à Jean-Marie Dutey
La gentillesse est mal portée *.
Une petite phrase de Michel Onfray.
Mal portée, mal venue.
Mal venue dans sa définition. Chez Littré, c'est le joli, le gracieux, tout en
souplesse et saillie agréable. On le disait plus anciennement de certains petits ouvrages délicats, de certaines petites curiosités. Une valeur en réduction. Dans le
Bescherelle de 1857, c'est la noblesse, celle d'un gentilhomme comme Lancelot, non pas du sang mais de l'âme, une aristocratie **.
Mal portée en un temps où on ne distingue plus barbarie et (s)cul(p)ture, où les gentils n'ont plus que le
droit d'être niais, débiles, corrompus, un temps où il est temps d'être intempestif, unzeitgemäß.
Etre gentil quand la gentillesse s'impose, c'est à dire toujours, insolent quand l'insolence est
utile, c'est à dire à chaque fois qu'en face la gentillesse fait défaut.
Vous croyez qu'il y a des choses qu'on fait et d'autres qu'on ne fait pas, c'est idiot ! Tenez, l'autre jour je vous ai embrassée. Il paraît que ça fait partie des choses qui ne se font pas mais
puisque nous l'avons fait, c'est que ça se fait... et les choses qu'on a faites, pourquoi ne pas les refaire si ça nous a fait plaisir, si ça vous a fait plaisir.
Marcel Carné / Jacques
Prévert, Drôle de
drame,
1937
L'insolence, un art de déroger aux codes de la communication, à la signalétique du marais. Le silence peut être une forme discrète de l'insolence.
_ Lououou, j'aime bôôôcoup ce que vous faites, votre dernière chose sur Skating Lorie est gé-niâââle.
[elle n'est pas encore publiée]
[vient alors une pile d'ouvrages pour dames, Sing Sing in the
plain, Chatting up Martine, Here's to you Nicolas and Son]
_ je n'ai pas apporté les vôôôtres, il pleuvait, voilà...
[signatures : Lou Lou Lou]
_ ... oooooh, mes amiiies vont être folles, coquin ! le jeudi nous avons un thé, à cinq heures, vous viendrez, si, si, pour vous on
mettra un Beaujolais au frais et un pâté de tête --- oooooh ! qu'est-ce que vous me
faites dire, je n'ai plus ma têêêêête...
[oh ! si, hélas ! ♪la faute à Badinter♫]
Parfois, l'urticaire en calque transparent s'efface sous la nausée opaque, la vase ancienne du marais.
Il est des indélicatesses qui n'écorchent pas seulement l'épiderme mais blessent l'âme.
Michel Onfray a été placé en pension dans son enfance et son adolescence, une pension religieuse - façon Choristes, sans la musique - trouvée dans un fonds archéologique d'un
continent englouti (improbable en 1969...). Souffrance à vif qu'on retrouve dans tous ses propos, hantise du corps voilé, haine de la cornette.
Une mauvaise rencontre.
Le fond de l'Hère Onfray.
[lui, il a commis, avec la complicité de Raymond Hains, "Maître Kant erre" et, seul, "Kant attriste, c'est
certain, les mélomanes le savent", alors...]
Et JMD dans tout ça ?
Il est gentil, avec une pointe d'insolence et une plume intempestive.
Jean-Marie Dutey, alias Ananke, alias ♣, alias...
Vers 1960, chaque jour à midi, Max Doucet, alias Zappy Max, sauvait le monde des cruels desseins de son
irréductible ennemi, Kurt Von Schtrafenberg, alias Le Tonneau, un méchant sympathique. On verrait bien, par métonymie, un JMD, alias Le Tonneau, nouveau Diogène des quartiers, guidant les
réchappés de la garde à vue à la lueur de sa lanterne.
Las ! Diogène n'a jamais eu un tonneau pour abri... c'est une invention de nos ancêtres les Gaulois, il ne
connaissait que son πίθος, une jarre fichée dans la terre. Le Trèfle a peut-être son pithos, un refuge dont il sort, bon génie, dès qu'on l'appelle.
Gentiment.
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* Michel Onfray, Le Désir d'être un volcan, Grasset, 1996 - un désir que semble partager Le Trèfle, ici ou là :)
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Tous les gouvernements qui ont pour but
l'utilité commune des citoyens, sont bons et conformes à la justice, dans le sens propre et absolu ; mais tous ceux qui ne tendent qu'à l'avantage particulier des hommes qui gouvernent, sont dans
une fausse route ; ce ne sont que des corruptions ou des déviations des bons gouvernements. Car leur autorité est despotique au lieu que la cité ou société civile est une association d'hommes
libres.
A présent donc que ces notions sont bien déterminées, il nous reste à examiner combien il y a de formes diverses de gouvernement et quelles elles sont ; et d'abord ceux qui sont bons, car quand
nous les aurons définis, il sera facile de reconnaître quels sont les gouvernements qui n'en sont que des dérivations et des corruptions. Or, puisque les mots république et gouvernement
signifient la même chose, puisque le gouvernement est l'activité suprême dans les États, et que nécessairement cette autorité suprême doit être dans les mains d'un seul, ou de plusieurs ou de la
multitude, il s'ensuit que lorsqu'un seul, ou plusieurs, ou la multitude usent de l'autorité conformément à l'utilité commune, il faut nécessairement que ces gouvernants soient bons ; mais que
ceux qui n'usent du pouvoir que dans l'intérêt d'un seul, ou de plusieurs ou de la multitude, sont des déviations de ces bons gouvernements. Car il faut que l'on convienne, ou que ceux qui en
sont membres ne sont pas des citoyens, ou qu'ils doivent participer à l'avantage général.
Entre les monarchies on donne communément le
nom de royauté à celle qui a pour but l'intérêt général. Le gouvernement d'un petit nombre d'hommes ou de plusieurs et non d'un seul, s'appelle aristocratie, soit parce que l'autorité est entre
les mains des meilleurs gens de bien, soit parce qu'ils en usent pour le plus grand bien de l'État et de tous les membres de la société. Enfin, lorsque la multitude gouverne dans le sens de
l'intérêt général, on donne à cette forme de gouvernement le nom de république, qui est commun à toutes les autres formes.
[...]
Les gouvernements qui sont des déviations ou
des dégénérations de ceux que nous venons de nommer sont : par rapport à la royauté, la tyrannie ; par rapport à l'aristocratie, l'oligarchie ; et par rapport à la république, la démocratie. En
effet la tyrannie est une monarchie gouvernée dans l'intérêt du monarque ; l'oligarchie est dirigée dans le seul intérêt des riches, et la démocratie dans le seul intérêt des pauvres ; mais aucun
de ces gouvernements ne s'occupe de l'utilité ou de l'avantage de la société tout entière.
Aristote, La Politique, III, 6 - 7, trad.
Thurot, Paris, 1881
si vous le dites