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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 01:57
Alain Jaubert, Une nuit à Pompéi_01 – devant moi, très nue, très blanche

Alain Jaubert, Une nuit à Pompéi, Gallimard, 2008

 

Par une belle nuit d'été, à la faveur d'une fête, trois personnages se glissent au cœur de Pompéi : un homme, le narrateur, et deux femmes, une star de cinéma britannique et une jeune archéologue italienne spécialiste de l'érotisme antique. Dans les ruines des villas romaines, les trois complices se prêtent en toute simplicité à divers jeux amoureux. A la façon des Mille et Une Nuits, ils laissent s'écouler les heures en se racontant histoires et anecdotes qui mêlent les temps anciens aux temps modernes, le sexe antique à celui d'aujourd'hui. La silhouette menaçante du Vésuve plane sur ces scènes et déclenche les souvenirs du narrateur. Des souvenirs liés au volcan, à la ville de Naples, à sa baie et à ses îles enchantées, et qui semblent ponctuer toute une vie pour aboutir à cette nuit pompéienne.

4e de couverture

Alain Jaubert, Une nuit à Pompéi_01 – devant moi, très nue, très blanche

Réalisateur de nombreux films documentaires, Alain Jaubert est l'auteur de la série « Palettes », diffusée depuis 1989 sur Arte et dans le monde entier. Son roman Val Paradis a reçu en 2005 la bourse Goncourt du premier roman et de nombreux autres prix.

4e de couverture

 

Synaulia, The Villa Of Mysteries, in album Music from ancient Rome, Volume 2, Amiata Records, 2002

Synaulia est un groupe de musiciens, archéologues, chorégraphes, appliquant leur recherche historique, en particulier, à la musique et à la danse dans l'antiquité étrusque et romaine.

Alain Jaubert, Une nuit à Pompéi_01 – devant moi, très nue, très blanche

Aphrodite callipyge, Musée Archéologique National de Naples

 

Elle est debout devant moi, très nue, très blanche. Elle me tourne le dos. C'est une toute jeune femme à la chevelure frisée et coiffée en longues et savantes torsades. En appui sur sa jambe gauche, la droite un peu levée de façon à créer une légère dissymétrie dans son dos, elle penche la tête sur son épaule droite et tente de jeter un coup d'œil vers ses fesses comme pour vérifier qu'elles sont bien dénudées et tournées vers moi. Et, en effet, elle relève du bras gauche sa grande tunique plissée, découvrant ses jambes, ses cuisses, ses fesses et ses hanches. A la hauteur des reins, deux petites fossettes surmontent l'espèce de vallonnement en fourche qui précède la raie. Chaque fesse se rattache aux chairs de sa hanche par une ondulation délicate puis tombe, bien ronde et pleine, légèrement débordante vers le haut, refermant sa course en se soudant à l'arrière de la cuisse par une nouvelle ondulation. Les deux courbes, bordant et soulignant le bas des fesses, remontent un peu et se rejoignent sous la raie centrale. Dans le creux assez profond ouvert par la jonction de la raie, des anses charnues des fesses et du haut des cuisses, l'ombre est dense. J'aimerais m'approcher, passer la main sur ces chairs lisses et douces, me baisser, embrasser ces reins et ces rondeurs tendres, étreindre ces hanches, regarder de près cette zone creuse et ombreuse, essayer de voir au plus intime de cette région mystérieuse. Interdit de toucher ! Je ne peux aller plus loin. La jeune femme est de marbre et ne répondra ni à mes caresses ni à ma curiosité.

Elle s'est imposée à moi alors que j'observais d'autres courbes, d'autres plis, un autre trou sombre. Pourquoi ? Pourquoi cette figure vient-elle se superposer à ce paysage terrible que j'ai devant les yeux ? J'étais au sommet du Vésuve, je regardais le cratère lorsque cette statue de l'Aphrodite callipyge, « Aphrodite aux belles fesses », cette émouvante statue du musée de Naples, s'est soudain rappelée à mon souvenir.

Il faudrait peut-être commencer par le commencement.

 

Le Vésuve, son cratère inquiétant, vu d'avion en arrivant de bonne heure. Une envie subite de le revoir de plus près. Un taxi, puis l'ascension sur un large chemin aménagé, avec une cabane : bar, souvenirs, cartes postales et pierres du Vésuve.

 

Porte d'Italie, il part pour Naples en stop, un léger bagage, il y a de cela dix-huit ans. Le second voyage en Italie fut pour Venise, un autre émerveillement, une autre histoire, un autre roman.

 

A Naples, Stendhal, Gérard de Nerval, une fille de la nuit dans le quartier de Piedigrotta, la fille au petit chat : « Che vuoi ? », il la suit, une scène très brève, c'était la première fois.

 

La soixante-dix-neuvième année de notre ère, dans le sud de ce que nous appelons aujourd'hui l'Italie, en plein été, le 24 août exactement, une montagne fertile, réputée pour son vin, ses olives, ses fruits, que les habitants de cette province romaine appelaient Vesuvius, explosa et, en quelques heures ensevelit sous plusieurs mètres de cendres et de lapilli une grande partie de la région située à ses pieds, faisant disparaître villes, hameaux, fermes et luxueuses villas dispersées dans la campagne.

 

On avait alors décidé de célébrer le passage à l'an 2000 par un colloque, « Pompéi, 2000 ans d'histoire », rassemblant érudits et archéologues venus du monde entier et s'achevant par une fête à la hauteur de l'événement.

 

Une rencontre : Marina Wilson, la Natacha de Guerre et Paix, le film de Richard Hayes qui l'a rendue célèbre en 1960, alors qu'elle était encore toute jeune. Une rencontre rappelant une rencontre plus ancienne.

 

Nouvelle histoire, celle d'un jeune homme de dix-huit ans, pilotin sur le Provence, un paquebot faisant halte dans la baie de Naples, chargeant des centaines de pauvres pour les amener en Amérique du Sud où ils espèrent échapper à la misère.

 

En débarquant au port, il est à peine neuf heures et demie, les panneaux d'affichage électronique de la gare maritime marquent déjà 36 degrés.

[…] Je débouche sur la place. Un petit groupe attend sur le perron du musée. […] Sans doute des archéologues, des historiens, des spécialistes de la civilisation romaine.

Ils sont accueillis par le Surintendant pour découvrir la nouvelle disposition des salles, et en priorité le « cabinet secret ».

Alain Jaubert, Une nuit à Pompéi_01 – devant moi, très nue, très blanche

Pan donnant une leçon de musique au berger Daphnis, marbre, Ier siècle av. J.-C., collection Farnèse, Musée Archéologique National de Naples – copie romaine d'un original grec d'Héliodore (IIIe-IIe siècle av. J.-C.)

 

Anna Maria Caprioli, jeune, grande, pulpeuse, guide et commente : une sculpture bizarre, Daphnis, au destin tragique, Daphnis initié par Pan à la musique, et peut-être plus – on voit un satyre poilu, couillu et frémissant sous le prépuce, et un tout jeune homme au zizi de garçonnet, les cuisses écartées.

La réputation sulfureuse du cabinet secret l'a fait interdire au public jusqu'au deuxième tiers du XXe siècle.

Alain Jaubert, Une nuit à Pompéi_01 – devant moi, très nue, très blanche

Cippe funéraire en forme de phallus, Musée Archéologique National de Naples

 

Anna Maria nous entraîne vers la seconde salle. Un cippe funéraire en forme d'énorme phallus.

 

Les scènes érotiques s'exposent de salle en salle. Phallus en érection, fesses rebondies, c'est très chaud. Il fait très chaud. Anna Maria en est ruisselante sous sa petite cotonnade vert amande devenue moulante.

Ils se donnent rendez-vous pour le lendemain soir, à la réception.

 

Naples, avril 1974. Pluies incessantes. Bord de mer.

Il faut s'arrêter là, dit l'homme. On ne peut pas continuer ainsi. C'est un vrai déluge.

Comme tu voudras, dit la femme.

Il y a un grand hôtel vieillot, le MIRAMARE, en lettres d'or sur le fronton de marbre blanc. Au comptoir, un vieil employé poussiéreux, comme le velours rouge de l'ascenseur en panne. Marbres ébréchés, acajou défraîchi, miroir au tain piqueté. Une fissure en zigzag traverse le plafond de la chambre. Dans les couloirs, des photos antiques, jaunies, dédicacées témoignent d'un ancien faste.

On se croirait l'année dernière à Marienbad.

 

Le temps passe, le béton a remplacé le rivage, les ordures, la nature. Le chemin du Mont Misène est devenu zone militaire interdite. Il y a des trous dans la clôture de barbelés.

Entrons.

Au bout d'un instant, je sentis que mes semelles écrasaient de drôles de choses qui rendaient un son curieux. Je me penchai et je vis que le sol était tapissé, littéralement tapissé, de seringues. Autour des seringues et accrochés un peu partout dans les piquants de genévriers ou les touffes de genêts, des centaines de préservatifs, des blancs, des roses, des jaunes.

Le temps... Seul le Vésuve est éternel.

Et, en redescendant vers Misène et Bacoli, je me remémorai deux épisodes que j'avais vécus en Italie au cours des années précédentes.

[…]

Rome, 1998. Je prépare un film sur David et sur ses Sabines.

Via del Monte Tarpeio. Le chemin vers le Monte Caprino est barré par des barbelés. Un passage permet de se glisser dans la zone interdite. Des garçons s'enlacent, le sol est couvert de seringues et de préservatifs de toutes les couleurs.

 

Gênes, l'année suivante. Je tourne un film sur Nietzsche. J'ai choisi de refaire tous les itinéraires et toutes les étapes de la vie de ce personnage que j'aime avec tendresse. Il arrive à Gênes début octobre 1881, juste après avoir quitté Sils-Maria.

[…]

Friedrich Nietzsche habite donc Gênes pour la troisième fois et durant six mois, du dimanche 2 octobre 1881 au mercredi 29 mars 1882.

Le dimanche, il va faire un tour dans « son jardin » (Ich war in meinem Garten...), celui de La Villetta Di Negro, détruite lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Le jardin est en zone interdite (Divieto di accesso), encore... et encore cette mince couche d'objets vénéneux et à jamais imputrescibles.

Toujours les mêmes questions, et nulle réponse.

 

J'arrive chez Marina. Elle est prête. Elle m'attendait sur sa terrasse, allongée à l'ombre d'un grand parasol rose, une bouteille d'eau minérale posée sur la table à côté d'elle.

Alain Jaubert, Une nuit à Pompéi_01 – devant moi, très nue, très blanche

La Villa des Mystères les attend.

 

1968 ! Ce fut une drôle d'année, chacun sait cela.

Paestum. Une tombe grecque à caisse. Des scènes peintes avec personnages, datant des environs de l'an 480 avant notre ère, c'était la première découverte d'une peinture grecque non décorative intacte.

[…] deux hommes, un jeune qui tient une lyre et un plus âgé, se caressent en se regardant tendrement.

 

Avec Marina. Nous nous garons près de l'entrée des fouilles de Cumes. L'antre de la Sibylle de Cumes. Virgile... Ibant obscuri sola sub nocte per umbram.

Avec Marina... un vrai savium... la suite est unprintable.

 

En fait la Sibylle, c'était une vulgaire prêtresse ! Et ce que les visiteurs venaient voir c'était la FEMME ! Et ce qu'elle leur montrait, ça ne pouvait être autre chose que son cul !

 

Revenons au jour, ou à la nuit venue : la nuit venue, Anna Maria conduit Marina Wilson et le narrateur – vous suivez ? – dans les lieux cachés de Pompéi. Un panier : champagne, assortiment de canapés, gâteaux.

 

Au lupanar, on lit : Arpocras hic cum Drauca bene futuit denario – ce qui ne se traduit pas.

Et puis : Hic ego puellas multas futui. Ou encore : Vos mea mentula desuerit, dolete, puellae, pedicat culum. Cunne superbe, vale. Et : Ieri nella fica / Oggi nella bocca / Domani nel culo (un charmant poème récent en italien).

 

Anna Maria a posé la torche allumée sur un socle.

Mais en fin de compte, demande Marina, comment les Romains vivaient-ils leur sexualité ? Vraiment comme on l'a dit ? Comme on le lit dans le Satiricon ?

Oui, il faut que je vous donne d'abord un petit aperçu des façons de faire l'amour chez les Romains. Ça se résume par cinq verbes : futuere, pedicare, fellare, lingere, irrumare.

 

La suite nocturne, à trois, relègue La Philosophie dans le boudoir au rayon des contes édifiants.

 

* * * à suivre...

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

des pas perdus 16/12/2014 19:10

Non point...

des pas perdus 14/12/2014 11:32

Voir Naples et mourir... Ce n'est pas de votre serviteur ;-)
Souvenir inoubliable d'un dimanche de juillet 82 à déambuler dans les rues de la cité endormie... L'impression que ses habitants allaient revenir...

Lou de Libellus 14/12/2014 11:44

Ton Anna Maria connaissait-elle également le secret des lieux ?

 


 
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