Nous avons connu Lou en mission au bordel.
Aujourd'hui le voici sur le chemin (en fer) de la délinquance caractérisée.
Lou est encore en stage, cette fois volontairement, traduisons par choisi, sur un bien joli thème : art et architecture.
Le maître d'œuvre était le FRAC des Pays de la Loire ou, plus exactement, la personne ci-devant détachée, privée d'enseignement en arts plastiques, discipline délicate en milieu.
Le schéma était le même, en pire.
Premier jour
Selon l'ordre de mission, on commençait à travailler à 9 h. Vers 10 h 30, le staff est arrivé, on a pris le café. L'après midi, on a regardé l'exposition du moment au FRAC.
C'était très bien, il y avait des cochons de Wim Delvoye et une très belle œuvre (comme toujours) de Pascal Convert.
Deuxième jour
C'est là que sont arrivés les architectes, professeurs à l'Ecole Nationale d'Architecture de Nantes. L'année précédente, ils étaient élèves. Ils sont devenus professeurs. Ils n'avaient rien construit mais ils avaient des idées.
Nous avions rendez-vous à la périphérie de la ville à 9 h.
Lou a pris quelques photographies de l'environnement en attendant 10 h.
Là, nous sommes partis, à 30, et, au risque de briser le suspense, nous n'en avons pas perdu un seul.
Nous sommes partis, inconscients z'et joyeux, sur la voie ferrée périphérique de Nantes, du sud vers le nord. Il ne passait que quatre trains par jour, nous étions donc supérieurs en nombre.
Après quelques centaines de mètres, un employé de la SNCF nous a rejoint et nous a fait savoir que nous n'avions pas le droit de marcher sur cette voie. Aussi, sous la conduite de nos deux architectes, nous avons fait le tour du pâté de maisons voisin pour revenir sur la voie, assez loin de l'employé, comme des gamins, mais attention ! Un stage de l'Education Nationale, c'est sérieux.
Nous avons marché. Nous avons pris des photographies. Nous n'avons pas entendu parler d'architecture.
Le soleil approchant de son zénith, nous avons eu comme un creux. Heureusement, la table était réservée dans un petit restaurant très sympathique, près du stade.
Une architecture, le stade. Lou s'est attardé à prendre quelques photographies.
La tablée était déjà attablée autour d'un solide apéritif. Le menu était copieux et la détachée avait choisi le vin.
Deux heures plus tard, nous sommes repartis, tout frais, à l'assaut des rails. Nous avons eu le temps de passer un viaduc juste avant l'arrivée d'un des quatre trains de la journée. Nous n'en étions plus ou pas encore à l'architecture, mais seulement à l'art de courir plus vite qu'un train.
Peu après cet exploit pédagogique, nous nous sommes fait cueillir par un groupe de cheminots en stage, pour apprendre, eux. Gilets fluorescents, connaissance de l'horaire des quatre trains et… autorisation. Là, même ceux qui avaient le plus généreusement déjeuné ont compris que nous étions sur une mauvaise voie. La chose aurait pu mal tourner nonobstant la médiation de la détachée qui était pleine – de bonne volonté – et le mutisme des architectes. Nous avons été autorisés à rejoindre la voie publique, sans frais.
Plus loin, on nous a fait parcourir un ancien terrain de maraîcher, resté propriété privée et pavée de verrières effondrées cachées sous l'herbe haute. Il y a eu un blessé. Un bout de verre coincé dans la semelle d'une chaussure, quelques écorchures pour extirper l'intrus, du sang, enfin !
Positivons. C'est tout de même là que Lou a connu la recette des fleurs d'acacia en beignet. Excellent ! La pâte doit être légère, comme la fleur crue enveloppée. La cuisine, c'est important, et c'est une tradition bien antérieure à celle de l'architecture.
Quelques déserteurs se sont manifestés dans la troupe, notamment la victime saignante menacée d'une compresse d'herbes folles.
Rendez-vous a été fixé dans une station de tramway, vers le haut – les architectes ne perdent jamais le nord.
Le groupe s'est désagrégé, surtout du côté des agrégés qui ont fait bande à part, certains en couple, d'autres en solo. Lou était seul, avec un plan de la ville. De son pas lent, il a rejoint le lieu avec un quart d'heure ligérien d'avance, le temps de prendre un ticket, ce que personne d'autre n'a fait.
_ Il n'y a jamais de contrôle.
Nous sommes descendus à deux arrêts avant le terminus pour nous promener dans un dépôt, non surveillé, de la SNCF. Quelques Raymond Hains de plus.
Et puis et puis, tout le monde s'est retrouvé dans une cafétéria où la détachée prenait son apéritif. Nous apportions nos photographies à développer sur papier. Le blessé avait échappé à l'amputation.
Troisième jour
Il fallait un jour pour développer les photographies.
Matinée au FRAC, café, on ne s'en lasse pas.
Déjeuner dans un petit restaurant très sympathique, puis visite d'une exposition de maquettes d'architecture dans un lieu rien que pour nous.
Une heure pour contempler – la détachée assoiffée a pris un digestif.
Une heure pour dire ce que nous avions vu.
Les architectes étaient rentrés chez eux et Lou n'avait rien à dire, mais il y avait de belles âmes qui ont trouvé le géniaaal de la chose.
Quatrième jour
Le matin, café au FRAC. Ils font un très bon café. Pascal Convert était toujours là. Les cochons également. Lou aime bien les animaux.
Sinon, rien.
Pour l'après-midi, nous avions un espace réservé dans une sorte de maison de la culture.
Livraison des photographies et règlement. Oui, c'était à nos frais, et la détachée n'avait pas prévu de monnaie. Chacun a laissé un peu plus. Lou est le seul à avoir dit : "Gardez le reste pour vos pauvres".
Là, ça a tourné vinaigre.
Retour en arrière.
Au cours de la promenade, Lou avait régulièrement repéré des "œuvres d'art", à la manière de Raymond Hains. On rappelle qu'il n'a jamais été question d'architecture en trois jours.
Le Lou s'est fait salement et lâchement épingler par un des deux architectes.
"Il y en a qui voient des œuvres d'art partout, ça les rassure."
Lou s'est levé, tranquillement, il a rangé ses affaires et ses photographies, posées sur une plinthe, et il est seulement revenu dire qu'il avait du lait sur le feu et qu'il ne voulait pas troubler plus longtemps l'inquiétude légitime des jeunes filles en fleurs d'acacia.
Révisons.
Les Nuls, Hassan Cehef
Scène 1
Dans un salon de thérondelle
_ ils l'ont abattu.
_ ...
_ Mademoiselle, deux thés nature.
_ aujourd'hui, nous avons la maastrichtienne, une meringue cacaotée avec des éclats à l'écorce de Rhamnus frangula, c'est très fin.
_ alors, une tarte aux fraises, et toi ?
_ une madeleine Tante Léonie.
_ Charles-Edouard l'avait dit, Maastricht, c'est fini, ça chie de partout.
_ Paul-Hervé avait acheté un Piero Manzoni, la boîte a explosé, on a dû tout refaire du sol au plafond, on a donné les meubles à des pauvres, puisqu'ils sont déjà dedans.
_ :(((
Scène 2
Dans la rue, un ancien ministre de la culture au chômage
_ Mesdames, un vrai pavé de mai 68, un petit pan de mur jaune de Berlin, un morceau tout frais de fèces maastrichtiennes, c'est chié, non ?
_ on a déjà donné :(((
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* D'après une idée de Jean-Marie Dutey in Scribulations.fr sur un dessin de Marieaunet *
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Bonjour, il est 7 h et vous êtes sur tel>INFO avec un grand I, c'est l'heure du journal de 7 h.
Jingle
L'info du jour, c'est toujours ce dramatique accident à Maastrichtland.
En direct, sur place et en personne, Michel Saint-Morêt.
_ Michel, vous êtes sur place |
_ crouic crouic |
_ Michel ? Nous avons un problème de liaison.
_ Oui, Jean Baptiste, je suis sur les lieux. Les sauveteurs, toujours animés de la même ferveur mystique, cherchent encore à sauver des cadavres |
_ Michel ! Des survivants !
_ Rheeeu ! Rheeeu ! Rheeeu ! Pardon, Jean Baptiste, la puanteur est… crouic crouic |
_ Rappelons les faits. Audrey Sonia ?
_ Hier, il était 6 h 66 |
_ Vous êtes sûre ?
_ à Maastrichtland, un triceratops souffrant de colchiques dans les prés |
_ coliques, Audrey !
_ a déversé plusieurs tonnes de |
_ Audrey ! Vous êtes sur tel>INFO avec un grand I !
_ plusieurs tonnes, quoi, sur la petite maison dans la prairie.
_ Un triceratops ?
_ Oui, Jean Baptiste, le triceratops est le dernier dinosaure connu, à la fin du Maastrichtien, et quand il a ch |
_ Audrey !
_ la petite maison a été ensevelie sous…
_ … oui ?
_ les décombres de l'incontinent, où les sauveteurs, toujours animés de la même ferveur mystique |
_ Nous rejoignons Michel, en direct, sur place et en personne. Michel ?
_ Rheeeu ! Rheeeu ! Rheeeu ! La puanteur est épouvantable !
_ Les survivants ?
_ Non, la m |
_ Michel, nous ne vous recevons plus. Et maintenant, la météo avec Olivier Julian. Il fera beau demain ?
_ Après quelques brouillards matinaux, en particulier près de Maastrichtland, on connaîtra de belles éclaircies dans les régions où il ne pleuvra pas. L'atmosphère restera chaude en Corsica et en Euskal Herria.
_ Merci, Olivier. Maya Salomée, où en est le cacarente ?
_ La nave va. On observe une légère astringence sur le Maastr |
_ Merci, Maya. Une pause. Vous êtes sur tel>INFO avec un grand I !
Jingle
*** Dragées Fuckya, ça dégage du sol au plafond ! ***
*** Appelez FUCKYA 00 01 ! ***
*** Dites FUCK YA' et gagnez un séjour de rêve à Maastrichtland ! ***
*** Après tirageausaure. ***
Jingle
_ Vous êtes sur tel>INFO avec un grand I, il est 7 h 07, c'est l'heure de nos matines de 7 h 07.
Jingle
_ Aujourd'hui, sur le plateau, Gonzague Saint-Nectaire, notre spécialiste en colchiques.
_ Bonjour, Anne Solenne, et merci de me recevoir sur un plateau pour présenter mon dernier livre : Les Mœurs secrètes du mimosa. En effet, le mimosa, voyez-vous |
_ Parlez-nous des colchiques.
_ Les colchiques sont des plantes vénéneuses qui provoquent |
_ Et chez le triceratops ?
_ Pareil, en mégatonnes de m |
_ Nous retrouvons Michel Saint-Morêt, en direct, sur place et en personne. Michel ? Michel ? Michel ! Nous apprenons à l'instant que notre envoyé spécial broute les colchiques par la racine.
_ Et pourtant et pourtant |
_ Gonzague, il faut conclure.
_ Les sauveteurs, toujours animés de la même ferveur mystique, comme vous le disiez si bien, mettent leur vit en jeu, et le désir s'accroît quand les fèces reculent, comme l'écrivait notre grand poète |
_ Racine ! :) |
_ Corneille ! |
_ Maya, le cacarente ?
_ L'exonération imparfaite du constipé entraîne un léger repli sur les bourses.
Jingle
Après la pause, le journal de 7 h 15, c'est le même, à 7 h 15.
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