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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 01:15
Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux – envie de vivre

Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux, XYZ, 2010

Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux – envie de vivre

Marie-Renée Lavoie est née en 1974 dans le quartier Limoilou, à Québec. Elle détient une maîtrise en littérature québécoise de l’Université Laval. Elle enseigne présentement la littérature au collège Maisonneuve.

Second rabat

 

Marie-Renée Lavoie est charmante.

 

Elle se nomme Hélène, mais se fait appeler Joe parce qu’elle veut vivre en garçon comme lady Oscar, son héroïne de dessins animés préférés qui est le capitaine de la garde rapprochée de Marie-Antoinette. Comme elle, elle aimerait vivre à une autre époque et réaliser de grands exploits, car elle a l’âme romantique et un imaginaire avide de grands drames. Mais elle doit se contenter de passer les journaux, puis de travailler comme serveuse dans une salle de bingo. Après tout, au début du roman, elle n’a que huit ans, même si elle prétend en avoir dix.

Hélène a trois sœurs, un père très occupé à être malheureux et une mère compréhensive mais stricte qui ponctue ses phrases d’un « C’é toute » sans réplique. Elle vit dans un quartier populaire peuplé de gens souvent colorés dont le plus attachant est sans nul doute son nouveau voisin, Monsieur Roger, un vieil homme qui rêve de mourir. Il passe ses journées à boire de la bière, mais il accourt dès qu’on a besoin de lui. Hélène et lui développent une amitié indéfectible.

Le roman est traversé par une grande tendresse et rendu avec une grande vivacité. Hélène peut se rassurer : elle fait preuve d'autant d'héroïsme que Lady Oscar et sa vie est tout aussi palpitante que la sienne. La vraie aventure n'est-elle pas de vivre au quotidien ?

4e de couverture

 

Et puis, je suis morte (…). Un vendredi soir, à 16 h 17, au Canal Famille. (…) Avant même la tombée du générique, je me suis réfugiée dans la salle de bain. Oscar (…) était morte, très morte et elle m’abandonnait, comme ça, après tant d’années, en pleine bataille. Assise sur le terrazzo gelé du plancher, je me suis pleurée pendant des heures. J’avais des douleurs de fusillée dans le ventre. (…) je voulais mourir là, par terre, misérable, seule, au moins jusqu’au souper. Sans Oscar, j’étais une petite maigrichonne de onze ans coincée dans un quartier un peu pourri avec un père très maladroit dans sa recherche du bonheur et une sœur qui allait partir, peut-être pour toujours.

Premier rabat

 

En exergue

 

Rien ne vaut la peine d’être vécu qui n’est pas d’abord une œuvre d’imagination, ou alors la mer ne serait plus que de l’eau salée…

Romain Gary, Les Cerfs-volants

 

Incipit

 

J'étais parvenue à me convaincre que j'étais un garçon et je tenais à ce qu'on m'appelle Joe. J'aurais aimé Oscar, comme mon personnage de dessins animés préférés mais, à l'époque, Oscar était le squelette des classes de biologie et un nouveau type de balai révolutionnaire. Alors je me contentais de Joe, même si sa syllabe en cul-de-poule sonnait comme une banale exclamation. Quand on évitait de penser aux Dalton, ça pouvait faire sérieux.

 

Hélène a le tempérament lyrique, elle est heureuse, dans ses rêves.

La réalité est triviale. Elle distribue les journaux dans le quartier et la souffrance de ses huit ans – le froid, les chiens, l'ordure.

 

Le monde de la rue.

 

C'est à cette époque qu'est arrivé Roger, un grand cœur – il était employé à l'asile pour torcher l'cul aux fous.

 

Le mantra de la mère : C'é toute. Hélène souffre le martyre : les bains froids au savon à vaisselle, les repas refusés quand elle est en retard, les heures de douleur sans soins quand elle s'est déboîté la cheville en tombant du toit du cabanon où elle faisait Zorro...

 

J'en ai eu pourtant assez, un beau jour, de mourir sans que ma mère ne se dérange pour l'occasion, alors j'ai tenté l'ultime moyen pour me faire voir : disparaître. La petite fugue classique, baluchon de fortune sur l'épaule.

 

Catherine Le Forestier, Maxime Le Forestier, La petite fugue, 1969 – musique inspirée de Jean-Sébastien Bach, Le Clavier bien tempéré (Das Wohltemperierte Klavier), Fugue n° 11 en F Maj, BWV 856, 1722

 

Jean-Sébastien Bach, Le Clavier bien tempéré (Das Wohltemperierte Klavier), Fugue n° 11 en F Maj, BWV 856, 1722 – Kenneth Gilbert, clavecin, Archiv Produktion, 1984

 

Courte escapade, retour à la maison, la mère a compris : Monsieur Roger est indispensable, il s'installe dans la famille.

 

Hélène reste emmurée, les années coulent, Roger accompagne. Elle ne se reconnaît pas dans son corps, le monde extérieur est hostile, Roger est encore là pour la défendre.

 

Dans le délire de la fillette, on navigue entre le temps présent et la Révolution française, Marie-Antoinette, Robespierre.

 

Roger est mort et enterré à l'église.

 

J'avais, moi, formidablement envie de vivre.

 

Un récit dans le délire, en rêve contrôlé, une écriture fluide, travaillée, au fil de la plume.

 

Remerciements à ma cousine Yueyin qui m'a offert ce beau livre – et un autre, dont nous reparlerons.

 

Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux – envie de vivre

Une peinture du grand-oncle de Karine, complice de notre cousine Yueyin.

 

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commentaires

Valentyne 15/11/2015 14:02

forcément je relève aussi le passage :". Assise sur le terrazzo gelé du plancher, je me suis pleurée pendant des heures. J’avais des douleurs de fusillée dans le ventre"

Ce que tu dit Sur la tendresse dans ce livre me fait le noté et aussi la citation de Garu dans les cerfs volants

En écho je te laisse une autre citation de ce même livre "qu'est-ce que la grâce ? La grâce c'est le mouvement "
Bon dimanche :-)

des pas perdus 15/11/2015 12:07

"Et puis, je suis morte (…). Un vendredi soir, à 16 h 17 (...). "
Simple référence aux "événements" récents...

Lou de Libellus 15/11/2015 12:09

J'ai vu. Que dire ?
http://www.liberation.fr/france/2015/11/14/le-deroule-exact-des-attentats-du-13-novembre_1413492

des pas perdus 14/11/2015 21:29

Morte un vendredi, comme par hasard ! Tu devrais croire aux coincidences...

Lou de Libellus 15/11/2015 02:57

Oui, un vendredi 13, c'était pour une lecture commune dans le cadre de 'Québec en novembre'.

Yueyin 13/11/2015 07:14

J'ai eu un gros coup de coeur pour la langue et le discours de cette petite fille :-) je n'ai pas l'age d'avour connu lady oscar mais le prince saphir avait le meme visage :-D

Lou de Libellus 13/11/2015 11:35

Saphir (リボンの騎士), ça ne m'étonne pas de toi. Et mon rapprochement avec la petite fille de Gaétan Soucy ?

 


 
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