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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 23:01
Larry Tremblay, L'orangeraie – Chaque jour qui passe

Larry Tremblay, L'orangeraie, Éditions Alto, 2013

Illustration de la couverture : Lino

 

Quand Amed pleure, Aziz pleure aussi. Quand Aziz rit, Amed rit aussi.

Ces frères jumeaux auraient pu vivre paisiblement à l’ombre des orangers. Mais un obus traverse le ciel, tuant leurs grands-parents. La guerre s’empare de leur enfance et sépare leurs destins. Des hommes viennent réclamer vengeance pour le sang versé.

Amed, à moins que ce ne soit Aziz, devra consentir au plus grand des sacrifices. Et tous payeront le tribut des martyrs, les morts comme ceux qui restent.

4e de couverture

Larry Tremblay, L'orangeraie – Chaque jour qui passe

Larry Tremblay est écrivain, metteur en scène, acteur et spécialiste de kathakali. Traduites dans une douzaine de langues, ses œuvres théâtrales ont été produites dans de nombreux pays et maintes fois récompensées. Il a publié en 2006 un recueil de récits, Piercing, aux Éditions Gallimard, et son roman Le Mangeur de bicyclette (2002) a été finaliste au Prix littéraire du Gouverneur général du Canada. Ses pièces The Dragonfly of Chicoutimi, Le ventriloque, Abraham Lincoln va au théâtre et La hache font désormais figure de classiques. Le Christ obèse, roman paru chez Alto en 2012, a été finaliste au Prix littéraire des collégiens.

Présentation de l'éditeur

Larry Tremblay a reçu le Prix des libraires du Québec pour L'orangeraie.

 

Si Amed pleurait, Aziz pleurait aussi. Si Aziz riait, Amed riait aussi. Les gens disaient pour se moquer d’eux : « Plus tard ils vont se marier. »

Leur grand-mère s’appelait Shaanan. Avec ses mauvais yeux, elle les confondait tout le temps. Elle les appelait ses deux gouttes d’eau dans le désert. Elle disait : « Cessez de vous tenir par la main, j’ai l’impression de voir double. » Elle disait aussi : « Un jour, il n’y

aura plus de gouttes, il y aura de l’eau, c’est tout. » Elle aurait pu dire : « Un jour, il y aura du sang, c’est tout. »

Amed et Aziz ont trouvé leurs grands-parents dans les décombres de leur maison. Leur grand-mère avait le crâne défoncé par une poutre. Leur grand-père gisait dans son lit, déchiqueté par la bombe venue du versant de la montagne où le soleil, chaque soir,

disparaissait.

Quand la bombe est tombée, il faisait encore nuit. Mais Shaanan était déjà levée. On a retrouvé son corps dans la cuisine.

 

Amed et Aziz sont frères jumeaux, ils ont neuf ans.

Shaanan et Mounir, leurs grands-parents, sont morts.

Zohal, leur père, en a pris soin. Tamara, leur mère, veille à la famille.

 

Aziz est malade. Quelque chose lui ronge les os. A l'hôpital, il a rencontré une petite fille, Neelan : « son cœur avait mal poussé dans sa poitrine. »

 

Des hommes sont arrivés en jeep. Amed et Aziz ont aperçu un nuage de poussière sur la route qui passait près de leur maison. Ils se trouvaient dans l'orangeraie. C'est là que Zohal avait voulu enterrer ses parents.

 

Dans la jeep, Soulayed, un homme important du village voisin, et ses hommes. L'un d'eux raconte :

« Halim se tient près du soleil maintenant. »

Pourquoi ? a demandé Aziz.

Des chiens habillés. Nos ennemis sont des chiens habillés. Au sud, ils ont fermé nos villes avec des murs de pierre. C'est là que Halim est parti. Il a traversé la frontière. Soulayed lui a expliqué comment faire. Il est passé par un tunnel secret. Puis, il est monté dans un autobus bondé. A midi, il s'est fait exploser.

Mais comment ?

Avec une ceinture d'explosifs, Aziz.

Comme celle que nous avons vue ?

 

Halim était un copain de l'école, détruite depuis, lors d'un bombardement.

 

Soulayed conduit les jumeaux jusqu'au cèdre géant d'où l'on peut contempler la plaine de l'autre côté de la montagne.

Chaque jour qui passe, nos ennemis rongent la terre de nos ancêtres.

De l'autre côté de la montagne, on entrevoit l'autre côté du ciel, on aperçoit comme des baraques militaires, depuis lesquelles les ennemis portent la mort depuis des années : l'accès de cette drôle de ville est miné, seul un enfant élu y parviendrait.

 

L'un des enfants doit être choisi par le père pour détruire la drôle de ville en se sacrifiant. Il portera la ceinture. Ce sera Amed. Aziz est malade, il va mourir.

 

Aziz a proposé, Amed a accepté, l'échange : Désormais, Aziz était Amed et Amed était Aziz.

 

Onze ans plus tard, au Quartier Latin, l'enfant est sur les tréteaux : d'autres scènes, où les deux camps ennemis étaient présentés de façon interchangeable, permettant à la pièce de dénoncer l'absurdité de la guerre.

 

L'enfant prodige survient en plein spectacle, il se tourne vers les spectateurs.

 

Non, tu n'as pas besoin d'avoir une raison ou d'avoir tout simplement raison pour faire ce que tu crois devoir faire. Ne cherche pas ailleurs ce qui se trouve déjà en toi. Qui suis-je, moi, pour réfléchir à ta place ? Moi aussi, mes vêtements sont sales et déchirés. Et mon cœur est cassé comme un caillou. Et je pleure des larmes qui me déchirent le visage. Mais, comme tu le constates, j'ai une voix calme. Mieux encore, j'ai une voix paisible. Je te parle avec de la paix dans mes mots, dans mes phrases. Je te parle avec une voix qui a sept ans, neuf ans, vingt ans, mille ans. L'entends-tu ?

 

Une écriture au cordeau, comme on aime. Une écriture lyrique dans sa sécheresse. Un drame : ce n'est pas une tragédie, rien n'est écrit.

Les dernières pages sont suffocantes. Préparez vos mouchoirs. Un tel génie ne devrait pas être permis, en temps de crise.

Larry Tremblay, L'orangeraie – Chaque jour qui passe

Québec en septembre, une idée de Karine.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

des pas perdus 01/09/2014 19:12

Je me pince... Un ouvrage qui date de moins de 100 ans ! L'été est fini ?

Lou de Libellus 02/09/2014 07:23

Sacré Des pas !
Oui, j'en viens à l'automne - de mon âge.
En septembre et octobre, il y aura des œuvres de ta génération, et même de celles que tu m'as fait connaître, pilier-pilleur de bibliothèque !

Karine:) 01/09/2014 14:10

J'ai été prise au coeur par ce roman... vraiment, à lire!

Lou de Libellus 01/09/2014 17:26

Yueyin, Karine, j'attends vos liens !

yueyin 01/09/2014 13:34

il est sur ma liste lui aussi, j'ai oublié de le mettre dans mon diapo :-) tu confirmes l'enthousiasme de Karine...

 


 
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