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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 00:15
Philippe Pratx, Le Soir, Lilith – apparences mensongères, désespérément

Philippe Pratx, Le Soir, Lilith, L'Harmattan, 2014

Philippe Pratx, Le Soir, Lilith – apparences mensongères, désespérément

Écrivain (Lettres de Shandili, nouvelles, Éditions Thot, 2007), poète (Devîsadageï), chroniqueur (La Nouvelle Revue de l’Inde), fondateur du site Indes réunionnaises, Philippe Pratx est en ce moment professeur de Lettres en Colombie, après un périple de Kinshasa à la Guyane, en passant par La Réunion, Abidjan, Libreville ou encore... la Normandie et l’Ariège. Le Soir, Lilith est son premier roman.

 

Automne 1964. Lilith Hevesi, star hollywoodienne sous le nom d'Eve Whiteland, est morte depuis quarante ans. La Cinémathèque de T. s'apprête à lui rendre hommage tandis que le narrateur, écrivain français, a entrepris une biographie de celle qui fut alors une amie intime, et beaucoup plus. Une journaliste, Solange Marty, rencontre le narrateur : elle prépare elle aussi un article biographique sur Lilith et souhaiterait en apprendre davantage.

Le narrateur, plongé dans son lointain passé, exhume lettres et morceaux de mémoire, parcourt ce qui reste de la filmographie de Lilith. Chemin faisant, et au fil de ses entretiens avec Solange Marty, il fera ressurgir anecdotes du Hollywood des Années Folles ou souvenirs singuliers de l'époque où, près de Lilith, et peu avant sa disparition, il vécut des heures effroyables et sublimes dans ce château hongrois, non loin des lieux hantés jadis par l'Ogresse des Carpates, la comtesse sanguinaire...

Mais Solange Marty, dont le comportement s'avère étrange, est-elle bien la journaliste qu'elle prétend ? Quel liens entretient-elle vraiment avec André Santerre, son psychanalyste ? André Santerre... Qui est-il d'ailleurs vraiment lui-même ? Quels sont les liens mystérieux et complexes qui le rattachent à Lilith ?

Le narrateur n'est pas au bout de ses surprises, mais il poursuit son exaltant travail de biographe en même temps que sa réflexion sur l'Art Véritable, qu'à ses yeux Lilith, génie du cinéma muet, a incarné jadis... Il poursuit donc sa tâche, à peine troublé par les coïncidences qui l'assaillent, dont celle-ci n'est pas la moins stupéfiante : Solange Marty est née le 23 novembre 1924, le jour même de la mort de Lilith Hevesi ! Une circonstance qui ne peut laisser indifférent celui qui a notamment écrit un essai intitulé Métempsycose et poésie symboliste.

Le lecteur est entraîné dans un labyrinthe basculant incessamment du présent au passé, d'un passé à un autre, se faufilant entre bribes de vie, bribes de films et mondes occultes... un labyrinthe où il fera d'étonnantes rencontres et dont nul ne sait comment il sortira.

Synopsis

 

Incipit

 

1

Où le narrateur, qui a entrepris une biographie de Lilith Hevesi – la star déchue Eve Whiteland ! – reçoit à la fin de l’été 1964 la visite d’une journaliste polie et déterminée, tandis qu’il fouille d’une main fébrile dans ses archives des années 20

 

(1964. Brouillons d’une biographie de Lilith Hevesi). C’est le soir. Quelques mots, sur le soir… Toute la journée j’ai lancé autour de moi, vers les différentes strates, les différents cercles du passé, de petite écrevisses cueillies à l’aube sous les rochers du ruisseau, en les faisant tourbillonner à bout de bras à des vitesses inouïes dans des frondes végétales, souples et résistantes. Au milieu de la clairière. J’y ai passé des heures, jusqu’à ce que mes bras endoloris se refusent à tout effort supplémentaires. Les premiers aboiements des chevreuils dans la forêt m’ont fait sursauter.

 

La première page se lit comme un rêve éveillé.

 

Quarante ans après la mort de Lilith, en 1924, le narrateur, maintenant écrivain, entreprend une biographie de son grand amour d'antan.

 

En juin 1923, Eve Whiteland, une étoile du cinématographe muet, quitte Hollywood et ses illusions fumeuses et stupéfiantes pour revenir à Budapest, chez elle.

Lilith est la première femme, avant Eve.

 

Biographie de Lilith Hevesi

 

- 15 avril 1896 : naissance de Lilith à Èrd, près de Budapest, fille de József, cordonnier, et Anna, couturière.

[…]

- 23 novembre 1924 : Au matin, Lilith est retrouvée morte dans son lit.

 

Novembre 1923

 

Le professeur Hàrs s'est installé au Château. Dans son appartement, à la place d'honneur, son microscope.

Lilith se penche et sonde, l'âme étonnée, l'étrangeté de la goutte de sperme immobile sous la lentille. Toute la nuit Lilith rêve de créatures merveilleuses qu'elle précipite dans un puits profond, peuplé de serpents, de basilics et de vouivres.

Philippe Pratx, Le Soir, Lilith – apparences mensongères, désespérément

(1964. Brouillons d’une biographie de Lilith Hevesi. A Csejthe, mai ou juin 1924). Aux orties, le professeur Hàrs ! Après plusieurs mois d’orgies mystico-scientifiques, notre jolie petite Lilith a fini par avoir assez du vieux beau à la mallette de cuir. Dehors ! Elle l’a proprement renvoyé à ses études, et à son laboratoire de recherches (comprendre : l’appartement miteux où il prétend entre deux lamelles de verre débusquer au milieu des crapauds – énormes ! – les germes parfaits de l’humanité future… un deux pièces au dernier étage, j’y suis passé par curiosité tandis qu’il brisait les cœurs au Château).

Pour se distraire, Lilith qui traverse une de ses périodes de mélancolie a décidé un voyage, une sorte de pèlerinage si l’on veut, vers les lieux inspirés où vécut Erzsébet Báthory. Celle-là même sur laquelle elle a lu tant de pages sanglantes, entendu tant de choses terribles, et qui l’a habitée le temps d’un film, le temps d’un tournage. Plus longtemps sans doute. Elle a donc pris ses malles de frivolités, ses soieries, ses fards et ses fragrances. Sans oublier son pain de terre molle, cette sorte de mastic immonde que les médecins lui donnent à mordre pendant ses crises. Lilith l’aime comme un ami. Et elle le hait. Elle en joue et s’en moque, le nargue du coin de l’œil et lui fait les yeux doux. Elle a l’intention de rester là-bas plusieurs jours. Le temps qu’il faudra. Qu’il faudra pour quoi ? Nous la suivons comme les laquais d’une cour d’amour dont amants éplorés et chastes donzelles se seraient égayés dans le vent, laissant vides le couloir des soupirs qui mène à la chambre de la reine.

 

Quelle illusion veux-tu couler dans le moule de ta vie ?

 

(Du narrateur à Lilith. Juillet 1924). « Si la vie n'est qu'un songe, alors je suis seul. Parfois tout concourt à me laisser croire que ce monde est faux et que tout en ce monde n'est qu'apparences mensongères, désespérément. »

 

Quand on se plonge dans les films d'Eve Whiteland, on a l'impression d'être le spectateur d'un rêve, d'un cauchemar, d'une scène fantastique.

La vie rêvée de Lilith par le narrateur, la douceur onirique de son sommeil d'enfant, la folie née du spectacle ou des brumes opiacées, toute cette mise en scène, en mots, en images a l'air d'une reconstitution d'un puzzle qui, une fois achevé sans qu'aucune pièce n'y manque, ne représenterait rien.

Le narrateur s'est-il perdu dans le dédale des lieux et des moments passés ? N'est-il qu'un personnage dans une fantasmagorie dont le créateur reste caché ? Peut-être est-il le seul être conscient de sa mémoire dans le labyrinthe du Château où s'indéfinissent d'interminables couloirs sous les ors et les stucs, sans issue, désespérément ?

Xanadu... Marienbad... Lilith est une énigme.

 

Fragments d'enquêtes, de confessions, de lettres, d'entretiens, de souvenirs, Lilith est une œuvre complexe où le lecteur est invité à filer son fil d'Ariane en suivant une écriture en grâce.

 

Le soir est presque là maintenant. Ou peut-être la nuit. Cela ne me fait plus repenser à rien. Et cette main au fond de moi ne lâchera plus jamais prise. Si ce n'est qu'il y a ce liquide, de l'être et du temps, qui s'échappe entre les doigts.

 

Lilith, une calligraphie.

 

Épigraphe

 

Mon âme n'est pas assez vide,

il y reste quelque chose de moi

Pierre Jean Jouve

 

Lilith... Paulina...

 

Philippe Pratx, Le Soir, Lilith

 

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commentaires

yueyin 26/04/2015 08:38

Une mystérieuse star du muet, une mystérieuse journaliste, très tentant tout ça :-)

Lou de Libellus 26/04/2015 13:37

Le père Lou, par l'intercession de l'ange Philippe, t'autorise à succomber à la tentation.

des pas perdus 23/04/2015 18:55

Je sens que tu en feras un billet...

des pas perdus 22/04/2015 19:40

Cela semble passionnant. J'ai emprunté ce soir un roman, pas le même que tu as déjà chroniqué... J'espère qu'il me plaira, sinon tu n'en sauras rien !

Lou de Libellus 23/04/2015 07:34

Je suis sur des charbons ardents.
(Je sors du Bazar de la Charité)

 


 
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