Les Gentils sont-ils damnés ?
Critiquer l'écrit doctrinal signé par un pape de l'Eglise universelle (catholique) est un exercice de haute voltige qui nous donne le vertige.
Ouvrons le dialogue aux papes.
Le 6 août 2000, en la fête de la Transfiguration du Seigneur, Joseph Ratzinger, alors cardinal, aujourd'hui Benoît XVI, pape élu, donne à Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi [note 1] dont il est Préfet, une Déclaration sur l'unicité et l'universalité salvifique
[note 2] de Jésus-Christ et de l'Eglise, Dominus Iesus, approuvée par le pape Jean-Paul II.
Une référence détournée à Paul, 1 Co, 9,16 [note 3] soutient l'attention particulière du
Magistère à encourager et à soutenir la mission évangélisatrice de l'Église, vis-à-vis surtout des traditions religieuses du monde.
[...]
La pérennité de l'annonce missionnaire de l'Église est aujourd'hui
mise en péril par des théories relativistes, qui entendent justifier le pluralisme religieux, non seulement de facto mais aussi de iure (ou en tant que principe). Elles
retiennent alors comme dépassées des vérités comme par exemple le caractère définitif et complet de la révélation de Jésus-Christ, la nature de la foi chrétienne vis-à-vis des autres religions,
l'inspiration des livres de la Sainte Écriture, l'unité personnelle entre le Verbe éternel et Jésus de Nazareth, l'unité de l'économie du Verbe incarné et du Saint-Esprit, l'unicité et
l'universalité salvifique du mystère de Jésus-Christ, la médiation salvifique universelle de l'Église, la non-séparation, quoique dans la distinction, entre le Royaume de Dieu, le Royaume du
Christ et l'Église, la subsistance de l'unique Église du Christ dans l'Église catholique.
Au chapitre 5, un détournement très fin d'intention. Fidèle à la parole de Dieu, le Concile Vatican II enseigne : La profonde vérité que cette révélation manifeste, sur Dieu et
sur le salut de l'homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le médiateur et la plénitude de toute la révélation.
[on relève : le Christ médiateur de toute la révélation ; le
Verbe n'aurait pas le monopole de la vérité révélée - on garde]
Aussi l'encyclique Redemptoris missio rappelle à
l'Église la tâche de proclamer l'Évangile comme plénitude de la vérité : Dans cette Parole définitive de sa révélation, Dieu s'est fait connaître en plénitude : il a dit à l'humanité qui il
est. Et cette révélation définitive que Dieu fait de lui-même est la raison fondamentale pour laquelle l'Église est missionnaire par sa nature. Elle ne peut pas ne pas proclamer l'Évangile,
c'est-à-dire la plénitude de la vérité que Dieu nous a fait connaître sur lui-même. Seule la révélation de Jésus-Christ fait donc entrer dans notre histoire une vérité universelle et
ultime, qui incite l'esprit de l'homme à ne jamais s'arrêter.
[citations des écrits de Jean-Paul II]
Chapitre 6.
Est donc contraire à la foi de l'Église la thèse qui soutient le
caractère limité, incomplet et imparfait de la révélation de Jésus-Christ, qui compléterait la révélation présente dans les autres religions. La cause fondamentale de cette assertion est la
persuasion que la vérité sur Dieu ne pourrait être ni saisie ni manifestée dans sa totalité et dans sa complétude par aucune religion historique, par le christianisme non plus par conséquent, et
ni même par Jésus-Christ.
[on note le glissement par conséquent, et ni même par Jésus-Christ]
Chapitre 10.
Il est donc contraire à la foi catholique de séparer l'action
salvifique du Logos en tant que tel de celle du Verbe fait chair.
[persiste et signe - on remarque le lexique inaccessible
au menu fretin, c'est étudié pour, et le texte s'adresse aux clercs ; distinguons le Logos et le Verbe sans les séparer : non, ce n'est pas une minute nécessaire de Monsieur
Cyclopède]
--- FIN de la question aux brodequins ---
Le 28 octobre 1965, les Pères du Concile Vatican II ont adopté la Déclaration sur les relations de l'Eglise avec les religions non chrétiennes, Nostra Aetate, rédigée à l'initiative de Jean XXIII [† le 3 juin
1963].
A notre époque où le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni et où les relations entre les divers peuples augmentent, l'Eglise examine plus attentivement quelles sont ses
relations avec les religions non chrétiennes.
[...]
Les diverses religions non chrétiennes
Depuis les temps les plus reculés jusqu'à aujourd'hui, on trouve dans les différents
peuples une certaine sensibilité à cette force cachée qui est présente au cours des choses et aux événements de la vie humaine, parfois même une reconnaissance de la Divinité suprême, ou encore
du Père. Cette sensibilité et cette connaissance pénètrent leur vie d'un profond sens religieux.
L'hindouisme [...] le bouddhisme [...] les autres religions [note 4] qu'on trouve de par le monde s'efforcent d'aller au-devant, de façons diverses, de l'inquiétude
du cœur humain en proposant des voies, c'est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés.
L'Eglise catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle
considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant
apportent souvent un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes.
Un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes.
Les juifs, les chrétiens, les musulmans vénèrent le même Dieu, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob (Blaise Pascal, Pensées, mémorial du 23 Novembre
1654).
La fraternité universelle excluant toute discrimination
Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire
fraternellement envers certains des hommes créés à l'image de Dieu. La relation de l'homme à Dieu le Père et la relation de l'homme à ses frères humains sont tellement liées que l'Ecriture dit
: Qui n'aime pas ne connaît pas Dieu (I Jean, 4, 8).
Par là est sapé le fondement de toute théorie ou de toute pratique qui introduit entre
homme et homme, entre peuple et peuple, une discrimination en ce qui concerne la dignité humaine et les droits qui en découlent.
L'Eglise réprouve donc, en tant que contraire à l'esprit du Christ, toute discrimination ou
vexation opérée envers des hommes en raison de leur race, de leur couleur, de leur classe ou de leur religion. En conséquence, le Concile, suivant les traces des saints apôtres Pierre et Paul,
adjure ardemment les fidèles du Christ d'avoir au milieu des nations une belle
conduite (1 Pierre, 2. 12), si c'est possible, et de vivre en paix, pour autant qu'il dépend d'eux, avec tous les hommes [Romains, 12, 18], de manière à être vraiment les
fils du Père qui est dans les cieux [Mt, 5, 45].
Une mention de Jean XXIII dans la rédaction de Joseph Ratzinger ? non. Pie XII, le vicaire, celui de Rolf Hochhuth, oui.
Bienheureux Joseph !
Les vrais acrobates, de chair et d'amour sont là, dans le cirque de demain, en musique.



Antoine et Aurore
[note 1] La Sacrée congrégation de l'inquisition romaine et
universelle, fondée par le pape Paul III en 1542, afin de lutter contre l'hérésie, est devenue Sacrée congrégation du Saint-Office en 1908, sous le pontificat de Pie X, avec pour
mission de veiller à la pureté de la doctrine et des mœurs. En 1965, Paul VI lui donne le nom de Congrégation pour la doctrine de la Foi. Jean-Paul II a précisé sa fonction
actuelle en 1988 par la constitution apostolique Pastor Bonus : La tâche propre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est de promouvoir et de protéger la doctrine et les
mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique : tout ce qui, de quelque manière, concerne ce domaine relève donc de sa compétence. De 1981 à 2005, elle a été présidée par le
cardinal Ratzinger, aujourd'hui Benoît XVI.
[note 2] pour le salut (39 occurrences dans le texte)
[note 3] Annoncer l'Evangile en effet n'est pas pour moi un titre de gloire ; c'est une nécessité qui m'incombe. Oui, malheur à moi si je
n'annonçais pas l'Evangile !
[note 4] Sembene Ousmane :
je suis athée, je n'ai rien contre les églises mais je ne vois pas
pourquoi les religions [animistes] de mon pays seraient
moins bonnes que les religions importées, nous disais-tu.
Et c'est vrai, penser qu'un baobab ait une âme, c'est grand et ça donne du paradis une image plus souriante que celle des nuages et des séraphins – en plus, un baobab, c'est le rêve de toute une
vie de chat ;)
Saravá ! Sembene...
Oui, et comme tu le dis, il y a mille manières d'avoir des idées, c'est comment les développer ?
Textes ici même
Dominus Iesus, Première partie, Seconde partie
Nostra Aetate
Signes des temps et dialogue interreligieux
Nostra
Aetate, par le père Jean Dujardin
Illustrations

Benoît XVI en burka

Benoît XVI en collerette

Un lézard
Doit-on le dire ? Il y a un lézard, oui.
*** le dessin est d'Alf, doit-on le dire ? ***
si vous le dites