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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 01:15
Catherine Mavrikakis, Oscar de Profondis – La fin du monde est proche

Catherine Mavrikakis, Oscar de Profondis, Sabine Wespieser éditeur, 2016

Catherine Mavrikakis, Oscar de Profondis – La fin du monde est proche

Catherine Mavrikakis - ©Toma Iczkovits

Catherine Mavrikakis vit à Montréal où elle enseigne la littérature. Depuis la parution de son premier essai en 1996, elle construit une œuvre littéraire de premier plan. Oscar de Profundis est son quatrième roman publié chez Sabine Wespieser éditeur.

 

La fin du monde est proche. Une pluie glacée s’abat sur les hordes de sans-abri à qui les nantis ont abandonné le centre-ville de Montréal. En cette nuit du 14 au 15 novembre, règne pourtant une effervescence inhabituelle : Oscar de Profundis revient dans sa ville natale pour deux concerts exceptionnels.

La rock star s’est fait longtemps prier. Traumatisé enfant, Oscar a fui Montréal des années auparavant. Dans un Etat mondial qui baragouine le sino-américain, il n’a gardé de ses origines que le culte de la langue française dont il révère les écrivains – le De profundis clamavi de Baudelaire est tatoué sur son dos – et truffe de citations ses chansons. S’appliquant, grâce à son immense fortune, à vivre en marge de l’apocalypse, il accumule dans ses nombreuses résidences les vestiges – livres, disques, films ou même sépultures – d’une civilisation engloutie. L’emploi du temps de son court séjour a été verrouillé. Une immense villa du XIXe siècle accueille la star et sa suite. Tout contact avec l’extérieur est proscrit, d’autant que s’est déclarée la maladie noire, qui a déjà débarrassé plusieurs métropoles de ses miséreux. Dehors, des bandes rivales, sachant leurs jours comptés, mettent la ville à sac. L’une d’entre elles pourtant, menée par la grande Cate, aisément repérable grâce à l’épervier qui ne la quitte jamais, se résout à une ultime révolte. Quand l’état d’urgence est proclamé et les aéroports bouclés, assignant à résidence la rock star, Cate et les siens passent à l’action. Catherine Mavrikakis, sondant avec son acuité coutumière les arcanes d’un monde voué à sa perte, livre ici une envoûtante fable apocalyptique, où les dérives hallucinées d’Oscar, reclus et sous l’emprise de drogues, répondent aux atermoiements des gueux désespérés. Mais le pire n’est pas toujours sûr : après bien des péripéties, le seul libraire de la ville s’en sortira, sauvé par Scott Fitzgerald et Hermann Hesse.

4e de couverture

 

Incipit

 

Cette nuit-là, la Lune grosse, blafarde, s'était encore éloignée de la Terre. Son refroidissement s'était vraisemblablement accusé. Elle semblait grelotter dans le ciel éteint. Depuis des années, les planètes prenaient leur distance. Dans leur course, elles accentuaient un écart de plus en plus évident, comme si l'ici-bas ne séduisait plus l'immensité cosmique. Les jeunes étoiles avaient disparu. En catimini, les astres foutaient le camp. Les corps célestes répugnaient à s'approcher de la vieille croûte terrestre. Au loin, ils formaient un nuage de poussières sculptées, vagues et fières. Seul le Soleil venait encore flirter lourdement avec l'horizon, tout en le menaçant d'un viol prochain, terrible, et d'ardeurs infernales. Les hommes de science n'arrivaient pas à expliquer ces phénomènes que beaucoup encore refusaient de reconnaître en préférant parler de perception, de leurre sensoriel. Néanmoins, pour tous ses habitants, la Terre était abandonnée du ciel. Elle n'attirait déjà plus la pitié de l'empyrée. Les plaisirs et les rencontres sidérales l'avaient désertée. On savait sa fin proche. Une longue agonie pourtant ne lui serait pas épargnée. Ses lamentations, ses tremblements et soubresauts n'y feraient rien. Elle était condamnée à sa propre éclipse.

[...]

Les temps étaient extrêmement durs pour toutes les créatures de la rue. A l’approche de l’hiver, il fallait s’organiser. Malgré des étés de fournaise où les feux de forêt recouvraient la planète d’une fumée épaisse, désagréable, la Terre, dans son ensemble, connaissait des périodes froides résolument polaires. Maintenue artificiellement, la vie était sans cesse menacée. Les famines faisaient rage. Le prix des denrées était devenu scandaleux. Les riches tentaient désespérément de conserver leur territoire. Ils se comportaient comme si l’apocalypse ne concernait que la misère. Seuls les pauvres allaient disparaître. C’est ce que l’on se bornait à penser. La Ville avait interdit de nombreux lieux qui, encore deux ou trois ans plus tôt, selon les saisons, pouvaient faire le bonheur de tous les gueux.

[...]

Les gueux... Ils étaient systématiquement chassés, débusqués de leur dérisoire retraite. […] Il ne leur restait plus que les trottoirs des grands boulevards des cités modernes et les déchets du capitalisme.

 

La mort est leur destin.

En attendant, les bourgeois se barricadent dans leurs maisons des banlieues hautement protégées de la vermine des miséreux.

Sous l'égide du Gouvernement mondial.

 

Dans la nuit du 14 au 15 novembre, des nantis viennent lancer une fête de la musique chez les réprouvés.

Une communauté humaine prenait forme, sans que l'on comprenne vraiment ce qui arrivait.

Oscar de Profundis, la rock star adulée à travers le monde, est de retour chez lui. Près de quarante ans plus tôt – il avait presque quinze ans –, il était parti en une fugue infinie de ce Montréal de malheur dont il n'avait gardé que la langue, celle des écrivains qu'il vénérait : Artaud, Baudelaire, Beckett, Sade, Lautréamont, Breton, et Rimbaud, Nelligan, René Crevel.

 

La ville se désagrège dans son agonie, la maladie noire s'est déclarée.

 

La panique s'empare des créatures, une guérilla urbaine s'installe, Cate et sa bande résistent.

 

La ville était bel et bien assiégée par la maladie noire.

 

Cate a un plan : kidnapper Oscar de Profundis, la star planétaire, pour faire chanter le Gouvernement mondial et exiger qu'il donne aux pauvres le médicament qu'il détient contre la peste.

 

Après tout, la révolution était peut-être en marche.

 

Oscar est drogué, kidnappé. A son réveil, un air lancinant meuble sa tête. You're So Vain, il en avait donné une interprétation électrifiante et historique.

   

Carly Simon, You're So Vain, 1972

 

Vient alors le bruit des mitrailles, les soldats de l'armée mondiale viennent délivrer Oscar, ils tuent Cate et ses complices.

L'épidémie est endiguée à Montréal comme dans d'autres grandes villes du monde.

 

J'ai mis mon képi dans la cage

et je suis sorti avec l'oiseau sur la tête

 

Une histoire d'une étrange actualité.

Une happy end qui n'est peut-être qu'un délire sous l'effet de la drogue – un paradis artificiel.

Une écriture tranchante dans ses phrases brèves, ses mots nettement tracés.

 

On est dans l'ordre du chef-d'œuvre.

Catherine Mavrikakis, Oscar de Profondis – La fin du monde est proche

Québec en novembre, avec Karine et Yueyin ! Le sublime logo est l'œuvre de Mr Kiki du Kikimundo.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

des pas perdus 06/11/2016 10:52

Je ne vais pas recopier ce que j'ai dit sur Facebook. Je te soupçonne que l'affection que tu portes à cette auteure influence un peu ton jugement ;-)

Lou de Libellus 06/11/2016 12:14

Je confesse qu'elle est charmante.

Valentyne 05/11/2016 13:47

Ah , dans l'ordre du chef d'œuvre !
Je note mais pour un jour où j'aurais le moral car cela a l'air très très sombre !

Lou de Libellus 05/11/2016 19:12

D'une étrange actualité.

Yueyin 05/11/2016 08:09

Je suis en plein dedans :-)

Lou de Libellus 05/11/2016 19:08

Dans la fin du monde ?

 


 
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