Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

Recherche

l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 01:15
Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris, (The Twelve Children of Paris, Jonathan Cape, 2013), traduit de l'anglais par Benjamin Legrand, Sonatine, 2014

(Le Grand Livre du Mois, pour notre édition)

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

23 août 1572. De retour d’Afrique du Nord, Mattias Tannhauser, chevalier de Malte, arrive à Paris. Il doit y retrouver sa femme, la comtesse Carla de La Penautier, qui, enceinte, est venue assister au mariage de la sœur du roi avec Henri de Navarre. A son arrivée, Mattias trouve un Paris en proie au fanatisme, à la violence et à la paranoïa. La tentative d’assassinat contre l’amiral de Coligny, chef des réformistes, a exacerbé les tensions entre catholiques et protestants. Introduit au Louvre par le cardinal de Retz, Mattias se retrouve bientôt au cœur des intrigues de la Cour et comprend très vite que le sang va couler dans les rues de Paris.

Dans une capitale déchaînée, où toutes les haines se cristallisent, Carla est impliquée au même moment dans une terrible conspiration. Plongé dans un océan d’intrigues et de violences, Mattias n’aura que quelques heures pour tenter de la retrouver et la sauver d’un funeste destin.

Tim Willocks est sans aucun doute l’un des plus grands conteurs de notre temps. Avec un souffle épique qui évoque Alexandre Dumas, il nous donne ici un roman inoubliable qui, se déroulant sur vingt-quatre heures, capture toute la folie d’un des plus terribles épisodes de l’histoire de France.

Tim Willocks est né en 1957. Grand maître d’arts martiaux, il est aussi chirurgien, psychiatre, producteur et écrivain. Scénariste, il a travaillé avec Steven Spielberg et Michael Mann. Auteur de six romans, parmi lesquels La Religion (Sonatine Éditions, 2009) et Green River (Sonatine Éditions, 2010), il vit en Irlande.

4e de couverture

 

Le livre est construit sur les voix alternées de Carla et Mattias Tannhauser.

Une des choses les plus importantes qui est ressortie du livre au moment où j'étais en train de l'écrire est ce contraste entre le masculin et le féminin, leurs principes de vie, ou plutôt leur attitude face à la vie... Car la violence des massacres est une violence masculine et politique. Or, il y a beaucoup de personnages féminins dans le livre, des femmes, des jeunes filles. Le contraste dans leur façon de gérer la catastrophe est devenu la dialectique principale de mon histoire.

 

Incipit

 

Maintenant il chevauchait à travers un pays éventré par la guerre et toujours saignant de ses contrecoups, où les soldats sans solde de monarques coupables exerçaient encore leur métier, où bienveillance était folie, et cruauté force, où personne n'osait affirmer être le gardien de son propre frère.

Il passa des arbres aux pendus, où des corbeaux aux pattes rougies étaient perchés, noirs comme leur charogne, où de petits groupes d'enfants en guenilles lui rendaient son regard en silence. Il passa les carcasses sans toit d'églises incendiées, où des tessons de vitraux étincelaient tels des trésors abandonnés dans les débris du choeur. Il passa des campements habités par des squelettes rongés, où les yeux jaunes des loups luisaient dans les ténèbres. Parfois une meule de foin en flammes éclairait une colline lointaine. Au clair de lune, les vignobles en cendres étaient blancs comme des tombeaux.

En très peu de jours, il avait couvert plus de lieues qu'il ne l'aurait cru possible. Et maintenant il y était enfin, et il y était arrivé : au terme du voyage. Les murailles tremblotaient dans le lointain, gauchies par la chaleur d'août, et au-dessus d'elles luisait un plastron de brume ocre, comme si ces murs d'enceinte n'avaient pas été de pierre, mais plutôt la lèvre d'un vaste puits ouvrant vers les royaumes infernaux.

Telle fut sa première impression de la ville la plus catholique de toute la chrétienté.

Cette vision lui apportait un vague réconfort. Les pressentiments qui l'avaient habité n'avaient pas diminué. Il avait dormi près des routes et il était remonté en selle dans la fraîcheur précédant l'aube et, chaque matin, sa destinée s'était dressée devant lui. Il la sentait qui l'attendait, tapie derrière ces murailles plutoniennes. Dans la ville de Paris.

Mattias Tannhauser pressa le pas en direction de la porte Saint-Jacques.

L'enceinte de trente pieds de haut était parsemée de tours de guet tout aussi hautes. La porte était encore plus massive et, comme les murs, souillée par le temps et les fientes d'oiseaux. Comme il traversait le pont-levis, ses yeux s'embuèrent des vapeurs putrides émanant des douves emplies d'ordures. A travers la buée, comme dans un rêve, deux familles se pressaient pour sortir entre les énormes portes de bois.

Elles étaient entièrement vêtues de noir et Tannhauser se dit que ce devaient être des huguenots. Ou des calvinistes, luthériens, protestants, ou autres réformateurs. A la question de comment les nommer il n'avait jamais trouvé de réponse servant tous les besoins. Leur nouvelle conception de la vie avec Dieu faisait à peine ses premiers pas que des factions internes étaient déjà prêtes à se sauter à la gorge. Cela ne surprenait pas du tout Tannhauser, qui avait tué pour Dieu au nom de plus d'une croyance.

Ces huguenots, femmes et enfants compris, ployaient sous divers bagages et balluchons. Tannhauser essayait d'imaginer tout ce qu'ils avaient abandonné d'autre. Les hommes, qui avaient l'air de deux frères, échangèrent un regard de soulagement. Un garçon mince releva la tête pour regarder Tannhauser. Tannhauser esquissa un sourire. Le garçon cacha son visage dans les robes de sa mère, révélant une marque de naissance grosse comme une fraise sous l'angle de sa mâchoire. La mère vit qu'il l'avait remarquée et, de sa main, elle couvrit la marque.

 

« les royaumes infernaux... ces murailles plutoniennes » : nous sommes dans l'Enfer de Dante, comme le confirment d'autres références tout au long du récit.

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

Paris 1572

Darren Bennett, carte adaptée de « Map of Paris, 1572 » de Braun et Hogenberg, Bibliothèque nationale d'Israël

(cliquer ICI pour mieux lire l'image : la carte légendée pour le roman permet de suivre les personnages dans leurs aventures)

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

Braun et Hogenberg, Map of Paris, 1572, Bibliothèque nationale d'Israël

(cliquer ICI pour mieux lire l'image)

 

Diego Ortiz, Recercada primera sobre el passamezzo antico, Jordi Savall : Viola da gamba, Arianna Savall : Harp, Ferran Savall : Theorbo, Colegiata de Sant Vicenç de Cardona, vers 2001-2013

 

Carla est une virtuose de la viola da gamba, elle a été invitée au mariage royal pour jouer lors des réjouissances.

 

A Paris en 1572, ça chie, ça fornique, ça détrousse, ça s’entre-tue, ça sodomise, dans tous les coins. Les fillettes aguichent le chaland sous l’œil de leur maquereau. Les prêtres troussent les gueuses au fond des cours. L'atmosphère est lourde d'une puanteur venant autant des déchets et déjections domestiques que des coupables activités de la rue. On respire un peu mieux dans les cabarets enfumés dont l'air chargé de vapeurs vinassières masque les relents du dehors.

[…] et ceux parmi les damnés, dont la tâche éternelle était de récurer le pot de chambre de Satan avec leur langue ne connaissaient pas pire puanteur.

 

Dès son arrivée, Mattias Tannhauser, preux chevalier, sauve et recueille Grégoire, un enfant affligé et maltraité par son maître, et il en fait son servant : il le soigne, le nourrit, l'habille.

Entrons dans les tavernes d'étudiants. Dans la quatrième, Le Bœuf Rouge, Tannhauser prit une table près de la porte. Il commanda du vin, une tourte froide à l'oie et deux jeunes poules rôties. […] La tourte était grasse, moelleuse et délicieuse.

(on pourrait suivre un fil de lecture Nourritures terrestres)

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

Saint Bartthélemy, icône, église Saint-Michel-Archange, Bakou

 

Le 23 août est la veille de la Saint-Barthélemy, la fête de saint Barthélemy l'apôtre.

En ce temps-là, les grands et les puissants demeuraient comme subjugués par leur propre suffisance ; leurs plus abjectes émotions faisaient tourner les roues de l'Histoire. (en 2015, le monde a bien changé)

 

A la Grande Halle, dans le Palais de justice, Mattias trouve une robe de baptême finement brodée, Carla allait l'adorer.

Il retrouve une ancienne connaissance, Guzman, un mercenaire espagnol, désormais au service d'Albert de Gondi, le comte de Retz : il assure sa garde rapprochée. Retz, Guzman et Tannhauser se rendent au Louvre – toujours pour Carla. En chemin, Tannhauser évoque ses pensées sur les guerres de religion : elles sont dues aux ambitions politiques et économiques des puissants et non à des différends à propos de la lecture des textes. (en 2015, le monde a bien changé)

C'est une guerre entre croyants qui ne comprennent pas ce en quoi ils croient. C'est une question de pouvoir, pas de religion.

Au Louvre, sous les ors et les stucs, un étalage de la décadence, des femmes de haute lignée dévoilant leurs seins pour des gentilshommes alanguis par la débauche. Le tout dans une odeur d'urine persistante.

Tim Willocks, Les Douze enfants de Paris – le pot de chambre de Satan

François Dubois, Le Massacre de la Saint-Barthélemy, vers 1572-1584, huile sur bois de noyer, 93,5 x 154,1 cm – © Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne

(cliquer ICI pour mieux lire l'image)

 

Le massacre commence au son du tocsin. Ça saigne, ça s'étripaille, ça meurt beaucoup, et ça émascule à cœur joie. Les pillards sont à la fête pendant les tueries.

 

On embroche... et cela nous donne de l'appétit : entrons dans une gargote. Une tourte à la viande froide composée de porc émincé, d'étourneaux et de morceaux de lapin, […] un plateau de tartelettes au fromage, un chargement d’œufs farcis, un blanc-manger de riz au poulet et un potage de tripes de bœuf séchées […]. Des pichets de vin […]. […] une tournée de petites tartes aux figues dégoulinantes de miel accompagnées d'une assiette d'écorces d'orenges confites avec un pichet de lait de vache.

(on pourrait suivre un fil de lecture Nourritures terrestres)

 

L'enfant de Carla et de Mattias est né, c'est une fille, Amparo. Ils échappent à Paris. Maintenant, une longue route les attendait pour rentrer chez eux.

 

La folle journée est riche en péripéties, comme dans les grands romans d'aventures du XIXe siècle, ou les chansons de geste.

 

(en 2015, le monde n'a pas changé ; on a seulement inventé les stations d'épuration – attention, risque de polysémie)

 

Avant d'entamer le pavé de 936 pages, veillez à vos provisions.

(on pourrait suivre un fil de lecture Nourritures terrestres)

 

Partager cet article

Repost 0
Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article

commentaires

des pas perdus 05/03/2015 17:40

ça ne sera pas pour samedi mais c'est réciproque...

des pas perdus 03/03/2015 21:22

De nos jours, le désintéressement n'est plus ce qu'il était...

Lou de Libellus 04/03/2015 10:27

Ça dégénère. Mes lectures en font foi. La prochaine (publiée pour samedi) m'est venue de toi.

des pas perdus 03/03/2015 19:43

Les serviteurs de l'Eglise étaient vigoureux à l'époque...

Lou de Libellus 03/03/2015 19:47

Les temps étaient difficiles, il fallait retrousser sa robe pour trousser la juponnée.

 


 
Handicap International

un clic sur les images