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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 01:15
Árni Thórarinsson, L'ombre des chats – on est tellement démuni face aux faux-semblants

Árni Thórarinsson, L'ombre des chats (Ár kattarins, Árni Thórarinsson, Forlagid, 2012), traduit de l'islandais par Éric Boury, Éditions Métailié, 2014

 

Qu’est-ce qui se cache derrière le “suicide assisté par ordinateur” soigneusement scénarisé de la jeune femme dont le récent mariage avait été transformé en cauchemar par une farce de très mauvais goût ? Qui envoie sur le téléphone d’Einar des messages obscènes à l’orthographe défaillante ? Qui a attaqué, devant une boîte de nuit, le cadre dynamique et misogyne qui terrorisait sa famille, et l’a expédié à l’hôpital dans un coma profond ? Quelles manipulations politiques viennent troubler la bataille pour le destin du Journal du soir, le grand quotidien islandais ? Quel jeu mène son directeur ?

Enquêteur nonchalant et lucide, Einar tente de résoudre ces énigmes malgré l’hostilité du commissaire de police local. Pour cet amateur de rock qui regarde les changements du monde avec une distance désabusée, les choses ne sont pas toutes ce qu’elles semblent être. Et le bonheur est peut-être fugitif comme l’ombre des chats. Árni Thórarinsson a un point de vue caustique et lucide sur la société mondialisée. Il construit ici une critique sociale féroce et pose des questions gênantes dans un thriller bien ficelé et plein d’ironie.

4e de couverture

Árni Thórarinsson, L'ombre des chats – on est tellement démuni face aux faux-semblants

Árni Þórarinsson starfaði árum saman sem blaða- og fjölmiðlamaður, var m.a. ritstjóri Mannlífs og blaðamaður á Morgunblaðinu.

Fyrsta skáldsaga Árna, spennusagan Nóttin hefur þúsund augu, kom út árið 1998 og síðan hefur hann sent frá sér fleiri bækur um blaðamanninn Einar, auk annarra sagna. Hann á einn kafla í bókinni Leyndardómar Reykjavíkur 2000, sem nokkrir glæpasagnahöfundar skrifuðu í sameiningu og árið 2002 kom út bókin Í upphafi var morðið sem Árni skrifaði ásamt Páli Kristni Pálssyni. Þeir hafa einnig unnið saman tvö sjónvarpshandrit, Dagurinn í gær, sem sýnt var í RÚV 1999 í leikstjórn Hilmars Oddssonar og 20/20, sem Óskar Jónasson leikstýrði fyrir RÚV 2002. Síðarnefnda myndin var tilnefnd til fjögurra Edduverðlauna, meðal annars fyrir besta handrit. Þá hefur Árni sent frá sér viðtalsbók og þýðingu á barnabók eftir Evert Hartman, en fyrir þá þýðingu hlaut hann Barnabókaverðlaun Reykjavíkurborgar 1984. Spennusögur Árna hafa komið út í þýðingum, meðal annars á Norðurlöndunum, í Þýskalandi og Frakkland.

 

Árni Thórarinsson (Árni Þórarinsson, en islandais) est né en 1950 à Reykjavik. Après un diplôme de littérature comparée à l'université d'East Anglia à Norwich en Angleterre, Árni Thórarinsson devient journaliste. Il exerce dans différents grands journaux islandais. Il participe également à des jurys de festivals internationaux de cinéma et a été organisateur du Festival de cinéma de Reykjavík de 1989 à 1991. Ses romans sont traduits dans les pays nordiques, en Allemagne et en France.

 

Un samedi après-midi en mars

 

« Tu es nue ? »

Trois mots et deux fautes d'orthographe, adressés au mauvais numéro. En tout cas, je suppose.

 

Einar est journaliste. Il est invité à un mariage, il peut venir accompagné, il a pensé à Gunnhildur, sa vieille amie nonagénaire pour cavalière.

 

J'espère bien qu'on va nous offrir un petit verre de schnaps, dit la vieille dame.

 

Les coupes de champagne virevoltent dans la longue salle blanche décorée de fleurs et de ballons.

[…]

Joa nous rejoint, suivie par Heida.

 

Joa est lesbienne, photographe et musclée. Heida, sa petite amie, est la féminité incarnée.

 

Un mariage, deux mariées : Kristin et Saga. Le pasteur luthérien n'est pas regardant.

 

Adalheidur Heimisdottir, directrice de la rédaction au Courrier d'Akureyri, précise Heida avec un sourire, l'air un peu solennel.

Gunnhildur Bjargmundsdottir, vieille bique en maison de retraite, répond ma cavalière qui, rivée sur sa chaise, toise mes deux copines.

 

Sur la table installée contre le mur juste à côté de l'entrée sont entassés les cadeaux que les invités ont offerts aux mariées.

 

Dans un paquet, un petit bocal où nage, à première vue, un cornichon.

 

Dans le liquide baigne un pénis sectionné et tout recroquevillé.

 

Samedi soir

 

Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Murmure Kristin...

 

Kristin et Saga s'avancent à travers la foule qui leur fait une haie d'honneur. Au son d'une chanson de Judy Garland qui parle du pays de l'arc-en-ciel. Toutes deux dansent joue contre joue, à l'ancienne.

 

Victor Fleming, Le Magicien d'Oz (The Wizard of Oz), Somewhere Over The Rainbow – Judy Garland, 1939

 

Somewhere over the rainbow, way up high

There's a land that I've heard of once in a lullaby.

Somewhere over the rainbow, skies are blue

And the dreams that you dare to dream,

Really do come true.

 

Vient l'histoire du triton, un conte populaire islandais. Eyvindur, un invité, sourit.

C'est une histoire qui parle de préjugés, de méconnaissance et de bêtise, mais aussi de peur et d'inquiétude face à l'inconnu ou à ces choses qu'on ne comprend pas

Ah, soupire Gunnhildur, on est tellement démuni face aux faux-semblants.

 

Dimanche

 

Le pénis de Napoléon a été sectionné au cours de son autopsie. Plus tard, il a été vendu à un scientifique pour la somme de trois mille dollars.

Sur la Toile, on trouve des mentulae à tous les étages. Et le Musée islandais des Phallus présente une collection de presque trois cents organes mâles de toute espèce conservés dans le formol ou séchés.

 

Mercredi matin

 

Peut-on tout acheter ? Tout est-il possible ?

[…]

Le commerce des pénis s'étendrait-il jusqu'à notre lointaine île du Nord ? La dégénérescence ne connaît-elle aucune frontière ?

Bien sûr que non, tant qu'il y a un marché. La demande ne connaît aucune frontière.

 

Einar ! Téléphone !

C'est à propos d'un article du jour, en page deux :

Un homme âgé d'un peu plus de quarante ans a été admis au service des soins intensifs suite à une agression particulièrement violente et apparemment gratuite qui a eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche. Il faisait la queue devant un bar du centre-ville de Reykjavik quand une femme également présente dans la file d'attente s'en est prise à lui, armée d'une bouteille de Breezer.

Y aurait-il un lien avec l'affaire du bocal ? Les présomptions s'accumulent.

 

Lundi après-midi

 

Einar ouvre le bocal. C'est du bluff ! C'est une fausse ! La chose est un moulage en matière de synthèse – une plaisanterie douteuse.

 

Einar reçoit un nouveau texto, en provenance du même numéro que pour le message du samedi : Tu es nu ? - cette fois, sans faute. Le téléphone du député Smari Pall Karason.

Un lien ? Une affaire politique ?

 

Mardi matin

 

Einar ! halète Joa, la voix tremblante, à l'autre bout de la ligne. Ils sont morts !

Comment ? Qui donc ?

_ Kristin et Eyvindur ! Ils sont morts tous les deux !

 

Mardi après-midi

 

Un double suicide en apparence. Mais il ne faut pas se fier aux apparences.

 

Mercredi...

 

Jeudi après-midi

 

Deux étudiants originaires des îles Orcades et appréciés de tous ont été retrouvés morts dans leur chambre d'hôtel.

Ainsi commence le papier d'un journal.

Quand une femme de chambre les a trouvés, ils étaient assis l'un en face de l'autre à une table sur laquelle reposait un ordinateur connecté à une pompe commandée par le clavier, et d'où partaient des perfusions reliées à leurs avant-bras.

 

Dimanche, on apprend que d'après le calendrier vietnamien, nous sommes dans l'année du chat.

 

Mardi matin, Einar envoie un texte dans le système : vérité et réalité dans un monde d'illusions.

 

Samedi

 

Ah, on est tellement démuni face aux faux-semblants.

La radio passe une chanson des Who.

 

Pete Townshend, Substitute, The Who, 1966

 

You think we look pretty good together

You think my shoes are made of leather

 

But I'm a substitute for another guy

I look pretty tall but my heels are high

The simple things you see are all complicated

I look pretty young, but I'm just back-dated, yeah

 

Substitute your lies for fact

 

Le coupable ! demandez-vous. Non, pour une fois, ce n'est pas le majordome. Son nom n'a pas été donné dans la présente page. Il s'est fait connaître jadis comme un militant de l'euthanasie (un militant déçu, c'était autrefois, hélas pour lui !). En fait, un esthète de l'image et de la mise en scène – c'est ce qui le trahit.

 

Encore une œuvre parlant du semblant et du faux-semblant, où mensonge et vérité se cherchent.

Un récit tissé de fausses pistes, dans une langue comme si de rien n'était. Et une vision (une représentation ?) cruelle du monde et de l'Islande.

 

L'ombre des chats est un excellent roman. Des pas perdus le dit et nous soutenons, dans sa lutte, le socialiste de la vieille école :

« Je suis un socialiste de la vieille école, j'ai travaillé comme un esclave toute ma vie, mais je suis sûr que si on nettoyait toute la merde que les capitalistes ont foutue et qu'on redistribuait toutes les cartes, les gens vivraient mieux. Au lieu de ça, les riches se voient offrir un nouveau départ avec un bel avantage. »

C'est une citation tirée du roman par Des pas perdus, son aveu personnel ?

 

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commentaires

yueyin 09/03/2015 21:30

essayer ou ne pas essayer ? peut être bien en fait... Islande et chat, ça fait deux bons points :-) (pourvu que ce ne soit pas trop gore)

Lou de Libellus 10/03/2015 06:10

Gore ? Non. Le coup du bocal est burlesque, et les faux suicides sont très propres - c'est même cette manie de la propreté qui trahit l'esthète criminel.

Le Gentil 08/03/2015 10:37

Un pénis semblable à un cornichon : ils l'ont vert, en Islande ? Ainsi s'expliquerait le "nouveau départ avec un bel avantage" que leur a apporté le viagra ? Quel grand quotidien de ce tout petit pays enquêtera ? (C'était notre rubrique les trois Q [questions])

Lou de Libellus 08/03/2015 13:05

La plaisanterie est douteuse, c'est une fausse piste.
Il y a de la came, et des camés, mais pas de potion magique.
L'enquêteur est un journaliste du 'Journal du soir de Reykjavik'.

(C'était notre rubrique les trois R [réponses])

des pas perdus 07/03/2015 11:27

Exactement, j'avoue.
Ce livre t'a botté...

Lou de Libellus 07/03/2015 15:56

Oui, chat m'a botté - en touche pour Judy.

 


 
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