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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 23:01
Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux, Éditions La Découverte, 1997

Crédit photographique : Bibliothèque historique de la Ville de Paris (fonds Charles Marville) et Henri Bresler.

Couverture : © Cabinet champêtre dans les Dolomites, photo Louise Bost, 1996.

 

Les vécés n'ont pas toujours été fermés de l'intérieur, preuve en est cette histoire des lieux d'aisances, du Moyen Age à nos jours, que raconte Roger-Henri Guerrand avec autant d'humour que de sérieux. Avant de devenir objet d'interdits imposés par l'hypocrite morale bourgeoise du XIXe siècle, les besoins naturels pouvaient se satisfaire sans honte ni fausse pudeur. L'étron fut une matière poétique pour ne rien dire de la jubilation provoquée par le libre échappement des zéphyrs. Rabelais, continuateur des trouvères du Moyen Age, ne fut pas le seul écrivain à se rouler dans la chose : le siècle des Lumières a connu un âge d'or de la littérature scatologique.

Avec l'avènement des bourgeois conquérants, il faut se retenir en permanence : le corps doit être contrôlé et enserré dans des règles rationnelles. Hygiénistes, urbanistes et architectes s'occupent sérieusement des commodités, la répression corporelle et par conséquent sexuelle s'en trouve renforcée.

4e de couverture

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Historien de la vie quotidienne, Roger-Henri Guerrand (1923, Sarrebruck - 10 octobre 2006, Rennes) a publié de nombreux ouvrages sur le mouvement social aux XIXe et XXe siècles. Professeur émérite à l'École d'architecture de Paris-Belleville, il y a enseigné l'histoire du logement social en France, puis en Europe, l'histoire sociale et culturelle du XIXe siècle. Il a reçu en 1985 le Grand Prix national de la critique architecturale pour l'ensemble de son œuvre.

 

Il faut é-li-mi-ner.

Moïse avait choisi de prôner l'imitation de certains animaux. Dans le Deutéronome, le prophète a en effet écrit : « Tu auras un lieu hors du camp et c'est là que tu iras. Tu auras une bêche dans ton équipement. Quand tu iras t'accroupir à l'écart, tu creuseras et quand tu repartiras, tu recouvriras tes excréments avec de la terre. »

Deutéronome, XXIII, 13-14

 

Vespasien n'a rien eu à voir avec l'établissement des latrines publiques à Rome – à la fin du IIIe siècle ap. J.-C., sous Dioclétien, on en comptait 144 –, il se contenta de prélever un impôt sur les urines que les foulons et les tanneurs recueillaient dans des récipients disposés dans les rues à cet effet.

 

Au Moyen Age, on connaît l'urinal, le pot en terre, la chaise percée, les latrines en la maison – branchées sur un puisard ou donnant sur un canal tel le Merderet à Valognes –, et le « tout-à-la-rue ».

« Gare l'eau ! »

Nuit et jour, les gens jettent par les fenêtres les eaux usées.

 

La poésie de l'étron s'épanouit.

« Comment Grandgousier connut l'esprit merveilleux de Gargantua à l'invention d'un torche-cul »

Gargantua, Liv. Ier, Chap. XIII

 

Dans les premières années du XVIe siècle, on lit la Farce nouvelle et joyeuse du pet :

une querelle entre deux époux, le mari accusant, devant un juge, sa femme d'avoir lâché un gros pet. Sa plainte n'est pas recevable. Il n'aurait pas épousé la dame si elle n'avait pas eu de cul. L'accusée le confirme :

« Monsieur, je vous prouverai

Que sitôt que fus épousée,

Toute la première journée

Qu'avec lui je fus couchée

Mon cul fut la première pièce

Par où il me prit, somme toute. »

 

Luther, lui-même, ne vante-t-il pas les vertus thérapeutiques des excréments ?

 

Au XVIIe siècle, on cultive chaises percées, thomas et bourdaloues.

L'abbé Cotin, académicien très répandu dans le monde, invite à la vénération du zéphir.

 

On reçoit sur sa chaise.

 

Très utile, le pot de chambre n'est guère confortable, même installé sur une chaise. Le XVIIe siècle va voir se répandre, dans toutes les classes possédantes, une belle pièce d'ébénisterie déjà appréciée dans les maisons royales, la chaise percée. Un inventaire de Versailles, sous Louis XIV, a donné le chiffre de 274 chaises d'affaires, 208 simples avec le bassin en dessous ; 66 à layette, le bassin étant contenu dans un tiroir fermé. Livrés par des tapissiers, ces meubles de qualité sont recouverts de velours bordé de crépines ; ils renferment un bassin de faïence ou d'argent et comportent parfois un guéridon permettant de lire et d'écrire. Certains se présentent avec le siège en forme de gros livres portant l'inscription suivante : « Voyage aux Pays-Bas ». Chaque chambre dispose de sa chaise, elle est rangée dans une pièce attenante, la garde-robe.

 

Malgré les ordonnances et les arrêts, Paris est une gigantesque latrine, les terrasses des Tuileries sont inabordables, elles exhalent une odeur épouvantable, car chacun s'y exonère tranquillement, à l'abri des ifs.

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Chaise percée de Madame de Pompadour, conservée dans le Cabinet des Dépêches, château de Versailles

 

Après le XVIe siècle, le XVIIIe siècle connaît un nouvel âge d'or de la scatologie.

Citons seulement L'art de péter de Pierre Hurtault, professeur à l’École militaire, en 1776.

 

« Vous me faites chier ! »

Peut-on faire plus beau compliment à un ami ?

 

La Juliette de Sade se délecte de la chose.

 

Au XIXe siècle, la police sanitaire vient mettre fin à l'art de chier.

Il reste encore bien des fosses. Les chevaliers de la brune sont à l’œuvre chaque nuit. A Paris, en 1851, ils ont vidangé 266.356 m3 (pour une population de 1.053.262 personnes).

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Édicule Rambuteau, 1852

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Urinoir à six stalles devant le pavillon des Halles centrales, vers 1870

 

Enfin, Thomas Crapper vint. Le roi des plombiers britanniques. Le W.C. à chasse d'eau a définitivement gagné la partie.

 

En 1892, au Moulin-Rouge, apparaît Joseph Pujol, le Pétomane – dernier prodige dont l’œuvre fut emportée par le vent de la purification.

 

Lefires, imitateur de Joseph Pujol, le Pétomane du Moulin Rouge, 1903

 

Les vespasiennes deviennent lieux de rencontres. Celle de l'église de Saint-Germain-des-Prés accueillit les plus grands poètes. Elles sont aussi magasins d'approvisionnement pour les soupeurs : une tartine bien placée, et on a le boire et le manger.

 

Elles ont disparues, nos chères.

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Cimetière de vespasiennes

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Sanisette JCDecaux

 

Le temps des sanisettes est venu, moralisant le cloaque.

 

Puis Geberit, en toute convivialité. On peut chier proprement en restant connecté avec les invités au salon. Classe, non !?

Roger-Henri Guerrand, Les Lieux - d'aisances

Geberit Aquaclean

 

Il reste les chiens errants qui chient sur les trottoirs. L'histoire continue. Cave canem.

 

Retour à L'Age d'or, avec Luis Buñuel.

 

Luis Buñuel, Jean-Claude Carrière, Le Fantôme de la liberté, 1974

 

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yueyin 01/09/2014 13:36

quelle histoire !!! :-D

Lou de Libellus 01/09/2014 17:08

Et ce n'est pas une histoire !

des pas perdus 31/08/2014 22:58

oui...
Merci pour le lien..

des pas perdus 30/08/2014 10:37

eau et gaz au rez-de-chaussée...

Lou de Libellus 30/08/2014 18:25

'Eau et gaz à tous les étages', Marcel Duchamp, 1958 !
http://www.libellus-libellus.fr/article-marcel-duchamp-richard-baquie-wim-delvoye-chassez-l-intrus-111230421.html

des pas perdus 28/08/2014 18:34

Ce beau mobilier urbain a disparu. C'étaient, parait-il, des lieux de rencontres et d'échanges où la citoyenneté se forgeait...

Lou de Libellus 29/08/2014 13:06

Des gîtes !

 


 
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