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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 23:01

 

Friedrich Nietzsche, Compositions de jeunesse

Friedrich Nietzsche, Compositions de la maturité

Friedrich Nietzsche, Oeuvres pour piano seul

Friedrich Nietzsche, Compositions, trois volumes

 

Friedrich Nietzsche, 1872 357

Friedrich Nietzsche, 1872

 

La philosophie de Nietzsche, et sa vie avec, est inspirée par la musique.

 

Nietzsche est un musicien contrarié. Orphelin de son père à l'âge de cinq ans, il est élevé par des femmes (sa mère, sa grand-mère, sa sœur, ses tantes) en vue d'être pasteur (tradition de famille), et maintenu à distance de la musique – jusqu'à sa découverte de Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation.

 

Nietzsche cherche et trouve un père en Schopenhauer. Sa conception de la musique comme expression du vouloir, et même comme monde venant à l'existence sans le vouloir, vient de là.

Schopenhauer affirme la vie contre le désespoir, contre le tragique balancement du réel entre souffrance et ennui, par une morale de la compassion universelle, du minéral au végétal, à l'animal (sa lutte contre la vivisection, la vénération de ses caniches) et, d'autre part, sa pensée de l'art comme salut existentiel à notre portée.

Schopenhauer est mort.

 

« Quand on n'a pas un bon père, s'en faire un. »

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, VII, § 381, 1878

 

Nietzsche entre en passion, fils aimant et souffrant de Wagner. Il devient son bien-aimé thuriféraire, mais, quand il lui présente ses compositions, le maître l'invite à oublier la musique.

 

D'autres déceptions.

 

En 1872, Nietzsche envoie son récent Manfred-Meditation à Hans von Bülow, créateur des œuvres de Wagner, marié à la fille de Liszt (dont Friedrich est secrètement amoureux) – maîtresse et bientôt femme de Wagner !

Nietzsche joint une lettre où il fait compliment au chef d'orchestre de son art. Avec un sourire de feinte humilité, comme un clin d’œil complice, il donne à sa propre musique le titre d'horrible (entsetzlich).

Von Bülow lui répond d'un courrier sévère. Il a trouvé l'extrême de l'extravagance (das Extremste von phantastischer Extravaganz), le superlatif de l'antimusical (Unerquicklichste und Antimusikalischste). Il prétend s'être interrogé : tout cela était-il une plaisanterie ? Une parodie de la musique du futur ? Ou bien Nietzsche voulait-il railler ouvertement les règles de l'harmonie tonale, de la syntaxe, de l'orthographe ? Sa fièvre musicale était ce qu'on appelle un crime en morale, un viol de la chère Euterpe. Dans le cas où son goût de l'aberration (Abberation ins Componiergebiet) serait vraiment grave, il ferait mieux de s'en tenir aux œuvres lyriques : au moins, les mots porteraient le déchaînement sauvage de la mélodie (auf dem wilden Tonmeere).

Le malheureux Hans se sentait même coupable d'avoir précipité un esprit aussi brillant dans ces déplorables crampes de clavier (einen so hohen und erleuchteten Geist wie den Ihrigen, verehrter Herr Professor, in so bedauerliche Klavierkrämpfe gestürzt zu haben).

 

Nietzsche se tourne alors vers Brahms dont il admire le Chant de triomphe (Triumphlied), il lui soumet son Hymne à la vie (Hymnus an das Leben) pour chœur et orchestre, sur un poème de Lou Andreas-Salomé (encore un amour perdu, par la jalousie de la sœur de Friedrich). Brahms le remercie, commente l’œuvre de Lou, et ne parle pas de la musique.

 

« Sans musique la vie serait une erreur. »

Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles, Maximes et pointes, § 33, 1888

 

Friedrich Nietzsche, Piano Music, John Bell Young, Constanc

 

 

Friedrich Nietzsche, Manfred-Meditation, 1872, int. John Bell Young, Constance Keene, 1992

 

- - -

 

Lou Salomé 357

 

Lou Andreas-Salomé

 

Lebensgebet (1882)

 

Gewiß, so liebt ein Freund den Freund,

Wie ich dich liebe, Rätselleben -

Ob ich in dir gejauchzt, geweint,

Ob du mir Glück, ob Schmerz gegeben.

 

Ich liebe dich samt deinem Harme ;

Und wenn du mich vernichten mußt,

Entreiße ich mich deinem Arme

Wie Freund sich reißt von Freundesbrust.

 

Mit ganzer Kraft umfaß ich dich !

Laß deine Flammen mich entzünden,

Laß noch in Glut des Kampfes mich

Dein Rätsel tiefer nur ergründen.

 

Jahrtausende zu sein! zu denken !

Schließ mich in beide Arme ein :

Hast du kein Glück mehr mir zu schenken

Wohlan - noch hast du deine Pein.

 

* * *

 

Certes, comme on aime un ami

Je t’aime, vie énigmatique –

Que tu m’aies fait exulter ou pleurer,

Que tu m’aies apporté bonheur ou souffrance.

 

Je t’aime avec toute ta cruauté,

Et si tu dois m’anéantir,

Je m’arracherai de tes bras

Comme on s’arrache au sein d’un ami.

 

De toutes mes forces je t’étreins !

Que tes flammes me dévorent,

Dans le feu du combat permets-moi

De sonder plus loin ton mystère.

 

Être, penser durant des millénaires !

Enserre-moi dans tes deux bras :

Si tu n’as plus de bonheur à m’offrir –

Eh bien – il te reste tes tourments.

 

- - -

 

>>> Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra – un « grand opéra wagnérien sans musique »

 

 

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commentaires

yueyin 27/10/2013 01:05


mais c'est carrément abominable cette histoire... pauvre Friedrich...

Lou de Libellus 27/10/2013 08:15



 


Horrib' !


 



Le Gentil 25/10/2013 19:56


Rude réalité, après  douceurs et vertiges de valses : ne serait-ce pas plutôt un extrait de Par-delà le miel et le bal ?

Lou de Libellus 26/10/2013 10:03



 


Tu reprochais à Michel Onfray de n'avoir pas lu Nietzsche, ou tout au moins de ne pas l'avoir lu attentivement (note 1). C'est qu'il n'a pas lu les apocryphes, que tu es seul à
connaître, puisque tu les as écrits, en 2013, et publiés pour le 169e anniversaire de l'immortel - le filigrane du papier recyclé t'a trahi.


Il n'y a donc pas de ragoût d'ours des Carpathes à la gelée royale ni de bal des vampires à Weimar, sinon dans ton imagination gothique.


Un jeu de grattage te plairait-il ?


(note 1) - Le Gentil, Correspondance complète, XII, lettre du 25 octobre 2013 à son éditeur - texte établi par Lou de Libellus, Editions AdLib, 12 tomes parus, 18 917
* pages, Jésus in-4°.


* fausse suite de Fibonacci - comme il sied à l'épistolier prodige


 


* * *


 


Au fait, quel était le sujet de ton apport à la philosophie de Nietzsche ?


 


As-tu trouvé dans ces quelques pages ce que tu cherchais ?


 


Nous esséront de ferre mieus la prochéne foi.


 


 



des pas perdus 25/10/2013 17:54


Mon chaton a beaucoup aimé la musique,cherchant d'où venait ce son agréable à ses oreilles... Je ne sais par contre s'il sait lire...

Lou de Libellus 25/10/2013 18:45



 


Nietzsche éprouvait de la compassion pour les chattes :


Ce qui, chez la femme, inspire le respect et souvent la crainte, c’est sa nature, qui est « plus naturelle » que celle de l’homme, sa souplesse et sa ruse de fauve, sa griffe de tigresse sous
le gant, sa naïveté dans l’égoïsme, la sauvagerie indomptable de son instinct, l’immensité insaisissable et mobile de ses passions et de ses vertus… Ce qui, malgré la crainte qu’on éprouve,
excite la pitié pour cette chatte dangereuse et belle — « la femme » — c’est qu’elle paraît être plus apte à souffrir, plus fragile, plus assoiffée d’amour, et condamnée à la désillusion plus
qu’aucun autre animal.


Par delà le bien et le mal, trad. Henri Albert,.VII, Nos vertus, 239


 



Le genril 25/10/2013 12:19


Tu ratas ta, taratata ! Comment faire mieux entendre le bruit que fait la musique de Nietzsche ! De l'allitération implicite, pour laquelle il faut avoir l'oreille absolue. Lou l'a !

Lou de Libellus 25/10/2013 19:14



 


: - ))) [genril aussi] Connais-tu le dernier bébé, doublevé, vé ! de Jean-Seb ? Tapioka und Kartoffeln - entre nous, un peu purée.


 



Le gentil 25/10/2013 08:10


Tout est exceptionnel chez Nietzsche, à commencer par sa longévité que Lou est certainement le premier à indiquer, pianissimo, sans insister. C'est, en effet, à 128 ans, en 1972, que
Nietzsche envoie à von Bülow son récent Manfred-Medition. Bon, ce n'était pas un musicien précoce. Et, dans cette échelle de temporalité, Glenn Gould, qui fut lui aussi élevé seulement
par des femmes, était, pour ainsi dire, dans les langes de la connaissance philosophique lorsqu'il fut foudroyé dans son petit demi-siècle. 

Lou de Libellus 25/10/2013 11:10



 


Cher LeGoy, je ne connais pas Manfred-Medition, une œuvre inédite dont vous gardez jalousement le manuscrit sans doute.


Glenn Gould a tout de même dépassé son demi-siècle, de peu, je vous l'accorde, et puis sur la fin, il était très avancé, sous le soleil exactement, au désert fuyant ses mélofans.





Il nous reste Bach, Glenn.lui laissait un strapontin sur ses pochettes.


 



 


 
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