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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 00:15
Steve Tesich, Price – tout homme est une île

Steve Tesich, Price (Summer Crossing, 1982), traduit de l'anglais (États-Unis) par Jeanine Hérisson, Monsieur Toussaint Louverture, 2014 – illustration de couverture : Thibault Balahy

La couverture est du Loop Uncoated Antique Vellum de 290 grammes imprimé en offset, puis cogné typographiquement pour lui apprendre un peu la vie. Le papier intérieur est de l'Ambegraphic de 80 grammes.

(source : éditeur)

Steve Tesich, Price – tout homme est une île

Steve Tesich (Stojan Tešić), né le 29 septembre 1942 à Užice en Yougoslavie (dans l’actuelle Serbie), était scénariste, dramaturge et romancier.

 

Épigraphe

 

« L’homme a des endroits de son pauvre cœur qui n’existent pas encore mais où la douleur entre afin qu’ils soient. »

Léon Bloy

 

Quelques phrases tirées du roman et gravées sur le dos du livre

 

« Des choses mortes, de vieux rêves brisés, nous en avons tous, nos têtes en sont pleines, la mienne en tous cas, elle en est pleine. A une époque pourtant, c’était une cage à oiseaux, propre et nette. Il y avait un rossignol à l’intérieur, et il chantait d’une voix pure et fraîche... la chanson de ma vie. »

 

Incipit

 

Il s'appelait Presley Bivens. Il était d'Anderson, dans l'Indiana. Soixante-quinze kilos, tout sourire. Il était déjà venu ici à deux reprises, avait gagné à chaque fois et était là pour tenter de remettre ça. Il ne ressemblait en rien à l'image que je m'étais faite de lui – celle d'une légende vivante.

Price est plaqué par son adversaire à quelques secondes de la fin du match.

French, son entraîneur, est déçu. Dans sa vieille Mercury, sur le chemin du retour, les Drifters chantent à la radio.

Steve Tesich, Price – tout homme est une île

 

Doc Pomus, Mort Shuman, This Magic Moment, int. Ben E. King & The Drifters, Atlantic Records, 1960

(source : https://www.youtube.com/watch?v=Ul041CSNJto)

 

This magic moment, so different and so new

Was like any other until I kissed you

And then it happened, it took me by surprise

I knew that you felt it too, by the look in your eyes

 

Sweeter than wine

Softer than the summer night

Everything I want, I have

Whenever I hold you tight

 

This magic moment while your lips are close to mine

Will last forever, forever till the end of time

 

Oh-oh-oh-oh-oh

Oh-oh-oh-oh-oh-oh

Mm-mm-mm-mm-mm

 

Sweeter than wine

Softer than the summer night

Everything I want, I have

Whenever I hold you tight

 

This magic moment while your lips are close to mine

Will last forever, forever till the end of time

 

Whoa-oh-oh-oh-oh

Magic moment

Magic moment

Magic moment

 

Les choses reprennent leur cours. Price reprend ses cours au lycée, avec ses copains, Billy Freund (qu'on appelait Freud) et Larry Misiora (dit Le Teigneux).

Un soir, de chez lui, près du Kosciuszko Park, un quartier plein d'usines (on l'appelle La Région), il s'en va jusqu'à Aberdeen Lane, East Chicago, à quelques rues de là. Devant une maison, il aperçoit une fille d'une grande beauté, une princesse aux boucles d'oreilles ornées de turquoises. Un homme aux cheveux gris la rejoint et l'appelle : Rachel.

A la maison, Price retrouve sa mère : elle lit dans le marc de café ; elle veut connaître le nom de la petite amie de son fils ; il n'a pas de petite amie, il répond : Rachel.

 

Geddes, le professeur de littérature, perd la boule en classe. Il délire : « … la flamme bleue... »

 

« J'ai été brûlé par la flamme bleue. [...] Mon Dieu, c'est une cravate bleue ! Bleu marine ! […] Grrr... complets bleus. Bas bleus. Savez-vous... grrr... ce qu'est un bas-bleu ? […] Blazers ! De la flamme bleue, nous passons à... grrr... blazers bleus. […] Billy a acheté un blazer bleu. »

Derrière moi, Billy Freund déglutit.

 

Tout avait commencé par une discussion sur les métaphores – dont on trouvait des exemples dans la chanson populaire. Blue Moon...

Steve Tesich, Price – tout homme est une île

 

Richard Rodgers, Lorenz Hart, Blue Moon, int. Connee Boswell, Brunswick Records, 1935

(source : https://www.youtube.com/watch?v=aZCi2WQ6rNg)

 

Blue moon

You saw me standing alone

Without a dream in my heart

Without a love of my own

 

Blue moon

You knew just what I was there for

You heard me saying a prayer for

Someone I really could care for

 

And then there suddenly appeared before me

The only one my arms will ever hold

I heard somebody whisper : « Please adore me »

And when I looked the moon had turned to gold

 

Blue moon

Now I'm no longer alone

Without a dream in my heart

Without a love of my own

 

« Avez-vous entendu parler de la période bleue de Picasso ? Avez-vous entendu parler de L'enfant bleu, de Gainsborough ? […] Et L'Hôtel bleu, de Stephen Crane ? Et Blue Juniata, de Malcolm Cowley ? Et le Voyage bleu, de Conrad Aiken ? […] Ou bien ne connaissez-vous que Blue Moon ? »

Fin du cours... Une ambulance, sirène gémissante, vient se ranger derrière le bâtiment. On cause dans les couloirs...

« Bande de vaches débiles, marmonnai-je.

Moi, j'aime bien les vaches, déclara Freud avec un sourire. Surtout les laitières. […] Elles marchent comme des candidates à l'élection présidentielle, l'air important, avec leurs grosses mamelles qui ballottent, on dirait des cloches. »

 

Dans la famille Price, le père est devenu solitaire et distant quelques années auparavant. Il travaille dur à l'usine alors qu'il est malade, toujours fiévreux et, à la maison, toujours plongé dans les mots croisés du Sun Times.

 

Price revient à Aberdeen Lane. Rachel est dans le jardin, elle l'aperçoit et l'appelle, elle lui demande son nom. Daniel Boone Price – Daniel Boone, comme le pionnier qui traça la route vers l'Ouest.

 

Peut-être était-ce le destin. […] Notre rencontre.

 

Rachel Temerson vit avec son père – l'homme aux cheveux gris –, David, photographe.

 

Pour Price, destin est un mot nouveau. Avoir un destin, c'était comme avoir une identité secrète. […] Non seulement j'avais un destin, mais en plus je connaissais son nom, son adresse ; il habitait Aberdeen Lane et se prénommait Rachel.

 

Price rencontre son destin tous les soirs.

Un soir, le père est seul, un peu ivre. A la radio, les Ames Brothers chantent Blue Moon. Rachel est allée se promener.

Price la retrouve au Kosciuszko Park.

« Rachel, dis-je.

Ah, voilà...

Je t'aime. »

[…]

« Et maintenant ? » demandai-je.

Elle sourit.

[…]

« Notre histoire a commencé. »

 

Au petit matin, les hommes de nuit sortent de la Sunrise Oil.

Pauvres gars. Regardez-moi ça. Ils rentrent chez eux en traînant la patte, leurs misérables affaires à la main, courbés, épuisés, mornes.

 

Mademoiselle Mashar, la remplaçante du professeur Geddes, demande à ses élèves d'écrire un poème et de le réciter devant la classe.

Misiora dit :

Je mettrais ma main au feu,

Oui, je mettrais ma main au feu

Que tout homme est une île.

 

Le soir, en rejoignant Rachel, Price s'attribue le poème.

 

Le père de Price est hospitalisé, c'est le cancer.

Le docteur Hurst : Malheureusement, le cancer n'est pas rare, dans la région. La forte concentration d'industries est peut-être formidable pour l'emploi, mais il semblerait qu'elle provoque aussi une épidémie de cancers – de toutes sortes. […] C'est un cancer de la moelle épinière. Plusieurs traitements sont envisageables. Aucun ne garantit la guérison et, malheureusement, aucun ne peut être dispensé dans cet hôpital. En d'autres mots, nous disposons de magnifiques installations industrielles pour provoquer le cancer, mais d'aucune pour le traiter.

 

Rachel et Price, l'amour. Oui, Rachel et moi, nous sommes amants.

L'amour peut être un poison, déclara-t-elle en hochant la tête, un sourire aux lèvres. Et ça peut aussi être un antidote. Un jour viendra où tu ne feras plus la différence entre les deux.

 

La fameuse chanson de Jiminy Cricket surgit dans ma tête et je la fredonnai tout en attendant Rachel.

On dit que la curiosité

est un vilain défaut,

c'est peut-être la vérité,

mais laissez-moi vous conseiller :

en matière de curiosité,

prenez donc l'encyclopédie.

L'en-cy-clo-pé-die !

 

Mentir était devenu un réflexe.

 

Price avait emprunté un poème à son copain Misiora. A la bibliothèque, il emprunte des livres sous une identité empruntée. Il écrit un journal de Rachel, un autre de Lavonne Dewey (une amie qui accueillait les trois copains), puis le sien.

Il est devenu James Donovan.

 

29 septembre. Aujourd’hui, j’ai quitté l’endroit où j’ai grandi, convaincu que le destin n’est qu’un mirage. Pour autant que je sache, il n’y a que la vie, et je me réjouis à l’idée de la vivre.

Ainsi commençait le journal de James Donovan.

Et je m’en allai par le monde.

 

Au seuil de la mort, je ne penserai pas au yacht que j’aurais pu m’acheter : je penserai aux régions inexplorées, aux amours que je n’ai jamais avouées, à toutes les émotions et idées que j’ai encore en moi et qui disparaîtront quand on me mettra six pieds sous terre. Vous n’avez qu’une chance pour cette chose qu’on appelle la vie.

Steve Tesich, mai 1996

(Steve Tesich est mort d'une crise cardiaque le 1er juillet 1996)

 

Histoire orageuse, parcourue d’égarements, de trahisons et de colère, Price raconte l’odyssée intime d’un garçon projeté brutalement dans la vie adulte, où vérité et mensonge, raison et folie finissent par se confondre.

(source : éditeur)

 

Vérité et mensonge, raison et folie, une fois encore... Apparence et réalité, semblant et faux-semblant, trahisons... Un thème récurrent depuis des mois.

Lou orchestre les variations en choisissant ses lectures, peut-être. A-t-il choisi l'histoire de Price ou bien est-ce le destin ?

Bleu, cravate bleue, bleu marine, élections et vaches à lait, Blue Moon... Où est le hasard ? Un père solitaire et distant, plongé dans ses mots croisés et qui prend la fièvre à la moindre occasion...

 

Où est Rachel ? Rosebud.

 

Grande histoire, roman initiatique – les commentaires de Lou ne seront entendus que par un lecteur muet dont la honte assure l'anonymat...

 

Autre histoire, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre :

Karoo est un roman fascinant, nous dit Des pas perdus.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

des pas perdus 17/04/2015 08:35

Pas encore lu celui-là, mais ça ne saurait trop tarder. D'abord, le placer sur la pile des "à lire"... J'ai l'impression que ce récit est de la même veine que Karoo, légèrement déjanté.

Lou de Libellus 17/04/2015 11:13

Un écrivain majeur.

 


 
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