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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 00:15
Daniel Friedman, Ne deviens jamais pauvre !

Daniel Friedman, Ne deviens jamais pauvre ! (Don’t ever look back !, Minotaur/Thomas Dunne, St. Martin’s Press, 2014), traduit de l’anglais (États-Unis) par Charles Recoursé, Sonatine Éditions, 2015

Daniel Friedman, Ne deviens jamais pauvre !

Daniel Friedman est né à Memphis en 1980. Don’t ever look back ! est son second roman – après Don't ever get old !

 

L'inspecteur Baruch (Buck) Schatz, 88 ans, légendaire grande gueule de la police, est en soins aussi gériatriques qu'intensifs dans sa maison de retraite de Memphis. Avec le temps, sa mémoire s'estompe, mais son passé (Buck avait 6 ans, quand son père a été assassiné – énigme non résolue, dossier classé) et son foutu caractère sont encore bien vivants en lui. Un jour, le « passé » revient avec une vieille connaissance, Elijah, rescapé d'Auschwitz, évadé du camp grâce à un gardien qui lui a donné la solution finale : si les Juifs ont été massacrés, c'est qu'ils respectaient pieusement l'ordre social (nous avons changé tout cela). Il faut vivre en révolte, en marge : Elijah est devenu braqueur, il a ruiné plus de banques que la crise de 1929.

Aujourd'hui, en 2009, Elijah a des ennuis et demande à Buck d'assurer sa sécurité en usant de ses relations. Il lui promet un gros paquet de monnaie et la vérité cachée d’une série de crimes restés dans le brouillard. Pour Buck, la perspective de gagner quelques dollars, peut-être pour un bel enterrement, l'emporte sur son mauvais caractère.

Déambulateur en avant, pied au plancher, avec quelques médocs en bagage, il part pour sa dernière croisade.

 

1

2009

Au cours de mes errements de jeunesse dans la police criminelle de Memphis, j’ai bousillé pas mal de voitures de service.

[…]

Mais vous aviez une hache, Monsieur Schatz.

Appelez-moi Buck, mon poussin.

Il a cru que vous alliez le tuer, Buck. Et s’il vous plaît, appelez-moi Mlle Wyatt.

J’ai reniflé.

Mademoiselle Wyatt, quand je déciderai de tuer M. Connor, je vous promets qu’il n’y aura pas d’ambiguïté. Là, j’avais besoin de la hache pour défoncer sa saleté de rocking-chair.

M. Connor tenait beaucoup à ce fauteuil. C’était l’un des rares vestiges de sa vie avant d’arriver parmi nous auxquels il pouvait s’accrocher. Rappelez-vous comme la transition a été difficile pour vous, et essayez de comprendre pourquoi vos agissements sont aussi blessants.

[…]

Je me suis installé à la table la plus éloignée des autres résidents, histoire qu’on me foute la paix. Mais quelqu’un est quand même venu s’asseoir.

Il n’était pas aussi vieux que moi, mais on peut être beaucoup plus jeune que moi et rester quand même vieux. Il avait une fine moustache en trait de crayon et des cheveux courts, peignés avec soin. Il n’avait pas de plateau petit-déjeuner.

Bonjour, Baruch, il a dit.

Je me suis interrompu ; j’ai pianoté sur la surface en plastique de la table. J’étais piégé, et fuir n’était pas envisageable.

[…]

La dernière fois que nous nous sommes parlé, tu m’as promis quelque chose. Tu te souviens ?

J’ai planté ma fourchette dans le contenu de mon assiette et englouti un morceau d’œuf visqueux.

Je t’ai dit que je te tuerais si je te revoyais.

C’est exact. Je viens te rendre une visite de courtoisie. Si tu comptes mettre ta menace à exécution, c’est maintenant ou jamais.

Et pourquoi ça ?

Parce que, il a dit, avec ou sans ton aide, je serai mort dans quarante-huit heures.

Apparemment, les gens que je connais sont incapables de mourir sans venir me casser les pieds.

 

2

1965

J’ai dévisagé le petit Européen d’un œil noir et j’ai dit, entre mes dents qui serraient une cigarette : « Paraît que vous me cherchez.

C’est vrai, je vous cherchais, inspecteur. » D’un geste, il m’a invité à m’asseoir en face de lui. Il avait de longs doigts fins, comme ceux d’un pianiste ou d’un prestidigitateur.

« Tu débites beaucoup de belles phrases mais elles sont vides, et j’ai pas le temps de t’écouter faire du bruit pour t’amuser. T’es qui, et qu’est-ce que tu me veux ?

Je vous prie d’excuser ma prudence. Je m’appelle Élie et je suis aventurier. J’ai une proposition à vous faire.

Si t’as cru entendre que j’acceptais les pots-de-vin, tu t’es planté.

Je ne suis pas allé au-devant de tous ces ennuis pour vous offrir un pot-de-vin, il a dit, avant de ponctuer d’un rire joyeux et nasillard. Je souhaite engager avec votre concours une entreprise criminelle assez élaborée et hautement lucrative.

Tu veux m’embaucher pour un coup que tu es en train de monter.

Oui.

Quel genre de coup ? »

 

Le récit navigue entre 2009 et 1965.

 

En 1965, Buck, en activité, déclarait : « Quand il y a un crime, on coince le coupable, question de chance. Dans les séries télé, c'est toujours compliqué, un détail suffit. »

 

En 2009, il entend : « C'est-à-dire que le taux de mortalité est plutôt élevé dans votre tranche d'âge. » Le toubib a toujours les mots pour remonter le moral.

 

Est-ce pour se remonter le moral ? Buck se rend trois fois en trois jours au cimetière où sont enterrés son père et son fils.

 

On ne saurait en dire plus sans gâter la lecture.

 

Une dernière phrase : « Au fait, la raison pour laquelle je m'appelle Baruch : ça signifie "bienheureux". »

 

Un roman noir atypique et passionnant, nous dit Des pas perdus.

 

Un peu long, peut-être, pour le propos...

 

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