stock et les commandes, je procède à la réception des commandes et à la mise en rayon, je conseille les clients. J'ai décroché ce boulot grâce à ma maîtrise de trois langues étrangères. C'est utile pour vendre la camelote à nos étrangers.

 

Cette année, je suis devenu délégué du personnel pour la CFDT. C'est bien simple, j'adore négocier, et comme je suis toujours d'accord avec mon patron, je ne me plains pas, le dialogue social est fluide. J'ai conscience que les salariés et le patronat ont les mêmes intérêts depuis je suis allé en formation syndicale à la confédération. J'ai même serré la main de Laurent Berger, un vrai manager. Il faut être réaliste, bordel, c'est la mondialisation !

 

Le soir, je ne me plains pas, les gars de la RATP me laissent dormir dans la station Lamarck, une des plus profondes de Paris. Je ne souffre pas du froid, ni de la chaleur. C'est juste le couchage qui est un peu raide ! Mais, je ne m'inquiète pas, le médecin de la Croix rouge m'a confié que c'était très bon pour le dos.

 

Je glisse dans mon duvet, un surplus de l'armée du salut. Je n'oublie pas de régler mon réveil à 5 h. Je me réveille au son de la voix de l'homme politique que j'admire le plus :

« il n'a pas de nom, mon ennemi, c'est la finance... »

 

Parfois, ça me provoque même un début d'érection !

 

Bref, à 5 heures du matin quand les derniers fêtards sont rentrés, je prends ma douche au robinet qui est juste situé en bas des escaliers du quai. L'eau froide me revigore. Je mets mes vêtements made in France par camaraderie montebourgeoise.

 

Je prends l'ascenseur, je sirote mon café en lisant les journaux gratuits. Il me fait rire ce Mélenchon avec son Front de gauche. Le socialisme pépère à la Jaurès, c'est fini ! Puis, je pars au boulot. Une petite heure et demie de marche en toutes saisons et par tous les temps. Je pratique la discipline budgétaire forcée, c'est bon pour la santé, en plus ! Je ne me plains pas. Je suis un citoyen responsable.

 

Arrivé aux galeries printanières. je prends un café à la machine, 5 euros, c'est donné. Je ne sais plus quel extrémiste anti-européen, pardonnez ce pléonasme, affirme que le passage à l'euro a augmenté le coût de la vie... Je ne me plains pas, mon café est chaud.

Vous savez quoi ? Je me sens privilégié ! J'ai un boulot stable, j'ai un toit ! J'ai un repas par jour à la soupe pop' ou aux restos du cœur ! Que demande le peuple ? J'en suis presque à capitaliser pour mes vieux jours !

 

Je ne me plains pas. Politiquement, je suis socialiste, transcourant, ascendant opportuniste, toujours majoritaire. A ma sortie de l'ENA, j'étais largué politiquement, disons apolitique. Remarquez, je le suis toujours. Mais, je ne regrette pas mon choix de carrière : pas donné à tout le monde d'avoir une situation stable.

 

Cette année, je prends la première semaine du mois de juin, en congé sans solde, bien entendu, depuis que le camarade Rebsamen a aboli les congés payés, une vieille mesure bolchevique que la droite n'avait même pas osée réformer. Un vieux machin qui date de l'époque où Léon Blum était l'otage des populistes extrémistes du PCF.

 

Je participerai au congrès de Poitiers. J'ai réservé mon billet de bus Macron. Je ne me plains pas, en partant de Paris le vendredi soir, je devrais arriver le lendemain en début d'après-midi. Le service public confié aux entreprises, y a que ça de vrai et de performant. En plus, c'est écologique ! Ne me demandez pas pourquoi, je suis pas technicien, mais le gouvernement œuvre pour la transition énergétique.

 

Bref, le président Hollande, le premier ministre Valls et le docteur Cambadelis peuvent compter sur mon soutien inconditionnel. Ce n'est pas parce que tout n'est pas parfait depuis 2012 que je vais commencer à pinailler ! Comme je dis toujours, sans trop savoir pourquoi, avec la droite, ce serait pire. Je ne me plains pas ! D'ailleurs, c'est bien simple, aujourd'hui, je ne culpabilise plus de ne pas voter UMP ou Républicains en glissant mon bulletin de vote PS !

 

Nous vous remercions, cher Des Pas, de ce témoignage émouvant et vivifiant à l'heure où l'on sème le grain des épis de l'espérance, de l'allongement de l'emploi, du rétrécissement de la pansée !

 

Notre prochain invité sera...

 

 

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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 00:15
Ken Follett, Les Piliers de la Terre – There is no king, there is no queen, there is no law in this land

Ken Follett, Les Piliers de la Terre (The Pillars of the Earth, 1989), traduit de l'anglais par Jean Rosenthal, Éditions Stock, 1990 – photo de couverture (Éditions France Loisirs, 2006) : © Peter Gridley/Taxi

Ken Follett, Les Piliers de la Terre – There is no king, there is no queen, there is no law in this land

Ken Follett est né au pays de Galles, en 1949. Un grand écrivain, depuis son premier roman, L'Arme à l’œil. Il vit à Stevenage, en Angleterre.

 

Dans l'Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, le prieur du monastère de Kingsbridge entreprend la construction d'une cathédrale. Le début d'une aventure humaine sans précédent au cœur de laquelle vont se jouer les destins passionnés de Lady Aliena, Tom le maître compagnon et Ellen, la sauvageonne, prête à tuer au nom de l'amour...

 

« La nuit du 25 novembre 1120, le Vaisseau blanc appareilla a destination de l'Angleterre et sombra corps et biens au large de Barfleur : il n'y eut qu'un survivant... Le vaisseau représentait le dernier cri en matière de transport maritime et il était muni des plus récents perfectionnements connus de la construction navale d'alors... Si l'on a beaucoup parle de ce naufrage, c'est en raison du grand nombre de personnalités qui se trouvaient a bord ; outre le fils du roi, héritier présomptif du trône, il y avait deux bâtards de sang royal, plusieurs comtes et barons et presque toute la maison du roi... Cela eut pour conséquence historique de laisser Henry sans héritier... Cela provoqua la guerre de succession et la période d'anarchie qui suivit la mort de Henry. »

A. L. Poole, From Domesday Book to Magna Carta

 

Incipit

 

Ellen

Prologue

1123

 

Les jeunes garçons arrivèrent de bonne heure pour la pendaison. II faisait encore sombre quand les trois ou quatre premiers d'entre eux s'étaient glissés hors de leur taudis, silencieux comme des chats dans leurs bottes de feutre. Une mince pellicule de neige fraîche recouvrait la petite ville, comme une couche de peinture neuve, et leurs empreintes furent les premières a en souiller la surface immaculée. Ils passèrent entre les huttes de bois serrées les unes contre les autres et suivirent les rues, ou la boue avait gelé, jusqu’à la place du marché silencieuse où la potence attendait.

Les garçons méprisaient tout ce que leurs aînés appréciaient. Ils dédaignaient la beauté et raillaient la bonté. Ils éclataient de rire à la vue d'un infirme et, s'ils apercevaient un animal blessé, ils le lapidaient à mort. Ils se vantaient de leurs blessures, ils arboraient avec orgueil leurs cicatrices, et réservaient leur admiration toute particulière aux mutilations : un garçon à qui il manquait un doigt, c'était un roi. Ils adoraient la violence ; ils pouvaient parcourir des lieues pour voir le sang couler et jamais ils ne manquaient une pendaison. Un des garçons pissa au pied de la potence. Un autre gravit les marches de l'échafaud, posa ses pouces sur sa gorge et s'affala, le visage crispé dans une macabre parodie de strangulation ; les autres s'exclamèrent d'admiration, et deux chiens débouchèrent sur la place du marché en aboyant. Un très jeune garçon commença imprudemment à croquer une pomme et un des aînés lui donna un coup de poing sur le nez et la lui vola. Le cadet se soulagea en lançant une pierre aiguisée sur un chien qui rentra chez lui en hurlant. Puis il n'y eut plus rien à faire, alors ils s'accroupirent sur le pavé sec du portail de la grande église, attendant qu'il se passe quelque chose.

 

En ce temps-là, le feu, la guerre, le meurtre, le viol, la trahison règnent en maîtres.

[Nous avons changé tout cela]

 

On rencontre également la joie et la fête.

 

Une fête du récit, une fête de l'écriture.

 

Il y a les marchés de village où le peuple se retrouve en faisant griller le cochon, en partageant la bonne bière.

Il y a la famine, la prostitution, la misère.

Il y a l'amour.

 

= = =

Ken Follett, Les Piliers de la Terre – There is no king, there is no queen, there is no law in this land

Ken Follett, Un monde sans fin (World Without End, Dutton/Penguin Group Inc., 2007), traduit de l'anglais par Viviane Mikhalkov, Leslie Boitelle, Hannah Pascal, Robert Laffont, 2008 – photo de couverture : © Tandem Productions GmbH, 2011

 

1327. Quatre enfants sont les témoins d une poursuite meurtrière dans les bois : un chevalier tue deux soldats au service de la reine, avant d enfouir dans le sol une lettre mystérieuse, dont le secret pourrait bien mettre en danger la couronne d Angleterre. Ce jour scellera à jamais leurs destinées...

Gwenda, voleuse espiègle, poursuivra un amour impossible ; Caris, libre et passionnée, qui rêve d être médecin, devra défier l'autorité de l'Église et renoncer à celui qu'elle aime ; Merthin deviendra un constructeur de génie mais, ne pouvant épouser celle qu'il a toujours désirée, rejoindra l'Italie pour accomplir son destin d architecte ; Ralph son jeune frère dévoré par l'ambition deviendra un noble corrompu, prêt à tout pour satisfaire sa soif de pouvoir et de vengeance.

Prospérités éphémères, famines, guerres cruelles, ravages féroces de la peste noire... Appuyée sur une documentation historique remarquable, cette fresque épique dépeint avec virtuosité toutes les émotions humaines, à travers un demi-siècle d'histoire mouvementée...

 

Incipit

 

1er novembre 1327

 

Gwenda n'avait pas peur du noir, et pourtant elle n'avait que huit ans.

Quand elle ouvrit les yeux et ne vit que l'obscurité autour d'elle, elle n'en fut aucunement effrayée. Elle savait où elle se trouvait : étendue à même le sol sur de la paille, auprès de sa mère, dans le long bâtiment en pierre du prieuré de Kingsbridge qu'on appelait l'hospice. A en juger d'après la chaude odeur de lait qui chatouillait ses narines, Ma devait nourrir le bébé qui venait de naître et n'avait pas encore de nom.

 

Un monde sans fin, c'est... la même chose en 1327. Ça pend, ça viole, ça pille, ça égorge, ça torture, ça dure... un siècle.

 

* * *

 

Les Piliers de la Terre (The Pillars of the Earth), scénario : John Pielmeier et Ken Follett, réalisation : Sergio Mimica-Gezzan, production : John Ryan, musique originale : Trevor Morris ; interprétation : Ian McShane : Waleran Bigod, Matthew Macfadyen : Prieur Philip, Rufus Sewell : Tom le Bâtisseur, Eddie Redmayne :Jack Jackson ; Hayley Atwell : Aliena de Shiring, Natalia Wörner : Ellen, Liam Garrigan : Alfred, Skye Bennett : Martha, Ken Follett : un marchand normand (septième épisode, à Cherbourg, où Jack Jackson retrouve sa famille paternelle), est une série en huit épisodes de 52 minutes : L'Anarchie (Anarchy), Maître Constructeur (Master Builder), Rédemption (Redemption), Champ de Bataille (Battlefield), Legs (Legacy), Sorcellerie (Witchcraft), Nouveaux Départs (New Beginnings), Le Travail des Anges (The Work of Angels) ; elle fut diffusée aux États-Unis entre le 23 juillet et le 27 août 2010 sur Starz, au Canada sur The Movie Network et Movie Central, en France à partir du 9 décembre 2010 sur Canal+, puis sur TPS Star et France 3, en Belgique à partir du 17 novembre 2011 sur La Une et au Québec à partir du 27 juin 2012 sur AddikTV1.

 

« Que recommence la guerre ! Et le chaos régnera.

Qu'est-ce que ça va nous rapporter ?

En général, quand le chaos règne, Satan se désintéresse de nous, les humbles serviteurs de Dieu, et nous pouvons alors continuer notre sainte œuvre sans entrave.

 

 

There is no king, there is no queen, there is no law in this land.

 

* * *

 

Un monde sans fin (World Without End), d'après le roman de Ken Follet, réalisation : Michael Caton-Jones.

 

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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 04:15

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 00:15
Jean-Marc Ligny, Inner City – virtuellement vôtre

Jean-Marc Ligny, Inner City, J'ai lu, coll. Science-Fiction, 1996 – Illustration : Hubert de Lartigue – la trilogie complète se compose des romans Cyberkiller, Inner City et Slum City.

Jean-Marc Ligny, Inner City – virtuellement vôtre

Jean-Marc Ligny, Nantes, Utopiales 2014 – photographie : Lionel Allorge

Jean-Marc Ligny est un romancier français de science-fiction et fantastique né le 13 mai 1956 à Paris – un émigré en Bretagne.

C'est son anniversaire !

 

« Au secours ! » crie Maze quand son corps explose.

Soudain, un visage émerge du néant. Maze le reconnaît : c'est lui-même. Son propre clone perdu dans l'abîme virtuel. La Réalité Profonde, là où finissent par s'enliser les Inners hallucinés qui ont débridé leur console. « Allons, se rassure-t-il, Maya va me recréer. »

En effet, Mens Sana, spécialisé dans la récupération des Inners en détresse, a décidé d'intervenir et réussit à contacter Kris, une brune longue et souple. Mais il n'y a plus aucune trace de Maze en cyberspace. Il a quitté la Haute Réalité. Kris arrivera-t-elle à lui faire réintégrer son corps avant que son cœur ne cesse de battre ?

En ce XXIe siècle, le virtuel a supplanté le réel. Un monde où l'on se déplace à des vitesses folles, où l'on joue avec sa propre identité. Où l'on s'aime, même. Au risque de se perdre à jamais...

4e de couverture

 

Loki crache haut dans le ciel ses paraboles de soufre et de scories qui retombent lentement alentour, grêle indolente et lumineuse. Le soleil à peine levé illumine les panaches supérieurs de l'éruption. L'immense croissant de Jupiter est suspendu comme une faux au-dessus de ce paysage infernal. A l'est, la sinistre fluorescence du tore de sodium jaunit la nuit.

 

Près de là, un petit vaisseau est échoué, son pilote, Maze, s'est mis à l'abri.

Les Space Guards débarquent, le repèrent et le désintègrent. Il a droit à une seconde chance, à moins qu'il n'y ait un bug en MAYA... La panique envahit Igor – Maze n'est qu'un pseudo, son clone en Haute Réalité.

La plupart des citoyens des pays développés se sont réfugiés dans la Haute Réalité, un réseau virtuel, le royaume infini des Inners. La Basse Réalité est devenue insipide. Paris est une ville fantôme, sillonnée par les rares robots domotiques et municipaux encore en état de marche. Kris est une jeune chargée de mission auprès de Mens Sana, un service spécialisé dans la récupération des Inners perdus dans la réalité virtuelle de MAYA. Lors d’une mission de sauvetage, elle perd son client virtuel, elle se lance à sa recherche en Basse Réalité, elle le retrouve mourant dans les immondices de son studio.

 

Qui a frappé au cœur du géant virtuel ?

 

Hang est un petit hacker vivant de trafics minables qui lui permettent de survivre dans Paris et de se payer des virées à Slum City, la banlieue parisienne livrée à la misère et à la violence par un ancien gouvernement paranoïaque.

[Nous avons changé tout cela]

 

Hang serait-il l'ennemi ? Pourrait-il devenir un allié dans la lutte en Basse Réalité ?

 

Selon une légende, il existerait une autre Réalité, Jadis, un pays où l'on vit en pleine nature des ressources de la terre et du travail...

 

Une vision réaliste de la société dans les années 1990... 2015... et au-delà...

La superstructure politique s'est effondrée, les Inners vivent dans un monde de rêve, peuplé de violences virtuelles, où ils sont toujours (ou presque) gagnants, les Outers vivent dans leur bidonville (Slum City), où ils sont toujours (ou presque) perdants.

On pense aux sphères décalées de Philip K. Dick. Un vocabulaire moderne, est-il inédit ? Et en même temps une écriture classique comme au temps des salons du grand siècle.

 

Bertrand Cantat, Noir Désir, Gagnants Perdants, 2008

 

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 00:15
 

Transe 1 Fo on 'one O five point naught'

> Il est 11 heures et cinq minutes passées de huit secondes, le journal de 11 h 05 avec Marie George

_ Ce matin, dès l'aube, à 10 h 31 précises, les cars climatisés se sont rangés autour de Star Circus, Serge Julien est sur place, en direct, Serge ?
_ Oui, Marie George…
… actuellement le cortège s'est formé et descend lentement le cours d'Elysium Drive dans la quiétude et la gravité commandées par le mot d'ordre de la coordination Ouverture Repentance…
… les participants marquent régulièrement une pause de silence pendant laquelle les vétérans reprennent leur souffle…
… ils approchent maintenant de Franklink Park où leurs cars sont venus les attendre pour les conduire à un brunch au BoboBar, on a oublié la polémique autour de l'affaire Fauchon, oui, Fauchon qui aurait bien traité l'affaire sans une assonance fâcheuse…
_ Serge, vous êtes en direct sur Transe 1 Fo
_ … Marie George ? je n'ai pas le retour…

… le programme de l'après-midi prévoit |
_ merci, Serge, nous vous rappellerons, c'est l'heur désinfo, nous reprenons l'antenne avec Jean François au Pavillon Balthazar…
… Jean François, quelles nouvelles ?
_ A c't'heure, le FMI gagne 0,1% à l'ouverture…
… l'OGM et l'OMS sont toujours 0 à 0 à la 1933è minute de jeu…
… à vous, Marie George
_ merci Jean François, nous allons marquer une courte pause d'information avec notre invité du jour, prix Nobel de Sagesse --- pensez à rallumer votre poste à 14 h pour suivre la marche des Repentis qui, en ce moment |

Jingle Bells

Transe 1 Fo on 'one O five point naught'


> Le point avec Marie George

_ Serge ?
_ Oui, Marie George, nous sommes actuellement au mémorial désaffecté du Père La Chaise où le mouvement Ouverture Repentance vient se recueillir auprès de Mae Sexty VIII, les pèlerins venus de partout, rappelons-le, du Vè, du VIè, de la Place des Vosges et même, pour certains, du Vésinet, déposent leur tablette d'aftereight au pied de la stèle, une cérémonie empreinte d'émotion, un tableau vivant qui nous rappelle Canossa, Montoire, Yalta…
_ Serge, nous sommes sur Transe 1 Fo
_ … la foule muette…

_ Serge, on ne vous entend plus très bien, nous vous rappellerons plus tard…
… Jean François ?
_ Jean François, en direct du Pavillon Balthazar…
… le cacarente perd actuellement 3 points…
… selon l'International Disease Inc Org, l'allongement de l'espérance de vie ne cesse de s'allonger, une bonne nouvelle au moment où – la dépêche mode vient de tomber – le Président Mholl vient d'annoncer un allongement et même, oui, une augmentation des cotisations et de la durée de travail…
… l'OGM et l'OMS sont toujours 0 à 0 à la 39è heure de prolongations, le ballon confisqué par l'arbitre à la 3è seconde de jeu n'a pas encore |

_ Merci Jean François, nous rejoignons Serge…
… Serge ? il se passe quelque chose ?
_ Oui, Marie George, actuellement, au moment même où je vous parle et en direct, alors que les pénitents disloqués rejoignaient leurs cars, des intègres d'Ouverture Récupération…
_ Serge ! l'OR, c'est Ouverture Repentance
_ … ont déployé une banderole sévère en slamant "Marker-salo-lesbobost'frontlapo", rappelons que Chris Marker a commis un film complètement révisionniste où il prétend – mais nous allons interroger une manifestante…
… Mèdèm, vous êtes venue avec vos petits-enfants…
_ …mes arrière-petits-enfants, en 1968, n'est-ce pas, ♫ je venais d'avoir dix-huit ans ♫, nous venions tous d'avoir dix-huit ans et les nuits étaient longues dans les coulisses de L'Odéon…
_ …oui, évidemment… et vous n'avez pas rejoint les disloqués ?
_ non ! le juif…
_ … vous êtes sûre ?...
_ … négasioniste…
_ … vous avez dit…
_ …que vous avez causé voudrait faire croire que nous n'avons rien fait en 1968, alors que, sans nous, le banquier du Fiacre n'aurait pas quitté l'arrière-salle pour l'avant-scène politique, Gabrielle Russier, l'enseignante qui aimait ses élèves, enfin surtout un de ses élèves qui venait d'avoir dix-huit ans, n'aurait pas été fortuitement et juste à point suicidée en prison, l'accordéoniste libéro-précurseur n'aurait pas joué dans les allées d'Elysium Drive, nous n'aurions pas les millions de chômeurs dont la démocroatie a besoin pour faire baisser les prix à la production et…
_ … oui, et Marker-salo, parlez-nous de…
_ … le traître ! il prétend même à l'aide d'images tournées en studio, on le voit bien…
_ … Mèdèm, nous sommes à la radio…
_ … qu'il y a eu des violences poulaillères et qu'il y en a encore, nos Compagnons…
_ … Les Compagnons Résistants Sitoyens, pour nos auditeurs…
_ … ont toujours été impeccables et galants avec les dames…
_ … mais voilà que des antisociaux de la boutique arrachent sauvagement la banderille, un pavé, oui, un pavé vient de s'envoler, oui, ce sont nos Compagnons qui sont venus en renfort avec leurs collections personnelles, l'air est maintenant, à c't'heure où je vous parle, en direct, complètement pavé de Bonnes Intentions Sitoyennes, l'histoire se répète, un spectacle…
_ Serge ! nous sommes à la radio !
_ … de société, comme on n'en avait pas vu…
_ Serge !
_ …
_ merci, Serge Julien, Serge Julien qui bat le pavé en direct, actuellement et à c't'heure pour Transe 1 Fo, Serge, nous vous reprenons dans quarante ans et tout de suite un bref rappel de l'actualité |

Jingle Bells

> l'International Disease Inc Org vient de confirmer l'allongement de l'allongement de l'espérance de vie, une poignée de terroristes a tenté de perturber le cours de l'OR, le cacarente est en hausse de 0,1%, l'OGM et l'OMS sont toujours 0 à 0 et on signale un léger ralentissement de la circulation Boulevard de Ménilmontant en raison de menus travaux de terrassement, et maintenant une page d'info |

Jingle Bells

' ' ' vivre mieux, c'est vivre vieux, la jeunesse, c'est has been ' ' '

_ Jean François, les prévisions pour demain…
_ … oui, Marie George, comme aujourd'hui, il y aura des fluctuations variables et parfois saisonnières sur le FMI, l'OGM et l'OMS seront encore proches du 0 à 0 et la circulation sera franchement gidouillesque à Pougne-Hérisson
_ merci, Jean François, et un petit pas de menuet…
 
 

* * *

 

Une première version de cette page a été publiée le 11 mai 2008. Le titre et la première illustration sonore ont été actualisés pour la présente édition.

 

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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 00:15
Antoine Téchenet, 145 rue Lafayette – cataphilie oblige

Antoine Téchenet, 145 rue Lafayette, in Anthologie, Maisons Hantées, Éditions Luciférines, 2015 – avec Chris Vilhelm, Raphaël Boudin, Quentin Foureau, Jérémy Bouquin, V.F.F. Pouget, Yann Isoardi, Antoine Téchenet, Emmanuel Delporte, Mahaut Davenel, Vincent Tassy, Hélène Duc, Mickaël Feugray, Nicolas Saintier, Floriane Soulas, David Mons, Bruno Pochesci, Jean-Charles Flamion

Antoine Téchenet, 145 rue Lafayette – cataphilie oblige

Antoine Téchenet (photo : Lomig Perrotin)

Naviguant entre différents mondes, Antoine Téchenet s’intéresse aux mécanismes cosmiques qui dirigent notre univers, et plus précisément aux créatures qui vivent tapies dans les interstices des dimensions. Né en 1974, il s’est fait connaître en 2012 pour avoir retranscrit le Culte des Goules de François-Honoré de Balfour, Comte d’Erlette, un ouvrage maudit de 1703 dont le contenu avait été perdu. Passionné d’ambiances post-apocalyptiques, d’exploration urbaine et de cataphilie, il chasse sans répit le fantastique dans l’apparente routine de nos vies. Et parfois, il en fait un compte-rendu écrit…

 

Qu’elles soient perdues au milieu des bois, héritées d’un grand oncle ou cachées dans la brume, les maisons hantées sont des motifs familiers de l’horreur. Depuis Le Château d’Otrante de Walpole et l’apparition du roman noir anglais au XVIIIe siècle jusqu’au slasher moderne, il est devenu impossible de passer à côté de ces lieux maudits où la réalité se distord.

En hommage à l’intarissable production littéraire et cinématographique qui se plaît à abandonner ses personnages entre des murs de plus en plus étroits, dix-sept auteurs ont proposé leurs huis-clos les plus angoissants. De hautes tours gothiques, un appartement d’étudiant, un motel d’où on ne revient pas… chaque nouvelle présente un édifice dans lequel il serait imprudent de s’aventurer très longtemps. Spectres, démons, souvenirs d’un autre temps et monstres cannibales ont un sens de l’accueil particulier… Alors, comme le disait si bien Dante : Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance…

Des textes inquiétants, violents, insolents, qui n’hésitent pas à s’amuser de nos peurs les plus profondes.

(source : éditeur)

Antoine Téchenet, 145 rue Lafayette – cataphilie oblige

Codex se connecta immédiatement sur son profil CKZone lorsqu'il reçut la notification d'un nouveau message privé. Un message de Bok, qui lui disait avoir mis la main sur un terrain de jeu incroyable, et qui se terminait par un lien internet compliqué, mais où apparaissait dans une gangue improbable de chiffres et de lettres le mot URBEX.

 

Un jeu de piste posté par un certain Drosera13 – la coqueluche de Marseille pour les homéophiles.

 

L'Hôtel de Resusci – son nom en urbex, car on n'appelle jamais les lieux par leur vrai nom avant qu'ils ne soient complètement défoncés et devenus sans intérêt – se trouvait au 145 de la rue Lafayette.

Antoine Téchenet, 145 rue Lafayette – cataphilie oblige

Le 145 est un immeuble typiquement haussmannien qui n'éveille aucune curiosité particulière, il en est presque décevant.

 

A la lecture, on n'est pas déçu. Ça tourne en bouillie, en gargouillis, tout ruisselle de sang et de traînées blanchâtres, tout dégage une odeur effroyable.

Hmm...

 

Autres œuvres d'Antoine.

Antoine Téchenet, 145 rue Lafayette – cataphilie oblige

Antoine Téchenet, François-Honoré De Balfour, Comte d'Erlette, Le Culte Des Goules – Traité Sur La Servitude Des Ames, Ses Rites Et Caules Et Comment En User, Éditions Mnémos, Ourobores, 2012

Antoine Téchenet, 145 rue Lafayette – cataphilie oblige

Antoine Téchenet, Codex Urbanus, A Vandal Bestiary, Critères, Opus Délits, à paraître le 16 mai 2015

Antoine Téchenet, 145 rue Lafayette – cataphilie oblige

Codex Urbanus aux champs.

 

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 00:15
Jean-Paul Clébert, L'Incendie du Bazar de la Charité

Jean-Paul Clébert, L'Incendie du Bazar de la Charité, Denoël, 1978

Jean-Paul Clébert, L'Incendie du Bazar de la Charité

Jean-Paul Clébert est un curieux écrivain. Né le 23 février 1926 à Paris et mort le 21 septembre 2011 à Oppède, au pied du massif du Luberon, il fait ses études dans une institution religieuse ; il rejoint la Résistance française en 1943, à 16 ans ; après la Libération, il passe six mois en Asie puis revient en France où il mène alors une vie clandestine dans l´univers des clochards, ce qui lui inspire son premier essai, Paris insolite, 1952, dédié à ses compagnons Robert Giraud et Robert Doisneau.

Il fréquente les derniers surréalistes et les premiers situationnistes, qui aimaient se retrouver dans certains cafés de Saint-Germain-des-Prés. Deux ans durant, il est reporter en Asie pour Paris Match et pour France-Soir, avant de se retirer en 1956 dans le Luberon.

 

Si la marquise sortit vraiment à 5 heures, ce mardi 4 mai 1897, elle eut beaucoup de chance.

Tout s'est passé une heure plus tôt. A 4 heures, le nonce apostolique bénissait la fête de bienfaisance. A 4 heures et quelques minutes, celle-ci était finie, le feu venant d'éclater dans la salle du cinématographe. A 4 h 20, il ne restait rien du Bazar de la Charité, entièrement consumé. A 5 heures, on dénombrait plus de cent victimes, pour la plus grande part des femmes et de la plus haute société.

[…]

Dans les ruines du Bazar de la Charité, rue Jean-Goujon, une société tout entière s'est écroulée. Rien désormais ne sera plus pareil. Entre les gens du monde et les gens du peuple [...], le feu a fait le vide.

[…] Ce jour-là, le XXe siècle a commencé.

 

Il y avait eu des prophéties...

 

Près des Champs-Élysées

Des chairs grillées

Des corps calcinés

J'en vois comme par pelletées...

 

Personne n'y a cru.

Jean-Paul Clébert, L'Incendie du Bazar de la Charité

Plan du Bazar de la Charité, in Jean-Paul Clébert, op. cit.

 

En 1897, le Bazar se présente ainsi, sur un terrain vague généreusement cédé à une charité de bon aloi – sans issues de secours hors trois ou quatre petites fenêtres percées dans le mur.

Jean-Paul Clébert, L'Incendie du Bazar de la Charité

Catastrophe du Grand Bazar de Charité, rue Jean-Goujon, à Paris, Supplément gratuit du Salut Public, 8 mai 1897

 

Maintenant, l'ambiance est survoltée.

La surtension provoque un court-circuit, le hangar infernal s'enflamme. Cela vient du cinématographe, invention dangereuse.

Après, ça crame, ça grille, ça hurle. Gentes dames et gens du peuple fondent en même graisse flambante et odorante.

Dans les cendres, on retrouve un tibia de cocher, une fausse dent de haute lignée, une broderie miraculeusement préservée du feu.

Feu purificateur !

Léon Bloy se réjouit, Joris-Karl Huysmans voit l'accomplissement de la substitution mystique.

 

Ce sont les anarchistes, les partageux !

Jean-Paul Clébert, L'Incendie du Bazar de la Charité

15-17, rue Jean-Goujon, aujourd'hui

 

Et, la conscience tranquille, corsetée de noir, la mine sévère de qui fait la charité, la marquise sortit à 5 heures...

 

Paul Misraki, Tout va très bien, Madame la Marquise, 1935 – Sacha Distel, Jean-Pierre Cassel, Jean-Marc Thibault, Roger Pierre et Jean Yanne, 1967

 

* * *

 

A lire : Paul Morand, Le Bazar de la Charité, nouvelle, Genève, Club des bibliophiles, 1944 – Illustrations de Paul Monnier ; in Fin de siècle, 1963, réédité dans la Collection L'Imaginaire, Gallimard, 2008

 

* * *

 

Précédemment : Gaëlle Nohant, La Part des flammes.

 

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 00:15

Le croire est une illusion.

Gaëlle Nohant, La Part des flammes – Dans ce monde il n'est pas de bonheur possible...

Gaëlle Nohant, La Part des flammes, Héloïse D'ormesson, 2015

Gaëlle Nohant, La Part des flammes – Dans ce monde il n'est pas de bonheur possible...

Gaëlle Nohant est née à Paris en 1973, elle vit aujourd’hui à Lyon. La Part des flammes est son deuxième roman après L’Ancre des rêves, Robert Laffont, 2007. Elle est également l’auteur d’un recueil de nouvelles, L'homme dérouté.

Et elle est ? Merci, public, tu suis.

 

Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d'Alençon. Au mépris du qu'en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l'assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d'Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d'une politesse exquise qui vous assassine sur l'autel des convenances, la bonté de Sophie d'Alençon leur permettra-t-elle d'échapper au scandale ' Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l'incendie du Bazar de la Charité.

4e de couverture

 

Incipit

 

La marquise de Fontenilles n’en finissait pas de la faire attendre dans cette antichambre aux allures de bonbonnière. Érodée par l’impatience et la nervosité, l’assurance de Violaine de Raezal s’effritait. Elle espérait tant de cette entrevue ! La marquise était un des sphinx de dentelle vêtus qui gardaient les portes du Bazar de la Charité. Sans son accord, la comtesse de Raezal avait peu de chances d’y obtenir une place de vendeuse. Elle était consciente que le mystère auréolant son passé ne plaidait pas en sa faveur et que le nom de son mari avait perdu de sa puissance depuis que Gabriel n’était plus là pour veiller sur elle. Désormais, lorsqu’on recevait la comtesse de Raezal, les arrière-pensées affleuraient à la surface de la plus exquise politesse. Treize ans durant, Gabriel de Raezal avait dispersé ces arrière-pensées de son regard perçant. Mais voilà qu’elles resurgissaient, enhardies par sa disparition.

 

Pauline de Fontenilles reçoit Violaine de Raezal. Violaine devra faire ses preuves en œuvres de charité.

Gaëlle Nohant, La Part des flammes – Dans ce monde il n'est pas de bonheur possible...

Pour commencer, un sanatorium populaire sis dans un ancien couvent du quartier du Temple. Une cornette haute et sévère l'accueille dans cet antre froid, humide et morbide où la peste blanche souffle sur des moribonds étiques crachant leur dernier sang.

Nos malades sont très contagieux. […] Votre rôle est de les écouter [...]. S'ils toussent, tendez-leur le crachoir.

 

[Nous devons au bacille de Koch l'expression bien connue : tenir le crachoir.]

 

Dans ce mouroir, Violaine rencontre Antoine, menuisier, dix-neuf ans, déchu par une société injuste, retrouvé sous les ponts, crachant le sang, près de son chien.

 

[Nous avons changé tout cela.]

 

On m'a pris mon chien, je veux qu'on me le rende ! Siffla-t-il avec colère.

 

Une silhouette vêtue de noir vient au chevet du mourant.

Vous voudriez la paix, n'est-ce pas ? Mais ce monde, Antoine, ne donne pas la paix. Dans ce monde il n'est pas de bonheur possible. Le croire est une illusion.

 

L'inconnue en noir est Sophie d'Alençon.

 

Constance d'Estingel se souvient, en nostalgie, de ses années de pension chez les dominicaines de Neuilly. Elle est sur le point de se fiancer avec Laszlo de Nérac.

 

Voulez-vous, Constance ? Voulez-vous être mon amour, mon amie, mon amante ?

 

Quelques jours plus tard, la duchesse d'Alençon invita Violaine de Raezal à faire partie des vendeuses de son comptoir des noviciats dominicains au Bazar de la Charité.

 

Le lundi 3 mai 1897, Sophie, Violaine et Constance tiennent comptoir au Bazar. Laszlo cherche à y rejoindre sa fiancée. Tout est en place, le rideau peut se lever.

Gaëlle Nohant, La Part des flammes – Dans ce monde il n'est pas de bonheur possible...

Incendie du Bazar de la Charité – Le sinistre, gravure de Fortuné Méaulle d'après un dessin d'Osvaldo Tofani, Petit Journal – Supplément illustré, dimanche 16 mai 1897

 

Là, cette fumée...

[…]

Au feu ! Au feu !

 

Le Bazar de la Charité est en flammes, il s'en exhale un parfum puissant de chair brûlée.

 

Des cris, des hurlements, cris de douleur et d'épouvante, des femmes en feu... formes folles et incandescentes se jetant sur la chaussée, une montagne de corps disloqués et noircisles os, les entrailles sortaient ça et là.

 

Vingt-cinq pages de visions d'horreur décrites au scalpel, une écriture fuligineuse, insolente d'élégance, donnant à sentir le frisson odorant de la graisse humaine sur les braises. Hmm...

 

La Chambre des horreurs expose en ses ruelles des pantins noircis aux entrailles fondues, six chevelures de femmes, perruques ou cheveux roussis ; deux tibias ; trois troncs incomplets ; deux côtes ; une mâchoire inférieure ; onze fausses dents ; une dizaine de kilogrammes d'entrailles.

 

On sent le gourmet gourmand chez Gaëlle, le lecteur en est repu de bonheur.

 

Qui aura survécu ? Les dommages collatéraux feront-ils encore couler le sang ? Comment pourra-t-on vivre caché ?

 

Thomas Sinaeve, Marie Boulie, Guy Peccoux, Laurence Valentin, sans vous ce roman ne serait pas ce qu'il est, peut-être ne serait-il pas du tout ! dit-elle en remerciements.

 

Admirable ! nous dit Yueyin.

 

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