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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 00:15

Un pays de bruine, brume et pluie.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves, illustration © Letizia Goffi, Robert Laffont, 2007

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

Née à Paris en 1973, Gaëlle Nohant vit aujourd’hui à Lyon. L’Ancre des rêves est son premier roman.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

« – Dis donc, gamin, on t'a pas appris qu'c'était pas poli de zieuter comme ça ? J'aime pas les malins.

Fais bien attention à toi.

Les morts marchent, ce soir.

Fais bien attention à toi.

Un long frisson le frigorifia comme une bourrasque giflant un corps trempé.

Les morts marchent, ce soir.

Une comptine dont il avait perdu le souvenir lui traversa la tête.

"Faut boire à la santé des gars

Qui sont coulés, au fond, en tas." »

 

Dans un petit village de la côte bretonne, chaque nuit, les enfants Guérindel, Benoît, Lunaire, Guinoux et le petit Samson, sont en proie à des cauchemars terrifiants qu'ils taisent à leurs parents... Enogat, leur mère, a toujours interdit à ses quatre fils d'approcher le bord de l'eau. Est-ce seulement pour les protéger des dangers de la nature ? Ou d'une autre menace qui ne dit pas son nom ?

Entre conte fantastique et roman d'initiation, L'Ancre des rêves sonde le mystère des peurs d'enfant.

4e de couverture

 

« …Dans notre partie de la Bretagne – la Cornouaille, l’Armorique – persiste la vieille croyance celte selon laquelle la mort est simplement un pas – un passage – entre deux stades de l’existence humaine. Qu’il y a de nombreux stades, que cette vie en est un, et que de nombreux mondes existent simultanément, concentriquement, et s’interpénètrent peut-être ici ou là. De sorte qu’il y a des espaces incertains – la nuit noire, le rideau d’écume au point de rencontre de la terre ferme et de l’océan mouvant, lequel est toujours le seuil de la mort pour les hommes qui le traversent en tous sens – des messagers pourraient bien rôder entre ces zones. »

A.S. BYATT, Possession

 

Incipit

 

1

Cette nuit-là

 

Comme tous les soirs, Benoît Guérindel avait reculé par mille stratagèmes l'heure de monter se coucher. Qui, à sa place, eût été pressé de retrouver les images violentes qui ébranlaient sa caboche ? Mais l'heure redoutée du sommeil venait toujours, comme la mort, que rarement on invite.

Ce soir-là, comme toujours, il épia malgré lui le pas de sa mère dans le couloir, sentit son hésitation devant la porte close de la chambre qu'il partageait avec son frère cadet qui dormait déjà. Elle n'entrait plus leur souhaiter bonne nuit depuis longtemps. Ils avaient obtenu ça d'un commun accord, son frère cadet et lui. Ils étaient arrivés à la même conclusion par des itinéraires différents et silencieux : il fallait la tenir à l'écart. Elle ne pouvait rien pour eux. C'était triste, surtout pour elle. C'était une bonne mère, ils n'en doutaient pas, au fond.

 

Samson connaît le cauchemar, il voit un homme hurlant sortir des vagues. Enogat vient consoler son bébé jusqu'à l'aube libérant les enfants de l'emprise de la nuit. Le père, Ewan, est parti travailler tôt au chantier de la nouvelle église de Saint-Pierre-de-Plesguen.

 

Enogat déteste la mer. La longère qu'Ewan et elle avaient choisie seize ans plur tôt étaient protégée par des arbres, des champs, un rempart de campagne contre l'infinie voracité de la Manche. Et pourtant elle n'était pas loin, la mer. A vingt minutes à pied s'étalait la baie de Saint-Jacut-de-la-Mer.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

C'est l'anniversaire de Lunaire, il reçoit une somptueuse boussole en cuivre dans son étui de cuir noir.

 

La joie de quitter le rivage de ses treize ans est empreint d'une angoisse : chaque nuit jusqu'à son dernier souffle, il s'endormirait pour se retrouver sur les eaux noires où tanguait le long corps fantomatique du Bateau.

Depuis l'enfance, sa vie était partagée entre la peur et la lumière.

 

Le matin du 22 mars, Lunaire démarra son enquête. Il la mènerait seul. Rien n'était plus personnel et défendu que son rêve.

 

Ewan Guérindel écoute Dire Straits.

 

Dire Straits, Sultans Of Swing, 1977, in album Alchemy, 1983 – Mark Knopfler, guitare, chant ; Alan Clark, claviers ; John Illsley, basse ; Hal Lindes, guitare ; Terry Williams, batterie.

Dire Straits est un groupe de rock britannique créé à Deptford durant l'été 1977 par Mark Knopfler (guitare et chant), David Knopfler (guitare), John Illsley (guitare basse) et Pick Withers (batterie).

Sultans of Swing est leur premier single.

 

Dans la maison d'Ardélia [la vieille dame qui en connaît long sur l'histoire], le feu donnait l'impression de s'alimenter seul, par pure générosité envers les hommes, force déployée contre la bruine humide et glacée du dehors, le tressaillement grelottant des arbres.

 

Chez Ardélia, un matin brumeux, pluvieux et pâle. Il [Lunaire] n'avait pas pris de petit déjeuner. Elle lui servit de larges tranches d'un quatre-quarts maison doré, encore tiède, parfumé à la fleur d'oranger. Transi par les gifles pluvieuses qui l'avaient accueilli en descendant de voiture, il accepta avec reconnaissance une grande tasse de thé noir et fumé qui lui ébouillanta la gorge et lui éclaircit la voix.

 

Nous créons nos rêves, ils nous parlent de nos désirs et de nos peurs, ils viennent parfois des dieux.

 

Guinoux au collège. Maud Trémel, professeur de dessin, parle de Léonard de Vinci. Ses tableaux, pour la plupart, sont restés inachevés : quelque chose peut être inachevé et très beau. Il avait rêvé d'une perfection qu'il n'aurait pas pu atteindre en terminant ses toiles.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

Peter Paul Rubens, dessin, 1603, d'après le carton de Léonard de Vinci, La bataille d'Anghiari, ca 1505

 

« Les morts nous apparaissent en rêve, disait Julian, parce que c'est leur seule manière de se faire voir ; ce que nous voyons n'est qu'une projection, dirigée de très loin, la lumière nous prvenant d'une étoile éteinte... »

Donna Tartt, Le Maître des illusions

 

Enogat a pris rendez-vous chez un psychologue pour Guinoux – son cauchemar peuplé de chevaux terribles.

Gaëlle Nohant, L'ancre des rêves – la peur et la lumière

Sergueï Paradjanov, Les Chevaux de feu, 1964

 

Finalement, la brume se lève...

 

Une écriture ciselée.

 

A lire, tout également, son deuxième roman, La Part des flammes, fuligineux !

 

Remerciements à Yueyin qui nous a offert ce beau roman. Magique !

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

yueyin 29/08/2016 10:28

parfaitement, magique :-)

Lou de Libellus 29/08/2016 16:36

Tu en sauras un peu plus en fin de semaine, prépare ton miroir magique.

 


 
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