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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 00:15
Kim Young-ha, Ma mémoire assassine – Un abîme ? Une mise en abyme ?

Kim Young-ha, Ma mémoire assassine (Sarinja eui kieokbeop, Munhakdongue Publishing Co., 2013), traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel, Philippe Picquier, 2015

Kim Young-ha, Ma mémoire assassine – Un abîme ? Une mise en abyme ?

Kim Young-ha, né en 1968, ne se sent pas lié, dit-il, à une ville, un village, un hameau – dans son enfance, au gré des affectations de son père, militaire, il changeait tous les ans de région. Dans son œuvre, il explore les frontières entre la réalité numérique et l'illusion fictionnelle, l'esthétique et la mort, la Corée et l'ailleurs. Ses héros sont des tueurs, orphelins, espions, marginaux dont la liberté de pensée se confronte à la nécessité de vivre.

 

Un ex-tueur en série décide de reprendre du service. Seul problème : il a soixante-dix ans et vient d’apprendre qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer.

Sous ses dehors de vieillard inoffensif s’adonnant à ses heures perdues à la poésie et la philosophie, se cache un redoutable meurtrier qui a assassiné sans remords des dizaines de personnes. Aujourd’hui il repart en chasse alors que rôde autour de sa maison un homme qui menace de s’en prendre à sa fille adoptive bien-aimée.

S’engage alors une course contre la montre : tuer avant d’oublier qui il est, avant que la maladie n’ait raison de lui, qu’il ne devienne prisonnier d’un temps sans passé ni futur.

Un étrange roman d’humour noir dont l’héroïne n’est autre que la mémoire qui se dérobe et brouille les pistes. Et un suspense au dénouement stupéfiant, car derrière une histoire peut s’en cacher une autre dont le lecteur découvre qu’il n’a jamais eu les clés, précisément parce que le narrateur les avait oubliées.

 

Incipit

 

Mon dernier meurtre date d’il y a vingt-cinq ans. Ou vingt-six ? En tout cas c’est à peu près ça. Je n’ai pas tué mes proies sous le coup d’une pulsion ou à cause d’une quelconque perversion sexuelle, contrairement à ce que les gens croient en général. J’étais plutôt mû par un sentiment de regret, ou par l’espoir d’éprouver un plaisir toujours plus entier. Chaque fois que j’enterrais une nouvelle victime, je me disais : « Je ferai mieux à la prochaine. »

Si j’ai cessé de tuer, c’est parce que cet espoir a disparu.

 

Après le test, j’ai un entretien avec le docteur.

Il a l’air très préoccupé.

Votre hippocampe a rétréci, explique-t-il en désignant un point sur l’image de l’IRM de mon cerveau. Il n’y a plus de doute, vous êtes atteint de la maladie d’Alzheimer. Je ne sais pas encore précisément à quel stade vous en êtes, nous allons devoir vous observer.

 

Trois femmes, jeunes, ont été assassinées dans le district.

 

Le narrateur tient un journal, il note tout, il lui arrive d'oublier où il est, qui il est.

 

La mère de Eun-hee [la fille du narrateur] a été ma dernière victime. Sur le chemin du retour, après l'avoir enterrée, ma voiture a heurté un arbre au bord de la route et s'est renversée.

 

Il avait des lésions au cerveau, on l'a opéré. Auparavant, le bavardage des gens, les éclats de rire des enfants, le jacassement des femmes le mettaient en fureur. Après l'accident, c'était comme s'il n'entendait plus : calme et quiétude.

 

Son cerveau fuit comme un concombre de mer.

 

Le journal régional parle de nouveaux meurtres, selon le même rituel : les jeunes victimes ont été kidnappées, mises à nu, ligotées, tuées, abandonnées en pleine campagne.

 

Je m'appelle Kim Byeong-su. J'ai soixante-dix ans.

 

Il a commencé à tuer à l'âge de quatorze ans, il a étouffé son père avec un oreiller, et il a continué jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans.

Œdipe a tué un homme sur son chemin, puis il a oublié.

 

« Une fois qu'il a commencé, le tueur en série ne peut plus s'arrêter. », a déclaré un criminologue invité à la télévision en tant que profileur.

 

Kim note : Quand tu regardes longtemps l'abîme, l'abîme lui aussi regarde en toi, Nietzsche.*

* Seconde partie d'un aphorisme in Par-delà Bien et Mal, trad. Cornélius Heim, Gallimard, 1971.

Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi.

 

Pour la première fois de ma vie, j'envisage de commettre un meurtre par nécessité. Il s'agit de protéger Eun-hee, sa fille.

 

Nouveaux cadavres, même méthode.

 

Aujourd’hui, toute la journée, j'écoute le concerto n° 5 de Beethoven, intitulé L'Empereur.

 

Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano en mi bémol majeur, opus 73, connu sous le nom de L'empereur, 1809, première interprétation le 28 novembre 1811, Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, dir. Johann Philipp Christian Schultz, piano : Friedrich Schneider – ici, The Toronto Symphony Orchestra, dir. Karel Ancerl, Glenn Gould, 1970

 

EXPLICIT CONTENT

Les lignes ci-dessous sont tracées de la même couleur que celle du fond de page : elles ne sont lisibles qu'en les surlignant. Elles révèlent peut-être la fin de l'histoire.

 

Qui a tué Kim Eun-hee, une aide-soignante à domicile et non la fille de Kim Byeong-su ?

Un procès. Un enfermement. Un haïku composé par un condamné à mort japonais :

Le reste

De la chanson

Je l'écouterai dans l'au-delà

 

Une composition surprenante : des pages d'un récit flouté par la mémoire et ponctuées de courtes notes ou de citations.

Meurtres en série, selon un rituel... On ne saura jamais vraiment discerner le délire, le rêve peut-être et la réalité.

Très curieux. Vaut le voyage, dirait-on dans un Michelin littéraire.

 

Des pas perdus en avait si bien parlé...

 

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