Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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Survival

 

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 05:44

 

Un résumé de Finnegans Wake, extrait d'une étude de Michel Chassaing

I - L'âge des dieux
Chapitre 1 (âge des dieux) : la chute
(L'âge des Dieux voit le Père fonder la civilisation tout en rivalisant avec la Mère).
Après le déluge qui alimente la rivière de la parole avec les eaux du ciel, et après une brève période sans histoire (Eden), le tonnerre provoque la chute de l'homme. Le maçon Finnegan tombe de son échelle alors qu'il construit un mur. Son corps étendu devient Dublin, qui représente toutes les villes et par extension toute la civilisation. La veillée funèbre commence : c'est l'histoire. Les guerres se succèdent, les héros meurent puis reviennent dans les livres, les empires s'érigent et s'écroulent.
Le mur construit par Finnegan se dresse comme son phallus au centre de Phoenix Park : symbole de la volonté masculine qui canalise le flot spontané de la parole féminine. Mais cette violence produit un essoufflement du sens et il faut alors tendre l'oreille pour entendre les voix du passé, la parole des ancêtres qui murmurent sous la terre ou sur les pages des livres. En imitant la nature, les premiers hommes ont formé les runes dont découlent les alphabets de toutes les nations. Aussi la faute qui entraîna la chute dans le langage fut-elle une heureuse faute puisqu'elle a engendré la culture et l'histoire.
La Maternité veut être reconnue par la Paternité comme co-créatrice du monde. Elle convertit les hommes aux religions matriarcales et, bien que la parole paternelle souffle quelquefois son appel à la liberté, la sexualité devient le fondement de l'ordre social. En conséquence, quand notre antique père Finnegan ressuscite, on le rendort, en lui promettant un culte religieux.
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Chapitre 2 (âge des héros) : la ballade de Persse O'Reilly
(A l'âge des Héros, HCE est l'archétype du combattant, du créateur, du père et finalement du bouc émissaire sacrifié par la communauté ou remplacé par la génération suivante. ALP est sa femme-rivière qui l'emporte dans son flux).
La genèse du nom d'HCE nous le présente comme à la fois Tout-le-monde et Personne, union de deux principes contraires et d'un troisième principe, royal, qui préside à la nomination. HCE est le principal comédien sur la scène de théâtre qu'est l'histoire.
La rumeur qui va courir et s'amplifier durant tout le chapitre a pour origine un jeune homme qui aurait demandé l'heure à HCE. Celui-ci aurait alors exhiber son sexe en érection pour indiquer midi ! La femme du jeune homme en parle à son confesseur et la rumeur commence son voyage de bouches à oreilles, jusqu'à un pauvre sans-logis dénommé Hosty. Il est alors minuit.
Avec l'aurore, le misérable Hosty sent une vigueur nouvelle l'envahir. Il compose et chante la ballade de Persse O'Reilly. Celle-ci, reprise par une foule festive et lyncheuse, enfle en un flot de haine. Puis, dans un fracas de tonnerre, HCE est tué et enterré comme un navet pourri.
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Chapitre 3 (âge des hommes) : le souvenir du père mort
(A l'âge des hommes, les enfants se querellent sur l'héritage symbolique du père mort. Ils fouillent l'histoire à sa recherche et cognent en vain à la porte de son mausolée. La féminité se dédouble également en la vierge et la putain).
Nous sombrons dans la confusion. Le corps du père mort, c'est-à-dire l'histoire ou le livre, devient semblable à un lourd nuage de brouillard dont les gouttes sont des mots à peine perceptibles. C'est extrêmement confus. Les témoins ne donnent plus que des bribes d'informations douteuses.
Dans ce cauchemar, les hommes cherchent du sens, avec l'aide de Jésus qui leur fait la visite guidée de Phoenix Park, l'obscure forêt du texte. Comme le sens manque depuis la mort du père, ses enfants assiègent son auberge-mausolée, mais il refuse de sortir.
La responsabilité de la faute qui provoqua la chute d'HCE est attribuée à la double soeur dont la moitié tentatrice aurait allumé en lui un désir incestueux. Les mots du père, gouttes de pluie dans la nuit, pourraient féconder notre oreille mais nous préférons dormir et ne rien entendre.
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Chapitre 4 (ricorso) : la putréfaction
(Avec le ricorso, nous suivons la rivière qui emporte le corps d'HCE comme une barque solaire dans la nuit).
Comme les animaux du zoo, nous nous abandonnons au flux du rêve. Le sens s'émousse de plus en plus avec la nuit et l'hiver. Toutefois la décomposition prépare souterrainement une nouvelle naissance. C'est une opération alchimique durant laquelle les contraires se dissolvent et se coagulent pour reconstituer du sens. C'est ainsi que s'écrit la lettre d'ALP, bafouillée par Shem, portée par Shaun, perdue puis retrouvée dans un tas de fumier par une poule qui la recompose aléatoirement. Du coup, on y comprend plus rien. Le souvenir d'HCE, qui est le sujet de la lettre et par extension du roman, se perd dans le courant et la rivière l'emporte.
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Chapitre 5 (âge des dieux) : la lettre d'Anna Livia
 (Les 4 premiers chapitres sont consacrés à HCE, les 4 suivants à ALP, qui est à la fois la Mère et la rivière de la parole, donc la lettre et par extension le roman).
La lettre d'ALP est soumise à plusieurs types d'examens universitaires effectués par des avatars de Shaun. Les déformations qu'elle a subies dans le tas d'ordures l'ont rendue quasiment indéchiffrable. Ces circonvolutions stylistiques rappellent les enluminures du Livre de Kells, dont les arabesques créent une tapisserie complètement embrouillée. La confusion des langues, les fantaisies du scribe dans le dessin des lettres, la déraison féminine de ce flot d'écriture exubérant, et jusqu'aux trous dans le papier qui marquent l'irruption du Temps dans l'Espace, tout porte la marque de Shem.
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Chapitre 6 (âge des héros) : le questionnaire
12 questions et réponses permettent de présenter à nouveau HCE, ALP, Dublin, les 4 régions de l'Irlande, Jo, Kate, les 12 clients, les 28 lettres, le roman lui-même, Isabelle dont le babillage féminin est la matrice du langage, et enfin Shem. Sur ce dernier, Shaun donne son opinion condescendante et rationnelle dans une fable où l'Espace révèle son ignorance du Temps et l'institution ecclésiale son mépris pour le Christ. Shaun raconte également l'histoire des frères patricides auxquels leur soeur adjoint un tiers "insaisissable" pour former une trinité et mettre ainsi fin à leur rivalité en recomposant le père. La présence du souffle de Shem en Shaun inspire son verbe mais Shaun en refoule avec dégoût l'origine obscène et fétide, l'humus de matière, de chair ou de sons d'où suinte le sens.
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Chapitre 7 (âge des hommes) : portrait de l'artiste
Shaun tire le portrait de son frère honni : Shem est un traître, un déserteur et un infidèle. Son écriture, babillage et galimatias, provient de ses sécrétions corporelles. Il salit tout, critique tout et recompose un langage misérable par une alchimie répugnante. Mais avec ce langage obscène, ce putois puant et noir comme son encre peut reproduire tous les phénomènes et écrire une oeuvre universelle.
Shaun incarne la Rigueur. Il défend la société, la race, la religion et ALP. Pourtant c'est Shem, personnifiant la Charité, qui sait écouter ALP et la mettre en mots. Dont acte.
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Chapitre 8 (ricorso) : Anna Livia Plurabelle
(Shem écrit pour ALP un chapitre magnifique contenant les noms de centaines de cours d'eau).
Au bord de la rivière, deux lavandières (qui sont Shem et Shaun, maintenant deux courants de la rivière, ou la mère et la fille) parlent des 3 âges d'Anna Livia Plurabelle :
Anna, la mère, a fauté avec HCE. Il a fait violence au fleuve pour lui arracher ses richesses et canaliser son énergie. Elle a accepté son joug et même racolé pour lui. Elle a conçu 111 enfants de ses amours avec HCE. A sa source : le Nihil.
Le flux de Livia, la femme, la vie et l'Eglise, jaillit entre ses fesses-collines, et serpente à travers l'Irlande vers Dublin et l'Océan. Elle porte un sac rempli de cadeaux pour tous ses enfants.
Les Plurabelles sont les cadeaux du sac, les 28 jeunes filles et autant de facettes de la féminité. La nuit tombe et la lune paraît. Une nouvelle génération arrive, la précédente compte sur le Verbe, son fils, pour qu'on se souvienne d'elle.
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II : L'âge des héros
Chapitre 9 (âge des dieux) : l'énigme
Les enfants d'HCE jouent la pièce Mick, Nick and the Maggies (Michel l'archange y terrasse Nick le diable, mais ils constituent les deux faces d'une même personne, le fils d'HCE qui le remplacera pour un nouveau cycle).
Isabelle pose une énigme à Shem : quelle fleur a toutes les couleurs de l'arc-en-ciel mais aucune d'elles ? La réponse est l'héliotrope, fleur blanche tournée vers le soleil, mais Shem, tourné vers le monde, ne devine pas. Il fouille les éléments, réfléchit, propose trois fois trois réponses mais doit admettre son échec. Les jeunes filles lui montrent leurs dessous blancs pour le faire dresser vers la lumière, mais en vain ! Piteux, il s'exile et écrit Ulysse.
Les 28 lettres-fleurs, telles l'héliotrope, se tournent alors vers l'Orient où se lève la lune. C'est Shaun, Verbe de beauté, qui vient les féconder et leur prêcher la pureté. Le livre est en puissance de s'écrire dans la nuit. Il annonce la mort des dieux. C'est l'heure de la prière : les enfants se tournent vers le ciel et appellent le Père.
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Chapitre 10 (âge des héros) : la leçon de géométrie
(La rivière s'écoule entre ses deux rives, sur lesquelles Shem et Shaun y vont de leurs commentaires ; en fait ils rédigent un travail scolaire auquel Isabelle ajoute ses notes en bas de page).
La lumière descend sur notre monde, en une chute platonicienne ou cabalistique, et traverse les gouttes de pluie pour former l'arc-en-ciel d'alliance entre le haut et le bas. La pluie vient d'Isabelle qui pisse une histoire pour ses frères. Ils étudient l'arithmétique, l'algèbre puis la géométrie.
Après un entracte annonçant la conjonction des contraires, Shem trace deux cercles emmêlés et révèle à Shaun le bas ventre d'ALP accouplée à HCE comme lieu où se produit perpétuellement le monde et le langage. Nous arrivons à la fin de l'--uvre au noir opérée par Shem dans les chapitres précédents, par la révélation du c--ur de l'être et du langage : "cog it out, here goes a sum". Les chapitres suivants seront consacrés à l'--uvre au rouge de Shaun, prêchant la bonne parole en s'inspirant des galimatias de Shem.
Comme tout meurt et revient, le chapitre se clôt sur une nouvelle chute (10 chiffres comme autant d'éléments mis à disposition du créateur s'incarnant dans son --uvre). La signature finale rappelle que Finnegans Wake est un pied-de-nez à la mort, donc une résurrection.
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Chapitre 11 (âge des hommes) : le cabaret du norvégien
(Avec le sommeil profond, le rêve devient de plus en plus confus. C'est le nadir du roman et certainement le chapitre le plus difficile à lire car au coeur de la nuit le sens passe plus par l'ouïe que par la vue. A minuit, HCE est définitivement vaincu par la génération suivante, peut-être pour ne pas avoir su unifier les deux faces de sa personnalité).
Un émetteur radiophonique perce-oreille crachote un programme musical, à moins que ce ne soit le tavernier qui raconte à ses clients l'histoire du Viking qui envahit l'Irlande puis s'y installe comme tailleur. Ce dernier est embarqué sur le fleuve de la vie conjugale, comme l'Arche de Noé sur les eaux du déluge ou la parole sur les ondes vocales d'ALP. Son existence voit alterner les grandeurs et les bassesses. Sa personnalité est scindée en deux facettes antagonistes. Son histoire coule dans l'oreille de ses clients comme la bière dans leurs gorges.
Avec l'heure tardive, la femme du tavernier lui demande de fermer. Mais les clients réclament une autre histoire, celle de Buckley à la bataille de Balaklava, qui tua un général russe qui conchiait le trèfle. Le tavernier la raconte en jouant les deux rôles.
Il s'embarque ensuite dans un nouveau conte, celui de Finnegans Wake, enluminé et illustré. Tous les personnages reviennent dans la confusion des langues. HCE y plaide coupable mais felix culpa : tous profitent de ses oeuvres, produites par sa violence ou ses déjections. Quatre commentateurs (Mamalujo), prennent acte de sa plaidoirie et retranscrivent les flots de son Verbe.
Les clients finissent par rentrer chez eux, laissant HCE seul dans sa taverne. Il finit les verres et tombe dans la même déchéance que le roi dépossédé Roderick O'Connor. C'est la fin pour lui, les chapitres suivants seront consacrés à son fils. Alors bon vent !
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Chapitre 12 (ricorso) : Tristan
(Le ricorso de l'âge des héros commence et finit en chanson : c'est la musique de la rivière).
Les quatre évangélistes, vagues ou mouettes, accompagnent le bateau sur lequel Tristan conduit Yseult au Roi Mark. Ils épient les amants et se souviennent de leurs divorces d'avec la Déesse-Mère. Avec nostalgie, ils évoquent les puissants d'hier, déchus et abandonnés, comme le roi Mark de Cornouailles ou HCE.
Tristan prend Yseult et remplace HCE. Les évangélistes n'ont pas le coeur de les culpabiliser, trop émus par leur amour. Ils comprennent le remplacement du Père par le Fils, auquel seront consacrés les chapitres suivants, en tant qu'union de Shem et de Shaun, donc nouvel HCE.
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III : l'âge des hommes
Chapitre 13 (âge des dieux) : Shaun le postier
Après les 12 coups de minuit, voici venir Shaun le postier. Grand, fort et lumineux, il est le Verbe, l'émetteur d'une parole inspirée par Shem. Pourtant il est fatigué de porter la lettre de son frère. Dans une fable, il se met en scène en fourmi riche mais économe. Son frère, dans le rôle de la cigale, danse devant lui pour un peu de nourriture et lui récite un poème sur la nécessité de la conjonction des contradictoires.
Malgré tout, Shaun refoule l'origine obscène et cacophonique de la parole, et répond aux questions de Shem en prétendant être capable de faire mieux que lui. Mais il reste flasque et stérile. Quand finalement il accepte l'afflux d'inspiration de l'Esprit en lui, il se dresse à nouveau et répand sa semence lumineuse. Le flot de paroles l'emporte lui-même dans un tonneau (symbole de la coquille vide du signifiant) et, telle la lune, il disparaît au matin.
Shem, l'Esprit qui se répand en souffle et parfum après le départ du Verbe, fait son oraison funèbre.
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Chapitre 14 (âge des Héros) : le sermon de Jaun
Nous revenons en arrière : les 29 lettres-fleurs dansent pour Jaun, leur Messie, semence de lumière, peut-être la Voie Lactée. Il va devoir s'en aller, descendre vers l'horizon ou vivre sa Passion christique. Aussi prêche-t-il la vertu et la chasteté à sa s--ur chérie. Tout en la sermonnant, il s'excite, s'unit avec elle comme Jésus avec son église et la fait jouir. La détumescence correspond à son déclin dans le ciel. Son exil l'assimile à Shem.
Il laisse son frère derrière lui, le Saint Esprit, souffle ou odeur, qu'il aime et jalouse à la fois, étant obligé de retranscrire son charabia en langage clair.
Les fleurs pleurent son départ et chantent les louanges de leur Osiris. Shem fait à nouveau son oraison funèbre avec tendresse, annonçant sa résurrection à l'aurore.
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Chapitre 15 (âge des hommes) : Yawn
Shaun, devenu Yawn (bâillement), repose maintenant comme Finnegan. Les 4 juges escaladent son corps étendu pour l'interroger. Yawn, qui se croit attaqué par les loups, revit le sacrifice de Parnell, puis répond qu'il a pris la place de son père et qu'il est également un et trine.
La voix d'ALP monte ensuite du corps de Yawn. Elle parle d'HCE et explique que les phénomènes sensibles constituent la toile du monde ou les lettres de l'alphabet qui, traversées par la lumière paternelle, produisent l'arc-en-ciel du sens.
Ensuite c'est la rivalité des contraires qui se révèle dans la parole de Yawn. Saura-t-on enfin le titre du roman ? Non : après un fracas babélien, les voix font place au silence. A moins que ce silence ne constitue justement le Nom imprononçable ?
Une fois repris le contact spirite ou téléphonique, Yawn évoque l'interaction du féminin et du masculin en lui, à l'image de l'arbre alchimique ou du frêne Yggdrasil. Sa féminité elle-même est constituée de deux faces : la chaste et la tentatrice. Comme Marie, elle ne demande qu'à être prise comme matière première pour servir la parole du père et être transfigurée par lui. Finn est convoqué pour cette tâche mais il préfère la confier aux hommes et retourne dormir.
C'est alors qu'HCE prend enfin la parole. Il se défend des accusations portées contre lui, reconnaît avoir péché mais démontre que la corruption est nécessaire à la création et que sa chute a produit la civilisation urbaine : felix culpa ! Il a possédé sa femme - et par extension la nature entière - pour la transfigurer et l'assompter dans son oeuvre.
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Chapitre 16 (ricorso) : la chambre à coucher
(Nous sommes là au plus bas de l'âge des hommes. Tout n'est plus que simulacre. Un cycle se termine, un nouveau se prépare).
La maison des Porter est la scène d'une dernière comédie. La mère de famille réconforte son fils qui a crié dans son rêve et mouillé ses draps, écrivant ainsi la lettre ! La fille, quant à elle, devient adulte avec ses premières règles : petit nuage, elle fait pipi en pluie et prend la place de sa mère dans le lit de la rivière et le lit conjugal.
On rejoue également le procès d'HCE. Les relations incestueuses au sein de la famille sont étudiées comme autant d'hérésies possibles au sein de l'Eglise, et entraînent le schisme irrémédiable du protestantisme quand l'hégémonie paternelle (et papale) est contestée par les fils.
A l'âge des hommes, chacun y va de son point de vue sur l'histoire et la famille. Qu'on le veuille ou non, il faut supporter les parents comme un mal nécessaire au renouvellement des générations.
L'aube approche, le vent de l'Esprit souffle dans les arbres du parc tandis qu'Isabelle amorce un nouveau déluge. Pour le tavernier qui s'était enrichi en bâtissant la civilisation, c'est maintenant la dégringolade sociale. Mais toute Apocalyspe prépare une renaissance...
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IV : Ricorso
Chapitre 17 : l'aurore
3 Sanctus annoncent l'Eucharistie, la descente de l'Esprit d'HCE dans la parole d'ALP. Le haut appelle le bas, le Verbe demande à être entendu. Le soleil se lève enfin sur l'Irlande. C'est Shaun, nouvel HCE, qui se dresse hors de l'eau comme la Jérusalem céleste.
Le masculin et le féminin, séparés au premier chapitre, sont dorénavant inextricablement unis, le Père Temps et de la Mère Espace. Pourtant le sommeil continue. Finnegan se lève effectivement... mais dans Finnegans Wake, c'est-à-dire dans l'écriture, chargée de garder le souvenir des disparus, alors que chaque nouveau cycle apporte l'oubli des précédents.
Les 29 lettres, campanules ou cloches, carillonnent et appellent Saint Kevin de Glendalough. Il s'installe au centre de 9 cercles concentriques, au point de rencontre des cycles de Shem et Shaun, c'est-à-dire dans le trou de la paternité. De là, il baptise par l'eau : écoutez le flux d'ALP (plein de yes, comme celui de Molly) par lequel parle "Je suis qui je suis".
Et voici Patrick qui vient convertir les Irlandais. A l'archidruide Berkeley qui place la puissance divine dans la nature et sa force germinative, Patrick explique que les phénomènes du monde sensible, à savoir les couleurs de l'arc-en-ciel, proviennent d'une lumière qui vient de la Trinité. Vainqueur de l'archidruide, il propose l'union du haut et du bas, des couleurs et de la lumière blanche qui les a engendrées. Le christianisme s'installe en se nourrissant de la putréfaction du corps païen, ce qui produira la richesse artistique et spirituelle du catholicisme celtique, au moins jusqu'à l'invasion anglaise.
De la même façon, les mots du jour doivent contenir les souvenirs de la nuit du passé, pour les sauvegarder et s'en enrichir. C'est seulement ainsi que l'on peut espérer vaincre la mort. Comment ? La lettre d'ALP illustre ce recueillement :
La voici enfin cette fameuse lettre autour de laquelle tout le monde tourne, parle et sèche. ALP s'adresse à l'autorité et défend son mari. Elle se souvient de sa jeunesse et annonce que Shaun prendra la place d'HCE et Isabelle pour femme : un nouveau cycle commence. Elle signe et joint un post-scriptum : le monologue final.
Avec le jour, le langage s'éclaircit, nous sortons du cauchemar et du babillage. Pourtant cette parole garde en elle la richesse de la nuit, et Joyce écrit ici les pages ses plus bouleversantes. La Liffey traverse Dublin par un doux matin. L'opposition des jumeaux lui semble féconde, érection et chute, diastole et systole, dialectique de la culture. Elle réveille HCE, l'érige et l'habille. Elle espère partir avec lui, mais Dublin traversé, elle comprend qu'elle finira seule. Son amertume s'estompe quand elle entend l'appel du large, la voix de son père. Durant tout le livre, ALP incarnait le féminin, dans la confusion de l'histoire et des langues ; maintenant c'est une voix singulière qui parle. Elle s'abandonne au Père qui se souviendra d'elle pour l'éternité. Le dernier mot du roman vient se boucler sur le premier pour un nouveau cycle ou bien disparaît dans un dernier souffle.

***

Une histoire simple, une ballade.
La musique de Finnegan comme un art de la fugue, peut-être.

Le BWV 1080, établi en 1950, donne 14 compositions sur un même thème.
J. S. Bach, un autre cryptosophe.
B.A.C.H. = 2+1+3+8 = 14 --- JSBACH = 41.



J. S. Bach, Prélude et Fugue en si bémol  (B-Flat) majeur sur le nom de B.A.C.H, BWV 898, piano, Glenn Gould, 1980 [extrait].

Il y a bien de l'air et de la chanson dans le Wake.
The Ballad of Persse O'Reilly - or
earwig

 

 

Have you heard of one Humpty Dumpty         
How he fell with a roll and a rumble
And curled up like Lord Olofa Crumple
By the butt of the Magazine Wall,
(Chorus) Of the Magazine Wall,
Hump, helmet and all ?

Finnegans Wake
, I, 2, p. 45.                        

Une ballade rappelant Lewis Carrol ---

Humpty Dumpty sat on a wall :
Humpty Dumpty had a great fall.
All the King's horses and all the King's men
Couldn't put Humpty Dumpty in his place again.

Lewis Carroll, Through the looking-glass.

***

Finnegans Wake
a également inspiré des compositeurs ---

 


--- John Cage, Roaratorio, An Irish circus on Finnegans wake, 1979
, emprunte des mots au Wake et donne l'air par une bande son qui mêle ambiance de marché et chant traditionnel irlandais.
D'autres compositions reprenant des extraits de l'œuvre ---
The Wonderful Widow of Eighteen Springs, chanson pour voix et piano fermé, 1942, et Nowth upon Nacht, pour voix et piano (le pianiste produit des sons sans pour autant effleurer le clavier), 1984 [une oeuvre à la mémoire de Cathy Berberian, la compagne de Luciano Berio].
Des extraits de ces deux pièces -
- et le texte (en caractères gras)

Finnegans Wake
, III, 4, p. 356
1/
...
quietly, all the woods so wild, in mauves of moss and daphnedews, how all so still she lay, neath of the whitethorn
...
2/
nowth upon nacht, while in his tumbril Wachtman Havelook seequeerscenes, from yonsides of the choppy, punkt by his curserbog, went long the grassgross bumpinstrass that henders the pubbel to pass, stowing his bottle in a hole for at whet his whuskle to stretch ecrooksman, sequestering for lovers' lost propertied offices the leavethings from allpurgers' night, og gneiss ogas gnasty, kikkers, brillers, knappers and bands, handsboon and strumpers, sminkysticks and eddiketsflaskers ;


--- Takemitsu Tōru, A way a lone, d'après la dernière phrase de Finnegans Wake - A way a lone a last a loved a long the



A Way a Lone pour quatuor à cordes ou en version pour orchestre à cordes, 1981 [extrait]


--- et des comédiens



The Voice Of Shem,1955, Poets' Theatre, Cambridge
(1957 Harvard Univ. Press under the title Passages from Finnegans Wake)
(1958 Faber & Faber, London under the title The Voice of Shem
).

***

Une lecture d'Anna Livia Plurabelle par James Joyce ? London, 1929, in
Lunapark 0,10.



Well, you know or don't you kennet or haven't I told you every telling has a taling and that's the he and the she of it. Look, look, the dusk is growing! My branches lofty are taking root. And my cold cher's gone ashley. Fieluhr? Filou! What age is at ? It saon is late. 'Tis endless now senne eye or erewone last saw Waterhouse's clogh. They took it asunder, I hurd thum sigh. When will they reassemble it ? O, my back, my back, my bach ! I'd want to go to Aches-les-Pains. Pingpong ! There's the Belle for Sexaloitez ! And Concepta de Send-us-pray ! Pang ! Wring out the clothes! Wring in the dew ! Godavari, vert the showers ! And grant thaya grace ! Aman. Will we spread them here now ? Ay, we will. Flip ! Spread on your bank and I'll spread mine on mine. Flep ! It's what I'm doing. Spread ! It's churning chill. Der went is rising. I'll lay a few stones on the hostel sheets. A man and his bride embraced between them. Else I'd have sprinkled and folded them only. And I'll tie my butcher's apron here. It's suety yet. The strollers will pass it by. Six shifts, ten kerchiefs, nine to hold to the fire and this for the code, the convent napkins,twelve, one baby's shawl. Good mother Jossiph knows, she said. Whose head ? Mutter snores ? Deataceas ! Wharnow are alle her childer, say ? In kingdome gone or power to come or gloria be to them farther ? Allalivial, allalluvial ! Some here, more no more, more again lost alla stranger. I've heard tell that same brooch of the Shannons was married into a family in Spain. And all the Dunders de Dunnes in Markland's Vineland beyond Brendan's herring pool takes number nine in yangsee's hats. And one of Biddy's beads went bobbing till she rounded up lost histereve with a marigold and a cobbler's candle in a side strain of a main drain of a manzinahurries off Bachelor's Walk. But all that's left to the last of the Meaghers in the loup of the years prefixed and between is one kneebuckle and two hooks in the front. Do you tell me that now ? I do in troth. Orara por Orbe and poor Las Animas! Ussa, Ulla, we're umbas all! Mezha, didn't you hear it a deluge of times, ufer and ufer, respund to spond ? You deed, you deed ! need, I need! It's that irrawaddyng I've stoke in my aars. It all but husheth the lethest zswound. Oronoko ! What's your trouble ? Is that the great Finnleader himself in his joakimono on his statue riding the high horse there forehengist ? Father of Otters, it is himself ! Yonne there! Isset that ? On Fallareen Common ? You're thinking of Astley's Amphitheayter where the bobby restrained  you making sugarstuck pouts to the ghostwhite horse of the Peppers. Throw the cobwebs from your eyes, woman, and spread your washing proper ! It's well I know your sort of slop. Flap ! Ireland sober is Ireland stiff Lord help you, Maria, full of grease, the load is with me! Your prayers. I sonht zo! Madammangut ! Were you lifting your elbow, tell us, glazy cheeks, in Conway's Carrigacurra canteen? Was I what, hobbledyhips ? Flop ! Your rere gait's creakorheuman bitts your butts disagrees. Amn't I up since the damp dawn, marthared mary allacook, with Corrigan's pulse and varicoarse veins, my pramaxle smashed, Alice Jane in decline and my oneeyed mongrel twice run over, soaking and bleaching boiler rags, and sweating cold, a widow like me, for to deck my tennis champion son, the laundryman with the lavandier flannels ? You won your limpopo limp fron the husky hussars when Collars and Cuffs was heir to the town and your slur gave the stink to Carlow. Holy Scamander, I sar it again ! Near the golden falls. Icis on us ! Seints of light! Zezere ! Subdue your noise, you hamble creature ! What is it but a blackburry growth or the dwyergray ass them four old codgers owns. Are you meanam Tarpey and Lyons and Gregory ? I meyne now, thank all, the four of them, and the roar of them, that draves that stray in the mist and old Johnny MacDougal along with them. Is that the Poolbeg flasher beyant, pharphar, or a fireboat coasting nyar the Kishtna or a glow I behold within a hedge or my Garry come back from the Indes ? Wait till the honeying of the lune, love! Die eve, little eve, die ! We see that wonder in your eye. We'll meet again, we'll part once more. The spot I'll seek if the hour you'll find. My chart shines high where the blue milk's upset. Forgivemequick, I'm going ! Bubye! And you, pluck your watch, forgetmenot. Your evenlode. So save to jurna's end! My sights are swimming thicker on me by the shadows to this place. I sow home slowly now by own way, moyvalley way. Towy I too, rathmine
Ah, but she was the queer old skeowsha anyhow, Anna Livia, trinkettoes! And sure he was the quare old buntz too, Dear Dirty Dumpling, foostherfather of fingalls and dotthergills. Gammer and gaffer we're all their gangsters. Hadn't he seven dams to wive him ? And every dam had her seven crutches. And every crutch had its seven hues. And each hue had a differing cry. Sudds for me and supper for you and the doctor's bill for Joe John. Befor ! Bifur ! He married his markets, cheap by foul, I know, like any Etrurian Catholic Heathen, in their pinky limony creamy birnies and their turkiss indienne mauves. But at milkidmass who was the spouse ? Then all that was was fair. Tys Elvenland ! Teems of times and happy returns. The seim anew. Ordovico or viricordo. Anna was, Livia is, Plurabelle's to be. Northmen's thing made southfolk's place but howmulty plurators made eachone in person ? Latin me that, my trinity scholard, out of eure sanscreed into oure eryan! Hircus Civis Eblanensis ! He had buckgoat paps on him, soft ones for orphans. Ho, Lord ! Twins of his bosom. Lord save us! And ho! Hey ? What all men. Hot ? His tittering daughters of. Whawk ?
Can't hear with the waters of. The chittering waters of. Flittering bats, fieldmice bawk talk. Ho ! Are you not gone ahome ? What Thom Malone ? Can't hear with bawk of bats, all thim liffeying waters of. Ho, talk save us ! My foos won't moos. I feel as old as yonder elm. A tale told of Shaun or Shem ? All Livia's daughtersons. Dark hawks hear us. Night ! Night ! My ho head halls. I feel as heavy as yonder stone. Tell me of John or Shaun ? Who were Shem and Shaun the living sons or daughters of ? Night now ! Tell me, tell me, tell me, elm ! Night night ! Telmetale of stem or stone. Beside the rivering waters of, hitherandthithering waters of. Night ! 

Finnegans wake
, I, 8, p.213-216.

Feeling weak ? Fall in wake !

***

Des textes et liens supra.

Et puis,

Jean Paris, Joyce par lui-même, Seuil, 1957 (réédition disponible, actualisée et complétée).

Finnegans web (le texte en ligne)

Michel Chassaing


Ubuweb

Music in the Works of James Joyce

and lots of fun at Finnegan's wake ¤¤¤

*crossover 2008*

 

[...] Il s'agit d'évoquer, cette fois, une oeuvre mettant en lien, de quelque manière que ce soit, littérature et musique.


[end of Part Two]
[Part One
]

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

Hervé MICHEL 25/05/2015 11:13

Bonjour
permettez moi de vous signaler la traduction complète que j'ai faite de Finnegans Wake sur le site https://sites.google.com/site/finicoincequoique/
vous pouvez trouver aussi un résumé de Finnegans Wake sur l'article Wikipédia : Finnegans Wake
https://fr.wikipedia.org/wiki/Finnegans_Wake

Lou de Libellus 25/05/2015 12:15

Merci. Je reprends votre message en commentaire du dernier article publié, sinon il serait invisible.

snoring mouthpiece 15/05/2014 08:02

Thanks for providing the summary of Finnegans Wake extracted from “a study by Michel Chassing”. The content of the seventeen chapters was very nice to read and I hope that anyone would really love to read this book after reading this article.

lou 04/06/2010 17:12



 


C'est excellent, et c'est ici


 


http://pierrecormary.hautetfort.com/joyce/


 


Je vais compléter les liens et la mention en haut de page.


 


 



Pierre Cormary 04/06/2010 16:06



Bonjour Libellus,


il y a quelque temps, nous joycions de concert. Ce concert continue chez moi.


Bien à vous.


http://pierrecormary.hautetfort.com/joyce/


Pierre


 


PS : vous me pardonnerez d'avoir emprunté votre image du capitaine Haddock tellement significative...



G.T. 12/05/2008 19:23

Je rejoins tout à fait Thom, c'est une "somme" sur FW, ces 2 articles... bon, il m'a fallu du temps pour m'y mettre et les terminer (comme quoi, les jours fériés, ce serait dommage de les supprimer), mais j'y suis arrivé ! :-)En tout cas... félicitations ! Cela fait longtemps que je n'avais plus lu de Joyce, alors qu'il m'a passionné il y a une dizaine d'années... il faudra que je m'y remette !

jdm 12/05/2008 23:50




Thom, GT, merci. C'est beau une famille unie.
[the answer is there]



Thom 04/05/2008 22:47

Ca y est ! J'ai enfin tout lu et...je ne sais même pas quoi dire. Jdm, je suis souvent avare de compliments, mais là...je m'incline et dis : bravo, bravo, bravo pour ce travail considérable. Et merci, aussi, d'emplir mon crâne de jeune con. Merci, oui, c'est ça...

 


 
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