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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 01:15
Umberto Eco, Numéro zéro – une merveille

Umberto Eco, Numéro zéro (Numero zero, Bompiani, 2015), traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano, Grasset, 2015 – Photo de la couverture : © Andrés Arce Maldonado

Umberto Eco, Numéro zéro – une merveille

Umberto Eco, né en 1932, médiéviste, sémioticien, philosophe, critique littéraire et romancier, a connu un succès mondial avec son roman Le Nom de la rose en 1980. Président de l’École supérieure des Études humanistes à l’université de Bologne, il est l’auteur de romans qui font date, parmi lesquels Le Pendule de Foucault, Baudolino, La mystérieuse reine Loana, Le Cimetière de Prague et de nombreux essais : L’œuvre ouverte, La guerre du faux, Histoire de la laideur, Histoire de la beauté.

Premier rabat

 

Dans ce roman, j'ai décrit une équipe de rédaction qui participe pleinement aux mécanismes de la calomnie orchestrée. J'ai pris le pire des cas afin de peindre une image grotesque de ce milieu. Chaque auteur, à sa façon, altère ce qu'il dépeint. Ici, j'ai choisi une date, 1992, autour de laquelle s'articulent plusieurs événements de la politique italienne en remontant le temps jusqu'à la chute du régime fasciste. Braggadocio est un type complètement paranoïaque, mais je savais que tout ce qu'il racontait était vrai. Pourtant, les gens ont fait comme si rien ne se passait. Je dessinais, ou plutôt mes personnages dressaient, construisaient ce portrait de l'Italie avec lequel je me suis retrouvé. A partir de là, j'ai inventé une conspiration.

Umberto Eco

Second rabat

 

« Après Le Nom de la rose, voici le meilleur roman d'Umberto Eco. »

Eugenio Scalfari, fondateur de La Repubblica

 

En 1992, à Milan, un groupe de journalistes, cinq hommes et une jeune femme, sont embauchés pour créer un nouveau quotidien qu'on leur promet dédié à la recherche de la vérité, mais qui se révèle un pur instrument de calomnie et de chantage. Ils fouillent dans le passé pour mettre en page leur « numéro zéro », et c'est le présent qui leur saute au visage... « L'ombre de Mussolini, donné pour mort, domine tous les événements italiens depuis 1945 » : est-ce là le délire d'un journaliste d'investigation paranoïaque ? Mais alors, pourquoi le retrouve-t-on assassiné un beau matin ? Attentats, tentatives de coup d'État, empoisonnements, complots, stratégie de la manipulation, de la désinformation et de la tension : quand tout est vrai, où est le faux ? Umberto Eco nous offre ici la tragédie burlesque de notre temps.

 

« Un conte philosophique sur notre tendance à voir partout des conspirations... qui se révèlent parfois plus vraies que la réalité. »

Il Sole 24 Ore

« Un pamphlet camouflé en roman à suspense. »

ttL

4e de couverture

 

Incipit

 

I.

Samedi 6 juin 1992, 8 heures

Ce matin, l'eau ne coulait plus au robinet.

 

La voisine m'a dépanné : la manette, rouillée, de l'arrivée d'eau avait été tournée, à la main, comme toute manette, et le gros singe de la rue Morgue * n'avait pu entrer par la cheminée – il n'y avait pas de cheminée.

* (NDL : Edgar Allan Poe)

Ce ne peut être qu'un complot.

 

Les perdants, comme les autodidactes, ont toujours des connaissances plus vastes que les gagnants, pour gagner il faut savoir une seule chose et ne pas perdre son temps à les connaître toutes. Le plaisir de l'érudition est réservé aux perdants. Plus quelqu'un sait de choses, plus elles lui sont allées de travers.

(NDL : de qui parle-t-il ?)

 

La peur de mourir donne du souffle aux souvenirs.

 

Analepse

 

Lundi 6 avril 1992.

Simei propose à Colonna d'être son nègre pour écrire les mémoires d'un journaliste – qu'il signera –, le récit d'une année de travail pour préparer un quotidien qui ne sortira jamais, Domani, Demain – un journal populaire, pour les illettrés.

 

Mardi 7 avril

Première rencontre avec les rédacteurs. Six, il semble que cela suffise.

 

Simei est le directeur, Colonna son assistant. Les rédacteurs, aux noms de polices d'écriture, sont recrutés au hasard : Braggadocio, Maia Fresia (une jeune femme de 28 ans, presque licenciée en lettres, venue d’un magazine people), Cambria (amateurs de nouvelles fraîches recueillies dans les commissariats), Lucidi (dont on sait pas d'où il vient), Costanza (correcteur d’imprimerie), et Palatino (qui avait derrière lui une longue carrière dans des hebdomadaires de jeux et de mots-croisés).

 

Le riche actionnaire du futur journal est le Commandeur Vimercate, qui contrôle une dizaine d’hôtels sur la côte adriatique, pas mal de maisons de repos pour retraités et invalides, un bouquet de télévisions locales (avec uniquement des ventes aux enchères, des téléachats, des spectacles en petites tenues), une vingtaine de publications, dont Peeping Tom, le Crime illustré, et d’autres revues de jardinage ou de voyage.

 

Comment présenter des opinions comme des faits ?

Avec des guillemets ! Les guillemets font d'un témoignage, qui n'est qu'une opinion, un fait. Deux témoignages contradictoires, dont l'un paraîtra plus raisonnable que l'autre, établiront le fait.

 

Comment répondre à un démenti ?

Quand on publie de fausses informations, on doit s'attendre à un démenti, il faut apprendre à y répondre... c'est simple.

 

Et le délire rédactionnel se poursuit.

 

On rédige les annonces nécrologiques, les horoscopes, les courriers du cœur – indispensables, avec la publicité, dans tout journal qui se respecte.

 

Les journaux disent aux gens ce qu'ils doivent penser.

 

Pour le Numéro Zéro, on prévoit des dossiers bien lourdingues sur la prostitution, les magouilles politiques...

 

J'ai passé la soirée chez Maia […]. Ce soir-là, Maia mis la Septième de Beethoven et, les yeux humides, elle me racontait que, depuis son adolescence, elle ne pouvait s'empêcher de pleurer au deuxième mouvement.

 

Ludwig van Beethoven, Symphonie n° 7 en la majeur, op. 92, 1811 / 1812, II. Allegretto, The London Classical Players, dir. Sir Roger Norrington, 1987

 

Braggadocio est assassiné, son enquête a gêné.

 

Le financeur met fin à l'entreprise Domani, devenue dangereuse, les rédacteurs sont licenciés.

 

Des médias corrompus, des journalistes cyniques – l'actuel, au quotidien.

 

Et ce matin, l'eau de coulait plus au robinet.

 

After all, tomorrow is another day ! said Scarlett O'Hara – sous le soleil.

 

Une merveille – pour les amoureux du langage et de ses jeux.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

des pas perdus 29/10/2015 19:23

Mon précédent commentaire a été censuré... grrr !

Lou de Libellus 30/10/2015 06:29

Quel commentaire ? Ah oui, c'est la réponse du berger à la bergère : chez toi, un de mes commentaires, toujours ciselés brefs, à peine une page, est passé à la trappe - c'est peut-être moi qui l'ai mal enregistré.

des pas perdus 28/10/2015 18:36

Bien, ton billet m'oblige à le lire. Je dois avouer que j'ai lu des critiques bien plus dures sur ce livre. J'hésitais...

Lou de Libellus 30/10/2015 06:25

C'est de l'excellent Umberto Eco. Pas facile, mais on peut s'y attendre avec ce vieux renard.

 


 
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