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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 01:15

Une ample tragédie à cent acteurs divers

Et dont la scène est l'Univers.

Klaus Mann, Le Volcan – Une ample tragédie à cent acteurs divers

Klaus Mann, Le Volcan, Un roman de l'émigration allemande 1933-1939 (Der Vulkan, Pays-Bas, Editions Querido, 1939), traduit de l'allemand par Jean Ruffet, Editions Olivier Orban, 1982 ; Editions Grasset & Fasquelle, 1993 – Illustration de couverture : Dessin de Marc Taraskoff

Klaus Mann, Le Volcan – Une ample tragédie à cent acteurs divers

Fils aîné de Thomas Mann, Klaus, né en 1906 à Munich, grandit dans le cercle culturel de son père. Il partage une adolescence turbulente avec sa sœur Erika à laquelle il restera toujours affectueusement lié – très affectueusement... Il se déclare « condamné à la littérature ». En 1926, il publie la Danse pieuse où s'annonce son inclination homosexuelle ensuite affichée. Il rencontre Gide, Cocteau et Crevel. Il est déchu de la nationalité allemande en 1934 après avoir fui le nazisme en 1933. Il voyage avec Erika aux Etats-Unis, puis en Corée et en Sibérie. Il mène en Europe l'opposition intellectuelle au nazisme. En 1936, il s'exile aux Etats-Unis où il poursuit sa lutte contre l'hitlérisme. En 1939, il fait paraître Le Volcan. Il souffre d'une dépression, il se drogue, il se suicide en 1949 à Cannes.

 

« Mon but est de parler de ceux qui ont perdu patrie et repos, d'être le chroniqueur de leurs aventures, de leurs défaites, de leurs catastrophes et de leur confiance dans l'avenir. »

 

Publié en 1939, Le Volcan fut écrit dans la fièvre des événements. Il s'agissait pour le fils ainé de Thomas Mann de combattre le nazisme qui l'avait contraint à quitter son pays en 1933, et l'avait déchu de la nationalité allemande l'année suivante. De Paris à Vienne en passant par New York, Klaus Mann peint avec une extraordinaire acuite l'Internationale des proscrits, la résistance passive, impuissante, de ces intellectuels, de ces Juifs, devenus citoyens de nulle part, ratiocinant sans fin sur le destin d'une Allemagne qui leur échappe, obligés de se reconvertir dans des métiers manuels. Humiliés. Pathétiques.

Ce roman-document, traversé par la guerre d'Espagne et l'Anschluss, brasse des dizaines de personnages, qui ne sont pas tous des héros. La foi humaniste, la clairvoyance de Klaus Mann illuminent cette chronique arc-boutée contre un régime qui, à l'époque, fit d'une partie de l'Europe un « volcan » bavant une lave honteuse et meurtrière.

4e de couverture

 

Un jeune homme était assis dans une chambre d'une pension berlinoise et écrivait une lettre.

Berlin, le 20 avril 1933.

Cher Karl,

[...]

Pardonne-moi ce jugement un peu dur, Karl : ton cas relève un peu de la désertion.

 

Karl a fui le nazisme naissant et s'est réfugié à Paris.

Quatre Allemands exilés se retrouvent dans un café : Marion von Kammer, Mme Schwalbe, qui a dû quitter son restaurant, mal fréquenté selon la nouvelle autorité, Martin Korella, David Deutsch.

Marion et Martin étaient des amis d'enfance, une enfance dans des familles aisées et aujourd'hui appauvries. Marion avait fait du théâtre – sans grand succès. Martin, lui aussi, avait été comédien – sans talent.

 

Il s'agit de théâtre, tout cela n'est qu'une farce, une ample Comédie à cent actes divers, et dont la scène est l'Univers.

 

Aux Deux-Magots, Martin rencontre Marcel Poiret – un écrivain, conjuré en marxisme, en romantisme, dans la haine de sa mère – et son jeune ami Kikjoudes yeux d'enfant, émouvants, câlins, mais aussi tristes et désespérés. Martin et Kikjou deviennent amants.

 

Il s'agit d'amour et de haine.

 

Dora Proskauer est arrivée de Berlin. Des nouvelles ? A Berlin, les arrestations vont bon train à l'encontre de ceux qui ne sont pas sur la voie du nouvel ordre. Nombreux, ceux qui s'exilent : communistes, sociaux-démocrates, homosexuels, juifs ou simplement artistes.

 

Toute cette cochonnerie est minée du dedans, prête à s'écrouler. C'est indiscutable ! Mais personne ne sait ce qui suivra. Les nazis sont arrivés à persuader les Allemands, le monde entier, qu'après Hitler ce sera le chaos.

 

Kikjou croit en Dieu.

Dieu comme instrument de diversion au profit de la bourgeoisie ? Quelle sottise ! Comme c'est faux ! Mais est-ce que c'est seulement cela ?

[…]

La saint Vérité, la Vérité de Dieu peut à tout moment être fourvoyée. Une classe pour laquelle seuls comptent l'argent et le pouvoir politique se sert du nom de Dieu pour détourner la colère des pauvres car, si cette colère venait à éclater, c'en serait fini des privilégiés et Dieu souhaite peut-être qu'il en soit ainsi.

 

L'exilé est devenu étranger au monde.

 

Martin, comme Klaus, se drogue. Il en meurt, rongé par les événements qui rongent son pays. Kikjou s'envole avec l'ange.

 

Le 1er janvier 1939, dans un café de la Canebière, à Marseille, un jeune homme écrivait la lettre suivante :

Mon cher Karl,

Où es-tu ?

[…]

Nous ne sombrerons pas, si nous restons persuadés que nous avons encore quelque chose à faire. Donne de tes nouvelles !

Ton vieil ami Dieter.

 

En longeant la côte pour poster son courrier, Dieter est pris de vertige à la vue de la mer, du gouffre, du ciel.

Klaus Mann, Le Volcan – Une ample tragédie à cent acteurs divers

« N'avez-vous donc aucun idéal politique ? »

Le Volcan est un grand roman, nous dit Des pas perdus.

 

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