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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 23:01
Ann Radcliffe, L'Italien - « le trouble et la terreur »

Ann Radcliffe, L'Italien ou le confessionnal des pénitents noirs, roman traduit de l'anglais par N. Fournier, Bibliothèque Marabout, 1974

Ann Radcliffe, L'Italien - « le trouble et la terreur »
Ann Radcliffe, L'Italien - « le trouble et la terreur »

Ann Ward est née en 1764, l'année où Horace Walpole publie Le Château d'Otrante. Sur sa vie, « les documents sont rares » (Maurice Lévy), les légendes, plus nombreuses. Elle aurait écrit ses six romans pour tromper l'ennui que lui donnait son mari.

Elle voyage, sur notre continent ou en Écosse, elle y prend goût au gothique, ses ruines, châteaux ou monastères, tous emplis de mystère allié au sacré.

Elle lit Shakespeare, Walpole, Beckford, Diderot, Bernardin de Saint-Pierre, Rousseau, Mme de Genlis, Mme de Tencin.

En concurrence avec le jeune Lewis, dont Le Moine (publié en 1796) semble l'avoir inspirée, Ann Radcliffe fait paraître L'Italien en 1797 – l'histoire se passe en 1764.

Elle est morte de frayeur en imaginant une scène diabolique – selon la légende –, ou d'une crise d'asthme – selon l'Académie –, en 1823.

 

Ses récits manifestent une relation dialectique entre la nature et l'homme – comme on l'observe chez Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre. Sa vision du personnage est manichéenne : tout innocent ou tout pervers. On apprécie son mépris de la femme, vouée au martyre, esclave de ses passions, souriant au crime – un être faible.

Une faible femme a inventé la démesure dans la terreur, la femme tranquille.

 

Vers l’an 1764, quelques Anglais voyageant en Italie s’arrêtèrent, aux environs de Naples, devant l’église de Santa Maria del Pianto qui dépendait d’un ancien couvent de l’ordre des Pénitents Noirs. Le porche de cette église, quoique dégradé par les injures du temps, excita par sa magnificence l’admiration des voyageurs ; curieux de visiter l’intérieur de l’édifice, ils montèrent les degrés du perron de marbre qui y conduisait. Dans la pénombre produite par les piliers du porche marchait à pas mesurés un personnage vêtu d’une robe de moine, et qui, les bras croisés, les yeux baissés, était tellement absorbé dans ses pensées qu’il ne s’était pas aperçu de l’approche des étrangers. Au bruit de leurs pas, il se retourna tout à coup mais gagna, sans s’arrêter, une porte qui donnait dans l’église et disparut. La figure de cet homme, sa démarche et ses manières avaient on ne savait quoi de singulier qui provoqua l’attention des visiteurs : il était maigre et de haute taille ; il avait les épaules un peu voûtées, le teint bilieux, les traits durs et le regard farouche.

Les voyageurs, entrés dans l’église, cherchèrent vainement l’homme qu’ils venaient de voir et n’aperçurent, sous les voûtes obscures des bas-côtés, qu’un religieux du couvent voisin, chargé de montrer aux touristes tout ce qui était digne de retenir leur attention. L’intérieur du monument n’offrait ni l’éclat ni les riches ornements qui distinguent les églises italiennes, surtout celles de Naples ; mais il en émanait une grande simplicité sévère, rehaussée par une mystérieuse distribution de lumière et d’ombre qui portait les esprits au recueillement et aux élans de la prière. Nos voyageurs avaient parcouru les chapelles et revenaient sur leurs pas, lorsqu’ils aperçurent de nouveau ce même personnage étrange qu’ils avaient vu sous le porche, et qui se glissait dans un confessionnal, sur leur gauche. L’un d’eux demanda au religieux qui était cet homme. Le religieux ne répondit pas ; mais, comme l’Anglais insistait, il acquiesça d’un signe de tête et dit tranquillement :

C’est un assassin.

[...]

[…] l’assassinat est si fréquent chez nous que, sans l’usage des lieux d’asile, les meurtriers tombant après leurs victimes, nos cités seraient bientôt à moitié dépeuplées.

 

L'humour, noir, le clair obscur où l'on distingue ce que l'ombre dissimule – l'oxymore élevé au rang de l'art : en quelques lignes, l'écriture d'Ann Radcliffe est tracée.

Ann Radcliffe, L'Italien - « le trouble et la terreur »

La signora Elena Rosalba et le comte Vincenzo de Vivaldi s'aiment. La famille s'oppose à leur union, avec la complicité de l'infâme Schedoni. Il s'ensuit un joyeux empoisonnement et quelques horreurs ordinaires. Elena est enlevée par des bandits masqués, enfermée dans un couvent, dans l'in pace, le cachot dont on ne revient pas. Vivaldi et son fidèle Paolo sont soumis à l'inquisition.

Finalement, les méchants sont punis. L'amour l'emporte.

Le 20 mai, jour où Elena atteignait sa dix-huitième année, son mariage avec Vivaldi fut célébré dans l’église de la Pietà.

Ann Radcliffe, L'Italien - « le trouble et la terreur »

La Grande Braderie de l'été vous propose de découvrir des chefs-d’œuvres injustement méconnus.

 

« La réimpression d'ouvrages distingués ou supérieurs, méconnus ou tombés dans l'oubli pour toutes ces causes (si souvent incompréhensibles) qui décident de la fortune des livres, ne devient-elle pas la ressource de la Curiosité littéraire, quand la littérature, chaque jour déclinant davantage, est, comme tant de choses, peut-être au moment de périr ? »

Jules Barbey d'Aurevilly

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

des pas perdus 20/08/2014 22:41

Chez Bab ?

Lou de Libellus 21/08/2014 10:06

Le pauvre !
Je pourrais lui signaler la chronique. Je suis sûr qu'il connaît.

des pas perdus 19/08/2014 18:15

Bien-sur, oui oui, un chef d’œuvre...

Et que choisis-tu ? Un autre récit fort licencieux...

Ton cas s'aggrave...

Lou de Libellus 20/08/2014 07:59

Je le sais. Dans quelques jours, on passe en Bretagne, c'est grave. Et la semaine suivante, en pré-rentrée, on n'aura plus qu'à tirer la chasse.
Mais le 1er septembre, on ouvre 'Québec en septembre 2014'. Tu me diras... Tu me diras.

 


 
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