Mercredi 7 octobre 2009
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Serge Gainsbourg, Le Poinçonneur des Lilas, album Du chant à la une !..., 1958
Quand une grand-route se trouve en mauvais état, on peut la réparer, remplir de graves les
nids-de-poule, passer le rouleau sur du macadam neuf, la renforcer à grands frais de travail, de sueur et d'or. Mais une autre solution reste possible : accrocher aux platanes une suite de
panonceaux où le passant pourra lire : ROUTE EN MAUVAIS ETAT. L'administration préfère cette solution, moins chère et flattant sa tendance à la note. Des ingénieurs, naguère, montraient, chiffres
à l'appui, que la lecture de l'avis plus quelques cahots de son carrosse obligent l'usager à de petites vitesses qui abaissent brutalement le nombre des accidents. Sécurité. On aurait juré qu'ils
voyaient le passant glisser sur l'affiche et non secoué par les fondrières.
Casser des cailloux, en transporter des tonnes, compacter ensemble leurs arêtes vives exige des
énergies mesurables en chevaux-vapeur. Dessiner au pinceau, rouge sur blanc, des croix et des lettres, les reconnaître au milieu du code, exige des énergies incomparables. On évalue les premières
à l'échelle entropique, les autres à l'échelle informationnelle. L'une manuelle, la deuxième digitale. Celle-ci a la faveur du philosophe, qui aime les signes et mots, le langage, écritures et
paroles, icônes et panneaux. Une enfance asservie à concasser des galets me pousse sans doute à préférer la première. Le progrès va vers l'autre ainsi que le temps ; l'histoire, je le sais, passe
de la réalité au langage, de la chose au signe et de l'énergie à l'information : de la solution dure à la deuxième dite douce. Je demande seulement qu'on se souvienne de la dureté.
Le concassage des cailloux me brise encore les oreilles.
Michel Serres, Les cinq sens, Grasset, 1985, pp. 118-119

Chaussée déformée, on connaît. On ne va pas réformer une chaussée déformée. On ne va pas raser Singapour où, non content des bosses, on a mis des trottoirs à la place des vibreurs – un modèle déjà tendance sur les chicanes
urbaines, voire rurales, de nos contrées.

Risque de chute de pierres ou présence sur la route de pierres tombées. Et alors ?! vous ne pouvez pas vous arrêter
pour les ramasser ? l'esprit citoyen se perd.

C'est très tendance. Il ne s'agit pas d'une banale mal entretenue par la DDE (pardon pour le pléonasme) chaussée. Aucun risque n'est annoncé. Là, c'est programmé : les trous sont en formation, digging in progress, please wait, on n'a pas fait le Pompidou en un jour.
[source : Nueil lès Aubiers, et ça geysère de partout où il y a une DDE – on écrit au tempo]
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