de litterrance

Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 00:01

 

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   Albert Camus et Maria Casarès (Martha) en répétition





 

La Mère : Il reviendra.

Martha : Il te l’a dit ?

La Mère : Oui. Quand tu es sortie.

Martha : Il reviendra seul ?

La Mère : Je ne sais pas.

Martha : Est-il riche ?

La Mère : Il ne s’est pas inquiété du prix.

Martha : S’il est riche, tant mieux. Mais il faut aussi qu’il soit seul.

La Mère, avec lassitude : Seul et riche, oui. Et alors nous devrons recommencer.

Albert Camus, Le Malentendu, pièce en trois actes, Gallimard, 20 mai 1944.

Première édition où Le Malentendu est suivi de Caligula.

La Première au théâtre est du 24 juin 1944.






Source


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   Effroyable tragédie.

   Aidée de sa fille une hôtelière tue pour le voler un voyageur qui n’était autre que son fils.

   En apprenant leur erreur la mère se pend, la fille se jette dans un puits.

   L’Echo d’Alger, 6 janvier 1935

 





Martha : Et vous verrez bientôt que vous avez choisi une auberge tranquille. Il n’y vient presque personne. (I, 5)

Jan : Un jour ou l’autre, il m’aurait fallu revenir. Mon père était le seul obstacle et quand j’ai appris sa mort, j’ai cru que tout serait facile.

[dialogue entre Jan, le fils prodigue, voué au sacrifice, et Maria, sa femme, in Prologue inédit, ms. Bruckberger]

Quelle est l’histoire ? Un fils qui veut se faire reconnaître sans avoir à dire son nom et qui est tué par sa mère et sa sœur, à la suite d’un malentendu.

Albert Camus, Le Figaro Littéraire, 15-16 octobre 1944

Martha (la fille et la sœur) à Maria (la femme de Jan, le fils) : Si vous voulez le savoir, il y a eu malentendu. Et pour peu que vous connaissiez le monde, vous ne vous en étonnerez pas. (III, 3)

… tout aurait été autrement si le fils avait dit : C’est moi, voici mon nom. Cela revient à dire que dans un monde injuste ou indifférent, l’homme peut se sauver lui-même et les autres par l’usage de la sincérité la plus simple et du mot le plus juste.

Albert Camus, Le Figaro Littéraire, 15-16 octobre 1944

Après vingt ans d’absence et de silence, un homme revient dans un petit village de Bohême où sa mère et sa sœur tiennent une auberge. Il espère ainsi retrouver sa patrie
. Mais il ne veut pas se faire reconnaître. Il veut qu’on le reconnaisse sans qu’il ait à dire C’est moi ! La seule question est de savoir si cela est possible, s’il existe une patrie pour le cœur des hommes, et enfin, comme il le dit lui-même, si oui ou non, il a raison d’avoir ces rêves. La réponse lui sera justement donnée sous la forme du oui ou du non.

Cette pièce, qui se place seulement sur le plan tragique, répugne à toute théorie. Cependant, s’il fallait absolument que l’auteur ait une pensée, elle serait celle-ci : l’homme porte en lui une part d’illusions et de malentendu, c’est elle qui doit être tuée. Mais c’est un sacrifice qui libère une autre part de lui-même, la meilleure, qui est celle de la révolte et de la liberté.

On voit seulement que ce pourrait être le sujet d’une autre pièce.

Texte du Programme des représentations de juin 1944

[Jan : Le bonheur n’est pas tout et les hommes ont leur devoir. Le mien est de retrouver ma mère, une patrie… (I, 4)]

[Jan : On ne peut pas toujours rester un étranger. (I, 4)]


Tuer

Le Malentendu est l’histoire du crime et du suicide en miroir, de sa légitimation, oui ou non, par l’absurde.


Martha : Le crime est le crime, il faut savoir ce que l’on veut. (I, 1)

En écho, Jan, se parlant à lui-même : Il faut savoir ce que l’on veut. (II, 1)

La Mère : Il dort et ne pense plus, il n’a plus de devoirs ni de tâches, non, non, et moi, vieille et fatiguée, oh, je l’envie de dormir maintenant et de devoir mourir bientôt. (II, 8)

La fatigue peut-être, et la soif du repos.

[Elle sort sans que sa fille s’y oppose.] (III, 1)

(elle se jette dans la rivière où elle vient de noyer son fils)

Et si l’absurde condamne le crime autant qu’il l’autorise, par l’indifférence ?


La mer, le soleil, la terre épaisse
- avant Le Premier homme


La mer

Martha : la mer dont j’ai tant rêvé (I, 1)

Jan : je viens d’Afrique… De l’autre côté de la mer. (I, 5)

Martha : Quand vous allez là-bas, vous habitez près de la mer ?

Jan : Oui. (I, 5)

Martha, doucement : Quant aux soirs, monsieur ?

Jan : Ils sont bouleversants. Oui, c’est un beau pays… je pense à la mer et aux fleurs de là-bas. (II, 1)

Martha [après le crime] : Ce matin est, depuis des années, le premier où je respire. Il me semble que j’entends déjà la mer. (III, 1)

Martha : je reste solitaire, loin de la mer dont j’avais soif… la mer… la mer… une odeur d’algues… dans ce pays défendu par la mer, les dieux n’abordent pas. (III, 2)

Le soleil

La Mère : on m’a dit que le soleil dévorait tout (I, 1)

Martha [à Jan] : j’imagine avec délices cet autre pays où l’été écrase tout, où les pluies d’hiver noient les villes…

je souhaite maintenant que vous restiez. Mon goût pour la mer et les pays du soleil finira par y gagner. (II, 1)

La terre épaisse

Martha : j’ai grandi dans l’épaisseur des terres. (III, 1)

Martha : on ne peut appeler patrie, n’est-ce pas, cette terre épaisse, privée de lumière… (III, 4)


L’aube, l’amour peut-être, la révolte

La Mère : il me semble que cette aube n’arrivera jamais. (II, 8)

Martha : Vous voyez bien que cette aube est arrivée. (III, 1)

Illusion, malentendu, il y a tant d'aurores qui n'ont pas encore lui.

Maria : Non, les hommes ne savent jamais comment il faut aimer. Rien ne les contente. Tout ce qu’ils savent, c’est rêver, imaginer de nouveaux devoirs, chercher de nouveaux pays et de nouvelles demeures. Tandis que nous, nous savons qu’il faut se dépêcher d’aimer, partager le même lit, se donner la main, craindre l’absence. Quand on aime, on ne rêve à rien. (I, 4)

La Mère : L’amour d’une mère pour son fils est aujourd’hui ma certitude. (III, 1)

L’ombre d’une révolte
 ? Martha en rêve (III, 1)

Elle mourra seule au milieu de [ses] crimes : je quitterai ce monde sans être réconciliée.

Le premier homme est à venir.


L’aurore, l’amour, le temps sans révolte ?

On ne peut pas être libre contre les autres hommes. Mais comment peut-on être libre ? Cela n’est pas encore dit.

Prière d’insérer de l’édition de 1944

Maria, dans un cri : Oh ! mon Dieu ! je ne puis vivre dans ce désert ! C’est à vous que je parlerai et je saurai trouver mes mots. (Elle tombe à genoux) Oui, c’est à vous que je m’en remets. Ayez pitié de moi, tournez-vous vers moi ! Entendez-moi, donnez-moi votre main ! Ayez pitié, Seigneur, de ceux qui s’aiment et qui sont séparés !

La porte s’ouvre et le Vieux Domestique paraît.

Le Vieux, d’une voix nette et ferme : Vous m’avez appelé ?

Maria, se tournant vers lui : Oh ! je ne sais pas ! Mais aidez-moi, car j’ai besoin qu’on m’aide. Ayez pitié et consentez à m’aider !

Le Vieux, de la même voix : Non !

Rideau

Quant au personnage du vieux domestique, il ne symbolise pas obligatoirement le destin. Lorsque la survivante de ce drame en appelle à Dieu c’est lui qui répond. Mais c’est un malentendu de plus. Et s’il répond
Non à celle qui lui demande de l’aider, c’est qu’il n’a pas en effet l’intention de l’aider et qu’à un certain point de souffrance et d’injustice personne ne peut plus rien pour personne et la douleur est solitaire.

Albert Camus, Le Figaro Littéraire, 15-16 octobre 1944



L’Auberge rouge / Claude Autant-Lara, 1951 - interprètes : Fernandel, Françoise Rosay. Le scénario s’inspire d’un fait-divers des années 1830.
 
Par lou - Publié dans : de litterrance
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 00:01

  

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Ceci n’est pas une commémoration.

 

Camus


A force de commémorer Camus, de le panthéoniser, de le transformer en fantôme abstrait, on a réussi à le rendre ennuyeux. Comme toutes ces histoires avec Sartre, le communisme et Les Temps modernes sont poussiéreuses ! C’était il y a longtemps, dans l’obscur XXe siècle.

Le Camus vivant (par pitié, qu’on le laisse dormir tranquille au soleil de Lourmarin !) est, pour moi, celui de Noces et de L’Eté. Camus ne dit pas que « tout est bien », puisqu’il y a la misère et l’absurde. Mais il fait confiance, sur fond de tragique, à ce qu’il sent de plus physique et de plus animal en lui, ce qu’il nomme « l’orgueil de vivre ». « Aujourd’hui l’imbécile est roi, et j’appelle imbécile celui qui a peur de jouir. » Il insiste, Camus, il veut de toutes ses forces « rejoindre les Grecs ». « Le sens de l’histoire de demain n’est pas celui qu’on croit. Il est dans la lutte entre la création et l’inquisition. Malgré le prix que coûteront aux artistes leurs mains vides, on peut espérer leur victoire. Une fois de plus, la philosophie des ténèbres se dissipera au-dessus de la mer éclatante. »

Ces lignes sont écrites en 1948. En 2010, la lutte entre la création et l’inquisition reste la même. En 1950, Camus écrit encore : « Je ne hais que les cruels. Au plus noir de notre nihilisme, j’ai cherché seulement des raisons de dépasser ce nihilisme. (...) Eschyle est souvent désespérant : pourtant, il rayonne et réchauffe. Au centre de son univers, ce n’est pas le maigre non-sens que nous trouvons, mais l’énigme, c’est-à-dire un sens qu’on déchiffre mal parce qu’il éblouit. » En 1952, voici une récusation des « tombeaux criards » (et qu’est-ce que le Panthéon, sinon un trafic bruyant de cercueils ?) : « Un jour, quand nous serons prêts à mourir d’épuisement et d’ignorance, je pourrai renoncer à nos tombeaux criards, pour aller m’étendre dans la vallée, sous la même lumière, et apprendre, une dernière fois, ce que je sais. »

Énigmatique et silencieux Camus, qu’on veut à tout prix simplifier et réduire. En 1953, quatre ans avant son Nobel, sept ans avant son accident mortel, il écrit : « Un brusque amour, une grande œuvre, un acte décisif, une pensée qui transfigure, donnent à certains moments la même intolérable anxiété, doublée d’un attrait irrésistible. (...) J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal. » C’est beau.

 

Philippe Sollers

Le Journal du Dimanche 31 janvier 2010

 


 

In extenso. C’est beau.

A minuit seul sur le rivage. Attendre encore et je partirai. Le ciel lui-même est en panne avec toutes ses étoiles, comme ces paquebots couverts de feux qui, à cette heure même, dans le monde entier, illuminent les eaux sombres des ports. L’espace et le silence pèsent d’un seul poids sur le cœur. Un brusque amour, une grande œuvre, un acte décisif, une pensée qui transfigure, donnent à certains moments la même intolérable anxiété, doublée d’un attrait irrésistible.

Délicieuse angoisse d’être, proximité exquise d’un danger dont nous ne connaissons pas le nom, vivre, alors, est-ce courir à sa perte ? A nouveau, sans répit, courons à notre perte.

J’ai toujours eu l’impression de vivre en haute mer, menacé, au cœur d’un bonheur royal.

1953

L’Eté, La Mer au plus près, Journal de bord

 

Oui, j’ai beaucoup aimé la mer, écrit Camus en 1946 à la fin de son Journal de voyage en Amérique du Nord – Carnets 1949-1959.

En juillet 1949, il part de Marseille pour Rio de Janeiro. A minuit seul sur le rivage…

 

A nouveau, sans répit...


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Aujourd’hui, maman…


 

Par lou - Publié dans : de litterrance
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 00:01

  

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   Albert Camus, Le premier homme, Editions Gallimard, 1994

   Quelques pages du manuscrit en illustrations.

 





Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras.

Gn, 3, 19 [traduction TOB]

En somme, je vais parler de ceux que j'aimais. Et de cela seulement. Joie profonde.

Albert Camus, Le premier homme, Notes et plans, Editions Gallimard, 1994

Intercesseur : Vve Camus

Ce sont les premiers mots du manuscrit. Catherine Cormery, mère de Jacques (Albert Camus), avait appris à signer ainsi l’imprimé lui permettant de percevoir sa pension de veuve de guerre.

Dédicace

A toi qui ne pourras jamais lire ce livre

Au-dessous, une note encerclée en diagonale

ajouter anonymat géologique terre et mer

Le premier homme
est un récit inachevé d’Albert Camus dont le manuscrit a été retrouvé dans sa sacoche et dans les débris de la Facel Vega écrasée contre un platane le 4 janvier 1960. Sa fille Catherine Camus en a établi l’édition en 1994, à partir du manuscrit, laissé parfois sans ponctuations, et d’une première dactylographie faite par Francine Camus.

Des notes en marge indiquaient les déplacements ou développements prévus. Le plan donne trois parties (la troisième est ébauchée dans le manuscrit en l’état). La conclusion par provision indique le sens et l’orientation que Camus envisageait pour son œuvre en triptyque – absurde, révolte, amour.

Dans les notes accompagnant le manuscrit, on peut lire :

Le livre doit être inachevé. Ex. : "Et sur le bateau qui le ramenait en France…"

Au-dessus de la carriole qui roulait sur une route caillouteuse, de gros et épais nuages filaient vers l’est dans le crépuscule.

[…]

Après une course de milliers de kilomètres au-dessus de cette sorte d’île immense, défendue par la mer mouvante au nord et au sud par les flots figés des sables, passant sur ce pays sans nom à peine plus vite que ne l’avaient fait pendant des millénaires les empires et les peuples, leur élan s’exténuait et certains fondaient déjà en grosses et rares gouttes de pluie qui commençaient de résonner sur la capote de toile au-dessus des quatre voyageurs.

Sur la banquette avant, près du conducteur - un Arabe, un Français d’une trentaine d’années, Henri Cormery. A l’intérieur de la voiture, sa femme Catherine, sur le point d’accoucher, et un petit garçon de quatre ans, le premier né.

Jacques Cormery naît à la maison.

Il est venu, dit la mère dans un souffle.

La pluie redoubla à ce moment sur le toit de vieilles tuiles.

Jacques naît sous la pluie qui balaie la poussière des boues séchées par le soleil brûlant de l’été.

Quarante ans plus tard, l’homme à la recherche de son père, blessé mortellement à la bataille de la Marne, mort à Saint-Brieuc le 11 octobre 1914, selon l’inscription au grand livre, et enterré là dans le carré du Souvenir français, se tient au fil de sa mémoire, de son enfance. En Algérie.

Les camarades l’attendaient, c’était sûr
[…] Dès qu’ils étaient au complet, ils partaient […] Ils couraient, traversant la rue, essayant de s’attraper, couverts déjà d’une bonne sueur, mais toujours dans la même direction, vers le champ vert, non loin de leur école, à quatre ou cinq rues de là. Mais il y avait une station obligatoire, à ce qu’on appelait le jet d’eau, sur une place assez grande, une énorme fontaine ronde à deux étages, où l’eau ne coulait pas, mais dont le bassin, depuis longtemps bouché, était rempli jusqu’à ras bord, de loin en loin, par les énormes pluies du pays. L’eau croupissait alors, couverte de vieilles mousses, d’écorces de melon, de pelures d’oranges et de détritus de toutes sortes, jusqu’à ce que le soleil l’aspire ou que la municipalité se réveille et décide de la pomper, et une vase sèche, craquelée, sale, restait encore longtemps au fond du bassin, attendant que le soleil, poursuivant son effort, la réduise en poussière et que le vent ou le balai des nettoyeurs la jette sur les feuilles vernissées des ficus qui entouraient la place.

La pluie, le soleil, la poussière, la pluie…

La poussière est au commencement et à la fin.

Poussière des tombes et des morts. Poussières de souvenirs douloureux, de l’extrême pauvreté qu’on se doit de cacher au lycée où on est boursier. Blessures de l’âme et du corps : la grand-mère et son nerf de bœuf toujours à portée de main pour une bêtise d’enfant, dans la misère.

… il fallait remonter dans le temps à travers une mémoire enténébrée, rien n’était sûr. La mémoire des pauvres déjà est moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l’espace puisqu’ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d’une vie uniforme et grise.

Le temps perdu ne se retrouve que chez les riches.

La pluie revient à sa saison, portée par les nuages, effacée par le soleil et son silence oppressant.

La mère ne dit rien ou seulement que la vie tout entière était faite d’un malheur contre lequel on ne pouvait rien et qu’on pouvait seulement endurer.

Poussière, pluie, soleil, poussière.

Un continuum pour ces enfants qui ne connaissaient que le sirocco, la poussière, les averses prodigieuses et brèves, le sable des plages et la mer en flammes sous le soleil.

[…]

Les dernières pluies dataient d’avril ou mai, au plus tard. A travers les semaines et les mois, le soleil, de plus en plus fixe, de plus en plus chaud, avait séché, puis desséché, puis torréfié les murs, broyé les enduits, les pierres et les tuiles en une fine poussière qui, au hasard des vents, avait recouvert les rues, les devantures des magasins et les feuilles de tous les arbres.

[…]

L’eau, venue des cataractes du ciel, lavait alors brutalement les arbres, les toits, les murs et les rues de la poussière de l’été.

Rompre le cercle.

Tournant le dos à la tombe, Jacques Cormery abandonna son père.

Un vieil ami, Victor Malan, lui dit : Vous n’avez plus besoin d’un père. Vous vous êtes élevé tout seul. A présent, vous pourrez l’aimer comme vous savez aimer.

Mémoire d’enfance.

Le regard de sa mère, tremblant, doux, fiévreux, était posé sur lui avec une telle expression que l’enfant recula, hésita et s’enfuit. Elle m’aime, elle m’aime donc […] et il comprenait en même temps que lui l’aimait éperdument.

L’absurde demeure dans l’accident, et la révolte dans l’absurde.

Le répons au thème obsédant de l’absurde n’est pas dans la révolte ni dans le conflit mimétique dont se réjouit également la Camarde.

Obscur à soi-même
 
Oh ! oui, c’était ainsi, la vie de cet enfant avait été ainsi, la vie avait été ainsi dans l’île pauvre du quartier, liée par la nécessité toute nue, au milieu d’une famille infirme et ignorante, avec son jeune sang grondant, un appétit dévorant de la vie, l’intelligence farouche et avide, et tout au long un délire de joie coupé par les brusques coups d’arrêt que lui infligeait un monde inconnu, le laissant alors décontenancé, mais vite repris, cherchant à comprendre,  savoir, à assimiler ce monde qu’il ne connaissait pas, et l’assimilant en effet parce qu’il l’abordait avidement, sans essayer de s’y faufiler, avec bonne volonté mais sans bassesse, et sans jamais manquer finalement d’une certitude tranquille, une assurance oui, puisqu’elle assurait qu’il parviendrait à tout ce qu’il voulait et que rien, jamais, ne lui serait impossible de ce qui est de ce monde et de ce monde seulement, se préparant (et préparé aussi par la nudité de son enfance) à se trouver à sa place partout, parce qu’il ne désirait aucune place, mais seulement la joie, les êtres libres, la force et tout ce que la vie a de bon, de mystérieux et qui ne s’achète ni ne s’achètera jamais.

[…]

Dans cette obscurité en lui, prenait naissance cette ardeur affamée, cette folie de vivre qui l’avait toujours habité et même aujourd’hui gardait son être intact, rendant simplement plus amer – au milieu de sa famille retrouvée et devant les images de son enfance – le sentiment soudain terrible que le temps de la jeunesse s’enfuyait, telle cette femme qu’il avait aimée, oh oui, il l’avait aimée d’un grand amour de tout le cœur et le corps aussi, oui […] elle lui avait donné ses raisons de vivre, des raisons de vieillir et de mourir sans révolte.

 

Francis Poulenc, Sept répons des ténèbres, Ecce quomodo moritur justus, 1961


Il faut imaginer Sisyphe amoureux.



On peut lire

Albert Camus, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, 4 vol., 2006-2008

Remarquable travail d’édition, variantes restaurées, apparat critique.


Album Camus
, Iconographie choisie et commentée par Roger Grenier, Bibliothèque de la Pléiade, 1982


Un choix d’œuvres dans la collection Folio.

Camus, le dernier des justes
, Télérama hors-série, 2009

Belle iconographie, bibliographie partielle.


Pierre-Louis Rey, Camus, l’homme révolté, Gallimard-Découvertes, 2006



On attend
Albert Camus, un libertaire ?

 

Par Alflelou - Publié dans : de litterrance
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Vendredi 29 janvier 2010 5 29 /01 /Jan /2010 00:01

  

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   Stéphane Auclair, Huit jours chez Monsieur Sartre, L'Encrier, 1987.




On ne présente plus Stéphane Auclair, une voix sans visage : naturellement, Stéphane Auclair ne se présente pas.

[4e de couverture]

Une fiction en forme de caricature, dédiée A Henri Deveau. En écho aux Huit jours chez M. Renan de Maurice Barrès. Où l’on trouve l’analyse structurale, moquée dans l’étude remarquablement dense d’un refrain de chanson de film.


Stéphane Auclair a perdu la mémoire, Henri Deveau est dans la béchamel, L’Encrier a débordé, selon les propres paroles de Stéphane Auclair.

Comme une façon de se prendre pour Goethe : "Le secret de mon œuvre est au dos de mes livres". Et M. Sartre fait un clin d’œil pour honorer son alexandrin.


Trois personnages et quelques figurants historiques.


"Moi" : le narrateur, le serviteur insolent [à l’inverse de ce qu’on observe dans Le Neveu de Rameau où le cynique est indiqué par "Lui" et le philosophe par "Moi"].

On demandait par annonce chauffeur ayant voiture. Suivait une adresse, où je me rendis.

C’était chez "Lui" : Jean-Paul Sartre, l’asthmatique.

"L’autre" : un jeune auteur.

Comme je revenais lui annoncer : "Un jeune auteur est là, qui voudrait vous parler", il me répondit d’emblée : "Faites–le patienter, le temps de me changer.". J’avais lancé sans le vouloir un alexandrin et M. Sartre, prompt à l’occasion, m’en avait renvoyé un autre.

[…]

M. Sartre.- Lisez, Monsieur, lisez.

[…]

L’autre.- […] j’écris pour les humbles, ceux dont on ne parle jamais […] C’est que je considère que la littérature pour le peuple sera de troquet […] Mais je distingue populaire et populeux ! Les vraies idées veulent du marbre, laissons les élucubrations au zinc ! Les alcools forts ne sont pas tous de l’absinthe et d’ailleurs Camus qui fut votre ami, autant qu’il fut ma bête noire, se plaisait à parler du restaurant Padovani à Oran !

Lui.- Attention ! Padovani, c’était à Alger, pas à Oran !

[…]

L’autre.- : […] "J’ai là un roman, ou plutôt un début de roman, quelque peu dionysiaque où je me démarque, par le seul moyen d’une translation strictement phonétique, d’un grand auteur contemporain.

[Annexe 1]


Lui.- : […] auriez-vous plutôt du doux ?

[…]

L’autre se laissa prendre à ce miel

[…]

Et il lut, ou plutôt récita par cœur :

"Hello !

Le soleil brille brille brille.

Hello !

Tu reviendras bientôt

Là-bas

Dans ton village

Aux verts bocages

Pleins de nids d'oiseaux !"

M. Sartre sifflotait. Il ne goûte guère la poésie contemporaine qui lui semble une prose de purgatoire taillée à la hâte en alinéas. Je sentis qu'entre lui et l'autre le rideau de fer venait de tomber, sans appel.

J'eus aussitôt pitié du poète ; bien qu'il m'eût fait sentir que j'étais hors-jeu d'avance, j'intervins en sa faveur : "Eh bien moi, ces vers me plaisent."

Moi ?

M. Sartre avait froncé les sourcils : depuis quand un vassal prend-il d'autorité la parole ? Quant à l'autre, il ne s'attendait pas à une collision de planètes et il fit une bouche de bambin étonné. Je lançai d'une traite : "J'y trouve dès le premier mot une simplicité qui suggère le premier matin du monde. Ce hello jaillit comme le cri du premier homme qui déserta sa caverne pour se dresser en pleine lumière. Oui, je crois que cet homme-là, encore si proche de l'animalité, dont l'intelligence était enténébrée et qui possédait moins que rien pour tout langage, la première fois qu'il vit le soleil, il exprima toute son émotion dans ce seul mot hello. C'est avec hello que commence véritablement l'aventure humaine et ce mot éveille au tréfonds de notre être le souvenir d'une expérience ancestrale où l'individu se distingue de la race pour affirmer son temps personnel. Et ce hello, qui appartient, à mon avis, au langage le plus primitif, celui de l'émotion, résonne comme le grec hélios, qui justement signifie le soleil. De hello à hélios se devinent la longue histoire d'une culture et l'élaboration d'un langage qui permet de dire le monde de la façon la plus déliée qui soit. Cette histoire, il a suffi d'un mot, le vôtre, pour que nous en remontions le cours. Et je remarque que ce mot de primitif occupe la première ligne de votre poème. Premier et primordial, il rayonne comme une explosante-fixe."

_ Eh ben, dit M. Sartre, nous avons là un nouveau Starobinski.

Mais je poursuivis : "Avec le second mot, soleil, c'est toute une organisation contrapunctique qui se met en place : le poème se développe alors selon des lois qui lui sont propres et qui sont inscrites dans l'image-matrice qui devient, de ce fait même, motrice.

"Par ailleurs, rien ne suggère mieux que la répétition du verbe brille la lourde assomption de l'astre du jour tandis que le ciel entier s'étire et semble agrafé à ce dur diamant.

"L'impact émotionnel de l'évocation est aussi important : c'est la nostalgie. On ne peut en effet regarder le soleil sans tristesse ; tant d'hommes l'ont regardé avant nous, qui ne sont plus ; et à la même heure, ceux que nous aimons et qui sont loin de nous le regardent peut-être et si nous les sentons alors plus proches, leur absence, au soleil, n'en est que plus cuisante.

"Cette nostalgie appartient elle aussi au plus vieux fonds de l'humanité et c'est pourquoi, je suppose, vous avez employé le tu qui désigne tout homme d'une façon à la fois impersonnelle et intime - et je note au passage, Monsieur, la trace discrète, dans cette tournure latine, d'une formation classique."

_ Pas forcément, bougonna M. Sartre. Les Arabes aussi se tutoient. Monsieur a pu prendre ça à la Goutte d'Or.

Je passai outre. "Tu reviendras. Ah ! que cela est troublant. Je sais bien qu'il ne faut pas faire de psychologie quand il s'agit de poésie, mais comment ne pas voir dans ce tu reviendras l'expression d'un de ces mouvements contradictoires de l'âme qui en révèlent parfois l'insondable ? Car enfin, le ton ne permet pas d'en douter : il est ferme, il est fort, il contient plus qu'une promesse : une certitude. Mais alors, comment expliquer que cette âme blessée, en proie à la tristesse et si près de désespérer, se ressaisisse soudain dans cette certitude ? et d'où lui vient cette force nouvelle, de quelle grâce ou de quelle puissante illusion ?"

L'autre m'interrompit : "C'est qu'il n'est point nécessaire d'espérer pour entreprendre.

Moi. - Je m'en doutais. Mais faire de la force avec de la faiblesse, du certain avec du probable, de la croyance avec des doutes, n'est-ce pas là le mystère de l'âme occidentale que vous avez exprimé dans ce tu reviendras, et de quelle limpide manière, et avec quelle économie de moyens !

L'autre. - C'est que je sais ce que je fais.

Moi. - Assurément. Et vous me permettrez aussi d'apprécier le bientôt : là le temps se contracte pour composer avec l'espace une harmonie de l'impatience et faire surgir avec force le là-bas ; c'est un rêve flottant qui se fixe, une image fragile qui prend chair. Le poème entier pivote et toute la fin s'épanouit alors en contraste avec les premiers vers. La fraîcheur des bocages s'oppose à la solitude brûlante du soleil, le vert apaisant au bleu douloureux du ciel vide et le pépiement des oiseaux, que l'on n'entend pas mais qui n'en est que mieux suggéré, au cri sauvage de l'homme. En bref, ce puissant contraste montre une humanisation de la nature, une conquête du calme et de la paix, un idéal rustique. Et peut-être pouvons-nous voir dans ce poème le symbole de l'âme humaine toujours écartelée entre le champ des possibles et la vie éternelle, entre l'orgueil solaire et la tentation du repos. Mais je dis bien peut-être, car ici je ne voudrais pas forcer l'interprétation."


Où l’on retrouve quelque chose du fameux commentaire d’un impromptu.

[Annexe 2]


Et quelque chose d’un holy day on ass.


Lui
donne quelques conseils :

allez à Sollers…

[…]

Et pour Sollers… attendez, il y a une Michèle dans votre récit [supra dans le texte : l’amour d’Alain pour Michèle allait? Eh bien, il vaut mieux un Michel : allez, et vous serez aimé.

[…]

Et M. Sartre ne peut s’empêcher de sourire : "Il prend pour pseudonyme un mot latin, sollers, qui signifie adroit, habile, intelligent, fin – c'est-à-dire tout ce qu’il n’est pas, alors que pataugas, qui fleure le vignoble, irait comme un gant !"


Huit jours et l’histoire finit mal, nouvelle démarque.


M. Sartre apparut à la fenêtre en criant : "Vos gages ! Vos gages ! Attendez ! Vous n’avez rien oublié ?

_ Mais si !"

Et je demandai à Monsieur Sartre mon dimanche.


Bon Sartre, Monsieur Dimanche !


 



 

[Annexe 1]

 

Comblé.

 

Longtemps je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine mon ami étreinte, ma queue se bandait si vite que je n’avais pas le temps de me dire : "Je suis fort.". Et, une demi-heure après, la baisée qu’il était temps de touiller en sommeil s’éveillait ; je voulais casser sa lune que je croyais encore dans les mains et bouffer son derrière ; je n’avais pas cessé en baisant de faire des réflexions sur ce que je baisais de pire, mais ces flexions avaient pris un tour un peu particulier : il me semblait que j’étais moi-même ce con percé d’outrages : on néglige, on a tort, la virilité du Français brimé par les siens. Cette croyance survivait pendant quelques saccades sans pareilles ; elles ne choquaient pas ma Suzon qui pesait comme douze cailles sur mon nœud et l’empêchait de se rendre au con que le foutoir je n’ai plus à nommer.

 

[Annexe 2]

 

MAGDELON : J'imagine que le plaisir est grand de se voir imprimé.
MASCARILLE : Sans doute. Mais à propos, il faut que je vous die un impromptu que je fis hier chez une duchesse de mes amies que je fus visiter ; car je suis diablement fort sur les impromptus.
CATHOS: L'impromptu est justement la pierre de touche de l'esprit.
MASCARILLE : Écoutez donc.
MAGDELON : Nous y sommes de toutes nos oreilles.
MASCARILLE : Oh ! oh ! je n'y prenais pas garde
Tandis que, sans songer à moi, je vous regarde,
Votre œil en tapinois me dérobe mon cœur.
Au voleur, au voleur, au voleur, au voleur.
CATHOS : Ah ! mon Dieu ! voilà qui est poussé dans le dernier galant.
MASCARILLE : Tout ce que je fais a l'air cavalier ; cela ne sent point le pédant.
MAGDELON : Il en est éloigné de plus de deux mille lieux.
MASCARILLE : Avez-vous remarqué ce commencement :
Oh, oh ?Voilà qui est extraordinaire: oh, oh ! Comme un homme qui s'avise tout d'un coup : oh, oh! La surprise: oh, oh!
MAGDELON : Oui, je trouve ce oh, oh ! admirable.
MASCARILLE: Il semble que cela ne soit rien.
CATHOS : Ah ! mon Dieu, que dites-vous ? Ce sont là de ces sortes de choses qui ne se peuvent payer.
MAGDELON : Sans doute ; et j'aimerais mieux avoir fait ce oh, oh! qu'un poème épique.
MASCARILLE : Tudieu ! vous avez le goût bon.
MAGDELON : Eh ! je ne l'ai pas tout à fait mauvais.
MASCARILLE : Mais n'admirez-vous pas aussi je n'y prenais pas garde ? Je n'y prenais pas garde, je ne m'apercevais pas de cela : façon de parler naturelle : je n'y prenais pas garde . Tandis que sans songer à mal, tandis qu'innocemment, sans malice, comme un pauvre mouton : je vous regarde, c'est-à-dire, je m'amuse à vous considérer, je vous observe, je vous contemple ; Votre œil en tapinois ... Que vous semble de ce mot tapinois ?n'est-il pas bien choisi ?
CATHOS : Tout à fait bien.
MASCARILLE : Tapinois , en cachette : il semble que ce soit un chat qui vienne de prendre une souris : tapinois .
MAGDELON : Il ne se peut rien de mieux.
MASCARILLE : Me dérobe mon cœur, me l'emporte, me le ravit. Au voleur, au voleur, au voleur, au voleur ! Ne diriez-vous pas que c'est un homme qui crie et court après un voleur pour le faire arrêter ? Au voleur, au voleur, au voleur, au voleur !
MAGDELON : Il faut avouer que cela a un tour spirituel et galant.
MASCARILLE : Je veux vous dire l'air que j'ai fait dessus.
CATHOS : Vous avez appris la musique ?
MASCARILLE : Moi ? Point du tout.
CATHOS : Et comment donc cela se peut-il?
MASCARILLE : Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris.
MAGDELON : Assurément, ma chère.
MASCARILLE : Écoutez si vous trouverez l'air à votre goût. Hem, hem. La, la, la, la, la . La brutalité de la saison a furieusement outragé la délicatesse de ma voix; mais il n'importe, c'est à la cavalière.
(Il chante.)
Oh, oh ! je n'y prenais pas...
CATHOS : Ah! que voilà un air qui est passionné ! Est-ce qu'on n'en meurt point ?
MAGDELON : Il y a de la chromatique la dedans.
MASCARILLE : Ne trouvez-vous pas la pensée bien exprimée dans le chant? Au voleur! ... Et puis, comme si l'on criait bien fort: au, au, au, au, au, au, voleur ! Et, tout d'un coup, comme une personne essoufflée : au voleur !
MAGDELON : C'est là savoir le fin des choses, le grand fin, le fin du fin. Tout est merveilleux, je vous assure ; je suis enthousiasmée de l'air et des paroles.
CATHOS : Je n'ai encore rien vu de cette force-là.
MASCARILLE : Tout ce que je fais me vient naturellement, c'est sans étude.
MAGDELON : La nature vous a traité en vraie mère passionnée, et vous en êtes l'enfant gâté.
MASCARILLE : A quoi donc passez-vous le temps ?

 

Molière, Les Précieuses ridicules, IX
 

Par lou - Publié dans : de litterrance
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 00:05

 

Fabriquer un homme exclusivement à coup de citations !

Robert Musil, Journaux I, Cahier 9, 1919/20, III, trad. Philippe Jaccottet, Seuil, 1981

Essayons.

Portrait du Lou en citations
(toutes extraites des Journaux, op. cit.).

Dès ma jeunesse, j'ai considéré l'esthétique comme une éthique.

Voici le cycle que je parcours avec la régularité d'une loi :

Je suis arrogant, négatif, reclus, subtil, heureux.

A bien des égards, ma lenteur à lire a déterminé mon destin. Avec cela, j'ai, ou du moins j'avais, la compréhension rapide.

Voici comment je puis décrire au plus près ma mémoire (et mon imagination aussi bien) : à tous égards, mes représentations ne sont pas concrètes, simple "constat" en quelque sorte. Je retiens rarement des détails ; seulement le sens, l'un des sens de la chose. C'est à partir d'une synthèse objective, tout à fait abstraite, presque absente, que se forment mes énoncés, d'une façon que je n'ai pas analysée.

Autant que possible, laisser parler les faits plutôt que les sentiments.

Sois actif - Fais toujours ce pour quoi tu as le plus de goût - Fais tout entièrement - et tu ne fumeras plus.

Etre juste assez en avance sur son temps, pour qu'il ne prête pas attention à vous.

Les pensées ne sont pas exposées jusqu'au bout
[...]

Méthode éminemment poétique.

[...] chez moi, la rhétorique prend le pas sur la pensée.

L'inhibition dans le travail coïncide peut-être avec mes vertiges.

Si vous avez le goût du jeu et une page libre...

Les citations peuvent être extraites de plusieurs textes et/ou supports, littérature, presse, cinéma, publicité, Paris-Turf, bande dessinée, chanson (même un air d'opéra), catalogue GiFi, encycliques (en bulles éventuellement).

Donnez ici le lien vers votre portrait, il sera reporté dans l'article.

Si vous n'avez pas un coin de toile à vous, écrivez en commentaire ou à Libellus. On vous fera une page.
 

Par lou - Publié dans : de litterrance
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