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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 00:48

 












Marcel Duchamp. Porte-bouteilles (Séchoir à bouteilles ou Hérisson), 1914 (1964), porte-bouteilles en fer galvanisé, 64,2 x 42 cm (diam.), MNAM, Centre Georges Pompidou, Paris.







Lorsqu'en 1914 Marcel Duchamp acquiert au Bazar de l'Hôtel de Ville un porte-bouteilles, promu au rang d'oeuvre muséale par sa signature, il est un peintre connu et reconnu.
Ses premières peintures s'inscrivent dans la mouvance de l'impressionnisme et il accompagne les tendances de son époque.
Le terme de ready-made (strictement, objet manufacturé prêt à l'emploi) lui apparaît vers 1915 (Duchamp du signe, Ecrits de Marcel Duchamp réunis et présentés par Michel Sanouillet, Collection Champs / Flammarion - p. 191) et Duchamp n'en présentera qu'un petit nombre.

Philippe Collin :
"Les premiers ready-made remontent à quelle année ?"
Marcel Duchamp :
"A 13, 1913. La première chose c'est une roue de bicyclette que j'ai simplement mise sur un tabouret et je l'ai regardée tourner ... Ensuite il y a eu le mouvement, ce n'était pas nécessaire, ensuite il y a eu le porte-bouteilles en 14, ensuite en 15-16 il y en eu d'autres : mais depuis très longtemps je n'en fais pas, vous savez, je n'en fais plus parce que justement, il y a le danger d'en faire trop, parce que n'importe quoi, vous savez , aussi laid que ce soit, aussi indifférent que ce soit, deviendra beau et joli après quarante ans, vous pouvez être tranquille...Alors, c'est très inquiétant pour l'idée même du ready-made."
("Marcel Duchamp parle des ready-made ", extrait d'un entretien avec Philippe Collin, en juin 1967, à la Galerie Givaudan qui présentait une exposition de ready-made, éd. L'Echoppe, 1998)

Depuis 1912, il travaille au Grand Verre, La Mariée mise à nu par ses célibataires, même, et, en 1913, il obtient, par Maurice Davanne, l'oncle de Picabia, un poste de bibliothécaire à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, s'affranchissant ainsi du commerce de l'art.


 

 




Marcel Duchamp, Tu m', 1918, huile, crayon sur toile avec goupillon à bouteilles, 3 épingles de sûreté, 1 écrou, Yale University Art Gallery, New Haven.

Le dernier 'tableau', Tu m', composé (à contrecoeur, comme on l'entend dans le titre) à la demande de Katherine Dreier est livré en 1918.
Cependant, un point de rupture pourrait être repéré dès 1911 dans Jeune homme et jeune fille dans le printemps (coll. part.), où l'annonce d'un motif insistant dans l'oeuvre développée à partir de 1913, l'ambiguïté de l'être androgyne (pour Duchamp, le double féminin, la soeur, l'anima), est perceptible.

'Rrose Sélavy', inventé(e) en 1920 pour Fresh Widow [signé 'Rose Sélavy'], CNAC, Centre Georges Pompidou, s'affiche dès 1921 devant l'objectif de Man Ray (Marcel Duchamp travesti en vamp fatale).

Le porte-bouteille, archétype des 'moules mâlics' de La Mariée, est mâle et femelle, en forme de jupe hérissée de pics en érection.

Marcel Duchamp a clairement affirmé que les ready-made n'avaient aucune valeur esthétique *

Lorsque j'ai découvert les ready-made, j'ai essayé de disqualifier l'esthétique. Dans leur néo-dada, ils ont pris mes ready-made et y ont trouvé une beauté esthétique ; je leur ai jeté un porte-bouteilles et un urinoir à la figure, comme un défi, et voici qu'ils les admirent pour leur beauté esthétique !
(Marcel Duchamp à Hans Richter, 19 novembre 1962, cité dans Hans Richter, Dada : Art and Anti-art)

Sens et non-sens sont deux aspects de la même chose et le non-sens a le droit de vivre.
(extrait de l'avant-propos de Paul Matisse à Notes, présentées par Paul Matisse et Pontus Hulten, Collection Champs / Flammarion)

* [et quoi qu'il en soit de leur citation (leur miniature) dans la Boîte en valise, 1938, MNAM, Centre Georges Pompidou]

 

















Il y a comme un malentendu dans la sacralisation populaire et institutionnelle de ces produits de bazar qui, hors des étals du marché, n'ont jamais été des 'oeuvres d'art'.
C'est de démonstration qu'il s'agit.
Depuis la production industrielle de couleurs en tube, prêtes à l'emploi et communément utilisées par les peintres qui oeuvraient dans la nature, avec un léger bagage, un tableau est devenu un 'ready-made' - les impressionnistes utilisaient la couleur pure, par touches juxtaposées, se référant aux recherches sur l'optique antérieures de quelques lustres. On était donc autorisé à considérer une mallette de tubes inscrite au catalogue d'un bazar comme une peinture - l'abstraction émergente n'impliquant plus qu'une oeuvre peinte fût représentative (Balzac, Le Chef-d'oeuvre inconnu) ni même figurative (Fra Angelico, Noli me tangere, ou mieux encore, pour les pans abstraits, La Madone des ombres, vers 1438-1450, Couvent de San Marco, Florence).

Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.
(Maurice Denis, Revue Art et Critique, 30 août 1890)

Comme les tubes de peintures utilisés par l'artiste sont des produits manufacturés et tout faits, nous devons conclure que toutes les toiles du monde sont des ready-mades aidés et des travaux d'assemblage.
(Marcel Duchamp, in Duchamp du signe, p. 191)

[représentation et figuration devraient être définies ailleurs, plus loin, ultérieurement]

Dans ce contexte de l'histoire des arts et des techniques, n'importe quel ustensile pouvait devenir objet d'art par le choix et la signature de l'artiste.

Un autre aspect du ready-made est qu'il n'a rien d'unique... La réplique d'un ready-made transmet le même message ; en fait presque tous les ready-mades existant aujourd'hui ne sont pas des originaux au sens reçu du terme.
(Marcel Duchamp, in Duchamp du signe, p. 191)

Le peintre ne broyait plus lui-même ses pigments.
La Broyeuse de chocolat (en plusieurs variations) énonce bien, comme Duchamp le déclare, que le célibataire broie tout seul son chocolat (note 118, in Notes).
Le célibataire, bridé de la mariée (bride), ce pourrait être l'ombre réifiée du 'peintre' disparu.
 

 










Marcel Duchamp, Fontaine, 1917, Museum of art, Philadelphie.









Fontaine
est une démonstration anecdotique.

Marcel Duchamp achète un urinoir au magasin de la J. L. Mott Iron Works Company, 115 Fifth Avenue, il date et signe l'urinoir : R. Mutt 1917.
Il y a comme une assonance entre Mott et Mutt et la signature peut suggérer que l'auteur est un pauvre d'esprit.
Duchamp veut faire admettre, anonymement, l'oeuvre auprès de la Society of Independent Artists, à New York, avec la complicité de Walter et Louise Arensberg.
Fountain est refusé.

Au-delà du fait divers - et des multiples décryptages déjà proposés.
La signature, 'Mutt' est reprise, en forme de palindrome, dans le titre de la dernière peinture de Duchamp, Tu m', une insolence, avec ses citations ('Roue de bicyclette', 'Porte-chapeau', 'Stoppages étalon'), ses trompe-l'œil léchés et ses faux trompe-l'œil (les 3 épingles, l'écouvillon, l'écrou), enfin, la main pointant à l'index une toile vierge, comme expansée par un graphisme en ligne claire des Trois Stoppages Etalon. Tu m' est (pseudo) signé par un peintre d'enseignes, Klang (ça sonne).

Fontaine
, tabernacle ouvert et en prolongement phallique, femelle et mâle, motif androgyne persistant jusque dans l'oeuvre ultime et achevée en l'éta(n)t.

 

 







Marcel Duchamp, Etant donnés : 1° La Chute d'eau, 2° Le Gaz d'éclairage, 1946-1966, Museum of art, Philadelphie.

 

Derrière la porte, le bec de gaz est mis à distance de la chute d'eau par l'écart d'un nu dont la blessure (la cicatrice ouverte ?) ne représente pas un sexe féminin.






Une bibliographie bien choisie, pour commencer.


Assez causé !
Musique !

Marcel Duchamp, Erratum musical, 1913

Musique et son accompagnent l'œuvre plastique de Duchamp.
On trouve le descriptif d'une bande son pour le Grand Verre (La Mariée) dans la Boîte Verte, recueil de notes publiées en 1934 et reprises dans Duchamp du signe.
Erratum musical, interprété ici par Stephane Ginsburgh, se compose des 88 notes d'un clavier de piano jouées dans un ordre aléatoire, sans répétition ni accent.
In 'Pataphysics, Sonic Arts Network, 2005 [un livre / cd]

Oui, qu'en est-il d'un clavier bien tempéré ?

[un crossover pourrait-il en cacher un autre ?]

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commentaires

Lise d'Aujourd'hui 08/07/2011 15:44



Pardon, je répondais au com. numéro 3, d'Alain ... scusi ( mon italien est très lointain, après les Atlantes et pire)



lou 08/07/2011 18:35



 


Tu peux lui écrire. Son adresse est dans ma réponse.


 



Lise d'Aujourd'hui 07/07/2011 12:34



Nécessaire mise au point, merci à vous.



lou 07/07/2011 13:13



 


Non capisco.


 



Alain 04/07/2011 20:23



 


Monsieur,
vous vous souvenez sans doute de moi? J'ai écrit un essai sur Duchamp. J'avais trouvé un éditeur mais vu le marasme actuel dans le monde de l'édition et vu que mon livre revient cher en droit
d'auteur et d'illustration, c'est en train de capoter. Alors pour tenter quelque chose, j'ai écris un petit texte de trente page qui évalue la portée de mon hypothèse afin que les gens intéressés
par le sujet, anthropologie religieuse notamment, aient envie de vérifier si cette thèse est fondée, ce qui peut se faire en lisant le livre long. J'avais pensé qu'apporter les preuves de ce que
j'avançais suffirait, ce n'est pas le cas, car pour se lancer dans ma démonstration il faut en voir l'intérêt, il faut en soupeser les conséquences.
C'est ce que fait le texte que je vous joins. (word et pdf)
Si vous avez le temps...
Cordialement.
Alain Boton.
lartisteanonyme [at] live.fr 


 



lou 04/07/2011 20:30



 


Oui, bien sûr.


Je crains d'avoir perdu le texte long après quelques pannes du système informatique.


Vos conclusions demandaient une discussion, mais votre étude de Duchamp est brillante, je vous l'avais dit.


J'encourage mes lecteurs à lire votre texte, court, en .doc ou en .pdf, comme il leur conviendra.


Ils pourront également vous joindre par courrier électronique - l'adresse étant figurée pour ne pas être saisie par un robot.


Merci à vous.


 



arbobo 18/04/2008 15:29

ceux qui passent ou sont à Paris peuvenyt ausis voir "fontaine" dans les collections permanentes du Musée Mayol (car il existe plusieurs exemplaires originaux par Duchamp, je mémoire je dirais 3)pour le reste, j'en ai plus appris que je n'en apporte :-)

jdm 18/04/2008 21:54




Oui, dans cette exposition, en cours, on rencontre aussi Ilya et Emilia Kabakov ?

Il y a une bien jolie Chambre des mouches musicales d’Ilya Kabakov au Château d'Oiron...

L'original de Fountain s'était égaré dans les coulisses du Salon. Il a fait une brève réapparition, le temps d'une photo qui est une oeuvre d'art -






- une photo de l'original, de l'époque, d'Alfred Stieglitz.




















Entre 1917 et 1964 il y a eu une ou plusieurs répliques... égarées. Une douzaine d'avatars ont été authentifiés par Duchamp, au moins sept en 1964 - les chiffres sont secondaires. Comme Duchamp l'a
écrit, je l'ai cité, la réplique d'un ready-made transmet le même message.

'La recherche du marché perdu', par Marcel.
Une oeuvre d'art n'est pas seulement un ready-made, pas seulement un objet de consommation, mais également un support de spéculation marchande - à la condition d'avoir l'acte notarié qui en fait
une marchandise.
Chez moi, j'ai une petite collection de vrais-faux. J'ai commencé par un Claude Rutault, sur son conseil : un canevas du commerce, un pot de peinture, on peint la toile de la même couleur que le
mur où elle est accrochée, un quart d'heure plus tard le chef-d'oeuvre est là, ça ne vaut rien [à vendre] mais si ça fait plaisir... J'ai continué avec un Niele Toroni pour dissimuler
défigurer transfigurer le placard du compteur électrique et, dans la foulée, un Jean-Pierre Raynaud.




dr franknfurter 31/03/2008 11:31

tres interessant :)

jdm 31/03/2008 16:27




F., j'ai découvert ton site à l'occasion du crossover 2008 de Thom.

J'ai laissé un mot et j'attendais bien ton passage chez moi pour t'inscrire dans mes liens.

Tu n'a pas choisi n'importe quel article pour te présenter - tu aurais pu le faire à propos de 22 mars, où j'évoque 'TOUT / Tout ce que nous voulons : tout !', le seul mouvement de la
fin des années '60 qui se soit dissous spontanément sans attendre un ordre de (dé)mission.
On y rencontrait, parmi les premiers, Guy Hocquenghem, romancier, philosophe, compagnon de René Schérer - mon maître, bien indulgent, en 1964/1965, philosophe et non pas seulement professeur de
philosophie (ça, c'est juste pour appâter des ennemis, 'un luxe de poète', selon Montherlant).

J'ai lu un commentaire signé 'Francknfurter' sur Les hommes au triangle rose.

J'écrirai, peut-être, un jour, sur La Colère de l'Agneau de Guy Hocquenghem.

Sur l'oeuvre philosophique de René Schérer et Guy Hocquenghem - ils ont écrit et publié ensemble, je ne donnerai que des liens.
Parce que.

...

René Schérer n'est pas seulement un vrai philosophe, il a été un grand professeur de philosophie.

Et il n'est pas nécessaire de partager tous les choix d'une mouvance pour en accueillir la légitimité.

[jdm est conformaté : il séduit, il épouse, il procrée, il éduque les chats de la famille et il fait plutôt bien la cuisine - les tâches subalternes, comme le ménage, étant déléguées aux
associées qui font... ce qu'elles peuvent]

--- Note à l'attention des paresseux (et qui ont bien le droit d'être ainsi) ---
[[les pages de Francknfurter ne sont pas toujours faciles à lire]]

[[[et on me reproche, parfois, gentiment, d'être énigmatique !]]]

A bientôt, F.

- et comment va le petit pan de mur jaune ?



 


 
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