Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 23:01

 

Catherine Rollin, Le démon de midi 357

Catherine Rollin, Le démon de midi, Mondadori/France/Nous Deux, 2013

 

Dans le salon où tout était prêt pour recevoir ses amies, Caroline Chambard tournait en rond. C'était une jolie femme aux yeux clairs et aux lèvres bien dessinées. Ses cheveux avaient la couleur du miel. Noués en chignon sur sa nuque, ils dégageaient son front, accentuant une certaine ressemblance avec Romy Schneider.

 

Romy Schneider 700

 

Caroline vient de fêter ses quarante et un ans. Dans quelques mois, René, son mari, soufflerait ses cinquante-cinq bougies. Ils sont tous deux jeunes d'allure et séduisants. Il a hérité le laboratoire pharmaceutique de son père, elle était esthéticienne. Leur fille, Chloé, dix-neuf ans, fiancée à Guillaume, un jeune homme de qualité, est étudiante en droit. La famille demeure dans un manoir situé à une dizaine de kilomètres de Lyon. Comme tout le monde.

 

La Pichonnière

 

Caroline s'ennuie.

 

Fabienne Solvay, qui s'annonce en faisant craquer une boîte de vitesse – elle en fait craquer d'autres, et crisser des pneus sur le gravier – comme telle ou telle dans son cercle, Fabienne, l'amie, entre en scène, un foulard Hermès sur ses cheveux roux – la couleur du feu.

Elle invite Caroline à jeter [son] bonnet par-dessus les moulins, c’est-à-dire mettre un whisky dans [sa] tisane, du piment dans [son] potage, bref, prendre un amant : c'est la crise de la quarantaine.

 

Encouragée à toutes les folies, Caroline décide de passer la journée à Lyon pour jeter les bases de sa nouvelle garde-robe. Elle pénètre dans son dressing où, valsant avec les cintres, elle choisit un tailleur en shantung écru acheté chez Chanel. Une petite chose en harmonie avec le coupé Mercedes.

Quai des Célestins, elle s'installe à une terrasse et commande une salade nordique et un verre de Chardonnay, en pensant à autre chose, comme tout le monde. Benjamin, son amour de jeunesse, surgit alors en pétaradant sur sa grosse Harley-Davidson. Comme le font tous les amours de jeunesse.

Souvenirs...

« On se fait la bise ? » demande-t-il.

« Bien sûr, dit-elle en posant ses lèvres sur sa joue, où la barbe repoussait déjà. »

Il [passe] un bras autour de sa taille, [l'attire] à lui et d'autorité, [pose] sur sa bouche un baiser bref et dur comme un coup de bec, ce qui produit chez elle un choc voluptueux.

 

La journée est à peine entamée.

 

Caroline revient de son émotion à son plan : Fashonista, une boutique qui [expose] les créateurs les plus tendance.

Elle prend trois jeans, deux pulls amples tricotés dans une maille scintillante et une petite robe printanière qui [dévoile] ses genoux – pratique pour aller à l'usine en tram aux heures où l'on pointe.

Non, ce n'est pas écrit, c'est implicite...

A côté, elle trouve à son pied trois paires de ballerines, un déshabillé coquin, une chemise de nuit assortie, un porte-jarretelles et trois paires de bas.

Équipée de ses froufrous, elle s'en retourne à La Pichonnière, vers René, elle lui sort le grand jeu et... il s'endort avant même...

 

Une semaine plus tard, Caroline part – en première classe bien sûr – pour l'Italie, Turin, où l'attend son amie Mina, chef de rubrique à Dolce Vita, un magazine people traitant du cinéma international par le trou de la serrure. Banal, quoi. Tout comme la Jeep Cherokee, le dressing – qui n'a pas son dressing, la soirée réservée dans un night-club par le journal.

Rien que des gens bien dans une ambiance décontractée.

Précédée de deux seins gigantesques et d'un minuscule chien blanc, Miranda Popero, ex-Miss Italie et vedette des chaînes de télé de Silvio Berlusconi, aimantait tous les objectifs.

[…]

Dans un clair-obscur passant du rouge eu vert et du jaune au violet, des gens qui paraissaient tous jeunes et beaux riaient et se congratulaient, heureux de faire partie des élus.

Caroline rencontre Alessandro Mandova, un homme blond à l'allure juvénile, romancier, séducteur, comblé – quarante et un ans. Elle se présente comme une desperate housewife.

 

Première cure.

 

Chez Mina, le lendemain, au réveil, le drame. Son amie lui a laissé un mot : Le presse-agrume est cassé, mais il y a du jus d'orange en brique au frigo. Ouf !

 

Alessandro ! Caroline se consume, elle court les boutiques, nécessité fait loi. Elle dévore Moi par moi, le roman qui a rendu Alessandro célèbre. Il l'invite à une fugue en cabriolet Lancia à la Villa d'Este, où l'on trouve des suites proprement tenues, avec fleurs et champagne frais. Le soir vient langoureusement. Elle s'offre, elle est mûre, elle est blette et... il s'endort avant même... comme tous les hommes ?

Quoi ? Tout ça pour ça ?

 

Deuxième cure.

 

Heureusement, elle a rencontré un photographe de la gazette, Thomas Hautecoeur, trente et un ans, séducteur, attirant, et Français ! Tout en noyant sa déception au bar de la Villa, elle l'appelle. Il vient la chercher. Il l'emmène chez lui et... crack ! Trois fois dans la nuit, avec la fougue d'un insatiable conquérant, la troisième fois, dans la cuisine – après quoi, Caroline [prépare] une omelette. Pas ordinaire.

 

Troisième cure.

 

Sur le tournage d'un film où elle est invitée, comme tout le monde, Caroline est présentée au Prince Severiano Guidoboni-Ruspolo, un homme au visage bronzé sous une crinière de cheveux blancs. Il l'invite à le suivre à Palerme, à bord de son yacht. Elle le suit.

A Livourne, il agrémente le voyage d'une escapade dans un love hôtel, le Babilonia. Après des préliminaires orthographiques, une dictée – pas commun, et une fessée pédagogique pour les quatre fautes, ils s'étreignent sans même prendre le temps d'ôter leurs vêtements. C'est dire.

 

Et pourtant, et pourtant... Sur la terrasse d'un palais construit dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, Caroline Chambard [s'ennuie]. La vie à Palerme se [révèle] monotone.

 

Le jeu a assez duré, considère-t-elle.

René lui manque, elle l'aime.

Elle [monte] dans l'avion comme on referme une parenthèse.

 

Non sans une dernière question carrément moderne : Pourquoi et comment les choses se produisent-elles ?

 

* * *

 

Fontaine de Trevi, Rome 700

En rentrant, voyez la fontaine de Trevi à Rome.

 

Federico Fellini, La dolce vita, Marcello Mastroianni, Anit

Rappelez-vous la Dolce vita.

 

La fontaine des amours, Three Coins in A Fountain, 1954.

 

 

Three Coins in A Fountain, Sammy Cahn et Jule Styne, int. : Frank Sinatra, 1954

 

Three Coins in A Fountain

 

 

Jean Negulesco, John Patrick, Three Coins in A Fountain, Clifton Webb, Dorothy McGuire, Jean Peters, Louis Jourdan, Rossano Brazzi, Maggie McNamara, Howard St. John, Kathryn Givney, Cathleen Nesbitt, 1954


Jean Negulesco, John Patrick, Three Coins in A Fountain, chanson : Sammy Cahn et Jule Styne, int. : Frank Sinatra, 1954


Jean Negulesco, John Patrick, Three Coins in A Fountain, Clifton Webb, Dorothy McGuire, Jean Peters, Louis Jourdan, Rossano Brazzi, Maggie McNamara, Howard St. John, Kathryn Givney, Cathleen Nesbitt, 1954

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

windows customer support 16/05/2014 14:38

Another deep emotional story about the broken hearts. Really thank you for sharing this story with us. This is a very good attempt by author and it will touch the readers minds. Really an emotional work.Thank you for the share.

Lou de Libellus 02/08/2013 08:08


 


« Alors, il extirpa d'une poche de son trekking où l'on trouvait encore des cendres de drapeaux tibétains, des sables sahariens, des particules ionisantes et nonobstant élémentaires de sa
récente expédition à Fukushima-mon-amour, un kleenex presque neuf, il le tendit – nous parlons du mouchoir – sous son nez mutin : Brijou, si tu me faisais une omelette ! dit-il. »


Hélas, il avait dit "une omelette aux lardons", ignorant que la belle vouait un culte au cochon – nous parlons du porc.


 


« Le porc n'est pas dû ! répliqua-t-elle vertement – elle n'était pas mûre.»


 

br'1 31/07/2013 20:04


J'ai le coeur brisé maintenant, c'est malin (sniff, snurrrffffllll!!!)

yueyin 30/07/2013 12:13


Ta participation aux harlequinades ? j'en pleure :-D

Lou de Libellus 30/07/2013 13:28



 


Je n'en avais pas conscience ! Je viens de réparer chez Karine. Ne pas oublier ma contribution à la mémoire de Madame de La Fayette...


 



 


 
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