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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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4 septembre 2014 4 04 /09 /septembre /2014 23:01
Paolo Bacigalupi, La fille-flûte – une chronique des temps qui viennent

Paolo Bacigalupi, La fille-flûte et autres fragments de futurs brisés, Paolo Bacigalupi, 2008, traduit de l'anglais (États-Unis) par Sara Doke, Julien Bétan, Sébastien Bonnet, Laurent Queyssi et Claire Krentzberger, Au diable vauvert, 2014

Couverture : Olivier Fontvieille

Photographie de couverture : Dominique Douieb

Paolo Bacigalupi, La fille-flûte – une chronique des temps qui viennent
Paolo Bacigalupi, La fille-flûte – une chronique des temps qui viennent

 

Wilhelm Friedemann Bach, Duetto pour deux flûtes, int. Benoît Fromanger, Juliette Hurel, Flâneries musicales de Reims

 

La fille-flûte est un recueil de dix nouvelles. Lisons la première, La fille-flûte.

 

La fille-flûte restait blottie dans la pénombre, serrant le dernier cadeau de Stephen entre ses petites mains pâles. Mme Belari devait la chercher et les domestiques renifler tous les recoins du château comme autant de chiens redevenus sauvages, regardant sous les lits, dans les placards, derrière les casiers à bouteilles, tous leurs sens à l'affût d'une trace d'elle. Belari ne découvrait jamais les cachettes de la fille-flûte. C'étaient toujours les domestiques qui la trouvaient. Belari se contentait d'arpenter les couloirs laissant les serviteurs oeuvrer. Ils croyaient connaître toutes ses cachettes.

La fille-flûte changea de position. Sa posture inconfortable fatiguait son squelette fragile. Elle s'étira autant que l'espace exigu le lui permettait, puis se replia sur elle-même, aussi compacte que possible, s'imaginant lapin, comme ceux que Belari gardait en cage dans la cuisine : petits et doux avec leurs yeux tendres et humides, ils pouvaient rester immobiles pendant des heures. La fille-flûte se força à la patience et ignora les protestations douloureuses de son corps recroquevillé.

Bientôt, elle devrait se montrer, sinon Mme Belari s'impatienterait et enverrait chercher Burson, son chef de la sécurité. Puis Burson amènerait ses chacals et ils reprendraient la chasse, quadrillant chaque pièce, pulvérisant des phéromones sur les planchers, suivant au néon sa piste scintillante jusqu'à sa cachette. Alors Mme Belari la punirait, parce que le personnel perdrait du temps à nettoyer les phéromones.

La fille-flûte repositionna ses membres. Ses jambes commençaient à faire mal. Elle se demanda si la tension pouvait les briser. Parfois, elle était surprise de ce qui la cassait. Un léger choc contre une table et elle tombait une fois de plus en morceaux, irritant Belari de la négligence de son investissement.

La fille-flûte soupira. En vérité, il était plus que temps de quitter sa cachette, mais elle avait encore besoin de silence et de solitude. Sa soeur Nia ne comprenait pas. Stephen, lui, avait compris. Quand la fille-flûte lui avait parlé de sa cachette, elle avait cru qu'il l'excusait par gentillesse. A présent, elle saisissait mieux. Stephen avait conservé des secrets plus importants que ceux de la stupide fille-flûte, plus grands que quiconque l'avait supposé. La fille-flûte fit tourner la minuscule fiole de Stephen entre ses doigts, sentant le verre lisse, connaissant parfaitement les gouttes ambrées qu'elle contenait. Il lui manquait déjà.

Des bruits de pas résonnèrent. Le métal racla lourdement la pierre. La fille-flûte scruta l'extérieur par une fente de sa forteresse de fortune. Au-dessous d'elle se trouvaient le cellier du château et son fouillis de produits secs. Mirriam la cherchait, regardait derrière les caisses de Champagne réfrigérées en prévision de la soirée. Les caisses crissèrent en laissant échapper de la buée quand Mirriam les écarta pour fouiller tous les recoins. La fille-flûte avait connu Mirriam en ville, lorsqu'elles étaient toutes deux enfants. Aujourd'hui, elles étaient aussi différentes que la vie et la mort.

 

En ce temps-là, les animaux n'existent plus à l'état de nature – on en garde quelques spécimens dans les zoos. Les hommes sont génétiquement modifiés. Ils se nourrissent de boues chargées d'acides et de métaux lourds. La guerre nucléaire est permanente. La recherche scientifique a permis aux hommes de se régénérer quand ils perdent un bras ou une jambe, ce qui peut arriver au cours d'un jeu de société. Certains se sont implantés des lames affûtées le long des bras et des jambes, ils peuvent ainsi découper leurs camarades de jeu qui se reconstituent en une heure de temps. La vie est belle. Comment pouvait-on vivre en ces temps préhistoriques où on attendait plusieurs semaines qu'une plaie bénigne se cicatrise.

Tiens, pour changer, on pourrait faire cuire un chien.

Le monde à venir est peut-être un empire féodal que se partagent les suzerains servis par leurs vassaux.

Il faut se divertir à la Cour.

Justement, aujourd'hui, deux sœurs jumelles donnent un concert érotique. Des chirurgiens en ont fait des flûtes. Sur la scène, elles se font vibrer en une mélodie amoureuse...

 

Un récit étrange, délirant, troublant.

 

Lisons d'autres nouvelles du temps à venir.

 

Huojianzhu, une architecture vivante de mille mètres : on peut y rencontrer le dix-neuvième dalaï-lama, qui tient dans une poche.

 

Quand Raphel, le Pasho, revient au village, la vieille cité d'acier et de béton, au loin, n'est plus que ruines depuis des générations.

 

Les compagnies caloriques dominent le monde. La planète est rongée, elle s'effrite, elle s'effondre. On trouve encore des tomates rustiques, juteuses, acidulées et sucrées. On ne sait comment elles ont survécu entre les OGM. Elles peuvent se reproduire : un vieil homme, un jardinier, pourrait ainsi détruire le monopole des compagnies caloriques.

 

Un grand tamaris peut aspirer 332 000 litres d'eau par an. Lolo arrache les tamaris tout l'hiver pour 2,88 $ par jour.

La terre est desséchée, il reste peu d'eau pour les humains. Big Daddt Drought s'est installé pour rester.

 

Jonathan Lilly se glissa dans l'eau chaude jusqu'au cou et observa sa femme morte.

[…]

Ce ne serait peut-être pas si terrible. Il n'irait pas forcément en prison très longtemps. Il avait lu quelque part que les cultivateurs d'herbe étaient plus durement condamnés que les meurtriers.

Et puis, il y a des circonstances atténuantes : elle lui a reproché de n'avoir pas fait la vaisselle. Un petit coup de coude, un oreiller plaqué sur le visage, un incident.

La prochaine fois qu'il se marierait, il espérait être plus doux encore.

 

Bienvenue dans le futur, sur la planète de la sérénité totale ! Bonne lecture !

 

La chronique de gruznamur nous a permis de connaître ce recueil.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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