Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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pour mémoire

Survival

 

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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 00:01

 

 

http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/camus-14.jpg


















   Albert Camus et Maria Casarès (Martha) en répétition





 

La Mère : Il reviendra.

Martha : Il te l’a dit ?

La Mère : Oui. Quand tu es sortie.

Martha : Il reviendra seul ?

La Mère : Je ne sais pas.

Martha : Est-il riche ?

La Mère : Il ne s’est pas inquiété du prix.

Martha : S’il est riche, tant mieux. Mais il faut aussi qu’il soit seul.

La Mère, avec lassitude : Seul et riche, oui. Et alors nous devrons recommencer.

Albert Camus, Le Malentendu, pièce en trois actes, Gallimard, 20 mai 1944.

Première édition où Le Malentendu est suivi de Caligula.

La Première au théâtre est du 24 juin 1944.






Source


http://i62.servimg.com/u/f62/11/02/60/83/camus_11.jpg
























   Effroyable tragédie.

   Aidée de sa fille une hôtelière tue pour le voler un voyageur qui n’était autre que son fils.

   En apprenant leur erreur la mère se pend, la fille se jette dans un puits.

   L’Echo d’Alger, 6 janvier 1935

 





Martha : Et vous verrez bientôt que vous avez choisi une auberge tranquille. Il n’y vient presque personne. (I, 5)

Jan : Un jour ou l’autre, il m’aurait fallu revenir. Mon père était le seul obstacle et quand j’ai appris sa mort, j’ai cru que tout serait facile.

[dialogue entre Jan, le fils prodigue, voué au sacrifice, et Maria, sa femme, in Prologue inédit, ms. Bruckberger]

Quelle est l’histoire ? Un fils qui veut se faire reconnaître sans avoir à dire son nom et qui est tué par sa mère et sa sœur, à la suite d’un malentendu.

Albert Camus, Le Figaro Littéraire, 15-16 octobre 1944

Martha (la fille et la sœur) à Maria (la femme de Jan, le fils) : Si vous voulez le savoir, il y a eu malentendu. Et pour peu que vous connaissiez le monde, vous ne vous en étonnerez pas. (III, 3)

… tout aurait été autrement si le fils avait dit : C’est moi, voici mon nom. Cela revient à dire que dans un monde injuste ou indifférent, l’homme peut se sauver lui-même et les autres par l’usage de la sincérité la plus simple et du mot le plus juste.

Albert Camus, Le Figaro Littéraire, 15-16 octobre 1944

Après vingt ans d’absence et de silence, un homme revient dans un petit village de Bohême où sa mère et sa sœur tiennent une auberge. Il espère ainsi retrouver sa patrie
. Mais il ne veut pas se faire reconnaître. Il veut qu’on le reconnaisse sans qu’il ait à dire C’est moi ! La seule question est de savoir si cela est possible, s’il existe une patrie pour le cœur des hommes, et enfin, comme il le dit lui-même, si oui ou non, il a raison d’avoir ces rêves. La réponse lui sera justement donnée sous la forme du oui ou du non.

Cette pièce, qui se place seulement sur le plan tragique, répugne à toute théorie. Cependant, s’il fallait absolument que l’auteur ait une pensée, elle serait celle-ci : l’homme porte en lui une part d’illusions et de malentendu, c’est elle qui doit être tuée. Mais c’est un sacrifice qui libère une autre part de lui-même, la meilleure, qui est celle de la révolte et de la liberté.

On voit seulement que ce pourrait être le sujet d’une autre pièce.

Texte du Programme des représentations de juin 1944

[Jan : Le bonheur n’est pas tout et les hommes ont leur devoir. Le mien est de retrouver ma mère, une patrie… (I, 4)]

[Jan : On ne peut pas toujours rester un étranger. (I, 4)]


Tuer

Le Malentendu est l’histoire du crime et du suicide en miroir, de sa légitimation, oui ou non, par l’absurde.


Martha : Le crime est le crime, il faut savoir ce que l’on veut. (I, 1)

En écho, Jan, se parlant à lui-même : Il faut savoir ce que l’on veut. (II, 1)

La Mère : Il dort et ne pense plus, il n’a plus de devoirs ni de tâches, non, non, et moi, vieille et fatiguée, oh, je l’envie de dormir maintenant et de devoir mourir bientôt. (II, 8)

La fatigue peut-être, et la soif du repos.

[Elle sort sans que sa fille s’y oppose.] (III, 1)

(elle se jette dans la rivière où elle vient de noyer son fils)

Et si l’absurde condamne le crime autant qu’il l’autorise, par l’indifférence ?


La mer, le soleil, la terre épaisse
- avant Le Premier homme


La mer

Martha : la mer dont j’ai tant rêvé (I, 1)

Jan : je viens d’Afrique… De l’autre côté de la mer. (I, 5)

Martha : Quand vous allez là-bas, vous habitez près de la mer ?

Jan : Oui. (I, 5)

Martha, doucement : Quant aux soirs, monsieur ?

Jan : Ils sont bouleversants. Oui, c’est un beau pays… je pense à la mer et aux fleurs de là-bas. (II, 1)

Martha [après le crime] : Ce matin est, depuis des années, le premier où je respire. Il me semble que j’entends déjà la mer. (III, 1)

Martha : je reste solitaire, loin de la mer dont j’avais soif… la mer… la mer… une odeur d’algues… dans ce pays défendu par la mer, les dieux n’abordent pas. (III, 2)

Le soleil

La Mère : on m’a dit que le soleil dévorait tout (I, 1)

Martha [à Jan] : j’imagine avec délices cet autre pays où l’été écrase tout, où les pluies d’hiver noient les villes…

je souhaite maintenant que vous restiez. Mon goût pour la mer et les pays du soleil finira par y gagner. (II, 1)

La terre épaisse

Martha : j’ai grandi dans l’épaisseur des terres. (III, 1)

Martha : on ne peut appeler patrie, n’est-ce pas, cette terre épaisse, privée de lumière… (III, 4)


L’aube, l’amour peut-être, la révolte

La Mère : il me semble que cette aube n’arrivera jamais. (II, 8)

Martha : Vous voyez bien que cette aube est arrivée. (III, 1)

Illusion, malentendu, il y a tant d'aurores qui n'ont pas encore lui.

Maria : Non, les hommes ne savent jamais comment il faut aimer. Rien ne les contente. Tout ce qu’ils savent, c’est rêver, imaginer de nouveaux devoirs, chercher de nouveaux pays et de nouvelles demeures. Tandis que nous, nous savons qu’il faut se dépêcher d’aimer, partager le même lit, se donner la main, craindre l’absence. Quand on aime, on ne rêve à rien. (I, 4)

La Mère : L’amour d’une mère pour son fils est aujourd’hui ma certitude. (III, 1)

L’ombre d’une révolte
 ? Martha en rêve (III, 1)

Elle mourra seule au milieu de [ses] crimes : je quitterai ce monde sans être réconciliée.

Le premier homme est à venir.


L’aurore, l’amour, le temps sans révolte ?

On ne peut pas être libre contre les autres hommes. Mais comment peut-on être libre ? Cela n’est pas encore dit.

Prière d’insérer de l’édition de 1944

Maria, dans un cri : Oh ! mon Dieu ! je ne puis vivre dans ce désert ! C’est à vous que je parlerai et je saurai trouver mes mots. (Elle tombe à genoux) Oui, c’est à vous que je m’en remets. Ayez pitié de moi, tournez-vous vers moi ! Entendez-moi, donnez-moi votre main ! Ayez pitié, Seigneur, de ceux qui s’aiment et qui sont séparés !

La porte s’ouvre et le Vieux Domestique paraît.

Le Vieux, d’une voix nette et ferme : Vous m’avez appelé ?

Maria, se tournant vers lui : Oh ! je ne sais pas ! Mais aidez-moi, car j’ai besoin qu’on m’aide. Ayez pitié et consentez à m’aider !

Le Vieux, de la même voix : Non !

Rideau

Quant au personnage du vieux domestique, il ne symbolise pas obligatoirement le destin. Lorsque la survivante de ce drame en appelle à Dieu c’est lui qui répond. Mais c’est un malentendu de plus. Et s’il répond
Non à celle qui lui demande de l’aider, c’est qu’il n’a pas en effet l’intention de l’aider et qu’à un certain point de souffrance et d’injustice personne ne peut plus rien pour personne et la douleur est solitaire.

Albert Camus, Le Figaro Littéraire, 15-16 octobre 1944



L’Auberge rouge / Claude Autant-Lara, 1951 - interprètes : Fernandel, Françoise Rosay. Le scénario s’inspire d’un fait-divers des années 1830.
 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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