Mercredi 31 mars 2010 3 31 /03 /Mars /2010 19:19

  

Tony Gatlif, Chant de la douleur (seguiriya), Vengo

 

Didier Daeninckx, La route du Rom, Une enquête de Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, Seuil, 2003.

  

A Corneville, petit bourg du Cotentin, un jeune gitan, musicien professionnel de talent jouant dans les films de Tony Gatlif, écoute son grand-oncle très âgé lui raconter enfin le secret de sa vie. Les deux hommes meurent quelques heures après. Mais si le plus vieux était malade, le jeune, lui, a pris un coup de fusil dans un lieu où rien n’expliquait sa présence… Prévenu par deux inconnus, le Poulpe, une fois de plus, va mettre ses grands pieds dans le plat.

[4e de couverture]

 

Le roman est dédié au Vengo de Tony Gatlif.

 

Antonio et Jésus, le grand-oncle et le petit-neveu.

_ Tu sais comment elle s’appelle la rivière qui traverse le pays ?

Jésus ne peut pas s’empêcher de rire.

_ Oui, le Merdelet…

_ Exact, on ne s’en lasse pas. Ca ne leur plaît pas trop aux gens d’ici d’avoir une rivière à nom d’égout, ils auraient préféré que ce soit au féminin, pour que ça rende hommage aux pis des vaches d’où vient leur argent, la Mer de lait, ou à la nourricière aux seins généreux si tu mets un accent sur mère… Sauf que c’est LE Merdelet et que ça prouve bien que, nés dedans, ils y barboteront jusqu’à leur dernier jour.

 

[les lieux d'aisance des maisons riveraines ont encore fosse ouverte au-dessus de la rivière]

 

Antonio, le vieux Rom, vivait autrefois dans un campement installé sur un terrain proche, acquis par l’aïeul Manuel avec ses économies. Il était jeune. Un jour, il vole un peu d’essence, presque rien, mais il est tsigane et le pays est gouverné par les Français de Vichy. Il est enfermé au camp de rétention de Corneville, ancien pensionnat catholique de jeunes filles réquisitionné par les occupants moyennant une indemnisation substantielle. En semaine, il est au mur de l’Atlantique, en travaux forcés. Le dimanche, à l’heure de la messe, on sort les prisonniers en ville pour l’amusement des paroissiens – quolibets et pierres.

 

Ce camp est resté longtemps caché dans les archives d’une petite ville sans histoire.

 

Avant le pensionnat, Antonio était fiancé.

_ Si je n’avais pas échoué au pensionnat, à cause d’un bidon de cinq litres d’essence, je me serais certainement marié avec Incarna, j’aurais pas quitté la tribu pour faire le projectionniste… Surtout, je ne serais pas passé entre leurs mains…

_ Je ne comprends pas… Quand tu es revenu, c’était trop tard, elle avait fait sa vie ?

_ Non, elle était libre, sauf que, moi, j’étais mort et que je le suis resté.

 

L’histoire est enterrée au pensionnat. Antonio confie à Jésus la mission de l’exhumer. Le petit-neveu est tué sur place par le gardien de l’école catholique.

 

Chez Gérard, au comptoir, Gabriel, le Poulpe, prend une gueuze et Le Parisien de la veille. Il encadre un article.

CHIENS DE CHASSE EN LIGNE… La société finlandaise Belafon commercialise depuis six mois un téléphone portable destiné aux chiens de chasse.

Il ne reste plus qu’à équiper les lapins, pour une chasse éthiquable.

Gérard lui remet une lettre déposée à son intention.

Jésus est mort. Enterrement lundi 30 décembre, en fin de matinée, cimetière de Corneville.

Né le 25 décembre, il n’a pas eu son compte de vie.

 

Il part pour le Cotentin en écoutant Disparaîtra.

 

Tony Gatlif, Nora Luca, Disparaîtra, album Gadjo Dilo

 

Entre Cherbourg et Grandcamp, tout est en place et en même temps décalé.

Le Merdelet est bien le Merderet, Corneville est la ville de Cornat, l’ancien maire de Vichy qu’on appelle Beuglat dans le récit. Le lycée porte haut son nom. La Fauvette, un café du centre-ville, rime avec Civette. L’Hôtel des Louves a remplacé l’Hôtel du Louvre (naguère réputé pour ses araignées dans le potage, on a goûté). On peut y voir de vieilles cartes postales accrochées aux murs depuis les belles heures du petit Versailles normand.

_ On sent le poids de l’Histoire…

_ Oui, c’est un ancien manoir du XVIIe siècle. La salle que vous regardiez a accueilli la première projection de cinéma des frères Lumière, pour toute la Normandie, en 1897…

L’évocation des inventeurs lyonnais fait renaître le souvenir de Zil, son pote fouille-merde d’entre Saône et Rhône, qui ne craignait pas de rappeler que les deux gloires avaient des faiblesses pour MM. Hitler et Mussolini, qu’ils émargeaient au Parti populaire français du brun-rouge Jacques Doriot.

"Si on les avait laissés faire, les frangins, leur train, au lieu d’arriver en gare de La Ciotat, serait parti direct pour Auschwitz."

 

Aux archives départementales, Gabriel découvre un camp de rétention pour Tsiganes à Barenton, pas loin. On travaillait à la mine, quand on n’était pas transféré à Montreuil-Bellay, d’où on partait pour…

 

Et à Corneville ? Selon le compte-rendu de Cherbourg Eclair, Ernest Beuglat présidait son premier conseil municipal, le 18 mars 1941, à 17 heures.

M. le Maire propose au conseil d’adresser un message de reconnaissance et de fidélité au maréchal Pétain et de donner son nom à une place ou une rue de la ville. Ces deux propositions sont adoptées d’enthousiasme. Un texte sera rédigé en fin de séance pour la première et, sur la demande de M. Beuglat, la place de la mairie portera désormais le nom du maréchal Pétain.

Le maréchal répondit par un mot de reconnaissance.

 

L’enquête de Gabriel avance très lentement de non-dits en noms dits.

 

Le secret d’Antonio est gravé sur un mur de la cave, au pensionnat : deux noms.

 

Presque tous les lieux visités au cours du récit sont clairement inscrits sur les cartes.

Valognes et Sa Gloire locale de 1941 à 1968, aujourd’hui encore immarcescible icône au fronton du lycée, sont masquées.

 

Que s’est-il passé à Valognes sous l’Occupation ?

 

Draguer le Merderet, ce serait ternir la mémoire d’Henri Cornat, alias Henri Cornat, selon Claude Gatignol, son fier héritier.

Claude Gatignol, Claude Gatignol, oui, Claude Gatignol, et s’il y a un peu plus, on laisse.

Laissons-lui la parole :

J’ai reçu des témoignages si nombreux et si précis des Valognais ayant vécu auprès de lui les heures difficiles de la guerre qu’il n’est pas permis de douter un seul instant de la conduite d’un homme, attaquée par les errements d’une sensibilité exacerbée, et surtout mal informée, j’ose l’espérer.

La Presse de la Manche, 14 février 1985

 

Claude Gatignol est-il mal informé ? Le doute n'est pas permis.

 

Vingt-cinq ans, ça suffit.

 

A suivre…

 


Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.

Michel Audiard, Les Tontons flingueurs, 1963

 

Par lou - Publié dans : dans les siècles des siècles
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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 12:21

 
_ C’est curieux qu’il n’ait pas déjà téléphoné.

_ Il y a les impulsifs qui téléphonent et ceux qui écrivent.

Evangile (apocryphe) de saint Michel, trad. Audiard, dir. Georges Lautner, éd. Les Tontons flingueurs


Samedi, j’étais en oraison quand je découvre dans ma boîte aux lettres un gros paquet en provenance de – écriture illisible.

J'enfile le Borloo [note 1]

C'est moche, c’est jaune, ça ne va avec rien, mais ça peut vous sauver la vie.


Je défais l’emballage, délicatement.

Une boîte à chaussures Kappa. Black / Shiny pink.


J’ouvre, avec précaution, et qui je vois ?
Lou !


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/mclou10.jpg
Nappé de galettes, palets, sablés et natuurboterwafels.


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/yueyin10.jpg
Avec un petit mot, fort gentiment calligraphié par ma jaune cousine, comme vous pouvez le lire.

親愛的樓餅乾這裡的承諾 ...


Yueyin
ayant appris récemment qu’il n’y avait pas de PAL chez moi a joint un livre pour aller avec.

José Saramago, Le Cahier, Le Cherche Midi, 2010.

Je connaissais L’Aveuglement et je vous fais goûter quelques lignes du Cahier :

On dit que mes meilleurs personnages sont des femmes et je crois qu’on a raison. Je pense parfois que les femmes que j’ai décrites sont des propositions que j’aimerais suivre moi-même. Ce ne sont peut-être que des exemples, ils n’existent peut-être pas, mais je suis sûr d’une chose : avec elles, le chaos ne serait pas installé dans ce monde parce qu’elles ont toujours connu la dimension de l’humain.


Pour les biscuits, permettez…

Je vais vous dire, ce sera comme si.

Le palet est plus moelleux, la galette plus croquante, le sablé est tendre et le natuurboterwafel est croustillant.


D’où connaît-elle mes goûts pour la Bretagne et la Belgique ? C’est un de ces secrets de famille que les plus grands savants ont cherché à percer depuis la fondation du monde, même
Louis Leprince-Ringuet n’en connaissait rien :

Chacun de nous reste un être à part, puissamment marqué par le mouvement de l’époque, mais un être dont la personnalité se développe de façon particulière. L’hérédité, l’environnement de l’enfance, l’influence des parents, des proches, des maîtres, des hommes et des lieux délimitent les familles ethniques et spirituelles.

Discours de réception à l’Académie française



[note 1]

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Par lou - Publié dans : de maintenant
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 14:47

 

Lecture de l’Evangile selon Luc en ce dimanche des Rameaux.

Il n’y aura pas de commentaire, on n’a aucune autorité pour cela.

Juste quelques mots de Frère Antoine, dominicain au couvent Saint-Thomas-d’Aquin à Lille, ce jour : briser la logique du mal.


Juste quelques mots mis en relief pour votre méditation.

 

Quand l'heure du repas pascal fut venue, Jésus se mit à table, et les Apôtres avec lui.

Il leur dit : « J'ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !

Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu'à ce qu'elle soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »

Il prit alors une coupe, il rendit grâces et dit : « Prenez, partagez entre vous.

Car je vous le déclare : jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'à ce que vienne le règne de Dieu. »

Puis il prit du pain ; après avoir rendu grâces, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »

Et pour la coupe, il fit de même à la fin du repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.

Cependant la main de celui qui me livre est là, à côté de moi sur la table.

En effet, le Fils de l'homme s'en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux l'homme qui le livre ! »

Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres lequel d'entre eux allait faire cela.

Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d'entre eux, à leur avis, était le plus grand ?

Mais il leur dit : « Les rois des nations païennes leur commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs.

Pour vous, rien de tel ! Au contraire, le plus grand d'entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert.

Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.

Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves.

Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi.
Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël.

Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.

Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. »

Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. »

Jésus reprit : « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd'hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas. »

Puis il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans argent, ni sac, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? »

Ils lui répondirent : « Mais non. » Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a de l'argent, qu'il en prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n'a pas d'épée, qu'il vende son manteau pour en acheter une.

Car, je vous le déclare : il faut que s'accomplisse en moi ce texte de l'Ecriture : Il a été compté avec les pécheurs. De fait, ce qui me concerne va se réaliser. »

Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. »

Jésus sortit pour se rendre, comme d'habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent.
Arrivé là, il leur dit : « Priez, pour ne pas entrer en tentation. »

Puis il s'écarta à la distance d'un jet de pierre environ. Se mettant à genoux, il priait :
« Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »

Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait.

Dans l'angoisse, Jésus priait avec plus d'insistance ; et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu'à terre.

Après cette prière, Jésus se leva et rejoignit ses disciples qu'il trouva endormis à force de tristesse.
Il leur dit : « Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. »

Il parlait encore quand parut une foule de gens. Le nommé Judas, l'un des Douze, marchait à leur tête. Il s'approcha de Jésus pour l'embrasser.

Jésus lui dit : « Judas, c'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme ? »

Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : « Seigneur, faut-il frapper avec l'épée ? »

L'un d'eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille droite.

Jésus répondit : « Laissez donc faire ! » Et, touchant l'oreille de l'homme, il le guérit.

Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l'arrêter, chefs des prêtres, officiers de la garde du Temple et anciens : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ?

Chaque jour, j'étais avec vous dans le Temple, et vous ne m'avez pas arrêté. Mais c'est maintenant votre heure, c'est la domination des ténèbres. »

Ils se saisirent de Jésus pour l'emmener et ils le firent entrer dans la maison du grand prêtre. Pierre suivait de loin.

Ils avaient allumé un feu au milieu de la cour et ils s'étaient tous assis là. Pierre était parmi eux.
Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui. »

Mais il nia : « Femme, je ne le connais pas. »

Peu après, un autre dit en le voyant : « Toi aussi, tu en fais partie. » Pierre répondit : « Non, je n'en suis pas. »

Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C'est sûr : celui-là était avec lui, et d'ailleurs il est Galiléen. »

Pierre répondit : « Je ne vois pas ce que tu veux dire. » Et à l'instant même, comme il parlait encore, un coq chanta.

Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd'hui, tu m'auras renié trois fois. »

Il sortit et pleura amèrement.

Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le maltraitaient.

Ils lui avaient voilé le visage, et ils l'interrogeaient : « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t'a frappé ? »

Et ils lançaient contre lui beaucoup d'autres insultes.

Lorsqu'il fit jour, les anciens du peuple, chefs des prêtres et scribes, se réunirent, et ils l'emmenèrent devant leur grand conseil.

Ils lui dirent : « Si tu es le Messie, dis-le nous. » Il leur répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j'interroge, vous ne répondrez pas.

Mais désormais le Fils de l'homme sera assis à la droite du Dieu Puissant. »

Tous lui dirent alors : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il leur répondit : « C'est vous qui dites que je le suis. »

Ils dirent alors : « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes nous l'avons entendu de sa bouche. »

Ils se levèrent tous ensemble et l'emmenèrent chez Pilate.

Ils se mirent alors à l'accuser : « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation : il empêche de payer l'impôt à l'empereur, et se dit le Roi Messie. »

Pilate l'interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C'est toi qui le dis. »

Pilate s'adressa aux chefs des prêtres et à la foule : « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. »

Mais ils insistaient : « Il soulève le peuple en enseignant dans tout le pays des Juifs, à partir de la Galilée jusqu'ici. »

A ces mots, Pilate demanda si l'homme était Galiléen.

Apprenant qu'il relevait de l'autorité d'Hérode, il le renvoya à ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là.

A la vue de Jésus, Hérode éprouva une grande joie : depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu'il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle.

Il lui posa beaucoup de questions, mais Jésus ne lui répondit rien.

Les chefs des prêtres et les scribes étaient là, et l'accusaient avec violence.

Hérode, ainsi que ses gardes, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d'un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate.

Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu'auparavant ils étaient ennemis.

Alors Pilate convoqua les chefs des prêtres, les dirigeants et le peuple.

Il leur dit : « Vous m'avez amené cet homme en l'accusant de mettre le désordre dans le peuple. Or, j'ai moi-même instruit l'affaire devant vous, et, parmi les faits dont vous l'accusez, je n'ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation.

D'ailleurs, Hérode non plus, puisqu'il nous l'a renvoyé. En somme, cet homme n'a rien fait qui mérite la mort.
Je vais donc le faire châtier et le relâcher. »

Ils se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. »

Ce dernier avait été emprisonné pour un meurtre et pour une émeute survenue dans la ville.
Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole.

Mais ils criaient : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »

Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n'ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le faire châtier, puis le relâcher. »

Mais eux insistaient à grands cris, réclamant qu'il soit crucifié ; et leurs cris s'amplifiaient.

Alors Pilate décida de satisfaire leur demande.

Il relâcha le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, celui qu'ils réclamaient, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

Pendant qu'ils l'emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu'il la porte derrière Jésus.

Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus.

Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants !

Voici venir des jours où l'on dira : 'Heureuses les femmes stériles, celles qui n'ont pas enfanté, celles qui n'ont pas allaité ! '

Alors on dira aux montagnes : 'Tombez sur nous', et aux collines : 'Cachez nous'.

Car si l'on traite ainsi l'arbre vert, que deviendra l'arbre sec ? »

On emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter.

Lorsqu'on fut arrivé au lieu-dit : Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l'un à droite et l'autre à gauche.

Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu'ils font. » Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.

On venait de crucifier Jésus et le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d'autres : qu'il se sauve lui-même, s'il est le Messie de Dieu, l'Élu ! »

Les soldats aussi se moquaient de lui. S'approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L'un des malfaiteurs suspendus à la croix l'injuriait : « N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »

Mais l'autre lui fit de vifs reproches : « Tu n'as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !

Et puis, pour nous, c'est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n'a rien fait de mal. »

Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »

Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd'hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Il était déjà presque midi ; l'obscurité se fit dans tout le pays jusqu'à trois heures, car le soleil s'était caché.
Le rideau du Temple se déchira par le milieu.

Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira.

A la vue de ce qui s'était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c'était un juste. »

Et tous les gens qui s'étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s'en retournaient en se frappant la poitrine.

Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, et qui regardaient.
Alors arriva un membre du conseil, nommé Joseph ; c'était un homme bon et juste.

Il n'avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d'Arimathie, ville de Judée, et il attendait le royaume de Dieu.

Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus.

Puis il le descendit de la croix, l'enveloppa dans un linceul et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne encore n'avait été déposé.

C'était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat.

Les femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé.

Puis elles s'en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.


Trad. Bible de la liturgie


La Parole
, c’était l’adret.

 

Voici l’ubac.


http://www.aelf.org/bible-liturgie

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_ euh… oui… non… où sont les marchands du Temple ? Avenue de Breteuil ? au Monopoly, c’est pas dans le quartier des pauvres…

[il ne peut pas s’empêcher…]
 

Par lou - Publié dans : de maintenant
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Samedi 27 mars 2010 6 27 /03 /Mars /2010 00:01

 

Une femme en jupe, c’est une femme en jupe.

Deux femmes en jupe, c’est deux femmes en jupe.

Trois femmes en jupe, c’est des barbouzes.

 

Extérieur nuit.

Un passage commerçant. Façades en stuc, étals en toc. Double pavage, double éclairage et double perspective en divergence, comme chez Piero *. Au centre, premier plan, une blonde, cheveux longs, courte jupe blanche, sortie d’un roman de Samuel Beckett ** ou, peut-être de Robert Pinget ***, traîne son sac. A sa gauche, arrière-plan, un grec en chemise longue, fustanelle sur jean, sac au dos. A gauche, sur un plan intermédiaire et pourtant séparé, une brune, cheveux courts, jupe blanche fendue, petit sac à l’épaule droite, devant une vitrine où un androgyne vend son soutien-gorge.

A droite de la blonde, dépassant un peu d’un pas pressé le grec, quelqu’un court, petit sac de voyage à la main droite, vers l’hôtel A La Commed... Guess, au fond de l’impasse.

 

 

Action !

 

_ Autrefois, la femme n’allait pas au cinéma, ou bien si elle allait au cinéma, elle allait voir Le Chant de Bernadette,

de toute façon elle vivait en dehors du péché, mais aujourd’hui, la femme va au cinéma et que voit-elle, la femme ? que voyez-vous, pauvres malheureuses qui êtes venues aujourd’hui si nombreuses pour m’écouter ? vous voyez les mauvais films, tournés avec le mauvais œil du mauvais esprit, oui, des films légers, des films licencieux, des films polissons comme ils disent, ou bien alors des films policiers, crapuleux et sordides !

Mais vous n’êtes pas les plus coupables, pauvres misérables pécheresses, ce sont ceux qui font ces films qui sont de véritables malfaiteurs, et parmi ces malfaiteurs, il en est un que je veux stigmatiser ici publiquement, je veux parler de celui qui a fait ce film monstrueux et démoniaque, La Journée de la jupe, je veux parler de Jean-Paul Lilienfeld.

[murmures à l’entrée d’une invitée]

Mais laissez-moi vous dire combien je suis heureuse de compter parmi nous ma distinguée cousine Yueyin, dont les travaux sur Omar Khayyām passionnent actuellement l’élite du monde de la Toile.

[en aparté]

Vous êtes arrivée en retard, ma chère cousine, selon votre habitude, j’espère que vous allez tout de même nous dire quelques mots.

_ Excusez-moi, mais en dehors d’Omar Khayyām… c’est que, voyez-vous, les Rubaïyat

_ … je ne vous ai pas invitée pour parler des Rubaïyat ! parlez-nous de Jean-Paul Lilienfeld ! dites-nous ce que vous en pensez !

_ … évidemment, Jean-Paul Lilienfeld

_ … ah ! laissez-moi parler ! il faut que je parle ou je vais étouffer !

_ Laissez-la parler.

_ Autrefois, j’étais heureuse, je vivais confortablement, une certaine aisance, dirais-je même, et puis j’aimais bien mon métier, oh… je ne l’avais pas choisi, ce métier, vous comprenez, la fatalité… enfin, c’était mon métier, quoi ! chacun son métier…

_ … il n’y a pas de sot métier.

_ Mais un jour, ha ! folle que j’étais, l’idée me vint d’aller au cinéma pour me documenter, pour me perfectionner, et je suis allé voir La Journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfeld, ha ! pauvre imbécile que j’étais, j’ai agi stupidement comme l’héroïne de ce film, et j’ai failli me faire prendre comme une débutante, et depuis ce jour ils sont après moi, ils sont là, là, et là !


Soyez tranquilles, je m’évade toujours.

 


*

 

Piero della Francesca, La Flagellation du Christ (Flagellazione di Cristo), tempera sur bois de peuplier, circa 1455, 59 x 81,
Galleria nazionale delle Marche, Urbino


** Samuel Beckett, Comment c’est, 1961


*** Robert Pinget, Quelqu’un, 1965


+
La Journée de la jupe



Drôle de drame fut fort mal accueilli à sa sortie par la critique.

Avec l’impartialité qu’on nous connaît, nous donnerons un échantillon, pris au hasard.

 

L'ACTION FRANÇAISE, 29/10/1937 (François Vinneuil)


La simplicité est, hélas! ce qui manque le plus à M. Jacques Prévert. Je mets son nom en avant, parce qu'il est manifestement le premier responsable du film, celui qui l'a réellement inventé. M. Carné ne faisant que matérialiser par les décors et les photographies cette invention... La fête tourne... à la mascarade triste, au dîner de têtes où des invités sans fantaisie voudraient bien enlever leur fausse barbe pour déguster le potage. Drôle de drame est... bourré de la plus vaine, de la plus facile littérature. Il faudrait bien se garder de faire à M. Prévert l'honneur de le prendre pour un excentrique, pour un de ces francs-tireurs, tels que jadis M. Bunuel et son Chien andalou, dont on regrette en somme qu'ils n'aient plus les moyens de s'exprimer... Même si le film était bien bâti, il manquerait vraisemblablement son but, parce qu'il est illusoire de prétendre créer une atmosphère d'humour britannique avec des acteurs français... Le tout est gai comme les cabrioles d'un maboul dans une chambre mortuaire.



<!> les liens actifs présents dans le récit du présent article sont en noir – une fantaisie…
 

Par lou - Publié dans : de litterrance
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Lundi 22 mars 2010 1 22 /03 /Mars /2010 22:22

 

Oui, nous sommes le 22 mars, il est 22 h 22, Libellus a 2 ans et pour l’article 200, plutôt qu’un petit pas de menuet, on vous invite à danser…


 

  comme Lou…

http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/lou-fu11.jpg
 

Par lou - Publié dans : du champ du signe
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