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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 00:15
Jean-Claude Pirotte, Portrait craché – un silence habité

Jean Claude Pirotte, Portrait craché, le cherche midi, 2014

 

« La paralysie faciale a déformé ses traits. Pour parler de lui, il convient de trouver un ton objectif, ce qui n'est pas si facile. Il est sourd de l'oreille gauche, le préciser est déjà entrer en lui comme par effraction. Il n'est plus jeune, loin s'en faut, et son esprit commence à vagabonder. »

 

Ni plainte ni complainte dans ce roman cru et nu où l'auteur fait corps avec son personnage pour tenir une chronique où le scalpel de l'humour noir découpe à vif humeurs et tumeurs. Les mots contre les maux. « Les livres sont des analgésiques », écrit Jean-Claude Pirotte. Ils survivront à cette humanité moribonde où le silence et la mort sont siamois. La littérature comme remède. Les ouvrages des écrivains qu'il aime – sa famille élective – font rempart autour de lui. L'écrivain plonge en eux pour revenir à la source, à l'orgueil de finir debout.

Jean-Claude Pirotte, Portrait craché – un silence habité

Jean-Claude Pirotte, à Montolieu, photo : Christine Chaton

 

Jean-Claude Pirotte est né à Namur le 20 octobre 1939.

Études en lettres et en droit. Avocat de 1964 à 1975. Exclu du barreau pour un délit qu'il nie avoir commis (une aide à la tentative d'évasion d'un de ses clients). Condamné. Vagabond en cavale. Se consacre dès lors à la littérature et à la poésie, et publie une cinquantaine de livres, des articles, des poèmes. Peintre, également.

Sylvie Doizelet, Jean-Claude Pirotte, Chemin de croix, La Table Ronde, 2004

Admirateur d'André Dhôtel, de Georges Bernanos, de Guido Gezelle, de Frederik van Eeden, de Georges Rodenbach, de Jacques Chardonne.

Il est mort.

 

Jean-Claude Pirotte cultive ses tumeurs depuis trente ans. Il a perdu un rein, ses boyaux, sa figure. A la longue, il s'est lié à ses oncologues.

Tout à l'heure, quand le soleil sera au zénith, je me coucherai et j'attendrai, comprenant que la vie n'est qu'une longue attente de rien.

Il y a la douleur. Et la lecture prend le pas sur la douleur, on dirait presque qu'elle la maîtrise, sans cesser de l'évoquer par un silence habité. La littérature, que le monde aujourd'hui méprise, est la seule sauvegarde. Il suffit de quelques lignes souveraines et modestes, et le ciel change de couleur.

 

Les enfants dans le parc commencent à hurler. Se souvient-il d'une enfance que dominaient les hurlements ? Non, l'enfance était méditative, et d'une liberté intérieure qui semble aujourd'hui bien oubliée.

 

La douleur circule. Ne l'a-t-il pas cherchée ? Le suicide individuel ou collectif est à la mode. Du fanatique à ses commanditaires, les financiers, les agioteurs, les politiciens.

 

La sagesse des nations s'est égarée dans le labyrinthe du progrès, ce monstre au faciès branlant.

[…]

Les songes de démocratie n'étaient, ne sont encore, plus que jamais, que des songes creux dans l'esprit des gouvernants élus grâce à l'aveuglement, ou la dérision, des peuples déboussolés.

 

D'un mince ouvrage de Julien Gracq, dont il ne s'est jamais séparé […], il aime à recopier la première phrase : « La France, qui s'est si longtemps méfiée du billet de banque, est en littérature le pays d'élection des valeurs fiduciaires. » Rien n'a changé, se dit-il, au contraire ça va de mal en pis.

 

La mort vient : le silence éternel des espaces infinis.

 

Le silence enfin, la musique, comme un silence habité.

 

John Cage, 4' 33", 1952

 

Un hymne à la littérature, nous dit Des Pas Perdus.

Jean-Claude Pirotte, Portrait craché – un silence habité

C'est la rentrée ! Revenons aux affaires dans l'euphorie et la bonne tumeur ! Viva la muerte !

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

des pas perdus 03/09/2015 21:10

Beau billet.

Lou de Libellus 04/09/2015 05:18

Encore la banque.

Gentle Soap 03/09/2015 12:04

En l'attente d'une littérature nouvelle : celle où l'auteur nu fera corps cru avec son personnage, la paralysie faciale ayant laissé ses traits intacts, traits de contact.

Yueyin 03/09/2015 07:05

J'ai peur que ce soit dur pour mon petit coeur tout mou :-(

Lou de Libellus 03/09/2015 13:46

Tu es sensible, tu es une femme, quoi.

 


 
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