Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

Recherche

l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 01:15
Jacques Poulin, Le vieux Chagrin – l'art des rencontres

Jacques Poulin, Le vieux Chagrin, Leméac, 1989, Actes Sud, Babel, 1995

Jacques Poulin, Le vieux Chagrin – l'art des rencontres

Né à Saint-Gédéon de Beauce (Québec) en 1937, Jacques Poulin a étudié la psychologie et les lettres à l'université Laval (Québec). Parallèlement à une carrière d'écrivain qui lui a valu de nombreux prix littéraires au Canada et en France, il a travaillé comme traducteur. Il vit actuellement à Paris.

 

Sur le rivage du Saint-Laurent où il vit retiré en compagnie du chat "Vieux Chagrin", un vieil écrivain observe des empreintes, des pas dans le sable, des marques dans la caverne proche qu'il connaît bien : sur une sorte de tablette longue et étroite, formée par une saillie de la paroi rocheuse, il y a une bougie et une boîte d'allumettes, un livre, les contes des Mille et Une Nuits, un feu de camp.

En ce moment, il écrit un roman d'amour, mais son inspiration est immobilisée comme le voilier ancré dans une anse du fleuve.

Il part en quête de Marika, la jeune femme du voilier.

 

Incipit

 

Le printemps était arrivé.

J'habitais une vieille maison en bois qui était toute seule au milieu de la baie. Son aspect était un peu étrange parce qu'elle avait été construite par étapes. A l'origine, elle avait été un simple chalet, que mon père avait transformé petit à petit, ajoutant une chambre, un hangar, un étage, à mesure que la famille s'agrandissait.

La maison avait fait partie du village de Cap-Rouge. Mon père l'avait fait déménager dans la baie, où il n'y avait personne, parce qu'il voulait avoir la paix. Elle avait été mise sur une embarcation à fond plat, moitié radeau, moitié barge, et elle avait été transportée de l'autre côté du fleuve et installée au milieu de la baie.

 

C'est un roman avec des chansons.

Un soir, en revenant vers la caverne, l'écrivain fredonne une chanson de Brassens – comme pour s'annoncer.

 

Georges Brassens, Il n'y a pas d'amour heureux, 1953

 

L'écrivain le plus lent du Québec, comme le narrateur se nomme lui-même, relit le dernier chapitre de son roman d'amour, laissé en plan quelques jours auparavant. Son héros se trouve dans un bar du vieux Québec, le barman a mis sur le tourne-disque une vieille chanson qu'il aime.

 

Marlene Dietrich, Lili Marleen, 1944

 

Il relit Hemingway et son principe pour écrire : s'en tenir à ce que l'on connaît le mieux.

 

Une femme, la quarantaine, Bungalow de son surnom, venant de la maison d'accueil qu'elle a fondée pour héberger les paumées de la vie, débarque un jour avec ses filles dans le monde de l'écrivain et dans son roman. Parmi les filles, la Petite, sortant d'une enfance dévastée et qui s'attache à l'écrivain. Les chats viennent nombreux à la maison : il y a la belle Vitamine qui plaît bien au vieux Chagrin. Et Marika la mystérieuse ne se montre que par quelques traces, malgré les messages que le vieil amoureux laisse dans sa caverne, sur un rocher ou dans une boîte aux lettres qu'il a bricolée avec une maison de poupée et posée sur la grève – Marika est-elle un rêve ?

Tous ces personnages de rencontre nourrissent son inspiration.

 

Et Dieu dans tout ça ?

 

Au fond, la seule chose à laquelle je croyais depuis toujours, c'était l'âme. J'étais certain d'avoir une âme. Nous avions tous une âme, même le vieux Chagrin. En marchant dans le grenier, j'avais commencé à édifier une théorie de l'âme.

Selon ma théorie, l'âme ne se trouvait pas à l'intérieur du corps, comme on le croyait généralement, mais plutôt à l'extérieur. Elle était plus grande que le corps, elle l'enveloppait et le tenait au chaud. Elle avait une couleur un peu bleutée qui se voyait parfois dans l'obscurité. Elle ressemblait à une longue chemise de nuit, légère, transparente et vaporeuse. Au moment de la mort, elle quittait le corps et flottait quelque temps dans l'air, à la manière d'un fantôme, avant d'aller rejoindre les autres âmes dans le ciel.

 

C'est l'histoire d'un vieux loup solitaire, retiré sur une rive du Saint-Laurent en compagnie de son chat, de son écritoire et de ses rêves – parfois éveillés : rêves, illusions, empreintes. Un roman de la solitude mêlée de rencontres – la vie, c'est l'art des rencontres, disait Vinícius de Morães.

C'est l'histoire d'un roman – un roman d'amour... – qui se tisse lentement des rencontres du vieux solitaire. L'écrivain entend que l'amour est plutôt l'amitié, l'affection. La mémoire autorise le voyage, même à l'ancre.

Ce qui compte finalement, pour lui, c'est l'écriture : dans son rêve le plus secret, l'écriture pourrait amener un nouveau monde, un monde de paix et d'amour.

 

Un mystère amoureux, un récit lumineux, une écriture cristalline.

 

On ne saura jamais vraiment si… et cela est très bien ainsi. Ravissant ! Yueyin nous le dit.

 

* * *

 

Précédemment

 

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

 

Partager cet article

Repost 0
Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article

commentaires

eimelle 11/01/2016 07:20

j'ai découvert cet auteur il y a peu, j’aime beaucoup son univers!

Lou de Libellus 11/01/2016 11:47

Oui, c'est bien un univers, je l'avais dit plus précisément à propos de son roman Les grandes marées :
http://www.libellus-libellus.fr/2015/11/jacques-poulin-les-grandes-marees-l-ete-des-indiens.html
Chez Poulin, c'est toujours la même chose : difficultés à tisser des relations avec les autres – qu'on aime pourtant ; méditation sur le langage, la communication, la solitude.
Poulin le dit lui-même (Volkswagen Blues, 1988) : Il ne faut pas juger les livres un par un. Je veux dire : il ne faut pas les voir comme des choses indépendantes. Un livre n’est jamais complet en lui-même ; si on veut le comprendre, il faut le mettre en rapport avec d’autres livres du même auteur, mais aussi avec des livres écrits par d’autres personnes. Ce que l’on croit être un livre n’est la plupart du temps qu’une partie d’un autre livre plus vaste auquel plusieurs auteurs ont collaboré sans le savoir.

Yueyin 11/01/2016 06:45

Il est bien jacques poulin, il aime les livres et les chats :-)

Lou de Libellus 11/01/2016 11:47

Et les chats l'aiment bien : - )

 


 
Handicap International

un clic sur les images