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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 00:15
Trevanian, Shibumi

Trevanian, Shibumi, Crown Publishers, 1979, traduit de l'américain par Anne Damour, Robert Laffont, 1981, traduction revue par Anne Damour, Gallmeister, 1988 – présente édition : 2016 – Conception graphique de la couverture : Valérie Renaud ; Illustration de couverture : © Tribalium / Shutterstock.com / Valou

Trevanian, Shibumi

 

Trevanian est un mystère précieusement cultivé.

 

Serait-il né au Japon en 1925, sous le nom de Rodney William Whitaker, comme le révèle, en 1983, un article du Washington Post conforté par le Who’s Who in America ?

Serait-il mort à la toute fin des années 1990, comme il l’avait déjà été en 1987 ?

 

Selon l'éditeur, Rodney Williams Whitaker, alias Trevanian, alias Nicholas Seare, alias Beñat Le Cagot (le nom d'un personnage de Shibumi), est né à Grandville, dans l'état de New York, le 12 juin 1931, et mort le 14 décembre 2005 dans le West Country, en Angleterre.

Après des études à l'université de Washington et un doctorat de communication à l'université Northwestern, il rejoignit l'US Navy durant la guerre de Corée. Il était directeur du département média de l'université d'Austin, Texas, lorsqu'il écrivit ses premiers romans.

Avec son épouse et ses quatre enfants, il vécut plusieurs années au Pays basque, désavouant ses Etats-Unis d'origine devenus trop matérialistes à son goût. Pendant longtemps, il garda le secret sur sa véritable identité, alimentant des rumeurs comme quoi il s'agissait de plusieurs auteurs écrivant sous un pseudonyme commun. Il mourut en Grande-Bretagne le 14 décembre 2005. Sa dernière œuvre, Street of the Four Winds, racontant la vie d'artistes parisiens durant la révolution de 1848, reste inédite.

 

Nicholaï Hel est l'homme le plus recherché du monde. Né à Shanghai en plein chaos de la Première Guerre mondiale, fils d'une aristocrate russe et protégé d'un maître de go japonais, il a survécu à la destruction d'Hiroshima pour en émerger comme l'assassin le plus doué de son époque. Son secret réside dans sa détermination à atteindre une forme rare d'excellence personnelle : le shibumi. Désormais retiré dans sa forteresse du Pays basque en compagnie de sa délicieuse maîtresse, Nicholaï accueille une jeune étrangère venue lui demander son aide. Il se retrouve alors traqué par une organisation internationale de terreur et d'anéantissement – la Mother Company – et doit se préparer à un ultime affrontement.

Shibumi, le chef-d'œuvre de Trevanian, est un formidable roman d'espionnage et une critique acerbe de l'Amérique. Avec, toujours, l'intelligence et l'humour noir qui sont la marque de fabrique de cet auteur exceptionnel.

4e de couverture

 

Les tribulations d'un Chinois en Pays basque. Un essai philosophique en forme de roman d'intrigue. Le récit reprend les phases d'un jeu de Go – un jeu, un art de vivre, dans lequel Nicholaï Hel est passé maître. Toute la vie est un paradigme du Go : la Stratégie de Shibumi.

 

Incipit

 

Première partie

Fuseki

Washington

 

9, 8, 7, 6, 5, 4, 3… LES CHIFFRES S’INSCRIVIRENT SUR L’ÉCRAN… le projecteur s’éteignit et les appliques lumineuses sur les murs de la salle de projection privée se rallumèrent. La voix du projectionniste était grêle et métallique dans l’interphone :

Quand vous voudrez, monsieur Starr.

T. Darryl Starr, unique spectateur, pressa le bouton de l’interphone placé devant lui.

[…]

Starr coupa l’extrémité de son cigare avec les dents et la recracha sur la moquette, suçota le havane entre ses lèvres pincées et frotta une allumette sur son ongle. En tant que Responsable Principal des Opérations, il se procurait des cigares de Cuba. C’était le privilège du rang.

Il s’enfonça dans son fauteuil et passa ses jambes par-dessus le dossier du siège devant lui, comme il le faisait quand il était gosse au cinéma du Lone Star Theater. Et si le type de devant râlait, Starr lui proposait de lui botter le cul en plus des omoplates. L’autre la fermait, car tout le monde à Flat Rock savait que T. Darryl Starr était du genre brutal et

qu’il était capable de vous amocher sérieusement.

Les années et les coups avaient passé, mais Starr était resté du genre brutal.

 

Il est bientôt rejoint dans la salle de projection par Diamond, suivi de près par le Premier Adjoint, puis un Arabe – un Palestinien. Sous l'égide de la Mother Company, Diamond dicte ses ordres : éliminer, physiquement, tout ce qui s'oppose au développement des ravages écologiques.

Comment se présente le film ? [demande Starr]

Pas mal, si l’on tient compte des conditions dans lesquelles nous l’avons tourné, répondit le projectionniste. L’éclairage dans Rome International est difficile…

[…]

Plan néral : les guichets de douane et d ’immigration. Une file de passagers se prépare à remplir les formalités avec plus ou moins d’impatience. Face à l’incompétence et à l’indifférence administratives, les seuls à montrer un visage aimable et souriant sont ceux qui s’attendent à des ennuis avec leurs passeports ou leurs bagages. Un vieil homme à barbiche blanche se penche pardessus le guichet, expliquant pour la troisième fois quelque chose au douanier. Derrière lui, en rang, deux jeunes gens d’une vingtaine d’années, très bronzés, vêtus d’un short kaki et d’une chemise déboutonnée. Tandis qu’ils s’avancent, poussant du pied leur sac à dos, la cara opère un zoom sur eux.

Ce sont nos cibles, commenta inutilement Starr.

En effet, dit l’Arabe d’une voix crispée de fausset. Je reconnais l’un d’eux. Il est connu dans leur organisation sous le nom d’Avrim.

Avec une courbette cocasse, le premier des jeunes gens invite une jolie fille rousse à les précéder au guichet. Elle le remercie en souriant, mais refuse d’un signe de tête. Le fonctionnaire italien, sous sa casquette à visière trop petite, prend le passeport du premier jeune homme d’un geste fatigué et le feuillette rapidement, louchant à plusieurs reprises sur la poitrine de la jeune fille, manifestement nue sous une chemise en jean.

 

Dans la fusillade, les deux jeunes Israéliens sont abattus ainsi que sept voyageurs, dont le vieil homme et une fillette. Haman, l'observateur arabe, s'éclipse de la scène sanglante : on le retrouve dans les chiottes où l'a conduit un besoin aussi naturel qu'impérieux.

 

La jeune fille rousse se tient très raide, les yeux agrandis d’horreur à la vue du jeune homme abattu qui, quelques secondes auparavant, lui offrait de passer devant lui…

La caméra va se poser sur le jeune homme écroulé près des casiers de consigne, la nuque éclatée…

Ter-ter-ter-terminé, les enfants, dit Starr.

[...]

Combien ? fit-il [Diamond] calmement.

Pardon ?

Combien de morts dans l’opération ?

Je vois ce que vous voulez dire, monsieur. Les choses ont été un peu plus sanglantes que prévu.

 

La fille aux cheveux roux est Hannah Stern, elle était le troisième membre du commando israélien à l'aéroport.

Trevanian, Shibumi

Vue depuis le château vers le sud-est, copyright 1976

 

Au Pays basque, Hannah Stern est accueillie par Nicholaï Hel, dans son château d'Etchebar.

Nicholaï Hel est un personnage très secret, même pour Fat Boy, la console gavée d'informations au service de Diamond et de son équipe. Il serait né à Shanghai, devenu grand maître en l'art du Go auprès d'Otake-san de la Septième Dan.

Trevanian, Shibumi

La vie est l'ombre du Go, la cruauté de Nicholaï au jeu laisse craindre pour son sens de la vie. Sa carrière est marquée de nombreuses actions d'extermination pour le compte de divers gouvernements. Ses services sont rémunérés à 250.000 dollars en moyenne, mais parfois il intervient gratuitement : pour les Basques, qui le protègent bien, et pour les Juifs. Il s'est retiré des affaires. Il peut vivre tranquillement dans sa retraite, à Etchebar, avec Hana, une jeune fille qui a été entraînée dans une école catholique spécialisée pour former des courtisanes de haut vol.

 

A Washington, on apprend que Hannah Stern vient de rejoindre Nicholaï Hel : les ennuis vont commencer.

 

Ringo-no-uta, vieille chanson populaire japonaise, chanson de l'espoir

 

A Etchebar, on attend des invités américains : Diamond et sa clique. Un barbecue leur aurait mieux convenu que la cuisine raffinée de Nicholaï Hel. C'est une coutume de sauvages, à base d'assiettes en carton, de coups de coude, d'insectes variés, de viande carbonisée, de hush puppies et de bière.

Le temps est à l'orage.

Dans le salon bleu et or, on sert un verre de Lillet avant le dîner, puis on passe à table : truite du gave, isard aux cerises, légumes du jardin cuits à la japonaise, et une salade verte avant les fruits et les fromages. Les vins sont soigneusement choisis en fonction de chaque mets et la délicatesse du gibier en sauce aigre-douce s'accompagne d'un rare Tavel.

Nicholaï Hel emmène Diamond au jardin japonais qu'il a passionnément construit et cultivé depuis de nombreuses années et il l'invite à se servir un très vieux et excellent Armagnac.

Dans la conversation, Diamond souligne que ni son frère, le commandant – qui jadis, dans les couloirs obscurs de la guerre, a torturé Nicholaï, ni lui-même ne sont devenus tueurs à gage.

Sottise. Tout homme travaillant dans une organisation qui pollue, qui extrait à ciel ouvert, contamine l'eau et l'air, est un tueur.

 

Viennent le sang, la sueur, les soupirs.

 

Hannah est menacée, elle est conduite en secret dans une cabane sur la montagne, sous la protection des Basques. Elle est abattue par Starr et Haman : un Basque a trahi et révélé sa cachette.

 

Nicholaï part pour la Grande-Bretagne en quête de Diamond. Il marque une pause à Saint-Jean-de-Luz pour voir Maurice de Lhandes, alias Le Gnome, un nain, un vieil ami. Ils dînent ensemble en compagnie de Mll Pinard, la gouvernante de Maurice. Nicholaï a convoqué aux fourneaux le grand chef du Café de la Baleine – ils se connaissent bien. Ils sont servis d'un caviar de la Neva et de blinis encore chauds sur leurs serviettes, suivis d'un potage royal Saint-Germain, d'un suprême de sole au château d'Yquem, de cailles sous la cendre, d'un carré d'agneau Edouard VII, d'un riz à la grecque, de morilles, de fonds d'artichauts florentine et d'une salade Danicheff, d'une bombe glacée et de fruits variés.

 

En Grande-Bretagne, la dernière partie s'engage entre Nicholaï et Diamond.

 

Quel trésor se cache dans le gouffre de Port de Larrau ? Quel sort attend les valets de la Mother Company ? Que deviendront le château, en majeure partie détruit dans le cours du jeu, et le jardin japonais carbonisé ?

 

Nicholaï Hel retrouve Hana : il était temps de prendre le thé qu'il avait préparé.

 

Un roman d'une grande sagesse amoureuse, ponctué de moments raffinés dans la gourmandise, lacéré de traits féroces sur l'Amérique, son vulgaire matérialisme, son mépris ploutocratique de la vie, simple et tranquille, son programme d'asservissement des hommes et des ressources de la planète.

 

Un chef-d'œuvre.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

yueyin 13/10/2016 16:09

j'ai lu La Main de Trevanian, mais il y a trrrèèèès longtemps, je crois que je devrais renouer avec lui :-)

Lou de Libellus 13/10/2016 19:01

Un peu antérieur, très intéressant d'après les critiques que j'en ai lues.

Le Papou 09/10/2016 14:29

Quarante ans plus tôt, nouvel immigrant à Montréal, j'ai lu "La Main" qui était resté un de ces romans qui m'avait marqué. Je viens juste de le relire (il n'y a pas de mal à se faire du bien) et j'ai encore adoré. Bien entendu, la Main (le boulevard St Laurent n'est plus ce qu'elle était mais, moi non plu. Je vais lire Shibumi. Amicalement.
Le Papou

Lou de Libellus 09/10/2016 17:23

Bienvenue, Le Papou ! La Main ? Un quartier de prostituées, on ne s'ennuie pas à Montréal : - )

 


 
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