Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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Survival

 

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Un lien en un clic sur les images.

9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 01:15

C'est Carnaval !

Chahutons la belle-mère !

Que la fête commence !

 

Ces témoignages ont paru sur Mémoires anthumes, le second blog inconnu. Ils méritent la cimaise de Libellus.

 

* * *

 

La belle-mère

13 juillet 2015

La belle-mère - L'intégrale de la saison 1

_ Eh beh, ileu faut faireu des écônomieus. Ong gagneu petit et on fait des écônomieus. Pluss on gagneu petit, pluss ileu faut faireu des éconômieus.

La belle-mère oubliait que la maison s'était montée presque gratuitement, grâce aux apprentis en bâtiment d'une proche EREA que tenait le neveu cadet Jean-Michel et aux fournisseurs tenus par le neveu Jean-François.

L'aîné neveu avait épousé une agence d'assurances qu'il avait développée en créant deux autres offices dans la région – où il était devenu conseiller. Il tenait les marchands de pierres et de ciment, le garagiste qui offrait une voiture à moitié prix, sans bénéfice, sans TVA, avec un crédit – agricole – sans intérêts.

Il cumulait les boutiques et les mandats. Une fois, il avait eu affaire à un sot qui lui avait fait un redressement fiscal sur un petit million de francs oubliés, dix pour cent – pour l'amende, et de son revenu.

Une belle demeure dans la commune voisine dont il était le maire, juste à côté de chez Laurent Fabius. Cohabitation pacifique – entre milliardaires –, sans dialogue – entre gens qui n'ont pas le même parti pris.

L'agence d'assurances déprimait. Il avait pris une danseuse, à l'Opéra de Toulouse, il a craqué : sa moitié exigeait la rupture ou le divorce, elle gardait le patrimoine.

Il a choisi la fortune, mauvaise fortune, dégénérescence cérébrale. On a pu en voir le premier signe dans la presse, le jour où, sur un marché, il a lancé une tarte à la crème sur la tête de son concurrent en élections.

Ensuite, il fuguait, il ne savait plus où il était, on le retrouvait et on le ramenait à la maison. Le jour où il a glissé dans la piscine, son agence, aimante et fidèle, l'a placé à l'hospice annexé au petit hôpital de convalescence du village de la belle-mère. Il fuguait encore, on le retrouvait dans une chambre qui n'était pas la sienne, et puis il n'a pas su qu'il était mort.

 

* * *

 

La belle-mère, le retour

1er septembre 2015

La belle-mère - L'intégrale de la saison 1

20 h 40.

_ Allo ? Je suis où ?

_ Vous êtes chez moi, dit-il.

_ Et c'est où, chez moi ?

_ C'est chez moi, je dormais, longtemps je me suis couché de bonne heure.

Là, elle ne connaît pas.

_ Hé ben, je suis pas au 05...2543 ?

_ Non, mamie, vous êtes chez moi.

_ Hé ben, j'ai fait une erreur.

_ Vous êtes une erreur. De la nature, ajoute-t-il.

Le 2543, c'est une entreprise de peinture. On n'y connaît pas la belle-mère, et puis on ne voit pas comment ni pourquoi la mamie de Lombez appellerait de la peinture à 500 kilomètres et à 20 h 40.

Une nuisible. Ensemble, chassons les nuisibles.

 

* * *

 

La belle-mère 3 – elle s'accroche

23 septembre 2015

La belle-mère - L'intégrale de la saison 1

La belle-mère rappelle à onze heures. Il ne répond pas. Elle laisse un message, pieusement conservé.

Salut, ma DoDo, je croyais que c'était toi qui m'avais appelée, j'ai refait ton numéro, mais ce n'est pas toi apparemment, qui c'est qui m'a appelée, c'est le mystère, pour le moment, je te fais un poutou, ciao.

Ce n'est pas lui non plus, l'opérateur téléphonique le dira, le moment venu.

Alors, vous voyez, quand vous appelez un correspondant qui ne répond pas – il est absent –, vous laissez un message comme : je t'appelais, je te rappellerai ou tu peux me rappeler au 05 62 62 35 84 – oui, il devient très concrètement très précis puisqu'il s'agit désormais d'appels malveillants, c'est un délit, il va porter plainte.

Quand vous vous rendez compte que vous avez involontairement fait un faux numéro – la messagerie vous dit : vous êtes bien au 05...20 43 –, vous ne laissez pas un message.

Tu capisci ? Ciao !

 

Olivier de Benoist, L'éloge funèbre de la belle-mère, 22 février 2014

 

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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 01:15
Nicolas Bouvier, L'usage du monde – plus loin peut-être...

Nicolas Bouvier, L'usage du monde, Récit, Genève, juin 1953-Khyber Pass, décembre 1954 – Quarante-huit dessins de Thierry Vernet, première édition à compte d'auteur, Librairie Droz, 1963, Editions La Découverte, 2014

 

A l’été 1953, un jeune homme de 24 ans, fils de bonne famille calviniste, quitte Genève et son université, où il suit des cours de sanscrit, d’histoire médiévale puis de droit, à bord de sa Fiat Topolino. Nicolas Bouvier a déjà effectué de courts voyages ou des séjours plus longs en Bourgogne, en Finlande, en Algérie, en Espagne, puis en Yougoslavie, via l’Italie et la Grèce. Cette fois, il vise plus loin : la Turquie, l’Iran, Kaboul puis la frontière avec l’Inde. Il est accompagné de son ami Thierry Vernet, qui documentera l’expédition en dessins et croquis.

Ces six mois de voyage à travers les Balkans, l’Anatolie, l’Iran puis l’Afghanistan donneront naissance à l’un des grands chefs-d’oeuvre de la littérature dite « de voyage », L’usage du monde, qui ne sera publié que dix ans plus tard – et à compte d’auteur la première fois – avant de devenir un classique.

Par son écriture serrée, économe de ses effets et ne jouant pas à la « littérature », Nicolas Bouvier a réussi à atteindre ce à quoi peu sont parvenus : un pur récit de voyage, dans la grande tradition de la découverte et de l’émerveillement, en même temps qu’une réflexion éthique et morale sur une manière d’être au monde parmi ses contemporains, sous toutes les latitudes.

4e de couverture

Nicolas Bouvier, L'usage du monde – plus loin peut-être...

Nicolas Bouvier (1929-1998), écrivain, poète, photographe, dessinateur est né et mort près de Genève après une vie de voyages. Outre L’usage du monde, il est notamment l’auteur de Chronique japonaise, Le Poisson-Scorpion, Le Dehors et le Dedans, Journal d’Aran et d’autres lieux.

Thierry Vernet (1927-1993), peintre, dessinateur et graveur, ami de Nicolas Bouvier, a illustré leur voyage, relaté dans L'usage du monde.

4e de couverture

 

Avant-propos

 

J'avais quitté Genève depuis trois jours et cheminais à toute petite allure quand à Zagreb, poste restante, je trouvai cette lettre de Thierry :

 

« Travnik, Bosnie, le 4 juillet.

Ce matin, soleil éclatant, chaleur ; je suis monté dessiner dans les collines. Marguerites, blés frais, calmes ombrages. Au retour, croisé un paysan monté sur un poney. Il en descend et me roule une cigarette qu'on fume accroupis au bord du chemin. Avec mes quelques mots de serbe, je parviens à comprendre qu'il ramène des pains de chez lui, qu'il a dépensé mille dinars pour aller trouver une fille qui a de gros bras et de gros seins, qu'il a cinq enfants et trois vaches, qu'il faut se méfier de la foudre qui a tué sept personnes l'an dernier.

Ensuite je suis allé au marché. C'est le jour : des sacs faits avec la peau entière d'une chèvre, des faucilles à vous donner envie d'abattre des hectares de seigle, des peaux de renard, des paprikas, des sifflets, des godasses, du fromage, des bijoux de fer-blanc, des tamis de jonc encore vert auxquels des moustachus mettent la dernière main et, régnant sur tout cela, la galerie des unijambistes, des manchots, des trachomeux, des trembleurs et des béquillards.

Ce soir, été boire un coup sous les acacias pour écouter les Tziganes qui se surpassaient. Sur le chemin du retour, j'ai acheté une grosse pâte d'amande, rose et huileuse. L'Orient, quoi ! »

Nicolas Bouvier, L'usage du monde – plus loin peut-être...

Thierry Vernet, Le lotus

 

J'examinai la carte. C'était une petite ville dans un cirque de montagnes, au cœur du pays bosniaque. De là, il comptait remonter vers Belgrade où l'« Association des peintres serbes » l'invitait à exposer. Je devais l'y rejoindre dans les derniers jours de juillet avec le bagage et la vieille Fiat que nous avions retapée, pour continuer vers la Turquie, l'Iran, l'Inde, plus loin peut-être... Nous avions deux ans devant nous et de l'argent pour quatre mois. Le programme était vague mais, dans de pareilles affaires, l'essentiel est de partir.

C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu'on y croise, aux idées qui vous y attendent...

 

Nishka Banja, traditionnel, Yougoslavie, Ensemble de musique Tzigane Bratsch, 1982

 

Une odeur de melon

Belgrade

Minuit sonnait quand j’arrêtai la voiture devant le café Majestic. Un aimable silence régnait sur la rue encore chaude. A travers les rideaux crochetés j'observai Thierry assis à l'intérieur. Il avait dessiné sur la nappe une citrouille grandeur nature qu'il remplissait, pour tuer le temps, de pépins minuscules. Le coiffeur de Travnik n'avait pas dû le voir souvent. Avec ses ailerons sur les oreilles et ses petits yeux bleus, il avait l'air d'un jeune requin folâtre et harassé.

 

Un voyage se passe de motifs.

Nicolas Bouvier, L'usage du monde – plus loin peut-être...

Thierry Vernet, Le pont

Nicolas Bouvier, L'usage du monde – plus loin peut-être...

Thierry Vernet, La chanteuse et l'accordéoniste

 

Dumbala Dumba, Tutti, Belgrade, 2011

 

A Kraguiévač, en Chumadia, un accueil culinaire de rêve.

 

Bière pour ouvrir l'appétit, salami, gâteau au fromage couvert de crème aigre.

Côtelettes panées, rissoles à la viande, vin blanc.

Lard, crêpes à la confiture, pruneau deux fois distillé.

 

Ce pourrait être un fil de lecture gourmand.

 

Le récit de voyage se continue, en de belles et brèves phrases.

 

Serbie, Macédoine, Kosovo... et des chemins qui appartiennent aux furets, aux meneuses d’oies, aux carrioles noyées de poussière. La vieille Fiat fait ce qu’elle peut : nous nous refusons tous les luxes sauf le plus précieux : la lenteur.

 

Istanbul, Anatolie. Une vie de nomade. Tabriz, Téhéran,

 

Et puis il y a toutes les rencontres, en Yougoslavie, mais aussi plus loin, avec des Tabrizi, des Kurdes, des Arméniens…

 

A Tabriz.

 

Concombres au sel

Noix vertes confites

Galettes et vin blanc au goût de fumée.

 

A Téhéran.

 

Compote de melon glacé

Riz à la confiture

Poulet grillé à la menthe

Lait caillé aux concombres et aux raisins secs.

 

Le voyageur retient l'odeur mûre et brûlée du continent indien.

 

Un récit culte pour les amoureux de voyage.

 

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 01:15

* λύχνου φῶς (XII, 15)

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même (Τὰ εἰς ἑαυτόν), traduction de A.-I. Trannoy, introduction de Aimé Puech, édition revue et complétée par M. A. Jagut, illustrations de Scott Pennor's, Les Belles Lettres, 2015

 

Une enfance pieuse, studieuse, où déjà, comme un mot d'Hadrien en témoigne, se révèle le trait spécifique du caractère, l'entière sincérité ; une jeunesse chaste, de bonne heure associée aux responsabilités du gouvernement, sans que les soucis et les charges portent aucune atteinte à la spontanéité ou à l’intensité de la vie intérieure ; l’âge mûr et la vieillesse voués sans réserve au service de l’État et aux intérêts de l’humanité, en un temps où les difficultés furent rudes et qui connut même des dangers graves ; enfin, laissé après soi et parvenu jusqu’à nous, un petit livre, quelques feuillets, mais si pleins, où survit et transparaît une âme aussi haute que pure, tel fut le destin de Marc-Aurèle, destin privilégié, auquel semblent avoir également collaboré – comme pour justifier les dogmes de l’école à laquelle l’empereur philosophe a adhéré si fermement – la raison souveraine qui distribue son lot à chacun et la volonté éclairée de l’homme à qui ce lot était échu.

Aimé Puech, Introduction (extrait)

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

Marcus Aurelius, bronze, ca 172, musée du Louvre

 

Marc Aurèle naît à Rome le 26 avril 121 (de notre calendrier) dans une famille de la haute société : son père était préteur, son grand-père, consul et préfet de Rome, son oncle paternel, consul, son bisaïeul paternel, sénateur et préteur, son bisaïeul maternel, consul et préfet de Rome.

Il reçoit la leçon des meilleurs maîtres en philosophie, en lettres grecques et latines, en rhétorique.

Il accède au pouvoir impérial le 8 mars 161 – l'empire est à son plus haut.

Son règne est marqué par l'extension des guerres sur tous les fronts – Parthes, Quades et Marcomans. Il n'a connu que quatre ans de paix au cours de son exercice. A l'intérieur, il a assuré sa sécurité en renforçant la garde prétorienne.

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

Blandine, martyre de Lyon, gravure de Jan Luyken, XVIIe siècle

 

Il persécute les chrétiens, qu'il considère comme une menace pour l'empire – ils refusent de brûler de l'encens devant les statues de l'empereur. Blandine, sous la torture, tient sa parole : « Je suis chrétienne et nous ne faisons aucun mal. »

> S'il a commis une faute, c'est là qu'est le mal. Mais peut-être n'a-t-il pas commis de faute ? (IX, 38)

 

Il meurt à Vindobona le 17 mars 180 – de la peste ou d'un empoisonnement arrangé par son fils Commode ? L'empire revient alors à Commode.

 

Les Pensées sont formées de courtes notes rédigées par Marc Aurèle à partir de 166. Il écrit en grec, la langue de l'aristocratie – il n'écrit pas dans l'intention de publier un recueil. Il s'agit d'un bloc-notes.

 

Très jeune, il adopte la philosophie des stoïciens, Epictète est son maître à penser : il y a les choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous.

 

Vivre avec les Dieux (Συζῆν θεοῖς - V, 27) est son vœu le plus cher. Marc Aurèle, athée, dans la tradition des stoïciens, fait semblant de croire aux dieux du Panthéon pour assurer sa sérénité et pour trouver un moyen d'entente avec le peuple et ses croyances. La persécution contre les chrétiens a sévi plus durement sous son règne que sous celui de ses prédécesseurs. Les martyrs lui semblent défier l'ordre établi – de ces choses qui ne dépendent pas de nous.

 

II

2

Tout ce que je suis se réduit à ceci : la chair, le souffle, le guide intérieur. Renonce aux livres […], méprise la chair […].

 

13

Rien n'est plus pitoyable que l'homme qui fait le tour de tout, qui scrute, comme dit le <poète>, les profondeurs de la terre * […] et qui ne s'aperçoit pas qu'il lui suffirait d'être attentif uniquement au Génie ** qui habite en lui et de l'entourer d'un culte sincère.

* Pindare, cité par Platon, Théétète, 173 c.

** Le Génie dont il est question ici n'est pas l'être intermédiaire entre les dieux et les hommes, objet de la foi populaire, mais l'âme en tant que fragment détaché de la divinité.

 

15

Evidentes sont les paroles attribuées au cynique Monimos […]. Tout n'est que vaine opinion *.

* Fragment de Ménandre, cité par Diogène Laërce (VI, 82) à propos de Monimos, disciple de Diogène le Cynique et de Cratès.

[NDL : sur l'opinion, voir infra XII, 22]

 

16

[…]

Or la fin des êtres raisonnables, c'est d'obéir à la raison et à la loi de la plus auguste des cités et des républiques.

 

17

[…]

Qu'est-ce donc qui peut nous guider ? Une seule et unique chose, la philosophie. Et celle-ci consiste à veiller sur le Génie intérieur […].

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

III

6

[…]

S'il ne t'apparaît rien de supérieur au Génie qui a établi sa demeure en toi […], qui s'est arraché, comme disait Socrate *, aux passions sensuelles […], ne laisse place en toi à aucun autre soin [...]. Il n'est pas permis, en effet, d'opposer au bien selon la raison et la cité quoi que ce soit d'étranger à sa nature, par exemple : l'approbation de la foule, le pouvoir, les richesses, les jouissances des plaisirs.

* Phédon, 63 e sq.

 

IV

1

Le maître intérieur, quand il se conforme à la nature, prend en face des événements une attitude telle qu'il puisse toujours la modifier sans peine, selon qu'il lui est donné.

[NDL : le culte de la nature s'exerce dans le monde et en l'homme > Tout s'accomplit selon la nature universelle – VI, 9]

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

V

23

Considère fréquemment la rapidité avec laquelle les êtres et les événements passent et disparaissent. La substance est, comme un fleuve, en perpétuel écoulement […].

[NDL : Héraclite - On ne saurait entrer deux fois dans le même fleuve.]

 

27

Συζῆν θεοῖς. Συζῇ δὲ θεοῖς ὁ συνεχῶς δεικνὺς αὐτοῖς τὴν ἑαυτοῦ ψυχὴν ἀρεσκομένην μὲν τοῖς ἀπονεμομένοις, ποιοῦσαν δὲ ὅσα βούλεται ὁ δαίμων, ὃν ἑκάστῳ προστάτην καὶ ἡγεμόνα ὁ Ζεὺς ἔδωκεν, ἀπόσπασμα ἑαυτοῦ. Οὗτος δέ ἐστιν ὁ ἑκάστου νοῦς καὶ λόγος.

 

Vivre avec les Dieux. Il vit avec les Dieux, celuis qui leur montre constamment une âme satisfaite du lot qui lui est attribué et faisant toutes les volontés du Génie que Zeus a donné à chacun comme maître et comme guide, parcelle détachée de lui-même. Et ce Génie, c'est l'esprit de la raison de chacun.

 

[NDL : y aurait-il une contradiction entre la volonté qui affranchit des servitudes du monde (Traverse la vie libre de contrainte - VII, 68) et la soumission au maître donné ? Selon Marc Aurèle, le maître est donné par Dieu qui ne permet pas l'erreur.]

 

Les Pensées sont répétitives. Une certaine monotonie ?

 

VI

6

Une excellente manière de se défendre d'eux, c'est d'éviter de leur ressembler.

[NDL : eux, ce sont les objets du désir > voir infra IX, 33]

 

VII

61

L'art de vivre ressemble plutôt à la lutte qu'à la danse en ce qu'il faut toujours se tenir en garde et d'aplomb contre les coups qui fondent sur vous à l'improviste.

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

VIII

9

Que personne ne t'entende plus te plaindre de la vie qu'on mène à la cour ! Et que tu ne t'entendes plus toi-même t'en plaindre !

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

IX

33

Tous les objets que tu vois périront en un rien de temps et ceux qui les auront vu périr périront eux-mêmes en un rien de temps.

 

XI

10

Aucune nature n'est inférieure à l'art, car les arts ne consistent qu'en l'imitation de la nature.

[Tout s'accomplit selon la nature universelle - VI, 9]

 

XII

13

Qu'il est ridicule et étrange l'homme qui s'étonne de quoi que ce soit qui arrive dans la vie.

 

22

Que tout n'est qu'opinion et que l'opinion dépend de toi.

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

Un peu de musique restituée ? Marc Aurèle écoutait peut-être cet air martelé et lancinant comme son discours.

 

Synaulia, Synphoniaci, in La musica dell'antica Roma

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

2016, année grecque, avec Cryssilda et Yueyin !

 

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 01:15
Oswald Wynd, Une odeur de gingembre – la lumière et l'ombre

Oswald Wynd, Une odeur de gingembre (The Ginger Tree, 1977), traduit de l'anglais par Sylvie Servan-Schreiber, La Table Ronde, 1991-2015 – couverture et illustrations : Nicolas Galy pour www.noook.fr

 

1903. Disant adieu à son adolescence écossaise, Mary Mackenzie embarque pour l'Orient extrême. A Pékin, dans le quartier des ambassades, l'attend son futur mari, un homme dont elle ne sait rien, représentant la Couronne britannique auprès du dernier empereur. Très vite, la jeune Mary étouffe sous le carcan des convenances diplomatiques et conjugales alors que, dehors, l'aventure l'appelle. Des rues grouillantes aux senteurs enivrantes des marchés, de l'art floral au rituel du thé, de la Cité interdite à l'insurrection des Boxers, sa quête éblouie va la mener à l'amour. Éprise d'un officier nippon, rejetée par son mari, méprisée par ses compatriotes, Mary doit fuir au Japon où l'attendent de nouveaux combats.

Premier rabat de couverture

Oswald Wynd, Une odeur de gingembre – la lumière et l'ombre

Né à Tokyo en 1913, mort à Édimbourg en 1998, Oswald Wynd, devenu l’un des maîtres du polar contemporain sous divers pseudonymes, ne signa de son nom que cet unique roman historique, aux fortes résonances autobiographiques.

Second rabat de couverture

 

A bord du S.S. Mooldera, faisant route vers la Chine, se tissent les fils de lecture : le malaise, l'âge, le changement, la transpiration, les rats.

 

En première il y a deux pianos, un dans le fumoir des hommes – que je n'ai bien sûr pas essayé – et celui qui est dans le salon, beaucoup plus petit. J'ai essayé d'y jouer une mazurka de Chopin juste après Gibraltar, mais j'ai dû cesser parce que Mme Carswell n'aime pas la musique.

 

Frédéric Chopin, Mazurka, Op. 7, n° 1, ca 1830, piano : Arthur Rubinstein, 1938-1939

 

Mme Carswell est le chaperon terrible de Mary, âgée de vingt ans, en recherche de sa liberté. Mary se confie dans son journal et elle écrit à sa mère. Mme Carswell meurt, victime d'on ne sait quel mal (elle en portait tellement en elle). Mme Brinkhill, une femme généreuse et éclairée, prend désormais soin de Mary.

 

Le monde est un curieux mélange de gens de toutes sortes, dont beaucoup ont l'air de ce qu'ils ne sont pas.

 

Le Bien et le Mal ne sont pas aussi évidents que ce qu'on nous apprend.

 

Je me suis demandée pourquoi j'allais en Chine épouser Richard, et je n'ai trouvé aucune réponse, rien qu'une impression désespérante de vide absolu.

 

Arrivée en Chine, Hong-Kong : une très grande misère.

 

Je me suis réveillée ce matin avec un mal de tête et dans cet état que les femmes doivent supporter.

 

Mary a ses Anglais, c'est curieux pour une Ecossaise – élevée dans l'ignorance et la pruderie jusqu'à ce que Mme Brinkhill se mette à lui parler ouvertement de ces problèmes.

 

Mary est mariée : en sortant [de l'église] un magnifique soleil étincelait. Lune de miel : Mary s'ennuie, enfermée derrière ces murs comme une épouse chinoise, prise dans le carcan rituel. Elle en sort parfois, elle fréquente la haute bourgeoisie européenne : promenades, cérémonies, dîners.

 

L'odeur de Pékin : une odeur nauséabonde de beurre rance. Et des nuées de mouches grouillant sur les étals au marché.

 

Mary est reçue à la cour impériale. La misère est effrayante dans l'entourage de son existence pourtant si protégée.

 

Mary est enceinte. Une fille, Jane, est née. Un garçon, Tomo, naît d'une aventure nipponne. Mary est chassée de la maison par Richard. Elle est une putain, il est violent.

 

Elle rejoint Tokyo où la vie n'est pas accueillante pour une occidentale : elle est une courtisane. Elle trouve néanmoins deux amies, femmes rebelles, émancipées.

 

Que la liberté est chère ! Et chère à conquérir.

 

Éblouissant ! nous dit Yueyin.

 

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 01:15
Quatuor Modigliani, Dvořák - Bartók - Dohnányi

Quatuor Modigliani, Dvořák - Bartók - Dohnányi, Mirare, 2015

(Philippe Bernhard et Loïc Rio aux violons, Laurent Marfaing à l'alto, François Kieffer au violoncelle)

 

Antonín Dvořák, Béla Bartók, Ernő Dohnányi ont voyagé dans les musiques populaires entre la Bohême (Antonín Dvořák, Quatuor à cordes n° 12 en fa majeur, opus 96, Américain, dont les Modigliani donnent ici une version magnifique), la Hongrie (Béla Bartók, Quatuor à cordes n° 2 en la mineur, donné en juste ton par les interprètes) et l'Ouest au-delà des mers (Ernő Dohnányi, Quatuor à cordes n° 3 en la mineur, opus 33, une œuvre qui réunit les deux continents, dans une interprétation enjouée).

 

Écoutons le 3e et dernier mouvement de l'œuvre de Ernő Dohnányi.

 

Ernő Dohnányi, Quatuor à cordes n° 3 en la mineur, opus 33, Vivace giocoso – Quatuor Modigliani, Dvořák - Bartók - Dohnányi, Mirare, 2015

 

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 01:15
Jérôme Leroy, Jugan – une tragédie classique

Jérôme Leroy, Jugan, Collection Vermillon, La Table Ronde, 2015

Jérôme Leroy, Jugan – une tragédie classique

Jérôme Leroy – Photo : Catherine Hélie © Éditions Gallimard.

 

En vacances à Paros, le narrateur rêve à Noirbourg. Noirbourg où, douze ans plus tôt, il a entamé sa carrière d’enseignant au collège Barbey-d’Aurevilly, « en plein Cotentin, au carrefour de trois routes à quatre voies ». C’est là que débarque un beau matin Joël Jugan, ancien leader du groupe d’extrême gauche Action Rouge. Il vient de purger une peine de dix-huit ans. En prison, il est « devenu un monstre, au physique comme au moral ». Son ancienne complice Clotilde Mauduit le recrute au sein d’une équipe d’aide aux devoirs pour les élèves de la Zone. Il y croise Assia, une étudiante en comptabilité. Très vite, Assia est envoûtée par l’homme au visage ravagé. Ensorcelée aussi, peut-être, par la Gitane en robe rouge, qui, surprise à voler dans les rayons de la supérette de son père, lui a craché au visage d’étranges imprécations.

 

Né à Rouen en 1964, Jérôme Leroy a publié plus de vingt romans, recueils de nouvelles et de poésie, parmi lesquels Le Bloc (Prix Michel Lebrun 2012) et L’Ange gardien (Prix des lecteurs des Quais du Polar 2015) chez Gallimard ; Monnaie bleue (2009), Un dernier verre en Atlantide (2010), Les Jours d’après (2015), Sauf dans les chansons (2015) à La Table Ronde.

4e de couverture

 

A nos petites amoureuses.

 

« Lui, sous ce masque de cicatrices, il gardait une âme dans laquelle, comme dans cette face labourée, on ne pouvait marquer une blessure de plus. Jeanne eut peur, elle l’a avoué depuis, en voyant la terrible tête encadrée dans ce capuchon noir ; ou plutôt non, elle n’eut pas peur : elle eut un frisson, elle eut une espèce de vertige, un étonnement cruel qui lui fit mal comme la morsure de l’acier. Elle eut enfin une sensation sans nom, produite par ce visage qui était aussi une chose sans nom. »

Barbey d’Aurevilly, L’Ensorcelée.

 

Deux ou trois fois par an, je rêve de Noirbourg.

Je me demande si je ne devrais pas m’en inquiéter, à la longue. Je vais avoir quarante ans et ces événements se sont déroulés au début de ce siècle, il y a plus d’une décennie, l’année où j’ai entamé ma carrière de professeur de lettres classiques au collège Barbey d’Aurevilly. En parler, par exemple à mon médecin ou au frère de ma femme, qui est psychiatre. Si l’on y réfléchit bien, j’ai été mêlé à cette histoire de très près. J’ai eu les tympans déchirés par les coups de feu, j’ai été éclaboussé par le sang de Clotilde, j’ai dû consoler des adolescents aussi terrifiés que moi. La mode n’était pas encore à ces cellules d’assistance psychologique que l’on voit partout aujourd’hui. Si c’est le seul prix à payer pour cette affaire, quelques rêves d’une année sur l’autre, je ne m’en tire pas mal.

[…]

Si ces rêves devaient finalement disparaître, j’en serais triste. Cela signifierait que j’ai tout compris. Et je ne suis pas certain d’avoir envie de tout comprendre, d’avoir envie qu’Assia Rafa, son père Samir, Clotilde Mauduit, les Gitans de la Zone et bien entendu Joël Jugan disparaissent de mon paysage onirique, n’ayant plus rien à révéler de leurs passions, de leurs mystères, de leur violence. Ils auront été, malgré eux, à leur façon, la part de poésie et de sauvagerie dans ma vie si banalement rangée. En même temps, tout comprendre, enfin, et oublier… Je ne sais plus…

[…]

Je me revois avec douze ans de moins me garer devant un campement près d'un hangar en ruine à deux pas de la cité HLM des Drakkars. […] Je me revois éteindre mon autoradio dont le lecteur CD jouait Heaven Must Have Sent You des Elgins, je me rappelle la chaleur de la fin de l'après-midi. On devait être début octobre et il y a de très belles arrière-saisons dans le Cotentin.

 

The Elgins, Heaven Must Have Sent You, 1966

 

Un lundi de septembre...

Joël Jugan revient à Noirbourg après au moins dix-huit ans, nul ne sait pourquoi.

Jérôme Leroy, Jugan – une tragédie classique

En quittant le TER à la gare de Noirbourg, il commence par respirer la pluie venue de la mer en traversant la lande de Lessay.

 

Assia Rafa, vulnérable et forte, comme d'autres jeunes filles arabes luttant à la fois dans leurs familles, pour leur émancipation, et au dehors, contre l'exclusion, le rencontre.

 

Après dix-huit ans passés en prison, Joël Jugan est devenu un monstre, lui, le jeune idéaliste, beau et sanguinaire, qui voulait changer le monde – par le sang.

Son visage est terrifiant, boursouflé, suppurant. Il souffre. Les analgésiques les plus puissants n'ont plus grand effet sur le mal.

Jérôme Leroy, Jugan – une tragédie classique

Il entre au buffet de la gare. Seules les banquettes avec leur moleskine rouge n'ont pas changé. Il entre dans un autre monde.

 

Dans l'ancien monde, sa première victime était un ami de la famille, le président-directeur-général des Forges de Noirbourg. Il l'avait tué en 1982, sans haine, après la fermeture des Forges – six mille licenciements, un autre continent pour l'entreprise dont le PDG était un pionnier dans l'art de délocaliser.

La branche normande d'Action Rouge était composée de fils et de filles de grands bourgeois.

 

Il faut imaginer la jeune fille légèrement éblouie.

Il faut toujours imaginer la jeune fille légèrement éblouie et c'est ainsi qu'Assia Rafa fait son entrée dans chacun de mes rêves de Noirbourg.

 

Assia est une brillante lycéenne, elle souffre du carcan familial, elle est sage : à dix-neuf ans, elle est la seule fille vierge de sa classe de BTS.

 

Jugan est une victime des flics.

J'ai mal à chaque minute mais chacune de ces minutes me rappelle la société dans laquelle je vis. Et ma gueule dans la glace, chaque matin, c'est le visage même de notre monde.

On ne peut en dire plus, attendez-vous à l'horreur annoncée, des cadavres.

 

Une tragédie classique, la mort annoncée, une écriture plane, impertubable, Jugan disparaît dans la nature.

 

Jérôme Leroy présente Jugan.

 

Des pas perdus nous dit : Jugan est un roman noir, très noir qui rafraîchit la mémoire et éclaire le présent. A lire évidemment.

Et nous l'approuvons.

 

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 01:15
Géraldine Laurent, At work – une force intranquille

Géraldine Laurent, At work, Gazebo/L'Autre Distribution, 2015

 

Géraldine Laurent, née en 1975, a d'abord étudié le piano classique, puis le saxophone, au conservatoire de Niort, sa ville natale. Elle travaille alors avec Robert Boillot et Floris Nico Bunik. En 1999, elle commence à sa produire sous son nom et dans différentes formations avec notamment Charles Bellonzi, Christophe Joneau, Antoine Hervier. Elle participe également à des projets en danse contemporaine (en 2003-2004, avec la compagnie Ballets Atlantiques Régine Chopinot). En 2005, Géraldine fonde le Time Out Trio avec Yoni-Zelnik (contrebasse) et Laurent Bataille (batterie). Salué par la critique et le public, le groupe se produit dans de nombreux festivals en France ou à l’étranger.

A partir de 2008 , Géraldine Laurent intègre le label Dreyfus Jazz (Sony BMG) chez qui sort son premier disque, Time Out Trio, puis Just Jazz quartet, avec Aldo Romano, Henri Texier et Mauro Negri. En 2010 sort, toujours chez Dreyfus Jazz, son deuxième disque Around Gigi. En 2015, elle enregistre son troisième opus en leader, le quartet At Work, Gazebo/L'Autre Distribution, avec Paul Lay au piano, Donald Kontomanou à la batterie et Yoni Zelnik à la contrebasse.

 

Géraldine Laurent, At work, 2015

 

Compositions fortes, relectures audacieuses – Jobim, Monk, Mingus.

Géraldine Laurent mêle, pour notre bonheur, audace, sûreté rythmique, sensibilité.

Une aventureuse, comme on aime.

 

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 01:15
Jacques Poulin, Le vieux Chagrin – l'art des rencontres

Jacques Poulin, Le vieux Chagrin, Leméac, 1989, Actes Sud, Babel, 1995

Jacques Poulin, Le vieux Chagrin – l'art des rencontres

Né à Saint-Gédéon de Beauce (Québec) en 1937, Jacques Poulin a étudié la psychologie et les lettres à l'université Laval (Québec). Parallèlement à une carrière d'écrivain qui lui a valu de nombreux prix littéraires au Canada et en France, il a travaillé comme traducteur. Il vit actuellement à Paris.

 

Sur le rivage du Saint-Laurent où il vit retiré en compagnie du chat "Vieux Chagrin", un vieil écrivain observe des empreintes, des pas dans le sable, des marques dans la caverne proche qu'il connaît bien : sur une sorte de tablette longue et étroite, formée par une saillie de la paroi rocheuse, il y a une bougie et une boîte d'allumettes, un livre, les contes des Mille et Une Nuits, un feu de camp.

En ce moment, il écrit un roman d'amour, mais son inspiration est immobilisée comme le voilier ancré dans une anse du fleuve.

Il part en quête de Marika, la jeune femme du voilier.

 

Incipit

 

Le printemps était arrivé.

J'habitais une vieille maison en bois qui était toute seule au milieu de la baie. Son aspect était un peu étrange parce qu'elle avait été construite par étapes. A l'origine, elle avait été un simple chalet, que mon père avait transformé petit à petit, ajoutant une chambre, un hangar, un étage, à mesure que la famille s'agrandissait.

La maison avait fait partie du village de Cap-Rouge. Mon père l'avait fait déménager dans la baie, où il n'y avait personne, parce qu'il voulait avoir la paix. Elle avait été mise sur une embarcation à fond plat, moitié radeau, moitié barge, et elle avait été transportée de l'autre côté du fleuve et installée au milieu de la baie.

 

C'est un roman avec des chansons.

Un soir, en revenant vers la caverne, l'écrivain fredonne une chanson de Brassens – comme pour s'annoncer.

 

Georges Brassens, Il n'y a pas d'amour heureux, 1953

 

L'écrivain le plus lent du Québec, comme le narrateur se nomme lui-même, relit le dernier chapitre de son roman d'amour, laissé en plan quelques jours auparavant. Son héros se trouve dans un bar du vieux Québec, le barman a mis sur le tourne-disque une vieille chanson qu'il aime.

 

Marlene Dietrich, Lili Marleen, 1944

 

Il relit Hemingway et son principe pour écrire : s'en tenir à ce que l'on connaît le mieux.

 

Une femme, la quarantaine, Bungalow de son surnom, venant de la maison d'accueil qu'elle a fondée pour héberger les paumées de la vie, débarque un jour avec ses filles dans le monde de l'écrivain et dans son roman. Parmi les filles, la Petite, sortant d'une enfance dévastée et qui s'attache à l'écrivain. Les chats viennent nombreux à la maison : il y a la belle Vitamine qui plaît bien au vieux Chagrin. Et Marika la mystérieuse ne se montre que par quelques traces, malgré les messages que le vieil amoureux laisse dans sa caverne, sur un rocher ou dans une boîte aux lettres qu'il a bricolée avec une maison de poupée et posée sur la grève – Marika est-elle un rêve ?

Tous ces personnages de rencontre nourrissent son inspiration.

 

Et Dieu dans tout ça ?

 

Au fond, la seule chose à laquelle je croyais depuis toujours, c'était l'âme. J'étais certain d'avoir une âme. Nous avions tous une âme, même le vieux Chagrin. En marchant dans le grenier, j'avais commencé à édifier une théorie de l'âme.

Selon ma théorie, l'âme ne se trouvait pas à l'intérieur du corps, comme on le croyait généralement, mais plutôt à l'extérieur. Elle était plus grande que le corps, elle l'enveloppait et le tenait au chaud. Elle avait une couleur un peu bleutée qui se voyait parfois dans l'obscurité. Elle ressemblait à une longue chemise de nuit, légère, transparente et vaporeuse. Au moment de la mort, elle quittait le corps et flottait quelque temps dans l'air, à la manière d'un fantôme, avant d'aller rejoindre les autres âmes dans le ciel.

 

C'est l'histoire d'un vieux loup solitaire, retiré sur une rive du Saint-Laurent en compagnie de son chat, de son écritoire et de ses rêves – parfois éveillés : rêves, illusions, empreintes. Un roman de la solitude mêlée de rencontres – la vie, c'est l'art des rencontres, disait Vinícius de Morães.

C'est l'histoire d'un roman – un roman d'amour... – qui se tisse lentement des rencontres du vieux solitaire. L'écrivain entend que l'amour est plutôt l'amitié, l'affection. La mémoire autorise le voyage, même à l'ancre.

Ce qui compte finalement, pour lui, c'est l'écriture : dans son rêve le plus secret, l'écriture pourrait amener un nouveau monde, un monde de paix et d'amour.

 

Un mystère amoureux, un récit lumineux, une écriture cristalline.

 

On ne saura jamais vraiment si… et cela est très bien ainsi. Ravissant ! Yueyin nous le dit.

 

* * *

 

Précédemment

 

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

 

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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 01:15

 … en ce commencement d'une nouvelle année.

Robert Schumann, Das Paradies und die Peri – une féérie pour la joie...

Robert Schumann, Vienne, 1839 – lithographie de Joseph Kriehuber

Robert Schumann, Das Paradies und die Peri – une féérie pour la joie...

Robert Schumann, Das Paradies und die Peri, 1843 – London Symphony Orchestra, dir. Simon Rattle, LSO Live, 2015 (livret en allemand et en anglais seulement)

Robert Schumann, Das Paradies und die Peri – une féérie pour la joie...

Simon Rattle, 2015

 

Das Paradies und die Peri (Le Paradis et la Péri), op. 50, est un « oratorio profane pour la joie », ainsi que le définissait Robert Schumann. Il fut créé le 4 décembre 1843 à Leipzig.

 

L'œuvre est conçue pour un orchestre symphonique, neuf solistes et un chœur mixte.

Le livret vient de Lalla Rookh, un chant d'inspiration orientale de Thomas Moore, paru en 1817 et traduit par Emil Flechsig.

La Péri (une fée en persan), fille d'un ange déchu et d'un mortel, veut rejoindre le paradis dont elle a été exclue en raison de ses origines. Pour ce faire elle doit apporter à l'ange le bien que le ciel convoite le plus : la dernière goutte de sang d'un guerrier et le dernier soupir d'une jeune fille sont refusés par l'ange. Lorsqu'elle lui apporte la larme de repentir d'un criminel qui l'a versée en se souvenant de l'innocence de son enfance, elle est admise aux portes du paradis.

 

Robert Schumann, Das Paradies und die Peri, 1, 9 – l'ange refuse le premier présent, celui du sang.

 

Robert Schumann, Das Paradies und die Peri, 3, 9 – l'ange agrée le troisième présent, larme d'un repentir, souvenir de l'innocence d'une enfance, la Peri exulte de joie : Freude !

 

D'aucuns diraient que la voix de Sally Matthews est parfois fragile. Qu'importe ! L'émotion est toujours là. Les voix sont magnifiques, l'ensemble est féérique.

 

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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 01:15

_ salut, les p'tits godets, salut Mimile ! toujou dans l'mille ?

_ salut Popol ! no t'attendait, y sont v'nus, y sont tous là ! Bébert, Dédé, Gégène, Juju, Riri et les autres, avec leurs dames et les chiards.

_ la teuf à Mimile !

_ ce soir, 'tention ! mousseux doux, cuvée chaptal ! et tartines au lomp !

_ chaptal d'chez chaptal ?

_ y'a qu'lui, un vrai magicien, un hecto d'blanc à 7°, cent kilos d'suc', y t'sort deux fûts d'champain'.

_ Mimile ! tu les sors ou quoi ?

_ hé ! la patronne ! t'as t'y ouï ?

_ …

_ aaahhh ! c'est du vrai, fi d'garce !

_ et les tartines !

_ ...

_ qu'iens, t'attends du monde ?

_ c'est les potalous que j't'ai causé, des meussieurs d'la ville qu'ont fait l'école.

_ Bonsoir Monsieur Mimile, salut la compagnie !

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ mame Yueyin, vous fait' honneur à l'établissement et on va vous fair' nos hommages avant la minuit.

_ Hu, hu... Je vous présente ma fille, Emily, étudiante en anthropologie, la pasionaria du tatami...

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ v'nez que j'vous baise, no connaît les manières.

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Et mon Escargolio, tripoteur de bits, notre coquille chèrie, avec Tristan, notre grand, lycéen en 1e STL – biotechnologies.

_ entre hommes, on s'la secoue ! il est pas écocolo au moins ?

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Morgane, l'aînée, étudiante en sciences du langage et psychologie : elle vient de publier un mémoire sur la fonction ergastique du langage.

_ dame ! ça donn' soif, c't'affaire-là, on a pris qu'eun caisse, on a pas commencé, quoi ! ho, la patronne ! on a pus d'munitions, tu nous fais r'monter eun caisse ? c't'ell'-là, pour les lâcher ! et des tartines !

_ On sent bien l'air de la campagne, tout comme Monsieur Lou nous l'avait dit, et que c'est pittoresque ! Oooh, vous êtes allé au Japon ?

_ même qu'on y est arrivé à pied par la Chine !

_ mouaaarfff ! on a beau la connaît', on en rit toujou !

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ ça, c'est comme eun églis' pour eux, on a pris l'grand modèle chez GiFi, avec les loupiot', on l'mettra t't à l'heure pou l'ambiance, et c't'air euqu'vous respirez, c'est l'lisier à Gégé, il a pas pu v'ni, il a eun truie qui va vêler, mais il a envoyé les rillettes qu'vous aurez quand c'est qu'on aura fini l'lomp.

_ qu'iens, n'en v'là d'aut' !

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Codex Urbanus, enlumineur des grises rues parisiennes.

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Camarade Des Pas Perdus, un gauchiste fondu.

_ vindju !

_ Celui-là est très doux.

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Jimidi, alias Jean-Marie Dutey, écrivain et accessoirement agent secret – ses lunettes le prouvent.

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Julie Van Rechem, professeur d'histoire, géographie, éducation civique.

_ tudju ! c'est un nid !

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Karine Minier est restée dans les frimas de son Québec natal d'où est également venue Dame Yueyin – elle nous a envoyé une photo où on la voit en compagnie de Yueyin et d'Escargolio lors d'un récent séjour.

D'autres également n'ont pas pu venir : Brigitte, Laure, Mireille... et tant d'autres.

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Partageux...

_ y s'rait-y pas com' l'aut' ?

_ Oui, très doux.

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Jacky (à gauche), professeur de clavecin, avec Téki dont on ne voit que la laisse.

_ ya don' pus qu'des professeurs de c't'heure ! ?

_ Il faut vous y faire, Monsieur Mimile.

_ & Patrick (à droite), artiste peintre.

_ et eun artiss' maint'nant...

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Oiron, la collégiale, une œuvre de Patrick : on voit mieux Téki.

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

Rod Lediazec...

_ 'cor' un !?

_ Il faut vous y faire, Monsieur Mimile.

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Xavier Baudequin, Xaba de son nom de code...

_ cod' de d'qué ?

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Héritier du dahu et père spirituel du renouveau ancien, triple ceinture noire de karaté, il est actuellement en mission au Brésil – l'avenir du monde occidental est en jeu !

_ eun missionaire de c't'heure !

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Maître en iaidō, l'art de dégainer son sabre le premier et de trucider un importun, si vous voyez, Monsieur Mimile...

_ … euh... oui... la caisse ! Bébert ! tu laisses les tabourets aux dames ! Dédé ! les tartines ! Riri ! Fais péter les roteuses !

_ Hummm, c'est très fin, ça se mange sans faim.

_ c'est du lomp, c'est comme des œufs de l'hareng d'la Bastille [le hareng de la Baltique], avec de la sardine de portugaise ensablée, sans ça c'est fade.

_ Mais où trouvez-vous toutes ces merveilles ?

_ ça vient d'chez Momone, elle les roule à la main sous les aisselles, à c't'heure elle a pô pu v'ni, è fait son bain, comme tous les ans, eul 31 d'décembe, pour conserver, è met un truc à elle, sans ça y a des trip' romaines [tréponèmes] ou d'la chaux d'pis, è fait la vache, mais on sent pas.

_ …

_ ho ! eun caisse ! on vid' son verre, on finit sa tartine, et qu'ça pète !

_ Oooh, je me sens déjà tout chose...

_ on va v'z'arranger, mame. Juju, tu fais les verres ! allez ! tous ! ♪♫♪ amie Yue, amie Yue, lève ton verre et surtout ne le renverse pas, amie Yue, amie Yue, vide ton verre... et glou et glou et glooouuu ! elle est des nô-ôtres, elle a bu son verr' comme les au-autres ! ♪♫♪

_ Je ne me sens pas bien...

_ au fond d'la cour, Gégène, tu vas avec.

_ …

_ c'est l'pain des tartines, quand no z'a pô l'habitude... allez ! ♪♫♪ Ami Codex, ami Codex... et glou et glou et glooouuu ! ♪♫♪

_ …

_ Aaaaahhh !

_ hein ! ? tu 'n'as pas du comme ça à Montmart' ! ?

_ Faut r'connaître, c'est du brutal...

_ ...

_ J'me sens pus légère, com' après confess', pareil, y a comme eun édicul' en bois et m'sieu Gégène qui fait l'pet comme eul'curé.

Au comptoir_02 – 2016, année du changement

_ Mimile, tu mets la télé, y font les plum' eud z'Elysées en direc'.

_ a'c les dames et les enfants, tu crois ?

_ dame, c'est la nature.

 

Ensuite, on est passé aux rillettes, lumière friponne, on a fait sauter les bouchons, on a dansé, sur cet air-là :

 

Jacques Higelin, Champagne, 1985

 

On a ri, on a ri, on a ri, surtout à minuit quand tout le monde a vomi.

 

*** Bonne année à tous ***

* * *

 

2016, année du changement

 

* * *

 

Starring Mimile as Mimile

Featuring

Bébert, Dédé, Gégène, Juju, Riri et Popol

Avec l'aimable participation de Codex, Despas, Emily, la pasionaria du tatami, Escargolio, Jean-Marie, Julie, Karine, Morgane, Partageux, Patrick & Jacky & Téki, Rod, Tristan, Xaba, Yueyin,

et Lou !

 

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Au comptoir_01 – ça va changer

 

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