L'aventure
La Bohème en banlieue, c'est La Bohème de Giacomo Puccini, déplacée, jouée et interprétée dans un quartier de la diversité helvétique.
L'histoire
1/ le temps : de la veillée de Noël à la veille de Pâques, le 29 septembre
2009.
2/ le lieu : une cité HLM suisse (propre – on a mis quelques tags dans le
décor pour l'authenticité), avec son pressing en libre service, ses appartements spacieux et cossus, son centre commercial clean, sa brasserie gourmande, ses cars rutilants.
3/ l'action : Mimi, petite main en chambre, souffre d'un mal qui ne pardonne
pas (sa bougie s'est éteinte). Tout le reste lui est pardonné à la fin, n'est-elle pas un ange pur, ange radieux ?
[après notre CarmenSeita *, nous enchaînerons sur un
Faust]
L'œuvre
Bien. Manque un peu de suspense (entre deux scènes, la présentatrice nous
livrait les commentaires live des acteurs devant leur écran : je voulais voir un film policier, je ne regrette pas d'avoir fait ce choix, confie une
téléspectatrice). On commence à la bougie soufflée, on sens que ça va finir aux candélabres funèbres. La partition : bien. On dépasse les cinq lignes vers le bas et vers le très
haut.
L'interprétation
Bien. Et avec la sucette à l'absinthe jaune collée à la joue. Rodolfo, bien,
il est jeune. Mimi, bien, elle a le phtisique de l'emploi et, presque toujours, le naturel (le tremolo un peu trop coloré ? c'est qu'il faut aller les chercher ces notes hautes – maudits
compositeurs !). Musetta, bien, joli minois, jolie voix de tête (plus technique que sensible, oui, peut-être). Les compagnons, Marcello, Schaunard et Colline, bien (à noter qu'au III, Marcello et
Mimi ont réussi à surfer sans sombrer avec la synchro de l'orchestre, situé à plus de cent mètres et venant aux oreillettes par relais – en duplex, quoi !).
Giacomo Puccini, La
Bohème, Acte I, mi chiamano Mimi, Berne,
2009
Si l'on se plaît à chipoter, on notera, à la fin de la première rencontre entre Mimi et Rodolfo, un bémol
dans des aigus aussi périlleux à négocier que l'escalade des Grandes Jorasses en string par la face nord à Noël – l'intention et l'émotion y étaient.
Giacomo Puccini, La Bohème, Acte I, fin, Berne, 2009 + interview d'Eva
La mise en scène
Le maître d'œuvre nous apprend à la fin que La Bohème est "un opéra qui tourne autour du logement".
Grands sots au petit cœur, vous avez cru à une histoire d'amour, c'est une
question sociale.
[d'abord, quand on traite une
question sociale, on boit ! Quand on ne boit pas, la question n'est pas sociale – Eugène Labiche, Doit-on le dire ? --- d'où l'évidence de la
brasserie]
Evidemment, évidemment… quand on chante les frissons du froid dans une
buanderie en marche (banlieusards bénévoles venus laver leur linge), le décalage spatio-temporel zygomatise les amoindris de l'imaginaire.
Evidemment, évidemment… quand Mimi et Rodolfo, bougie en berne, se rencontrent
dans un appartement superbement éclairé – par les appliques des locataires et les projecteurs de la régie, les pauvres d'esprit négligent la folie du
spectacle.

Rien à jeter dans les scènes de fête au centre commercial (merveilleux enfants chantants – interview de la petite Eva, 7 ans :
_ et tu seras déguisée en quoi
?
_ en garçon
_ en garçon, pourquoi
?
_ y a que deux garçons et les filles
y en a des centaines de milliers
--- après ça, on fera encore des médisances sur les migrants qui ne
s'établiraient en Suisse que pour de basses raisons fiscales, haaa ! des centaines de milliers de filles pour un garçon, c'est pas une motivation ?
Même Roman Polanski s'y est laissé prendre) ----- où en étions-nous ? les scènes de fête au centre commercial ou à la brasserie (belle Musetta dansant sur les tables, manière Et Dieu créa la femme).
Evidemment, évidemment… la barre fait HLM neuilléen, l'émission est entrecoupée de commentaires, annonces,
courriers – lol, le car corbillard de la fin… tout le monde ne peut pas expirer dans une Rolls.

L'authenticité
Elle est signée en fin de parcours, là où on applaudit les artistes, par la
prestation bénévole d'un petit con jeune mélanome suisse faisant les cornes à Saimir Pirgu avant de rabattre sa capuche sur son bonnet sous lequel
il colle un portab'.
C'est pas authentique, ça ?
[on ne montre pas toutes les images]
Le Chat de Philippe Geluck le dit souvent : y a rien à faire, mais
une moumoute ça se voit toujours.
Une histoire d'amour (tragique, une vraie), un chef-d'œuvre, ça supporte tous
les nappages.
ICI, 7 jours après, avec le magazine ARTE Culture du même soir où l'on parle des petits-enfants de la bohème dans la comédie musicale
américaine, Gigi – et nous ajoutons Un Américain à Paris, et de la légende (vivante) de Montmartre au
Lapin Agile.
* CarmenSeita
Un échange avec mon conseiller artistique
Lou : Je prends des
contacts. Dove Attia serait partant pour la Flûte - Papageno et Papagena herborisent et flirtent dans les caves des cités, mais je tiens à ma Carmen
Seita. Je regarde à France 2, j'y ai un ancien élève qui a réussi (il n'est pas devenu professeur). Tu imagines ? J'imagine, je vois déjà les contrebandiers affalés attablés à la cafèt du
coin, Escamillo évoquant les corridas mécaniques avec plein de caméras vidéo autour (pour l'oeil noir), les spectateurs venant raconter leur dernier caillassage... Seulement il me manque le rôle
titre, une burkée (pour le message) techniquement au point (je parle de la sono) pour envoyer : "L'amûr est un djeune rebelle...". Une suggestion ?
_ A mon humble avis, ça
manque de nazis. Comment veux-tu que les gens sentent cette histoire si complexe comme si elle était proche d'eux, enfin ?
Lou
: Le travail en équipe ! ça s'étoffe (en parlant de costumes).
Bien entendu, les carabiniers peuvent être ceinturés 'Gott Mit Uns', et Carmen, porter l'étoile jaune. Tout de même, la burka et les casques bleus, ça ne serait pas plus porteur ?
_ A défaut d'aider à porter quoi que ce soit, ce sera assurément lourd. :)
J'envoie un mail à Trent Reznor, pour la direction musicale.
Et nous enchaînerons sur un Faust – Salut ! demeure chaste et pure, envoyé depuis le parking à la barre --- avec Roberto s'il le veut bien comme à Orange en 2008]
Charles Gounod, Faust, Roberto Alagna aux Chorégies d'Orange,
2008
si vous le dites