Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 22:45

 


















Mon premier voyage, paru en 1936, relève le défi lancé par Phileas Fogg sous la plume de Jules Verne.

Dédicace à André Gide
Mon cher André,
Un jour vous m'avez reproché d'être trop tendu, de ne pas me laisser assez aller et vous citiez comme exemple de mon laisser aller une note du 'Coq et l'Arlequin' où je décrivais le premier jazz band. Vous nous avez aussi donné l'exemple du voyage. Après ces notes de voyage que je vous offre d'un coeur fidèle, le manque de laisser-aller est un reproche que vous ne pourrez plus me faire.
J. C.

extraits

p.19 [Rome]
Le chant des fontaines dénonce la ville véritable, nécropole qui échappe à la pioche de l'ancien manoeuvre Mussolini.

p. 217 sq
Le Lindy Hop, qui règne depuis cinq ans, est une gavotte nègre. Il se danse au Savoy, le dancing noir de Harlem.
Une longue salle basse entourée d'une balustrade. Au milieu, la piste et l'orchestre. Autour, un promenoir, des loges et des tables où les spectateurs et les danseurs consomment des boissons naïves. Lorsque nous arrivâmes, l'orchestre jouait une valse, ou plutôt l'ombre d'une valse, ou plutôt, l'ombre de l'ombre d'une valse, une valse zombie, un motif de valse fredonné par un ivrogne sentimental, et, sur cette valse morte, les couples comme suspendus au plafond, laissaient traîner des jambes et des jupes molles, s'arrêtaient, se penchaient jusqu'à terre, la danseuse couchée sur le danseur, se redressaient lentement et reprenaient la promenade, côte à côte, la main dans la main ou face à face, sans jamais sourire. Valses et tangos sont la seule halte que s'accordent ces âmes blanches, ces somnambules secoués d'un érotisme candide et d'une ivresse rituelle. Soudain l'orchestre ressuscite, les morts qui dansent s'éveillent de l'hypnose et le Lindy Hop les secoue.
Sur quelle herbe ont-ils marché ? Sur le marihuana, l'herbe qui se fume et qui grise. Ces grosses négresses en cheveux et ces petites filles dont la poitrine se cabre et dont pointe la croupe, le chapeau placé comme une gifle, deviennent un lasso que les noirs déroulent et enroulent à bout de bras, un boomerang qu'ils lancent et qui les frappe au coeur après avoir tournoyé dans le vide.
[…]
Le Swing a remplacé le Jazz. C'est le terme nouveau qui désigne un band noir dont la musique tourne et vous boxe l'âme. Au bout de cette petite cave étroite se démènent, sur une estrade, les cinq nègres de l'orchestre le plus pur.
[…]
Le drummer est un nègre d'origine indienne. Il roule son tonnerre et jette ses foudres, l'œil au ciel. Un couteau d'ivoire miroite entre ses lèvres. Près de lui les jeunes loustics d'une noce de campagne se disputent le microphone, s'arrachent de la bouche des lambeaux de musique saignante et s'excitent jusqu'à devenir fous et à rendre folle la clientèle qui encombre les tables. Lorsque le swing s'arrête, un roulement de caisse accompagne les acclamations et les saluts des choristes. Halte ! Les tables s'écrasent contre un mur brutal de silence, et après une stupeur de catastrophe, le Swing empoigne le Boléro de Ravel, le déchire, le malaxe, le scalpe, l'écorche vif, entortille autour de son bâton monotone les pampres écarlates d'un tyrse-vaudou.
 

Louis Armstrong and his Hot Five, Savoy Blues (Kid Ory), 1927 [extrait].

L'écriture de Jean Cocteau est une musique.

[crossover 2008 - en dédicace]

 

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Lou de Libellus jdm - dans de litterrance
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