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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 00:01


ENS


Un débat sur la Palestine, annoncé pour le mardi 18 janvier à l'Ecole normale supérieure (ENS), a été annulé par la direction de l'école. Au programme : une conférence de Stéphane Hessel, juif, résistant, rebelle, auteur de Indignez-vous !, avec Leïla Shahid, représentante de la Palestine à Bruxelles, Michel Warschawski et Nurit Peled, pacifistes israéliens, Elisabeth Guigou, député socialiste, Benoist Hurel, secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature.


L'annonce de ce débat a provoqué le malaise du Conseil représentatif des associations juives de France (CRIF) et de plusieurs associations juives.


Un malaise vagal, peut-être.


De notre temps, l'Ecole n'aurait pas fait soumission.


Lire infra, en DOCUMENTS, une lettre ouverte d'un élève de l'Ecole à la directrice.

[avec, nous l'espérons, son aimable autorisation]

 

Récidive

 

Débat sur Israël : l'ENS condamnée pour entrave à la liberté d'expression

Selon Nabil Wakim, Le Monde en ligne, en date du 1er mars 2011

 

Le Tribunal administratif de Paris a condamné, samedi 26 février, la direction de l'Ecole normale supérieure (ENS) pour avoir refusé la réservation d'une salle pour un débat sur la question israélo-palestinienne. Le collectif Palestine de l'ENS avait déposé, début février, une demande de réservation de salle pour organiser un nouveau débat, dans le cadre de la "semaine contre l'apartheid israélien". Selon ses membres, ce débat avait pour objectif de "réfléchir à la pertinence de la qualification juridique d'apartheid pour décrire la situation israélo-palestinienne". Le collectif avait invité Omar Barghouti, initiateur en Cisjordanie de la campagne de boycott des produits israéliens ("Boycott, désinvestissement, sanctions", aussi appelée BDS) et la réalisatrice franco-israélienne Simone Bitton, ainsi que des étudiants israéliens et palestiniens.


Monique Canto-Sperber, directrice de l'ENS, a refusé.


Dans ses conclusions, le juge estime que la directrice de l'ENS, dans l'exercice de ses fonctions, a porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de réunion, qui constitue une liberté fondamentale.

 

Maître Patrick Klugman, un des avocats de l'Ecole, a déclaré : cette décision est un dangereux précédent. Comme il le remarque, judicieusement, le terme apartheid est inapproprié en Israël. En effet, sur la Terre promise, il n'y a pas eu un projet de développement séparé (apartheid), mais une exclusion, puis une mise en rétention dans de minuscules territoires.

 

Sperber, Klugman, est-ce clair ? On ne touche pas à la Famille. Et les dissidents, comme Stéphane Hessel, sont maudits pour sept fois soixante-dix-sept générations, au moins.



 

DOCUMENTS

 

Lettre d'un élève de l'ENS à Mme Canto-Sperber


Chère Madame,

 

J'ai appris avec consternation la nouvelle de l'annulation de la conférence donnée notamment par Stéphane Hessel le 18 janvier en salle Jules Ferry. Je lis avec plus de consternation encore le communiqué du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France qu'en l'absence de réaction publique de votre part, je suis amené à considérer comme un compte-rendu fidèle des mécanismes qui ont conduit à cette annulation (pour information, mais vous l'avez sans doute déjà lu : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=23242&returnto=search/search&artyd=70).

 

Ce communiqué affirme plusieurs choses.

 

1) Que la conférence annulée allait être l'occasion de débordements : "scandaleux colloque-débat","cette réunion, dont le motif avait été masqué", etc. Ces débordements sont identifiés un peu plus loin au fait de "défendre le collectif BDS et ses membres, autrement dit les partisans du boycott anti-israélien". Or a) sauf à renverser complètement les fondements du droit, on ne peut condamner une manifestation sur des propos que par définition on n'a pas encore vus se tenir, sur la base d'informations non sourcées ; et b) quand bien même il se serait agi de donner une tribune à ce collectif, je ne vois pas en quoi cela contrevient à la liberté d'expression, dès lors qu'il s'agit d'une position individuelle, et d'une prise en conscience selon des critères politiques et non religieux / ethniques. J'avoue ne pas comprendre de quoi il est question lorsque le communiqué affirme que ce boycott "tombe sous le coup de la loi". J'ai trouvé trace de la condamnation d'un maire dans un cas similaire, mais cela n'est pas comparable, car on lui a reproché d'avoir pris une position engageant ses administrés, c'est-à-dire d'être sorti de son devoir de réserve en parlant comme personne détentrice de l'autorité publique, ce qui n'est le cas d'aucun des intervenants prévus à la conférence. Les autres cas de jurisprudence avancés concernent des personnes ayant fait entrave à une activité économique dans un lieu de vente, ce qui ne peut être le cas des invités à la conférence puisqu'il ne se vend rien en salle Jules Ferry. Et il va de soi de toute façon que les participants assument seuls la responsabilité d'éventuels propos discriminatoires, n'engageant en rien l'ENS.

 

2) Que le principal invité, Stéphane Hessel serait motivé par la "haine" d'Israël, et que les invités de façon générale chercheraient un "alibi" et un "viatique les exonérant de toute arrière-pensée antisémite" (en la personne d'un invité de nationalité israélienne). Sur ce point (dont vous mesurez aisément la gravité) je ferai simplement remarquer que de tels propos sont trop ou trop peu : trop, et inacceptables, s'il s'agit uniquement de salir de façon gratuite, notamment la réputation d'un homme dont on rappellera l'engagement dans la Résistance ; ou trop peu, car si les accusations du communiqué sont fondées, elles devraient être accompagnées immédiatement par une action en justice. En d'autres termes, il existe une justice en France et c'est précisément pour éviter qu'on s'insulte mutuellement qu'elle a été instituée. Un grief aussi grave exige d'être présenté devant une cour, ou bien d'être gardé pour soi.

 

3) Que le Conseil représentatif des institutions juives de France a fait pression pour obtenir l'annulation de la conférence ("c’est d’ailleurs l’occasion de rappeler, notamment à ceux qui ont tendance à le passer sous silence, que c’est bien le CRIF qui est à la manœuvre derrière toutes les procédures contre le boycott, même si par tradition il s’abstient de porter plainte lui-même"), à travers un certain nombre de relais dont les noms sont cités, et parmi lesquels on se désole de trouver des camarades de l'Ecole normale. Non content donc d'ignorer totalement le recours à la justice (seule instance habilitée à trancher des litiges dans un Etat de droit), cette association outrepasse également son titre, puisqu'il n'y a pas complication logique entre la communauté juive française et la nationalité israélienne (qui elle-même n'entraîne légalement ni appartenance à une ethnie, ni adhérence à une religion).

 

Il est extrêmement inquiétant de voir des institutions publiques de renom, telles que l'ENS que vous dirigez, se soumettre (vous aurez l'occasion de discuter ce verbe si vous prenez position publiquement) aux injonctions de ce qu'il faut bien appeler un lobby (définition de l'Académie : "Mot de l'anglais des États-Unis signifiant initialement « antichambre, couloir, vestibule d'un hôtel ou d'une assemblée », et qui a pris le sens de « groupe d'influence soutenant une cause, une catégorie d'intérêts »"). Ceci, rappelons-le à nouveau, dans un cadre parfaitement extra-légal et donc illégitime. La République française, en bonne tradition rousseauiste, ne reconnaît que les individus qui sont ses citoyens, non les groupes, quels qu'ils soient, qui n'ont aucunement le droit d'influencer de cette façon l'autorité publique.

 

Telles sont les "dérives" de la démocratie qui sont en fait en jeu aujourd'hui dans cette affaire, et non les soi-disant dérives pointées du doigt par ce communiqué et qui ne reposent que sur de la diffamation. A ce sujet, et pour vous signaler un dernier point qui engage votre statut de directrice, je mentionnerai pour finir le fait que l'honnêteté intellectuelle et la probité d'élèves de l'Ecole est explicitement mise en cause, en des termes parfaitement scandaleux évoquant le totalitarisme et ainsi les heures les plus sombres de l'Histoire : "Un crime contre l’esprit que de confondre débat et militance politique, comme le font quelques élèves de l’école convertis au terrorisme intellectuel, modèle trotskiste pour les uns, stalinien pour les autres, et de là proposer leur doxa à l’ensemble de l’Université". Il vous appartient pleinement de protester contre cette mise en cause honteuse.

 

Cordialement, respectueusement,

XXXXXXX (A/L 2005)

 

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commentaires

Michèle 06/03/2011 19:28



Comme dans tout conflit, il faut entendre les deux sons de cloche pour une parfaite impartialité, voici la déclaration intégrale de Mme Canto-Sperber :


"J’ai décidé d’annuler la réservation de la salle prévue pour ce meeting, dix jours avant la date où il devait se tenir. Je l’ai décidé seule. Si une situation analogue se présentait de nouveau,
j’agirais de la même façon. Je n’ai eu aucun contact avec le CRIF. Au moment où j’ai pris cette décision, j’ignorais les démarches entreprises par plusieurs personnalités. Quiconque souhaitait
savoir ce qui s’était vraiment passé n’avait qu’à me le demander. Mais les faits ou les explications se sont vite trouvés dépourvus d’intérêt. Une rumeur était lancée, et elle progressait en roue
libre sur Internet, et même dans nos journaux d’information.


Voici les faits. A la mi-décembre 2010, une demande de réservation de salle émanant d’un chercheur de l’ENS m’a été soumise. Il s’agissait de réunir autour de Stéphane Hessel des normaliens et
quelques personnalités pour débattre de la liberté d’expression. A cette requête, j’ai donné évidemment mon accord. Stéphane Hessel sera toujours accueilli dans notre école pour exposer ses idées
et discuter avec nos élèves. J’ai eu maintes fois l’occasion de le lui dire.


Le 7 janvier, des amis m’ont transmis l’annonce de la réunion telle qu’elle circulait très largement sur de nombreux sites. Je regrette qu’aucun des articles qui ont consacré tant de colonnes à
commenter ma décision n’ait jugé bon de reproduire cette affiche. Chacun aurait pu constater qu’il ne s’agissait aucunement d’une réunion interne à notre école entre Stéphane Hessel et des
élèves, mais d’un meeting organisé par le collectif Paix Justice Palestine.org, qui soutient, entre autres, le boycottage des universitaires israéliens. L’appel largement diffusé laissait prévoir
une assistance importante et totalement extérieure à l’école. J’ai aussitôt pris la décision d’annuler la réservation de la salle.


J’avais été trompée sur la nature exacte de cette réunion, ce qui est à soi seul un motif d’annulation. L’Ecole normale supérieure est un établissement de recherche et d’enseignement. Elle est
aussi un lieu de débat, de réflexion, et de critique. Elle abrite de nombreux cercles d’études politiques. Y sont souvent organisées des réunions sur des sujets liés à l’actualité, y compris
celui du Moyen-Orient, avec le souci d’une pluralité minimale de points de vue et le souhait d’un approfondissement dans la connaissance et la réflexion.


Ceux qui étudient et enseignent à l’ENS sont souvent engagés dans la réflexion politique, en cela ils prolongent la tradition de notre école. Mais ils n’avancent pas masqués, ils annoncent
clairement la nature de la réunion qu’ils souhaitent organiser (interne, ou bien ouverte au public) et discutent avec nous de la façon dont nous pouvons, et parfois ne pouvons pas, l’accueillir.
En particulier, nous ne souhaitons pas la tenue à l’école de meeting sans débat, où l’on ne fait que confirmer à plusieurs l’énoncé d’un point de vue.


J’ajoute qu’un rassemblement comme celui qui s’annonçait aurait très probablement, du moins c’est ainsi que j’en ai jugé – à tort ou à raison, je suis prête à en débattre -, entraîné des
affrontements ; dans un tel cas, nous n’aurions absolument pas eu les moyens d’en assurer la sécurité. Entendre invoquer des motifs de sécurité fait souvent sourire, il est facile d’y voir un
prétexte facile à produire. Mais tous ceux qui ont la charge d’un lieu qui accueille le public savent combien le souci de la sécurité est devenu obsédant, et aucun directeur d’établissement ne
peut prendre raisonnablement le risque, même minime, d’un incident grave lorsqu’il a des raisons de le redouter.


Nous avons aussitôt fait part de cette décision au chercheur qui avait réservé la salle. Nous lui en avons expliqué les raisons. Nous lui avons proposé notre aide pour trouver rapidement un autre
lieu dans Paris afin d’y tenir la réunion. Nous lui avons aussi fourni de nombreux contacts.


Voilà les faits, à première vue bien insignifiants. Cet épisode a toutefois provoqué une cascade d’articles et de prises de position, le plus souvent ignorantes de ce que je viens de rapporter.
J’y ai reconnu l’expression des délices éprouvés à adopter la posture de victime et une surenchère de jugements édifiants. C’est ainsi que deux secrétaires nationaux du Syndicat de la
magistrature parlent dans un article de “l’annulation, à la demande du CRIF, d’une conférence-débat qui devait se tenir à l’Ecole normale supérieure” (la présomption d’innocence est bien
mal-en-point dans notre pays si même des magistrats jugent sans enquêter).


C’est ainsi encore que plusieurs professeurs de philosophie, anciens élèves de l’ENS, dont certains, du moins je le pensais, sont mes amis, s’indignent que le CRIF impose ses vues. Edifiant
spectacle que celui de ces professeurs, “Et sur moi le soir tombe”, qui, dans un jugement d’autorité que justifie à leurs yeux leur passé d’engagement politique, rappellent à l’ordre la
directrice de leur chère école. Lui reprochent-ils sérieusement de n’avoir pas compris que dans la pensée de Stéphane Hessel se tenaient, non une bien-pensance à la fois critique et fort
dogmatique, mais le souffle créateur de la pensée et la vision puissante des combats pour la liberté ?


J’ajoute, puisque cette tribune m’en donne l’occasion, que l’Ecole normale supérieure entretient des liens précieux d’un point de vue scientifique avec des universitaires et des équipes de
recherche israéliennes. Aucune réunion publique appelant à les rompre n’aura lieu avec mon accord à l’ENS.


Depuis une semaine, on parle de l’Ecole normale supérieure dans la presse, et cela à propos de l’annulation de la réservation d’une salle. Que n’a-t-on plutôt traité des mutations de notre école
et du rôle qu’elle veut aujourd’hui jouer dans la réflexion sur les filières d’élite, sur l’ouverture des enseignements à la recherche et à l’innovation et sur la capacité que peut avoir un
établissement sélectif de reconnaître les talents ? Pourquoi n’a-t-on pas mentionné le combat que mène l’ENS pour la défense des valeurs liées au savoir, à la recherche et à la qualité de la
transmission, aujourd’hui bien malmenées ?


Pourtant, l’enjeu est de taille car il s’agit de remédier à la plus redoutable forme de relégation sociale présente dans notre société et aussi de rappeler que des cultures sans savoir et sans
étude deviennent vite des cultures somnambules. Puisqu’on parle depuis plusieurs jours de liberté d’expression, ne devrait-on pas d’abord en défendre la condition la plus sûre : l’accès à une
éducation capable de former des esprits libres et critiques et le refus de l’oligarchie du savoir ? Là, ce sont de vraies victimes, mais des victimes sans voix, donc on les ignore."


Monique Canto-Sperber, philosophe, directrice de l’Ecole normale supérieure Article paru dans l’édition du monde du 28.01.11



lou 06/03/2011 21:28



 


Merci, Michèle, de ce complément d'information.


Les commentaires sont modérés mais non censurés.


Je n'ai rien à retirer de ma page, volontairement brève, ni de ma réponse au précédent commentaire.


 


Je comprends bien que Monique Canto-Sperber a seulement eu comme une inquiétude pour la sérénité du débat. Pourtant, les normaliens qui organisaient cette rencontre, avec l'accord obligé de leur
directrice, ont bien dit qu'ils assumaient la réplique à toute dérive.


 


Stéphane Hessel est un Juste. Il est dommage qu'il n'ait pas pu s'exprimer librement.


 


J'ai écrit : De notre temps, l'Ecole...


Etes-vous à l'Ecole, Michèle ?


 



 


 
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