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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 00:15
Russell Banks, Un membre permanent de la famille – des chiens et des chats

Russell Banks, Un membre permanent de la famille (A Permanent Member of the Family, HarperCollins Publishers, 2013), nouvelles traduites de l'américain par Pierre Furlan, Actes Sud, 2015 

Russell Banks, Un membre permanent de la famille – des chiens et des chats

Russell Banks, © Nancie Battaglia

Né en 1940, Russell Banks, sans conteste l’un des écrivains majeurs de sa génération, est président du Parlement international des Écrivains et membre de la prestigieuse American Academy of Arts and Letters. Son œuvre, traduite dans une vingtaine de langues et publiée en France par Actes Sud, a obtenu de nombreuses distinctions internationales. Il vit dans l’État de New York.

Récemment chez Actes Sud : Lointain souvenir de la peau (2012).

Source : Actes Sud.

 

Un mari humilié qui rôde dans la maison de son ex-femme, un serveur déprimé qui invente à une inconnue une vie qui n’est pas la sienne pour la sauver d’un hypothétique désespoir, des hommes et des femmes qui, pour transcender leur existence ordinaire, mentent ou affabulent à l’envi, sous le soleil de Miami ou sous des cieux plus sombres... Dans ces douze nouvelles d’une extraordinaire intensité et peuplées de personnages cheminant sur le fil du rasoir, Russell Banks, convoquant les angoisses et les tensions où s’abîment les fragiles relations que l’être humain tente d’entretenir avec ses semblables, transmue magistralement le réel et le quotidien en authentiques paraboles métaphysiques.

4e de couverture

 

Incipit

 

Ancien Marine

 

Après être resté éveillé une heure dans son lit, Connie finit par repousser les couvertures et se lever. Il fait encore nuit. Pieds nus, il frissonne dans son boxer et son tee-shirt. Il ressent une légère gueule de bois – une bière de trop la veille, au 20 Main. D’un geste sec il allume la lampe de chevet puis il remonte le thermostat de treize à dix-huit degrés. La chaudière pousse un soupir rageur, la soufflerie démarre et une odeur de pétrole se répand dans tout le mobile home. Connie tapote son sonotone pour bien le placer sans son oreille et jette un coup d’œil par la fenêtre de sa chambre. La neige tombe sur le gazon, sous le pâle faisceau d’un réverbère. C’est la deuxième semaine d’avril, il devrait pleuvoir, mais Connie est content de voir qu’il neige. Il sort du tiroir de la table de chevet son pistolet de service, un Colt de calibre 11,43, vérifie qu’il est bien chargé et le pose sur la commode.

 

Connie est, pour lui seulement, le Retraité. Il a été viré par le commissaire-priseur qui l'employait. C'est la faute de l'économie. Et la faute de ces mecs, quels qu'ils soient, censés s'en occuper.

Pour vivre, il y a les banques. Une cagoule, un flingue, un sac de sport : des milliers de dollars. Et de la neige sur la route. Le pick-up glisse, on se retrouve à l'hôpital avec une clavicule en trois morceaux et trois fils bien élevés après que leur mère les a abandonnés : deux policiers et un gardien de prison, fidèles à leur père et à leur devoir.

Ils se donnent le temps de réfléchir en quittant la chambre.

Le pistolet est resté avec les billets, il est chargé, le sac a été rapporté dans la chambre, on entend un coup de feu.

 

Un membre permanent de la famille

 

Je ne suis pas sûr d'avoir envie de raconter cette histoire qui parle de moi – en tout cas pas maintenant, environ trente-cinq ans après les faits.

L'histoire de mon ex-femme, d'un chat et d'une chienne, Sarge, un membre permanent de la famille.

 

Fête de Noël

 

Sheila, l'ex-femme d'Harold Bilodeau, s'était remariée, mais pas Harold.

Ils avaient divorcé à l'amiable, comme on dit. Sheila avait une liaison avec Bud Lincoln, un ami de la famille et leur voisin.

Harold vivait seul avec leurs trois chiens et deux chats.

Sheila et Bud ont fait construire une maison de rêve, adopté un petit Éthiopien, transformant ainsi un banal adultère en une belle histoire de grand amour.

Ils invitent Harold, parmi bien d'autres, à leur grande soirée de Noël où chacun apportera sa décoration au sapin.

Harold reprend une bière au bar de la fête, la fille tatouée qui le sert lui souhaite un joyeux Noël.

« A vous aussi, répond-il. Dites-moi votre prénom. »

 

Blue

 

Depuis près de trois ans Ventana a mis de côté cent dollars par mois. Aujourd'hui, elle a retiré trois mille cinq cents dollars en billets à la coopérative de crédit. Elle a quarante-sept ans, elle vit seule depuis son divorce, ses deux enfants sont loin.

Aujourd'hui, elle achète une voiture chez Sunshine Cars USA, une belle occasion, ils en ont dans ses prix.

Elle repartira dans sa voiture après avoir payé en billets – pour un chèque, on ne ferait pas confiance à une Noire.

On lui dit de regarder les voitures des dernières rangées au fond du parc.

Sunshine ferme à dix-huit heures. On oublie Ventana, on lâche le pitbull, Ventana est enfermée.

Elle échappe à la bête furieuse en se réfugiant sur le toit d'une voiture, puis en sautant de voiture en voiture elle se rapproche de l'entrée.

Reynaldo, un adolescent, passe devant la clôture, il apprend la mésaventure et appelle Channel 5 – le 911 refusant de se déplacer pour porter secours.

L'événement n'intéresse pas l'équipe de télévision venue sur place. Ventana reste seule, avec le chien.

Comment t'appelles-tu, chien-chien ? Peut-être Blue, comme dans une vieille chanson : « J'avais un chien et il s'appelait Blue... »

Le chien ne gronde ni ne grogne. Il ne respire même pas bruyamment. Silencieux, il frappe comme un serpent.

 

Joan Baez, Old Blue, Traditional

 

Où il est question de solitude, de vies bancales, de chiens et de chats.

 

Russell Banks est un très grand.

 

- - -

 

ANNEXE

 

Joan Baez, Old Blue, Traditional

 

Well, I had an old dog and his name was Blue

Had an old dog and his name was Blue

Had an old dog and his name was Blue

Betcha five dollars he's a good dog too

« Here old Blue, good dog you »

 

Well, I shouldered my axe and I tooted my horn

Went to find 'possum in the new grown corn

Old Blue treed and I went to see

Blue had 'possum up a tall oak tree

 

Mmm, boy I roast'd 'possum, nice and brown

Sweet potatoes, n' all around

And to say, « Here old Blue

(Here, boy)

You can have some too »

 

Now, old Blue died and he died so hard

Made a big dent in my backyard

Dug his grave with a silver spade

Lowered him down with a link of chain

Every link I did call his name

Singing, « Here, old Blue-ue, good dog you »

 

Now, when I get to heaven, first thing I'll do

When I get to heaven, first thing 'awm do

When I get to heaven first thing I'll do

Pull out my horn and call old Blue

I'll say, « Here old Blue, come on dog, good dog you »

 

I'll say, « Here Blue-e, I'm a coming there too

Down boy, good dog »

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

yueyin 26/04/2015 09:45

Celui-là est sur ma liste (infinie la liste mais néanmoins :-) )

Lou de Libellus 26/04/2015 13:41

Exponentielle.

des pas perdus 11/04/2015 08:10

Dingue, je ne m'en souvenais plus.
Il est capable d'écrire des nouvelles, des petits romans et des pavés, la plupart axés sur les petites gens.

despasperdus 09/04/2015 20:55

Je l'ai vu en librairies. Un de mes auteurs préférés découvert avec Bones.

Lou de Libellus 09/04/2015 23:01

C'est toi qui me l'as fait découvrir avec 'Lointain souvenir de la peau' (cité en lien).

 


 
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