Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

Recherche

l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 00:15

Encaisser

 

Mon employeur n'était pas une serpillière, il était même garde des sceaux, un peu ministre. Depuis quarante ans, j'étais à sa charge, il se traînait dans les couloirs de la place Vendôme en déprimant sa litanie : mes charges, mes charges, mes charges... Même le Cinzano du Vendôme ne réjouissait plus la grisaille de son éminence. Alors Max, dit La Gâchette, vint. Il ne cherchait pas ses contrats au Pâle Emploi mais sur le terrain, de préférence au zinc. Là, il repérait les désespérés solubles : costume trois pièces de l'avenue Marceau, portelingue épais, la misère prodigue au coin de l'œil.

 

_ Un Cinz' ! T'en prends ?

_ Je ne vous connais pas. Qui êtes-vous ?

_ Max. Je rends des services. T'as un souci avec ta belle-mère ?

 

Un portelingue et un porte-flingue étaient faits pour s'entendre.

 

_ C'est Jean-Marie. Depuis quarante ans, il me prend l'équivalent de son salaire pour la retraite, et maintenant c'est moi qui doit encore casquer. Je n'en peux plus.

_ Reprends un Cinz'. Si tu veux, je passe à l'encaissement chez lui, un accident bête est vite arrivé. Tarif syndical, majoré des frais d'hôtel, il ne t'ennuiera plus.

 

Samedi, 9 h, on sonne.

 

_ Monsieur Jean-Marie, je présume ?

_ Lui-même.

_ Depuis quarante ans, l'employeur qui vous aime s'est vidé les fouilles avec vos bonnes et loyales charges. Il est temps d'effacer l'ardoise.

 

Lou de Libellus apporte le petit-déjeuner.

 

_ Ne prenez garde au désordre, nous avons fait la crémaillère de la retraite. Vous prendrez bien un café ou un thé, peut-être un Cinzano ?

_ J'déteste pas le Cinz'.

_ Jean-Marie, un café ? Je prends le thé. Buvons à la pendaison !

 

Shplaoush !

 

_ Je te l'avais dit, l'effet est immédiat, indétectable, sans saveur.

_ Comment s'en débarrasser ?

_ Le chantier de la maison de l'inculture n'en est qu'aux fondations...

 

* * *

 

Couler

 

_ Mes amis, chers amis et administrés ! Nous sommes heureux de vous accueillir à l'inauguration de notre grand chantier en culture !

Clap, clap, clap...

_ Cette nuit, nos vaillants employés municipaux ont délaissé la pelle et le rateau pour couler un petit ciment rapide, la scène, la folie du spectacle !

Clap, clap, clap...

_ Applaudissons Los Flamenco's de Saona et leurs rythmes endiablés !

Clap, clap, clap...

_ Le buffet est ouvert, Cinzano pour tous !

 

Le maire avait dépensé sans compter... sans compter que le ciment allait se fendre et s'effondrer sous les rageurs talons des danseurs.

Un bras surgit de terre.

On reconnut Max La Gâchette, alias Croquemort, alias Requiem. Il était bien connu dans les bars des quartiers chics. Dès qu'il se pointait, on lui préparait son sacré Cinz' au zinc. Il était également connu des services de police, mais on n'avait jamais réussi à le coincer.

Le légiste était formol : mort naturelle.

 

L'inspecteur Ducros, chargé de l'enquête, se décarcasse.

Sur l'agenda de Max, la dernière adresse conduit chez un certain Jean-Marie.

 

_ Inspecteur Ducros, brigade criminelle, j'ai quelques questions à vous poser.

_ Je vous en prie. Un thé, un café, un Cinzano ?

_ Tiens ! Un Cinzano ! Soyons fou !

 

Lou de Libellus émerge.

 

_ Encore un ! Il va falloir trouver un autre chantier...

 

* * *

 

Déloger

 

_ Je vais déloger.

_ Oui, Jean-Marie, ce serait prudent.

_ J'ai de la famille et des amis en Corse.

_ Les gares et les aéroports seront surveillés. Il reste la route, jusqu'à la côte. Je vais te trouver un bahut pour le déménagement. En attendant, tu prépares ta caisse à outils, je vais arranger ton vieux bahut.

 

Chez Dem&Co, au dépôt, les camions étaient toujours dispos, clés en main. Un coup de cisaille pour le portail, une pincée pour le marron qui faisait des faux papiers et des plaques plus vrais que nature, un coup de peinture et Lou&Co était au sec.

 

_ Je ne te dis pas que ce sera confortable mais pour la route c'est suffisant, personne ne verra le double-fond de ton bahut.

_ Et pour la traversée ?

_ C'est différent. A l'entrée du ferry, le contrôle est différent. J'ai un pote armateur qui te conduira sur l'île. On va un peu démolir ton antiquité – pour ce qu'elle vaut !

_ Et après ?

_ Le pote te dépose chez Tonio et je te rejoins avec tes meubles. Un chalet en plein maquis. Tu verras.

Encaisser

Là, il vécut heureux et longtemps parmi les cochons sauvages dont on ne le distinguait pas.

 

* * *

 

Sur une idée de Jean-Marie Dutey, onzième dan en architecture ronde.

 

Partager cet article

Repost 0
Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de maintenant
commenter cet article

commentaires

 


 
Handicap International

un clic sur les images