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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 23:01

 

Charles Juliet, Entretien avec Fabienne Verdier

Charles Juliet, Entretien avec Fabienne Verdier, Albin Michel, 2007

 

Fabienne Verdier

 

Mark Kidel, Fabienne Verdier, peindre l'instant

Mark Kidel, Fabienne Verdier, peindre l'instant, Les Films d'Ici 2 avec la participation de France 5 – Collection Empreintes, 2012

 

Fabienne Verdier, Palazzo Torlonia, Rome, 2010, pigments et

Fabienne Verdier, Palazzo Torlonia, Rome, 2010, pigments et encre sur toile, I

 

Fabienne Verdier part, à vingt-deux ans, pour la Chine, dans la région du Sichuan proche du Tibet. Elle veut y étudier la calligraphie auprès des maîtres de la tradition. Pendant la Révolution culturelle, quelques années auparavant, on coupait les mains des artistes et ils continuent de se cacher. L'accueil est distant, voire hostile. Elle parvient pourtant à rencontrer Huang Yuan qui l'accompagne sur la voie.

Après plusieurs mois d'exercices reçus dans l'indifférence du maître, celui-ci dit : « Je veux bien aller plus loin avec toi, mais je te préviens, cela durera dix ans. Donc c'est soit dix ans, soit rien. »

Apprendre à se concentrer, apprendre à tenir et mouvoir un pinceau, apprendre à reproduire les modèles avec grande exactitude, apprendre à voir, à discerner des nuances excessivement subtiles, la technique de l'art du pinceau exige un long apprentissage pour obtenir l'émergence de la personnalité dans les caractères tracés.

 

La calligraphie chinoise relève de l'abstraction mais elle prend source dans les formes de la nature : au commencement, contempler un paysage pendant des heures – immobilité, méditation, connaissance de soi en devenir.

 

Fabienne Verdier voudrait passer de l'écriture à la peinture.

« Si tu veux devenir peintre, un peintre qui invente un langage et qui compte, alors il faut que je t'initie à la poésie, à la philosophie et à notre art de vivre. »

 

L'encre fait apparaître des formes qui ne tolèrent aucune reprise, des figures elliptiques et vigoureuses dans lesquelles le peintre coule sa vie.

 

Apprendre et désapprendre sans cesse...

En fait, il ne faudrait pas parler de désapprendre puisque la pensée acquise est devenue une part de vous-même. Il importe de se détacher et de continuer...

Être sans vouloir.

 

Fabienne Verdier pense à ce cordonnier d'un petit village en Allemagne, au XVIIe siècle, Jacob Böhme, qui dit : « Lorsque tu te tiens dans le repos du penser et du vouloir de ton existence propre, alors l'ouïe, la vue et la parole éternelles se manifestent en toi... »

 

S'appliquer à cette magnifique nonchalance du peintre, le « Yi ».

 

Je suis une aventurière, dit-elle, non seulement dans la découvertes de nouveaux territoires, mais dans l'aventure intérieure.

 

Errance, liberté dans l'entretien.

 

Oh ! Un petit écureuil qui passe.

 

L'éclat du cerisier en fleur devant l'atelier est à en perdre la raison. Veuillez pardonner mon égarement, je me suis absentée longuement à le contempler.

...

En ce début de février, le jour se présente plus tôt à la porte. Le printemps se fait sentir et j'ai pu cueillir une première branche de cognassier. Pinsons et sitelles sont en conversation intense. Un vrai tintamarre ! Comment vais-je trouver le calme pour passer un moment avec vous ?

...

Une mouvance de parfait cumulus se dessine derrière les branches du noyer à droite du toit de l'atelier. Le ciel nous offre aujourd'hui un Tiepolo. Que demander de plus ?

 

L'inachevé.

 

L'inachevéest la porte d'accès secrète au voyage poétique de la peinture...

L'inachevéest le principe même de ma peinture. Dans le flux du coup de pinceau, c'est le blanc volant au cœur du souffle. C'est le vide qui circule dans le plein du trait et qui laisse advenir la matière.

 

Le cercle.

 

J'ai toujours été particulièrement intéressée par un cercle tracé d'un seul mouvement par les grands maîtres chan. Ils méditaient sur cette figure comme trace ultime de la réalisation de soi.

 

L'instant.

 

Le pinceau cherche à saisir l'épaisseur de l'instant... sans précipitation : seule une sorte d'instantanéité retenue de la pulsion transmet l'énergie vitale.

 

Comment trouver l'énergie du moment ?

 

Retrouver une unité intérieure, une réceptivité capable de s'approcher de l'infiniment rien. Il faut parfois plusieurs vies pour y parvenir. Pour ma part, j'ai besoin de faire le vide par la méditation, ainsi que le vieux maître Huang me l'a enseigné... La marche dans la nature... Rien ne vaut un bon bol d'air.

 

Se laisser pénétrer par l'essence du vivant... le souffle qui anime toute chose et tout être.

 

Dans l'atelier, elle a installé le grand pinceau, un gigantesque engin pneumatique réalisé avec le crin de trente-cinq queues de chevaux, avec lesquels elle court sur de vastes toiles toujours posées à terre, sur leurs châssis renforcé.

 

Peindre tient d'un rituel. L'atelier devient temple, l'autel présente des croquis anciens, des notes, des motifs.

 

Elle a rapporté de Chine une collection de pinceaux dont chacun, selon l'animal qui lui a donné ses poils, correspond à un élan particulier.

 

La création dans l'instant est un moment rare. Fabienne Verdier détruit ses essais ratés, dans une cérémonie de purification par le feu, au fond du jardin, et recommence. Détruire et recommencer, détruire et recommencer...

 

Si vous avez un ardent désir de réussir, inutile de prendre son pinceau. Mieux vaut faire le ménage, écosser les petits pois et polir cette belle illusion. Si vous avez la crainte d'échouer, inutile de prendre son pinceau. Mieux vaut aller fendre du bois et retrouver la maîtrise de soi-même. Quand la bûche sera fendue parfaitement dans son fil, vous serez prêt.

Vous ne pouvez œuvrer que quand vous avez une totale possession de tous vos moyens. Il est nécessaire de combiner recueillement et détachement pour avoir une vision claire. Avant d'entreprendre une toile, il n'y a finalement rien à faire. Il n'y a rien à trouver. Il suffit d'être en accord avec le cours des choses.

 

Et la musique ?

 

Pour être en harmonie, avant de prendre son pinceau, elle chante... notamment cet Inflammatus et accensus de Giovanni Battista Pergolesi.

 

 

Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736), Stabat Mater (1736), Duetto Allegro ma non troppo, Inflammatus et accensus / Emma Kirkby, James Bowman, The Academy Of Ancient Music, dir. Christopher Hogwood, 1989

 

 

===>>> Des illustrations figurent en album – cliquez ici pour les voir (il est préférable d'ouvrir la première image puis de faire défiler les suivantes avec la flèche de droite, à son rythme).

 

_ _ _

 

 

Fabienne Verdier

 

1962 Née à Paris.

1983 Diplômée de l’École des beaux-arts de Toulouse.

1984 Obtient une bourse à l’Institut des beaux-arts du Sichuan, Chine.

1984-1993 Étudie la peinture, l’esthétique et la philosophie, à l’Institut des beaux-arts du Sichuan, auprès des derniers grands maîtres chinois de la peinture.

2003 Publication de Passagère du silence, dix ans d’initiation en Chine, aux éditions Albin Michel, Paris ; récit du parcours d’apprentissage auprès de maître Huang Yuan. Entrée dans les collections permanentes du musée Cernuschi, Paris.

2005 Exposition personnelle à la galerie Alice Pauli, Lausanne, Suisse.

2007 Publication de la monographie Entre ciel et terre, ainsi que Entretiens avec Charles Juliet, Albin Michel, Paris.

Commande de la Fondation Hubert Looser de quatre œuvres de grand format en résonance avec les artistes abstraits et minimalistes américains de la collection (John Chamberlain, Donald Judd, Willem de Kooning, Ellsworth Kelly et Cy Twombly).

Entrée dans la collection du Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris.

2008 Exposition collective, « Expansion Résonance », Galerie Jaeger Bucher, Paris.

2009 Exposition collective, « Elles@Centre Pompidou », Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris.

Exposition personnelle, « Peinture », Galerie Jaeger Bucher, Paris.

2010 Commande du Palazzo Torlonia à Rome pour la création et la réalisation de deux fresques monumentales.

Film documentaire de Philippe Chancel : Fabienne Verdier : Flux, sur la création de ces œuvres.

Publication de Fabienne Verdier, Palazzo Torlonia, textes de Éric Fouache et Corinna Thierolf, Conservatrice en chef de la Pinakothek der Moderne, Munich, Editions Xavier Barral, Paris.

2011 Exposition collective, « Art of Deceleration from Caspar David Friedrich to Ai Wei Wei », Kunstmuseum, Wolfsburg, Allemagne.

2012 Exposition collective, « My Private Passion – Foundation Hubert Looser », Kunstforum, Vienne, Autriche.

Exposition collective à la galerie Waddington Custot, London. Publication de Fabienne Verdier – Painting Space, Essai de Doris von Drathen, Edizioni Charta, Milano/New York.

2013 Film documentaire de Mark Kidel : Fabienne Verdier, peindre l’instant, Les Films d’Ici, diffusion sur France 5 le 1er février 2013 dans le cadre de la collection Empreintes.

 

Fabienne Verdier vit et travaille en France et au Canada.

 

En cours.

 

Exposition personnelle « Fabienne Verdier, l’esprit de la peinture, hommage aux Primitifs Flamands » au Musée Groeninge, et au Musée Hans Memling de Bruges, Commissaire de l’exposition: Daniel Abadie (ouverture mai 2013).

Exposition personnelle « Fabienne Verdier, Eloges, notes et études » au Musée de la Maison d’Érasme, Bruxelles, Commissaire de l’exposition: Daniel Abadie (ouverture mai 2013).

Collaboration avec l’architecte Jean Nouvel pour le projet du Musée d’art national de Chine (NAMOC) à Beijing.

Exposition personnelle à la galerie Art Plural à Singapour (janvier 2013).

Exposition personnelle à la galerie Patrick Derom, Bruxelles (mai 2013).

Exposition personnelle à la galerie Jaeger Bucher, Paris (octobre 2013).

Exposition collective à la galerie Waddington Custot, Londres (automne 2013).

 

Expositions personnelles (sélection).

 

1983 Palais des Beaux-arts, Toulouse, France.

1989 Palais des Beaux-arts, Chongqing, Chine.

1991 Centre culturel français, Beijing.

1992 Maison de la Chine, Paris.

1993 Centre d’art contemporain, Hong Kong.

1995 Galerie Joyce Ma, Palais Royal, Paris.

1996 Galerie Joyce Ma, Palais Royal, Paris.

1997 Pacific Cultural Foundation, Taipei.

2001 Chapelle des Beaux-arts, Paris.

2003 Galerie Ariane Dandois, Paris.

2004 Abbaye de Silvacane, Provence, France.

2005 Galerie Alice Pauli, Lausanne, Suisse.

2007 Galerie Alice Pauli, Lausanne, Suisse.

2009 Galerie Jaeger Bucher, Paris.

2013 Galerie Art Plural, Singapour.

 

Expositions collectives (sélection).

 

1990 « Contemporary Brushstrokes », Palais des Beaux-arts, Beijing, Chine.

2006 Galerie Alice Pauli, Lausanne, Suisse (exposition tous les ans dans le cadre d’Art Basel).

2008 « Expansion Résonnances », Galerie Jaeger Bucher, Paris.

2009 « Elles@Centre Pompidou », Musée National d’Art Moderne, Paris.

2011 « Un souffle venue d’Asie, regards croisés », Centre d’art contemporain, Abbaye de Beaulieuen-Rouergue, France.

« Not for Sale », Art Center Passage de Retz, Paris.

« Art of Deceleration from Caspar David Friedrich to Ai Wei Wei », Kunstmuseum, Wolfsburg, Allemagne.

2012 « My Private Passion – Hubert Looser Foundation », Kunstforum, Vienne, Autriche.

Waddington Custot Galleries, Londres.

 

Collections Publiques (sélection).

 

Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris.

Centre National des Arts Plastiques, Paris (Commission du Festival d’Avignon).

Ministère de l’Équipement (Direction de l’Architecture), Paris.

Honda Group, Tokyo.

Ministère des Affaires Étrangères, Paris.

Ministère de la Culture, Beijing.

Musée Cernuschi, Paris.

Palais de l’Assemblée Nationale, Paris.

 

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commentaires

yueyin 30/07/2013 12:11


Je trouve son travail fascinant (je suis allée chercher quelques oeuvres supplémentaires sur internet) en même temps c'est normal, cet façon d'envisager la création parle à mon coeur et à mon
oeil. Merci pour la découverte Lou :-)

Lou de Libellus 30/07/2013 13:23



 


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