de litterrance

Lundi 5 janvier 2009 1 05 /01 /Jan /2009 00:10




et vous saurez

tout doit disparaître

veillez car vous ne savez pas quand il doit venir

tout doit disparaître

vu je l'avais pas vu

emporté c'est moins cher

cris et chuchotements dernière séance

un veilleur de nuit une belle de jour

représailles stockage express

l'épicier du haut de la rue lève le rideau de fer

les premiers caddies les derniers jours avant fermeture

tout doit disparaître

le dernier lampadaire le premier gyrophare

dernière station avant l'autoroute

la sirène des pompiers rouge sur la bretelle

la température est de 4° centigrade

levée des brouillards matinaux

tout doit disparaître

haut-parleurs sous tension

sifflements c'est l'instant

dernière traînée d'étoiles

tout doit disparaître

après-demain
 

Par lou - Publié dans : de litterrance
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Dimanche 3 août 2008 7 03 /08 /Août /2008 23:00

 

Molière tenant un exemplaire de Dom Juan, gouache sur vélin, école française du XVIIè siècle

La première scène du Dom Juan de Molière est bien une scène d'exposition, mais l'amorce est un curieux soliloque de Sganarelle, le valet du maître, sur le tabac. Sa dimension conviviale soulignée pourrait nous faire entendre que Dom Juan est mal intégré au "monde".

Sganarelle, tenant une tabatière : Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre.

Cependant, Sganarelle s'interrompt dans son discours -

[…] Reprenons un peu notre discours. Si bien donc, cher Gusman,

Il s'agissait donc plutôt d'un aparté.

Sganarelle parle ensuite de Done Elvire, Gusman est son écuyer : […] j'ai peur qu'elle ne soit mal payée de son amour

Enfin, il est question du Ciel et bientôt, le feu et le Ciel seront Un.

À
la dernière scène, Dom Juan sombre dans un abîme de flammes -

Dom Juan : Ô Ciel ! que sens-je ? Un feu invisible me brûle, je n'en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah !

- Sganarelle concluant : Ah ! mes gages ! mes gages !

Nous avons ainsi trois chaînes sur lesquelles se tisse l'intrigue : le tabac, l'or, le feu.

Le tabac, c'est la terre, la mère. L'or, c'est le monde, la femme. Le feu autorise la consommation du tabac (même si, de l'époque, il était prisé) et consume l'or ou l'argent.

La mère, la femme et, en lien improbable (en écart), le feu.

Le drame de Dom Juan, c'est de ne pouvoir passer de la mère à la femme. Ainsi, il peut seulement être collectionneur d'objets du désir, sans trahir la mère (absente de l'histoire).

Ce fil de lecture est moins lisible chez Tirso de Molina, Da Ponte, Byron. Il est brillamment détourné par Eric-Emmanuel Schmitt dans La nuit de Valognes :

La Nuit de Valognes
propose ma vision de Don Juan. Don Juan est un être en perpétuel mouvement qui voudrait être arrêté. S'il se préoccupait de son plaisir, il pourrait éprouver de la jouissance ; il pourrait ralentir le temps et l'élargir aux dimensions de l'extase voluptueuse. Mais, raisonnant comme un soldat, conquérant et seulement conquérant, il n'éprouve rien d'orgasmique dans l'orgasme, juste la délivrance d'une tension, la fin d'une gêne. Son désir mort, il attend qu'en naisse un autre, qu'il réalisera aussi en le faisant mourir. La vie de Don Juan s'est concentrée sur le sexe sans qu'il ait rien compris au sexe. Il ne voit dans le sexe que la réalisation égocentrée de sa pulsion, sans soupçonner les portes qui s'ouvrent alors, le plaisir, la volupté partagée, la relation à l'autre, l'horizon des sentiments…
Don Juan, certes toujours mobile, tourne en rond. A l'écoute de ses seules pulsions, il est condamné à de perpétuelles exténuations. Sa vie d'aventures est devenue bègue et ennuyeuse. Je me suis amusé à la contrarier fortement.

Dom Juan est prisonnier (s'est fait prisonnier ?) d'une spirale infernale et infinie, entre l'éros et l'agapè.


Josée Steiner, Michel Piccoli, Françoise Caillaud dans la réalisation de Marcel Bluwal (1965)


Daniel Lavoie, Boule qui roule in Nirvana bleu (1979),
interprété par Pierre Barouh, Youki Hamaya et The Moonriders (album Dites 33, volume 2, éd. Saravah)

Aimer un visage ET aimer une âme, ce serait possible pour un bouddhiste – ou bien un lecteur/spectateur de La Ville de Montherlant…

Pour le Dom Juan de Molière, nous nous référons à l'édition hollandaise non censurée de 1683. L'édition "cartonnée" (la censure ne faisait pas de caviardage, on collait des bouts de carton sur les passages indésirables) de 1682 efface "Dieu", remplacé par "le Ciel", la majeure partie de la "scène du Pauvre" et "mes gages…". On dirait que les censeurs avaient déjà perçu mon petit fil.

Une petite, très bonne, étude de Gabriel Conesa, accompagnant l'édition du texte, Bordas, 1994.
Une lecture intéressante en ligne.

Notre lecture est sur Libellus, nulle part ailleurs.

[toute ressemblance avec les chagrins du petit Marcel ne serait, n'est-ce pas…]

 

Par lou - Publié dans : de litterrance
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Jeudi 17 juillet 2008 4 17 /07 /Juil /2008 17:37

… une tasse de thé et quelques miettes de madeleine.

Un peu de musique pour accompagner votre lecture.

Nous souhaitions vous faire entendre la sonate de Vinteuil, elle n’est malheureusement pas libre de droits, aussi avons-nous choisi, au plus près, le troisième mouvement de la Sonate pour piano et violon en la majeur de César Franck.


 

 

Un jour, la maman de Marcel lui offre une tasse de thé avec une madeleine, comme l'avait fait, des années auparavant, sa tante Léonie. Tout un pan de sa mémoire ressurgit... au moins, cherche-t-il à nous le faire croire.

Je plonge la madeleine dans le thé. Selon la tradition, le thé se prenait avec du lait - il était inutile de le préciser.

 

Je plonge la madeleine dans le thé au lait. Comme on verse le lait en premier, je plonge la madeleine dans le lait-thé. J'ai trouvé l'implicite d'un élément et j'en ai fait une inversion. Et la madeleine ? La Marie-Madeleine ? La pécheresse (j'en reste à l'imagerie traditionnelle) ? Je plonge la Marie-Madeleine dans le lait-thé, ou le Léthé ?

 

Dans une famille bourgeoise, chez Marcel, la femme, moyennant ses charmes, est entretenue par son mari. Monnayant ses charmes, elle est une femme entretenue, au sens juridique et fiscal, même si elle a reçu toute légitimité de son mariage. Elle trompe Marcel en lui refusant parfois le baiser d'une bonne nuit. De quoi perdre foi en la femme et choisir l'inversion. Oublions, par la magie de l'écran-souvenir, cet évènement douloureux et cachons notre trouvaille.

Tout cela est bel et bon, mais s'il n'y a aucune même furtive allusion au Léthé dans la Recherche, notre construction est au mieux une amusante intuition.


Il y a.


Il y a une occurrence, une seule, du Léthé, dans toute la Recherche. C'est dans Sodome et Gomorrhe (comme par hasard) : "nous nous sommes embarqués sur les flots noirs de notre propre sang comme sur un Léthé intérieur aux sextuples replis". Six replis, Swann est oblitéré.
[dans l'édition de La Pléiade en trois volumes, 1965, c'est dans le volume II, p. 760, c'est à dire au centre de l'oeuvre, à quelques pages près, peut-être au mot près, si l'on admet que Swann n'est pas "paginé"]

 

Par jdm - Publié dans : de litterrance
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Vendredi 9 mai 2008 5 09 /05 /Mai /2008 11:44

Claude, ma chérie

 

            Je sais que tu as reçu tout mon courrier. Peut-être ne l'as-tu jamais lu. Aujourd’hui encore, je t’écris. Je t’envoie mes petits mots par l’intermédiaire de Corto qui connaît bien quelqu’un qui t’est devenu cher.

            Ecrire, c’était d’abord une ressource pour survivre, puis, t’écrire, une volonté de vivre. Dix-huit ans et neuf mètres au carré, c’est très long et très court. Je voyais Corto chaque semaine, mais c’est à toi seule que j'écrivais. Dominique était ailleurs avant même le procès, avant même notre accident.

            Je sais que tu vas bien, aussi bien que possible, bien dans ta tête.

            Et toi, tu sais déjà que je suis sortie depuis quelque temps. Comme tous mes droits sont rétablis, je passe l’agrégation de “Pédagogie hélléno-bosniaque” dans cinq mois. Avec mon doctorat de “Philosophie citoyenne comparée”, Université Monte-Carlo XXIX, je serai cooptée sur le Rocher.

            Corto vient de prendre sa retraite, nous vivrons la mer allée avec le soleil. Nous attendons un petit. Nous nous marions samedi prochain.

            Viens, venez ensemble. J’ai fait don du bégonia à notre église. Il a plus de vingt ans.

            Je suis ton amie,


Camille

 

(hic terminus haeret)

___

Œuvres de Camille Pratt-Maltese

***

Aux Editions IciMême

Collection AndMe


Mémoires I, Le Coup du bégonia
(sous la direction de Xavier de Maistre)

 

Mémoires II, Une ténébreuse affaire (sous la direction d'Honoré de Balzac)


Correspondance I


***

Collection FacSim


Correspondance II

---

A paraître

***
Aux Presses Universitaires du Rocher


La nuit du 4 août 1968 dans les quartiers nord de la Principauté de Monaco : un non-évènement ?
, essai de philosophie citoyenne comparée


Chez l'éditeur, A La Corniche


Grimaldi Code
, roman

Trois volumes en préparation

1. Sous le rocher

2. Comme un ouragan

3. Banco

---

Etudes critiques

***
Aux Editions IciMême

JDM, Camille, l'ombre d'un doute

Par jdm - Publié dans : de litterrance
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 3 mai 2008 6 03 /05 /Mai /2008 13:31

_ A quoi pensez-vous ?!

J'avais just' demandé si des fois j'pourrais pas des fois sortir, juste une heure ou deux, entre Freines et Malibou, histoire d'aller arroser l'bégonia, et puis j'te vois plus, note c'est pas pour te faire reproche, avec le fauteuil, je r'connais c'est pas pratique, mais comme a dit l'toubi, ça aurait pu êt'pire, tu tombais un'vertèbe plus haut et tu bougeais plus que là t'as encore ton anatomie et ta nana ta mie, qui t'attend, ça t'en bouche un, hein ? c'est à l'atelier que j'apprends, passque j'suis inscrite partout, à la bibiothèque, au cinéclub, avant-hier y avait le dialogue des camées je sais plus, rien que des bonnes sœurs, tu voyais qu'è'z'étaient en plein trip, moi, ça m'aurait été un couvent, les mecs te font pas chier, et puis y a l'atelier, c'est un prof, un vrai, il est dehors et y vient rien que pour nous, pour nous exprimer, y signe toujours BD, ça m'fait penser qu'il est beau comme Corto Maltese, y sait tout, y paraît qu'Proust a écrit un truc sur les prisonnières, j'sais pas si t'as lu, p't'êt qu'y parle de moi, et puis y connaît même Picasso, la tête quoi, mais, t'sais c'est pas drôle tous les jours, au début la baveuse m'a dit Fleuri, c'est un peu la campagne et c'est tout près de chez vous, on s'arrangera pour que la cellule donne sur votre bégonia, de loin, ça vous fera une présence, et puis quand t'es là, pas la queue d'un'pâquerette, c'est pas Fleuri, c'est Béton-les-Garnis, la bouffe j'te cause pas, quand c'est pas ***** c'est *****, j'ai plus qu'toi et j'peux pas sortir rapport à mes dix-huit ans incompressensibles. Je pense à toi très fort ma clo et j't'en dis pas plus, ces ***** de ***** è'z'ouvrent le courrier.

(legenda sequenda)

Par jdm - Publié dans : de litterrance
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile

derniers commentaires

recherche

autres liens

Scribulations, où l'on retrouve Lou

syndication

  • Flux RSS des articles
 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés