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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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pour mémoire

Survival

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 23:01

 

Maurice Duruflé, Requiem, Pie Jesu, 1947 – Rannveig Braga, Hannfried Lucke, orgue de Reykjavik Hallgrímskirkja, Hallgrímskirkja Motet Choir, dir. Hördur Askelsson, Thorofon, 1996

Sorj Chalandon, Le quatrième mur – Ils ont tué Antigone

Sorj Chalandon, Le quatrième mur, Grasset, 2013

 

L'idée de Sam était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne...

4e de couverture

Sorj Chalandon, Le quatrième mur – Ils ont tué Antigone

Sorj Chalandon, né en 1952, a été longtemps journaliste à Libération avant de rejoindre Le Canard Enchaîné. Ses reportages sur l'Irlande du Nord et le procès Klaus Barbie lui ont valu le Prix Albert-Londres en 1988. Il a publié, chez Grasset, Le petit Bonzi (2005), Une promesse (2006, prix Médicis), Mon traître (2008), La légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011, Grand Prix du Roman de l'Académie française).

Il a reçu le Prix des libraires du Québec 2014 (catégorie Roman hors du Québec) et le Prix Goncourt des lycéens 2013 pour Le quatrième mur.

 

Voilà. Ces personnages vont vous jouer l'histoire d'Antigone. Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure, qu'elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. Elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout...

Jean Anouilh, Antigone, 1944

 

Samuel est comme un frère, Aurore est devenue la femme de Georges, Louise, leur fille, est venue au monde.

 

Aurore à Georges.

Tous les mots devraient pouvoir être féminisés, avait-elle lancé lors d'une réunion en 1973, alors que nous rédigions un tract de soutien à la création du Front Polisario.

Tous les mots ? Toutes les mottes, alors ? j'avais répondu en riant.

Elle m'avait traité de macho, d'idiot congénital.

 

Georges a connu La Cause du peuple, les manifs, il n'a pas connu la guerre.

 

Samuel Akounis était juif.

Ses parents, Yechoua et Rachel, son frère, Pepo, sa sœur, Reina, sont partis pour Birkenau par le convoi du 15 mars 1943.

Sais-tu combien de Juifs de Salonique sont morts dans les camps ?

[...]

Près de 55.000. C'est Brunner qui a planifié la Shoah des Séfarades.

[...]

Alois Brunner. Tu te souviens ?

 

Lorsque le rideau se lève, les acteurs sont en scène, occupés à ne pas nous voir, protégés par le quatrième mur.

 

Samuel est mourant. A Paris. Il demande à son frère de monter son Antigone à Beyrouth, avec des acteurs de toutes les factions.

Imane, l'institutrice palestinienne, sera Antigone. Il y aura les phalangistes chrétiens, les chiites...

Qui tire ?

[...]

C'est le Liban qui tire sur le Liban.

[...]

Antigone était dos au mur, fusillée par la ville entière.

 

Je suis arrivé le premier au théâtre, mercredi 24 février 1982, à 7 heures du matin.

 

La Nourrice dit :

En arrivant ici, nous avons enlevé nos brassards. Je propose d'oublier aussi nos religions, nos noms, notre camp. Nous sommes des acteurs.

 

Samuel veut entendre sur la scène le Requiem de Maurice Duruflé, le Pie Jesu.

 

Antigone en février 1944. Jean Anouilh. L'idée était venue à l'été 1941 :

Le 27 août, à Versailles, l'ouvrier Paul Collette, 21 ans, avait ouvert le feu sur Pierre Laval et Marcel Déat.

Comme Antigone, Collette avait agi seul : la Résistance contre Montoire.

 

Retour à Paris, puis à Beyrouth.

 

Le 4 juin 1982, première répétition : les Juifs bombardent la ville. La guerre, le meurtre. Imane est suppliciée.

Ils ont tué Antigone.

 

Georges revient du Liban. Il est malade de la guerre. Il retourne à Beyrouth.

 

Arrêtons-nous aux deux tiers du livre, le tiers des étoiles est dispensable.

 

Jean Anouilh , Antigone, mise en scène : Nicolas Biançon, 2003

Sorj Chalandon, Le quatrième mur – Ils ont tué Antigone

Québec en septembre, une idée de Karine.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

yueyin 03/01/2016 20:09

Je ne me souvenais pas de ce billet :-)

Lou de Libellus 04/01/2016 19:16

: - )

 


 
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