Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

Recherche

l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 23:01

 

Jaume Cabré, Confiteor

Jaume Cabré, Confiteor, roman traduit du catalan par Edmond Raillard, Actes Sud, 2013 – 771 pages, photographie de couverture : Xabier Mendiola

 

Jaume Cabré

Jaume Cabré, 2013

Jaume Cabré est né à Barcelone le 30 avril 1947. Enseignant à l'Université de Lleida, il commence à publier des nouvelles et des romans à partir de 1974. Aux éditions Christian Bourgois, précédemment : Sa Seigneurie, 2004, L'Ombre de l'eunuque, 2006, et Les Voix du Pamano, 2009.

 

Nicolas Poussin, Et in Arcadia Ego, 1637-1639

Nicolas Poussin, Et in Arcadia Ego, 1637-1639

 

Barcelone années cinquante, le jeune Adrià grandit dans un vaste appartement ombreux, entre un père qui veut faire de lui un humaniste polyglotte et une mère qui le destine à une carrière de violoniste virtuose. Brillant, solitaire et docile, le garçon essaie de satisfaire au mieux les ambitions démesurées dont il est dépositaire, jusqu’au jour où il entrevoit la provenance douteuse de la fortune familiale, issue d’un magasin d’antiquités extorquées sans vergogne. Un demi-siècle plus tard, juste avant que sa mémoire ne l’abandonne, Adrià tente de mettre en forme l’histoire familiale dont un violon d’exception, une médaille et un linge de table souillé constituent les tragiques emblèmes. De fait, la révélation progressive ressaisit la funeste histoire européenne et plonge ses racines aux sources du mal. De l’Inquisition à la dictature espagnole et à l’Allemagne nazie, d’Anvers à la Cité du Vatican, vies et destins se répondent pour converger vers Auschwitz-Birkenau, épicentre de l’abjection totale.

Confiteor défie les lois de la narration pour ordonner un chaos magistral et emplir de musique une cathédrale profane. Sara, la femme tant aimée, est la destinataire de cet immense récit relayé par Bernat, l’ami envié et envieux dont la présence éclaire jusqu’à l’instant où s’anéantit toute conscience. Alors le lecteur peut embrasser l’itinéraire d’un enfant sans amour, puis l’affliction d’un adulte sans dieu, aux prises avec le Mal souverain qui, à travers les siècles, dépose en chacun la possibilité de l’inhumain – à quoi répond ici la soif de beauté, de connaissance et de pardon, seuls viatiques, peut-être, pour récuser si peu que ce soit l’enfer sur la terre.

4e de couverture

 

Ce n'est qu'hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable.

 

Des histoires de familles tordues, nous en avons vues ces derniers temps.

Le chardonneret.

The Virgin in the Ice.

Le mur mitoyen.

Une rose pour Emily.

Bonjour, là, bonjour.

La petite fille qui aimait trop les allumettes.

Et, bien sûr, La fille du bourreau.

Aujourd'hui, c'est le fin du fond de l'abyme [(Littérature) Procédé qui consiste à placer à l’intérieur du récit principal un récit qui reprend de façon plus ou moins fidèle des actions ou des thèmes de ce récit.]

 

Tout a commencé, dans le fond, il y a plus de cinq cents ans. […] et maintenant je ne sais pas comment m'y prendre. […] je mets tout en désordre.

 

Il y a « un violon d’exception, l'objet le plus précieux de la maison, selon le père,

_ Ce violon a un nom. Il s'appelle Vial.

[…]

_ C'est son nom. Il s'appelle comme ça. Il y a des instruments qui ont un nom propre.

[…]

_ D'où vient son nom ?

_ De Guillaume-François Vial, l'assassin de Jean-Marie Leclair [son oncle].

 

une médaille,

le gioiello, une médaille rustique, avec la gravure rudimentaire d'une Vierge romane et un arbre immense à côté, une sorte de sapin. Et derrière, le mot "Pardàc".

[…]

Et elle lui prit la main.

 

et un linge de table souillé ».

 

Ne me regarde pas comme ça. Je sais que j'invente des choses : mais ça ne m'empêche pas de dire la vérité.

 

Un homme vieillissant perdant la mémoire écrit ses mémoires, je m'accuse, pour Aigle-Noir, le grand chef de la tribu des Arapahos des terres du Sud sur les rives de la Washita du Poisson Jaune,

 

Aigle noir n° 0

Aigle noir n° 0, décembre 1960

Aigle noir (Brave Eagle) est une série télévisée américaine, en 26 épisodes de 25 minutes, en noir et blanc, créée par Jack Laceyet, diffusée entre le 28 septembre 1955 et le 14 mars 1956 sur le réseau CBS.

En France, la série est passée à la télévision, RTF, à partir du 30 septembre 1957.

Aigle noir devint une revue mensuelle de bande dessinée, éditée par Sagédition de décembre 1960 à août 1964.

 

et le shérif Carson,

 

Kit Carson n° 1, 5 avril 1956

Kit Carson n° 1, 5 avril 1956

 

pour son amour de toujours, Sara, pour un Storioni inestimable,

 

Lorenzo Storioni, Cremona, ca 1773 357

Laurentius Storioni Cremonensis me fecit 1764

 

pour le lecteur qu'il tutoie parfois.

 

Confiteor défie les lois de la narration

 

En une même phrase, on passe d'un siècle à un autre, d'un personnage à un autre, d'une histoire à une autre, l'Inquisition, le franquisme, la Shoah.

Adrià cherche son identité, il parle de lui en disant « je » ou « il » dans une même phrase, il se met à nu.

Il a appris l'araméen, l'allemand, le français, l'anglais, le russe, onze langues en tout, la musique, la théologie, la philosophie, le commerce... Il cherche le renoncement : arrêter le violon, cesser d'écrire, n'être rien, comme le zéro qui n'est ni un nombre naturel, ni un entier, ni rationnel, ni réel, ni complexe.

 

L'abandon est un fil de lecture du roman : « Ne mettez pas de miettes par terre. », lui disait-on dans son enfance.

 

Il reste l'art, une façon de s'entendre avec la vie, avec les mystères de la solitude, avec la certitude que le désir ne s'ajuste jamais à la réalité. Un résumé du livre.

 

« Il n'existe aucune organisation qui puisse se protéger d'un grain de sable. »

Michel Tournier

 

Le grain de sable, c'est d'abord une poussière dans l’œil ; ensuite, cela devient un agacement dans les doigts, une brûlure à l'estomac, une petite protubérance dans la poche et, si le mauvais sort s'en mêle, cela finit par devenir une lourde pierre sur la conscience.

 

Johann Sebastian Bach, Partita n° 2 pour violon seul en ré mineur, BWV 1004, 1717-1723, Chaconne, Ivry Gitlis, ca 1990

Ivry Gitlis a 91 ans, et encore bien des arpèges à vivre, nous l'espérons.

 

Une écriture polyphonique, une traduction magnifique d’Edmond Raillard.

 

Edmond Raillard

 

Yueyin en a parlé.

 

Partager cet article

Repost 0
Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article

commentaires

dasola 04/04/2014 12:40


Bonjour Lou de Libellus, j'en rajoute dans les éloges et bravo en effet au traducteur. Billet qui j'espère donne envie de découvrir ce roman long mais dans lequel on rentre facilement (selon
moi). Bonne après-midi.

Lou de Libellus 04/04/2014 18:04



 


C'est un roman qui se lit sans peine, comme la méthode d'apprentissage portant ce nom. Après quatre-vingt-dix pages (leçons ?), il faut réviser, revenir en arrière tout en
poursuivant la lecture en avant. Un roman d'apprentissage. Une oeuvre majeure.


 



yueyin 31/03/2014 10:44


voilà, une pépite... et pourtant j'aime des tas de livres, des tas... je ne suis pas si difficile, j'aime les roman d'aventure, les polars, la SF, les romans de gare, les romans de genre,
Alexandre Dumas, des tas de choses et de temps en temps... une pépite :-)

Lou de Libellus 31/03/2014 11:23



 


Paul Féval, c'est pour bientôt, le temps d'écluser.


 



 


 
Handicap International

un clic sur les images