de litterrance

Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /Nov /2009 11:21
 

Robert Musil est un ingénieur, philosophe, romancier, essayiste et dramaturge, né le 6 novembre 1880 à Klagenfurt, en Carinthie, et mort le 15 avril 1942 à Genève, où il s'était réfugié après l’Anschluss.

L'Homme sans qualités
(Der Mann ohne Eigenschaften), publié en 1930 pour la première et la deuxième partie, en 1932 pour les trente-huit premiers chapitres de la troisième partie, est un roman se cherchant, comme A la recherche du temps perdu de Marcel Proust et Ulysse de James Joyce. La troisième partie, Vers le règne millénaire ou les criminels, a été complétée de nombreux fragments, en cours d'écriture, dans l'édition d'Adolf Frisé publiée en 1952.

A Vienne, dans les mois qui précèdent la guerre de 14-18, on s'intéresse au criminel Christian Moosbrugger, un fou étrangement lucide, et à la préparation du jubilé de l'Empereur François-Joseph, annonce du Règne millénaire tant attendu. Ulrich s'est mis en disponibilité pour mieux observer les frémissements de ses semblables : il abandonne ses qualités, ce qui définit (limite) son statut social et son identité individuelle, à la recherche d'une harmonie entre raison et sentiment, éthique et esthétique.

Musil rencontra, au fil de sa rédaction, de plus en plus de difficultés pour mener le projet à son terme. Le passage le plus abouti est peut-être ce fragment, très élaboré, des Souffles d'un jour d'été où Ulrich et sa sœur Agathe approchent le Règne de l'amour. Dans un autre fragment, ultérieur et en rupture avec l'intention première de Musil, ils consommeront...

il y travaillait encore quand la mort le surprit

Philippe Jaccottet


 

 

 

Frédéric Chopin, Etude en la mineur, op. 25, n°11 (Le Vent d'hiver), piano, Ignace Jan Paderewski, Philips,1999 (enregistrement, début XXe siècle)

> note

 


Le soleil, entre-temps, s’était élevé dans le ciel. Ils avaient abandonné les chaises telles des barques échouées dans l’ombre plate de la maison et s’étaient étendus sur une pelouse, dans la ronde profondeur du jour d’été. Ils étaient ainsi depuis assez longtemps et, bien que les circonstances eussent changé, ils en avaient à peine conscience. Pas plus qu’ils ne remarquaient l’arrêt de la conversation : elle était restée en suspens sans trahir la moindre faille.

Tel un fleuve silencieux, une neige de fleurs sans éclat tombant d’un groupe d’arbres en train de se faner flottait dans le soleil ; le souffle qui la portait était si doux qu’aucune feuille ne bougeait. Nulle ombre qui en descendît sur le vert des pelouses : celui-ci semblait s’assombrir de l’intérieur comme un regard. Tendrement et généreusement vêtus de feuilles par le jeune été, les arbres et les buissons qui se dressaient de chaque côté ou composaient l’arrière-plan du jardin semblaient des spectateurs déconcertés qui eussent participé, surpris et figés dans leur costume joyeux, à ces funérailles et à cette fête de la nature. Le printemps et l'automne, le langage et le silence de la nature, la magie de la vie et de la mort se mêlaient dans cette image. Les cœurs comme arrêtés, comme retirés de la poitrine semblaient s'associer dans l'air au silencieux convoi.
Robert Musil, L'Homme sans qualités, Troisième partie, Vers le règne millénaire ou les criminels, 55 - Souffles d'un jour d'été. (Fragment), trad. Philippe Jaccottet, Seuil, 1957

 


la magie de la vie et de la mort se mêlaient dans cette image

 


Funérailles et fête, union mystique liée par le regard du spectateur, en miroir.

 


"Alors le cœur me fut enlevé de la poitrine", a dit un mystique. Agathe s'en souvint.

[...]

Agathe, poussée par la curiosité, s'appuya sur un coude. "N'as-tu pas dit une fois, demanda-t-elle, qu'il existe deux possibilités foncièrement différentes de vivre, et qu'elles correspondent justement à deux tonalités distinctes du sentiment ? L'une serait celle du sentiment profane, à qui sont refusés le repos et l'accomplissement ; l'autre, je ne sais si tu lui avais donné un nom, devrait être sans doute celle du sentiment mystique, dont l'harmonie perdure, mais qui n'atteint jamais à la pleine réalité ?"

 

 Du côté du convoi mortuaire  

 Du côté de la chienlit 

 Du côté de la volonté de jouissance 

Les nihilistes (...)

Les activistes (...)

Les réalistes (Nietzsche)

Le refus
La léthargie
Le repli du temps

Le symbolique
La frénésie
La fuite du temps

L'acte *
Ni gagnants ni perdants **
Dans le temps ***


* La possession d'une idée (serait-ce la plus géniale depuis le commencement du monde - ce qui est d'ailleurs hors de question) ne compte pas. Nous devons nous efforcer anxieusement de la convertir en "actes" (selon la terminologie d'Emerson ou de Maeterlinck). Alors nous la possédons vraiment.

Journaux I, Cahier 4, 1899 ? - 1904 ou plus tard, 12, III, trad. Philippe Jaccottet, Seuil, 1981

un civilisé

[...]

C’est un monstre chez qui s’est développée jusqu’à l’absurde  cette faculté que nous avons de tirer des pensées de nos actes, au lieu d’identifier nos actes à nos pensées.

Si notre vie manque de soufre, c’est à dire d’une constante magie, c’est qu’il nous plaît de nous perdre en considérations sur les formes rêvées de nos actes, au lieu d’être poussés par eux.

[...]

Protestation contre l’idée séparée que l’on se fait de la culture, comme s’il y avait la culture d’un  côté et la vie de l’autre ; et comme si la vraie culture n’était pas un moyen raffiné de comprendre et d’exercer la vie.

Antonin Artaud, Le Théâtre et son double, 1938

 

 

**

 

Noir Désir, Gagnants / Perdants, 2008


*** La bonté supérieure est comme l'eau qui est apte à favoriser tous les êtres et ne rivalise avec aucun.

[...]

elle agit dans les moments favorables.

Lao-tseu, Tao-tö-king, VIII, trad. Liou Kia-hway, Gallimard, 1967

 


"Pourquoi donc ne sommes-nous pas des réalistes ?" se demanda Ulrich. 

 


 

NOTE

 

Un jour, alors que j'avais entendu un pianiste célèbre, la forme qu'avaient fait naître en moi ses incroyables accords était encore présente à mon oreille, lorsque je sus que je devais, ou que j'allais rencontrer une femme dont la silhouette serait identique à la forme des notes qui continuaient de retentir en moi. Au même instant, je me sentis littéralement envahi par le sentiment d'une vie spirituelle complètement transformée, une vie dont la place était à côté de cette femme. Il m'en resta la conscience que cette représentation d'une possibilité de vivre autrement qui m'avait détourné de mon existence ordinaire de façon aussi subite échappait au visible : il ne m'en restait qu'un souvenir sonore privé de contenu, vague, évanescent. Je ressentis quelque chose dont je n'avais jamais connaissance auparavant. Ce sentiment m'apparut, probablement à tort, non naturel, et même, de manière angoissante, insensé. Mais, malgré cela, je fus amené à penser et à comprendre tout autrement, d'une façon dont j'aurais été incapable auparavant.

cité par Jean-Pierre Cometti in L'Homme exact, Seuil, 1999

Avec en tête ces passages énervants entendus naguère joués par Paderewski

Journaux I, cf. supra

Je ne retiens aucune mélodie. Mais je sais exactement à quel moment un sentiment a surgi en moi. A cette époque, à dix-sept ans, quand Paderewski jouait, c'était lié à l'image d'une femme. Cette femme devait être plus âgée que moi ; mais je ne la voyais pas devant mes yeux, je sentais seulement mon inclination pour elle. A la minute près ; cela existe. J'avais aussi l'idée de conversations parfaitement absurdes avec elle, sans point ni virgule. Simplement : comme quand on est debout au soleil et frissonne sous la caresse du vent.

[Un feuillet de la Nachlass-Mappe IV/2, sans doute très postérieur à la note du Journal du 12 mars 1902]

Journaux, notes, cf. supra

 
Par lou - Publié dans : de litterrance
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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 00:05

 

 

 
Il m'arrive souvent de penser que mon chat est riche d'un passé qu'il me cachera, puis de feindre que je le crois. Qu'il sait nombre de choses importantes et secrètes…

 

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin

Je veux imaginer, parfois, qu'il fréquenta les labyrinthes des Pyramides et ceux des rues de Paris en compagnie de Villon ou qu'il fut témoin faussement endormi de la conversation d'un penseur et d'un chef d'Etat du côté de Colombey-les-Deux-Eglises. Puis je veux croire qu'il s'est fait une vertu, comme certains après un vœu, de garder volontairement le silence, après avoir mesuré toute la vanité des mots et déduit qu'il y avait sagesse en acmé à pratiquer le savant art de se taire…

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

C'est pourquoi il faut savoir saisir sa chance lorsque notre regard peut rencontrer le sien : dieux et démiurges, seuls, doivent ainsi créer en regardant.

Elle s'appelle Maya, car mon chat est une chatte…

… le sommeil. Quand il viendra, je rêverai d'être chat, pour vivre un peu plus proche d'elle, un peu plus loin de ceux qui me font parfois regretter d'être un homme.

Michel Onfray, Eloge de mon chat in Le désir d'être un volcan, Grasset, 1996

 


Les chiens vivent en meute. Ils ont un maître. Domination / soumission. Troupeau.

Les chats ont un territoire. Hiérarchie de l'espace partagé. Non plus le pouvoir, la tendresse. Indépendants, parfois en couple. Huit ans, huit ans déjà, Bonde et Capsule ont amené leur portée âgée de deux mois. Ils sont restés à la maison trois mois encore en prenant peu à peu leur distance. Bouchon, première nommée, première dame aux voluptueux atours, ne règne pas. Elle est aimable, on l'aime, pas de bagarre. Tchan et Cheng forment un joli couple, ils dorment entrelacés, simplement Tchan vient dès le petit déjeuner, Cheng reste un peu plus longtemps au nid. Coton est mélancolique, inquiète, affamée d'amour. Elle crache sur tout autre chat fors sa mère, Bouchon. Kriss a renoncé aux vains honneurs de la cimaise pour le plaisir de la couette. Matt est fugitive, encore en deuil, depuis le temps. Quand son frère Chess est mort sur la route… Chess était le philosophe… l'enterrement s'est fait en secret. Elle a passé trois jours couchée sur la sépulture. Après Chess, il y a eu Lou, victime du même. Et Bamboo… il s'éclipse… peut-être comme Lin s'escapade de temps en temps de son sweet home tout proche pour partager les croquettes des copains d'à côté.

 

 

 

Océane dit Charles Baudelaire

 

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort doux et charmant.
Quand il miaule, on l'entend à peine,

 

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C'est là son charme et son secret.

 

Cette voix qui perle et qui filtre,
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

 

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n'a plus besoin de mots.

 

Non, il n'est pas d'archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

 

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu'harmonieux !

 

[De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
Caressé une fois, rien qu'une.

 

C'est l'esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

 

Quand mes yeux vers ce chat que j'aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

 

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.
]

 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal, XLVII. Le Chat

 

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

 

Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ;
L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

 

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ;

 

Leurs reins féconds sont plein d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal, LVI. Les Chats

 

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

 

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

 

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

 

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal, XXXIII. Le Chat

  

 
Par Océane - featuring lou - Publié dans : de litterrance
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Samedi 12 septembre 2009 6 12 /09 /Sep /2009 00:07

 

 

Le Banc est une pièce de Gérald Sibleyras en sept tableaux, mise en scène par Christophe Lidon avec Philippe Chevallier et Régis Laspalès au Théâtre Montparnasse du 25 Mars au 31 Mai 2008.


Gérald Sibleyras est né en 1961. Il est l'auteur de scénarios, de dialogues cinématographiques et de pièces de théâtre,
Vive Bouchon, La Danse de l’Albatros, La Retraite de Russie, Une heure et demie de retard, L’inscription, Le vent des peupliers, Un petit jeu sans conséquence. Il a reçu de nombreuses nominations aux Molières.






Vive Bouchon !












Une représentation est disponible en DVD.

Cet enregistrement a été diffusé le 28 août dernier sur Direct 8 et sera rediffusé le vendredi 18 septembre à 22 h 40.


Notre magtélé préféré, celui qui offre ses colonnes à des cocasseries comme celle que nous avons présentée récemment, n'accordait pas un seul T, pas même un commentaire, au machin. Nous avions déjà lu de brèves notes peu encourageantes à propos de spectacles à saynètes des deux larrons en piste – en compilréduc : des lourdauds, moins nuisibles que d'autres, certes, puisqu'on ne comprend pas ce qu'ils disent et qu'on se demande même s'il y a quelque chose à comprendre. Des comiques, si l'on veut, mais des comédiens ? A voir…


Confiant en l'invite culte de Régis – c'est vous qui voyez, nous nous sommes mis à voir.


Scène d'exposition classique, on sait où on est, qui est là et quel est le programme.


Paul et Vladimir (notez bien le nom), un pianiste à quatre mains depuis vingt ans, ont reçu un prix exotique pour leur dernier enregistrement et une résidence artistique, un chalet, au Tyrol, en vue de travailler leur tournée au Japon. Rostropovitch, ancien résident ! on l'entend encore… la montagne ! Trüdi, jeune et voluptueuse cuisinière en coulisses, peluche italo-autrichienne, avec un umlaut ! le paradis, quoi… Seulement, ils parlent, l'un fléchit, l'autre s'infléchit dans une aventure alpestre avec Trüdi et le banc rétrécit --- finalement, comme il est dit : il ne se passe rien --- rien d'autre qu'un jeu de scène, en attendant…


Deuxième tableau, celui que vous offre infra You Tube, la pierre et le ciment, nous sommes accroché ! Ce n'est pas lourd, c'est du lourd.


Chevallier et Laspalès sont deux clowns, un Blanc et un Auguste, les artistes emblématiques du cirque traditionnel. Le rôle noble revient au second, le premier n'étant qu'un faire-valoir (au demeurant essentiel !), un second rôle qui, pris de vertige dans le tableau, se rebelle et - un effet du vertige ? tombe en dépression --- n'en disons pas trop.

L'Auguste doit faire rire dès son entrée, même par quelques mots banals (ça va ?), même par quelques mots tragiques (je vais me détruire – Pierre Desproges) ou un appel prenant aux entrailles (maman ! – Guy Bedos), même par le silence (Coluche, prenant deux à trois minutes, selon les soirs, avant de lancer : c'est l'histoire d'un mec --- vous la connaissez ?).

Il doit également laisser des bulles en mémoire, elles remonteront en questions après la sortie – selon la leçon de Dario Fo pour qui les clowns,  créatures subversives, d'abord, ne s'adressent pas aux enfants… ou pas seulement…

Le comique de l'Auguste vient d'une recette simple : la simplicité (on n'est pas dans une conférence de Bourdieu commentant un séminaire de Lacan où on analyse le dernier opus de Marguerite Duras), la répétition, le jeu mécanique (bon… sur le dernier mot… il y a un lacanien dans la salle… ça vaaa ? hein ? hé ! faut aller ! – nous profitons du gargouillis du ci-devant dudit pour rappeler une blague d'Achille Zavatta, c'était drôle quand Zavatta racontait : quelle différence qu'il y a entre le paradis et les vécés ?... y en a pas ! le paradis, c'est comme les vécés, quand faut y aller, faut y aller !)


[nonnon, on est bien dans le sujet, seulement on ne vous dira pas la fin de la pièce]


Nous en sommes au tableau 2, suivez, prenez des notes !

La pierre et le ciment se sont déjà distingués, la colle ne tient plus. La scène de ménage – c'est de l'amour – se poursuit au même ton jusqu'à la coda vertigineuse, une fugue inversée, où Paul entend Rostropovitch – alors qu'il a déclaré, dès le commencement : Rostropovitch est mort. Dieu, associé dans le même paradigme, on ne sait pas, on en parle, on ne l'entend pas.

En entendant Rostropovitch… en attendant Godot ? c'est vous qui voyez…

 


 
Par lou - Publié dans : de litterrance
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Jeudi 10 septembre 2009 4 10 /09 /Sep /2009 13:40

 
Thierry Fouquet, Directeur de l'Opéra national de Bordeaux, s'exprime sur une colonne en page 8 de Télérama 3113 - du 12 au 18 septembre.

 

Récemment, l'un des abonnés de l'Opéra national de Bordeaux a rendu public le refus fait à ses filles de 5 et 7 ans de pouvoir assister à La Flûte enchantée, programmée en janvier prochain. Et ce "pour des raisons de sécurité".

En bonne logique, ce père de famille a déploré cette réponse négative.

Il a choisi de le faire savoir à l'Opéra national de Bordeaux par voie de presse (Télérama n° 3111). Nous l'avons lu, entendu, et nous souhaitons présenter nos excuses à ce spectateur victime d'un malentendu estival, malvenu en ces temps de rentrée.

En tant qu'établissement recevant du public, et théâtre classé monument historique, nous sommes particulièrement attentifs à l'accueil en toute sécurité de nos spectateurs et plus particulièrement à celui des jeunes enfants.

Dans ce cas précis, le placement demandé par cette famille (1er rang du 2e balcon, donc assez élevé pour notre théâtre XVIIe) a conduit à un excès de prudence de la part de nos services d'accueil.

Nous nous engageons à permettre à cet abonné (assurant que l'éducation musicale de ses filles leur permet de suivre durant presque trois heures un spectacle en allemand) de venir, en famille bien sûr, assister à l'une des dix représentations de cette Flûte enchantée.


A la première lecture, c'est du velours, comme les fauteuils classés du théâtre XVIIe, la petite flûte sur le violon comme dans une sonate de Corelli.

 

On relit ensemble, je fais les notes en bleu.

 

Récemment, l'un des abonnés de l'Opéra national de Bordeaux a rendu public le refus fait à ses filles de 5 et 7 ans [c'est l'âge qui compte dans le calcul] de pouvoir assister à La Flûte enchantée, programmée en janvier prochain. Et ce "pour des raisons de sécurité" [imparable].

En bonne logique, ce père de famille [la famille ! le père de la famille ! total respect !] a déploré [le père implorant déploré] cette réponse négative [ce n'est pas un refus de vente, ce serait un délit, c'est… une réponse… négative].

Il a choisi de le faire savoir à l'Opéra national de Bordeaux par voie de presse (Télérama n° 3111) [c'est plus sûr, non ?]. Nous l'avons lu, entendu, et nous souhaitons présenter nos excuses [sa platine tourne en boucle sur l'album de Ségo, Repentance] à ce spectateur victime [les victimes sont très haut cotées en ces temps] d'un malentendu estival [le malentendu est estival et le foutage de gueule par voie de presse est de toute saison], malvenu en ces temps de rentrée [ça, c'est juste pour meubler, puisqu'il s'agit d'une réservation refusée en cet été pour l'hiver prochain].

En tant qu'établissement recevant du public [pour une salle de spectacle, c'est bien, si ! c'est bien de recevoir du public], et théâtre classé monument historique [c'est pas une merde culturelle sur une pelle en bois, vous posez votre cul sur de l'historique], nous sommes particulièrement attentifs à l'accueil en toute sécurité de nos spectateurs [la musique nuit gravement à votre léthargie] et plus particulièrement à celui des jeunes enfants [imparable, imaginez les petits innocents largués dans le labyrinthe de la Flûte].

Dans ce cas précis [les autres mélomanenmmerdeurs ne seront pas publiés sur la voie de presse], le placement demandé par cette famille (1er rang du 2e balcon, donc assez élevé pour notre théâtre XVIIe) [c'est-à-dire que les prix sont moins élevés et pas assez pour des strapontins historiques, salauds de pauvres qui aiment la musique !] [il a choisi le premier rang du 2è balcon et il est connu, ou on sait bien que - ce genre d'argument d'autorité non autorisé, les fillettes de 5 ou 7 ans se jettent des balcons en entendant Mozart] a conduit à un excès de prudence de la part de nos services d'accueil [mots-clés : prudence, accueil].

Nous nous engageons [c'est un homme engagé, mais pas seul, c'est mieux quand on est plusieurs, cf. supra "nous sommes particulièrement attentifs", le nous n'est pas de modestie] à permettre à cet abonné (assurant que l'éducation musicale de ses filles leur permet de suivre durant presque trois heures un spectacle en allemand) de venir, en famille bien sûr [On remarque le fondu enchaîné de la musique à l'allemand - à cinq ans, on peut apprécier le chant et les rutilances de l'orchestre visible et non pas seulement en ondes sonores sans pour autant être bilingue germano-pratin-couffin, on note que la Flûte est un spectacle – chez mon disquaire : avez-vous le dernier spectacle de Wolfgang pour paillettes et flûte ? et puis, comme de bien entendu, à 5 ou même 7 ans, passé Nounours, on s'endort. La famille est au premier plan, c'est sacré], assister à l'une des dix représentations de cette Flûte enchantée.

 

_ Mais Lou !? Mélou, mélou, loulou ! pourquoi n'écris-tu pas cela à Télérama ?

_ Euh… Télé-La Vie-Le Monde a toujours refusé mes courriers – c'est vrai que je ne faisais que corriger des âneries publiées.

_ Au moins à Thierry, non ?

_ Il ne répond que par voie de --- d'une certaine presse et… mes petites lectures de texte pourraient troubler sa sieste.

 

[désolé – non, pas tant que ça – d'avoir troublé la vôtre avec une leçon de lecture, c'est que longtemps je me suis couché de bonne heure et ce matin je me suis levé tôt, juste pour entendre Michel Jonasz annoncer sur France Info que le piratage lui avait fait perdre 30 à 50%, on n'est pas à une approximation près, de ses revenus, aidez-le ! un SDF de moins à venir, c'est des siècles d'indulgence pour votre purgatoire]
 

Par lou - Publié dans : de litterrance
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Dimanche 19 avril 2009 7 19 /04 /Avr /2009 16:01

 
Ou encore (car je cherche à dire cette vérité), cette Photographie du Jardin d'Hiver était pour moi comme la dernière musique de Schumann avant de sombrer ce premier
Chant de l'Aube, qui s'accorde à la fois à l'être de ma mère et au chagrin que j'ai de sa mort ; je ne pourrais dire cet accord que par une suite infinie d'adjectifs ; j'en fais l'économie, persuadé cependant que cette photographie rassemblait tous les prédicats possibles dont se constituait l'être de ma mère, et dont, inversement, la suppression ou l'altération partielle m'avait renvoyé aux photos d'elle qui m'avaient laissé insatisfait. Ces photos-là, que la phénoménologie appellerait des objets "quelconques", n'étaient qu'analogiques, suscitant seulement son identité, non sa vérité ; mais la Photographie du Jardin d'Hiver, elle, était bien essentielle, elle accomplissait pour moi, utopiquement, la science impossible de l'être unique.

La chambre claire, 28



Robert Schumann, Gesänge der Frühe, 1. im ruhigen tempo, op.133, 1853, piano Maurizio Pollini

>>> le premier des ultimes Chants de l'Aube, composés peu avant que Schumann ne se jette dans le Rhin en février 1854 <<<

[la pièce en écoute, en un click sur l'image]

 

La mort est impensable, impuissance du langage, certitude de la photographie [Lcc, 45].

 

Roland Barthes, Journal de deuil, 26 octobre 1977 – 21 juin 1978, Seuil / Imec, 2009.

[les références des citations se trouveront dans la date, donnée en titre par Barthes]

 

Roland Barthes, La chambre claire, Note sur la photographie, Cahiers du Cinéma / Gallimard / Seuil, 1980.

[réf. Lcc, chapitre]

 

 

1/ Histoire

 

Le 25 octobre 1977, mam., l'amour d'une vie, est morte.

Le lendemain, Roland Barthes commence à écrire les fragments d'un chagrin toujours là, en lui et dans l'appartement où il vivait avec sa mère.

Quelques phrases sur des fiches, selon sa manière, posant la chaîne sur laquelle il tisse La chambre claire.

 

21 juin

Relu pour la première fois ce journal de deuil. Pleuré chaque fois qu'il y est question d'elle – de sa personne – non de moi.

L'émotivité, donc, revient.

Fraîche comme au premier jour de deuil.

Journal de deuil, 21 juin

 

Les notes se continuent jusqu'au 15 septembre 1979.

 

5 juin 1978

[…]

Avant de reprendre avec sagesse et stoïcisme le cours (d'ailleurs non prévu) de l'œuvre, il m'est nécessaire (je le sens bien) de faire ce livre autour de mam.

 

13 juin 1978

[…]

Ce matin, à grand peine, reprenant les photos, bouleversé par une où mam. petite fille, douce, discrète à côté de Philippe Binger * (Jardin d'Hiver de Chennevières, 1898).

Je pleure.

 

* son frère

 

Or, un soir de novembre, peu de temps après la mort de ma mère, je rangeai des photos. Je n'espérais pas la "retrouver", je n'attendais rien de "ces photographies d'un être, devant lesquelles on se le rappelle moins bien qu'en se contentant de penser à lui" (Proust) *.

Lcc, 25

* Le Temps retrouvé, p. 886, Bibliothèque de la Pléiade, 1965

 

Le temps où ma mère a vécu, avant moi, c'est ça, pour moi, l'Histoire (c'est d'ailleurs cette époque qui m'intéresse le plus, historiquement). Aucune anamnèse ne pourra jamais me faire entrevoir ce temps à partir de moi-même (c'est la définition de l'anamnèse) – alors que, contemplant une photo où elle me serre, enfant, contre elle, je puis réveiller en moi la douceur froissée du crêpe de Chine et le parfum de la poudre de riz.

Lcc, 26




 


Vers le 12 avril 1978

Ecrire pour se souvenir ? Non pour me souvenir, mais pour combattre le déchirement de l'oubli en tant qu'il s'annonce absolu. Le – bientôt – "plus aucune trace", nulle part, en personne.

Nécessité du "Monument".

Memento illam vixisse *.

 

* Souviens-toi, elle a vécu.

 

5 juin 1978

[…]

Pour moi, le Monument n'est pas le durable, l'éternel (ma doctrine est trop profondément le Tout passe : les tombes meurent aussi), il est un acte, un actif qui fait reconnaître.

 

Ecrire, être en acte.

 

Le 25 février 1980, Roland Barthes est renversé par un blanchisseur en camionnette près du Collège de France. Alors qu'il n'est que légèrement blessé, il s'effondre dans le coma peu de temps après et meurt le 26 mars.

 

1er avril 1978

En fait, au fond, toujours ceci : comme si j'étais comme mort.

 

28 mai 1978

La vérité du deuil est toute simple : maintenant que mam. est morte, je suis acculé à la mort (rien ne m'en sépare plus que le temps).

 

31 mai 1978

En quoi mam. est présente dans tout ce que j'ai écrit.

 

 

2/ StudiumPunctum

 

Roland Barthes, (re)découvrant une photographie de sa mère telle qu'il ne l'a jamais vue (une enfant dans le jardin d'hiver de Chennevières), lie et lit le deuil, le journal de deuil, dans la Photographie, La chambre claire, essai d'une phénoménologie du déplacement, de la représentation en deçà des codes.

Dans sa lecture, en recherche, il nomme deux thèmes informant une photographie à la façon d'une sonate classique [Lcc, 10] :

- le studium ; pour le spectator, l'application à une chose, le goût pour quelqu'un, une sorte d'investissement général, empressé, certes, mais sans acuité particulière […] témoignages politiques […] tableaux historiques […] ; pour l'operator, composition, cadrage, intention.

- le punctum, ponctuation, piqûre, ce hasard qui me point.

La Photographie n'est pas un simple progrès mécanique de la Peinture mais la scène d'un théâtre primitif lié au culte des Morts, comme une figuration de la face immobile et fardée sous laquelle nous voyons les morts [Lcc, 13].


 

Christian Boltanski, Monument Odessa, 1991

 

Ainsi accompagnant la Peinture classique dans la saisie d'un instantané imperceptible, l'instant d'une histoire commencée, inachevée, un récit.

Un paysage peut être à la fois utopie (j'irai là) et mémoire (j'ai été là). Un jardin, la mère. Or Freud dit du corps maternel qu' "il n'est point d'autre lieu dont on puisse dire avec autant de certitude qu'on y a déjà été". Telle serait alors l'essence du paysage (choisi par le désir) : heimlich, réveillant en moi la Mère (nullement inquiétante). [Lcc, 16]

Le studium seul donne une photographie réifiée, en l'absence d'un punctum, d'un trait qui m'attire ou me blesse et génère une lecture dialectique. Le reportage brut, la pornographie * : un monde unaire (un donné immédiat, sans histoire, sans moi). [Lcc, 17]

* dont se distinguent les photos de Robert Mapplethorpe


 

Young Man With Arm Extended, 1975

[il semble que la reproduction figurant dans Lcc soit inversée]


La lecture du punctum, de la photo pointée, n'autorise pas dans sa fulgurance un développement rhétorique. La Photographie se rapproche alors du Haïku dans une immobilité vive à l'opposé du mouvement pétrifié du cliché unaire. [Lcc, 21]

A ce point de sa quête, Roland Barthes, plongé dans les photos de sa mère, se demande : est-ce que je la reconnaissais ? Dans sa différence, oui, dans son essence, non. L'image partiellement vraie restait totalement fausse.

je sais que c'est elle, mais je ne vois pas ses traits… comme dans le rêve [Lcc, 27].

Et je la découvris.

La photographie était très ancienne… [Lcc, 28]

Il s'agit de Jardin d'Hiver de Chennevières, 1898, évoqué une première fois dans Journal de deuil, 13 juin 1978.

[…] juste une image, mais une image juste. Telle était pour moi la Photographie du Jardin d'Hiver.

Pour une fois, la photographie me donnait un sentiment aussi sûr que le souvenir, tel que l'éprouva Proust, lorsque se baissant un jour pour se déchausser il aperçut brusquement dans sa mémoire le visage de sa grand-mère véritable, dont pour la première fois "je retrouvais dans un souvenir involontaire et complet la réalité vivante" *. [Lcc, 28]

* Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, p. 756, Bibliothèque de la Pléiade, 1965

[dans la séquence du Léthé, qui apparaît, seule occurrence, p. 760]

Quelque chose comme une essence de la Photographie flottait dans cette photo particulière. Je décidai alors de "sortir" toute la Photographie (sa "nature") de la seule photo qui existât assurément pour moi, et de la prendre en quelque sorte pour guide de ma dernière recherche. Toutes les photographies du monde formaient un Labyrinthe. Je savais qu'au centre de ce Labyrinthe, je ne trouverais rien d'autre que cette seule photo, accomplissant le mot de Nietzsche : "Un homme labyrinthique ne cherche jamais la vérité, mais uniquement son Ariane."

[…]

(Je ne puis montrer la Photo du Jardin d'Hiver. Elle n'existe que pour moi…)

[Lcc, 30]

 

 

3/ Temps

 

L'autre punctum, ailleurs que dans le "détail", c'est le Temps. [Lcc, 39]

Suivant son Ariane (une sortie du Dédale ? > James Joyce, Portrait of the Artist as a young man), Roland Barthes découvre que la photographie est l'oeuvre des chimistes, non des peintres ou des inventeurs de la perspective (Leon Battista Alberti), des techniciens de l'optique (la camera obscura).

[…] une circonstance scientifique (la découverte de la sensibilité à la lumière des halogénures d'argent) a permis de capter et d'imprimer directement les rayons lumineux émis par un objet diversement éclairé. La photo est littéralement une émanation du référent. D'un corps réel, qui était là, sont parties des radiations qui viennent me toucher, moi qui suis ici… [Lcc, 34]

 

 

Nicéphore Niépce, Paysage à Saint-Loup de Varennes, 1826 / 1827, Austin, Texas, Harry Ransom Humanities Research Center, coll. Helmut Gernsheim.

Première * héliographie au bitume, sur étain pur, d'une scène naturelle, la vue a été prise depuis la fenêtre de la maison de Niépce à Saint-Loup de Varennes ; elle a demandé environ huit heures de pose, les ombres tracent le passage du temps

* Selon Alphonse Davanne et Eugène Niépce, petit-fils de Nicéphore, la première "prise de vue" serait celle de La table mise, 1823 / 1825. C'est la leçon retenue par Barthes dans La chambre claire, 36.

Selon Jean-Louis Marignier, l'image daterait de 1832.

La plaque a disparu des collections de la SFP au début du XXè siècle.

 

Fleuve de l'éternité, le Temps est toujours / jamais plus là. Inaccessible au discours.

Camera lucida : un appareil, antérieur à la Photographie, qui permettait de dessiner un objet à travers un prisme, un œil sur le modèle, l'autre sur le papier. [Lcc, 44]



 

Camera lucida, dispositif inventé William Hyde Wollaston en 1806, gravure anonyme, 1807

 

Un rendu à plat appelant et refusant la profondeur de tout sens possible : la Photographie.

 

Penser la Photographie revient seulement à reconnaître "ça a été" [Lcc, 34].

Ce passé ne peut transformer le chagrin vécu en deuil [Lcc, 37]

Acédie : rien à dire de la mort… je n'ai d'autre ressource que cette ironie : parler du "rien à dire". [Lcc, 38]

Devant la photo de ma mère enfant, je me dis : elle va mourir : je frémis, tel le psychotique de Winnicott, d'une catastrophe qui a déjà eu lieu. Que le sujet en soit déjà mort ou non, toute photographie est cette catastrophe. [Lcc, 39]

La photographie authentifie (la mort) et dans son évidence ne laisse que le désarroi de l'indicible, de l'impensable : ils sont morts.

 

 

16 novembre

Maintenant, partout, dans la rue, au café, je vois chaque individu sous l'espèce du devant-mourir, inéluctablement, c'est-à-dire très exactement du mortel. – Et avec non moins d'évidence, je les vois comme ne le sachant pas.

[Ces futurs morts qui ne savent pas qu’ils vont mourir… Albert Cohen, Belle du Seigneur, 1968 (où l'on trouve également une Ariane)]

Pendant ce temps, dans sa poursuite alors effrénée de nouvelles rencontres, Roland Barthes note :

12 juin 1978

[…]

continuaient à fonctionner, imperturbablement (comme mal élevées) des habitudes de flirts, d'amourachements, tout un discours du désir…

 

Le Temps s'est arrêté sur cette incompréhensible contradiction du souvenir et du néant. *

* Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, p. 769, Bibliothèque de la Pléiade, 1965

 

***

 

25 mai 1970
Ce que je n'aime pas dans l'Occident, c'est qu'il fabrique des signes et les refuse en même temps [...] Le grand danger pour nous, Occidentaux, dès lors que nous ne reconnaissons pas les signes pour ce qu'ils sont, à savoir des signes arbitraires, c'est le conformisme, la porte ouverte aux contraintes de type moralisateur, aux lois morales, aux contraintes de la majorité.

Roland Barthes, Le Grain de la voix : Entretiens 1962-1980, Seuil, 1981

 

 

___

 

+++   (un peu, pas du tout) en marge   +++

 

Il faut sauver Pierre Etaix

 

C'est d'images et de temps qui passe qu'il s'agit.

Pierre Etaix a 80 ans, ses chefs-d'œuvre sont bloqués à la distribution dans un labyrinthe juridique.

Si vous connaissez Pierre Etaix (il existe, je l'ai rencontré), vous n'hésiterez pas à cliquer sur le lien, à lire, à signer.

Si vous ne connaissez pas Pierre Etaix, vous ferez de même et vous aurez une chance de voir au cinéma ou à la télévision autre chose que la dernière comédie fooolllement irrrésistible des protégés de la Cour.

C'est gratuit :)
 

Par lou - Publié dans : de litterrance
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