Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 00:01


 

Lecourt

Jean-François Lecourt, Tir dans l'appareil photographique, 1985, collection du Frac des Pays de la Loire

 

Tirer le portrait, c'est connu.

La photographie est liée aux armes à feu.

L'inventeur de ce cousinage est peut-être Etienne-Jules Marey, en 1882.

Il y a aussi les anciens tirs forains où, en un temps, l'on plaçait un appareil photographique près de la cible pour prendre automatiquement l'image du tireur qui mettait dans le mille. Jean-François Lecourt est au plus proche de ce jeu dont il fait une œuvre complexe.


Méthode


Un appareil photographique est installé dans une chambre obscure. A quelques pas, se tient le photographe, armé et visant l'objectif. A l'instant où il tire, il déclenche l'éclairage et la prise de vue. De l'appareil détruit, il retire un film où l'on peut lire : le geste du tireur, la course de la balle, l'impact sur l'objectif, le trou dans la pellicule.

Il s'agit donc, en une seule image, d'un récit qui s'inscrit dans le temps et dans l'in-stant, en continuum, et dont le sujet est la photographie elle-même.



 

DOCUMENTS

 

A lire


Une page de Libellus


Le Creux de l'enfer



 

Tirer dans l’appareil photographique, c’est une métaphore de la mise à mort de l’instant qui a permis la naissance de la photographie ?

 

Non, au contraire, ce n’est pas la mise à mort de l’instant, mais c’est la suite de l’instant. C’est la possibilité que l’instant ait une suite contrairement à la photographie traditionnelle. Parce qu’il y a dans le fait que la photographie soit percée une sorte de trou noir sur lequel la lumière ne s’imprime pas. C’est un lieu de passage, c’est la mise à mort photographique qui est elle-même mise à mort.

 

 

Frédéric Bouglé : Quelle est l’origine du tir dans l’appareil photographique ?

 

Jean-François Lecourt : L’idée initiale était de trouver une expression symétrique, un langage possible entre la photographie et moi. En fait, je voulais instaurer une espèce de mécanisme dans mon travail et l’appliquer à la photographie. C’est une explication rationnelle qui peut rejoindre une explication analytique. Les premiers essais que j’ai faits se sont déroulés dans les années 79-80 et j’ai aujourd’hui un peu de difficulté à retrouver les vrais motivations qui ont déclenché cette recherche. Je pense que c’est aussi en partie accidentel sans me souvenir précisément des causes, aussi je ne pourrais pas affirmer que j’ai entrepris ce travail pour telle ou telle raison précise, l’origine étant probablement “plurifactorielle”. Quand j’étais étudiant aux Beaux-Arts du Mans, j’avais Gina Pane comme professeur, et il est certain que son engagement artistique a provoqué un questionnement sur la manière dont moi, j’allais entreprendre une relation corporelle avec la photographie.

 

F.B. : La photo était déjà pour toi, à ce moment-là, ton médium privilégié ?

 

J.-F.L. : Non, la photographie était un médium comme un autre, et je n’avais pas une prédilection particulière pour ce moyen. J’étais étudiant et je cherchais un registre d’expression qui me convienne. Il y avait à l’époque les dialectiques de support/surface, avec des problématiques liées à la symétrie ou à la notion d’envers. Tout cela a sans doute joué un rôle dans l’orientation de mes recherches. Je faisais de la peinture, et je peignais des cibles tout en pratiquant les arts martiaux. C’était une façon, comme Lucio Fontana avec ses concepts spatiaux, de m’en prendre directement au support de l’art. J’intervenais sur des cibles que je peignais sur des toiles en réalisant une sorte de parcours de chasse dans la nature. Je tirais sur ces toiles que je retouchais ensuite selon les impacts en tenant compte de la courbe balistique. C’est seulement après que je suis passé à la photographie.

 

F.B. : La première expérience de l’autoportrait au moyen du tir dans l’appareil photographique répondait à quelque chose de précis ?

 

J.-F.L. : Faire son autoportrait est conséquent à un désir précis de se représenter par rapport au moyen employé. Ceci amène à un ensemble de réflexions sur ce que tu mets en jeu avec ton comportement et tes gestes.

 

F.B. : Tirer dans l’appareil photographique, c’est une métaphore de la mise à mort de l’instant qui a permis la naissance de la photographie ?

 

J.-F.L. : Non, au contraire, ce n’est pas la mise à mort de l’instant, mais c’est la suite de l’instant. C’est la possibilité que l’instant ait une suite contrairement à la photographie traditionnelle. Parce qu’il y a dans le fait que la photographie soit percée une sorte de trou noir sur lequel la lumière ne s’imprime pas. C’est un lieu de passage, c’est la mise à mort photographique qui est elle-même mise à mort. On rentre, comme je le disais déjà, dans des problématiques dialectique et symétrique qui renvoient à la petite mort photographique, et le tir dans l’appareil l’accuse dans son idée de mort. C’est la photographie en miroir, sauf que ce n’est pas un appareil photographique ni un miroir qui sont devant l’appareil photographique, c’est un appareil qui lui ressemble : une arme à feu.

 

F.B. : Mais c’est aussi la destruction de ton image ?Tu tires quand même bien sur ta propre image ?

 

J.-F.L. : Oui, mais moi je ne l’interpréterais pas en tant que personne ou individu qui a une continuité dans l’autre. Le mot “continuité” d’ailleurs ne convient guère, je dirais plutôt que c’est une libération par rapport à sa propre image, par rapport au portrait figé traditionnel.

 

F.B. : C’est une émancipation de ta propre représentation ?

 

J.-F.L. : De ma représentation et de l’instant figé. Comme si cela pouvait déboucher sur un film en continu…

 

F.B. : Sur la suite narrative de l’image…

 

J.-F.L. : Je parle au niveau de la vie au quotidien, pas au niveau artistique ou photographique. Je veux dire sur l’influence que cela peut avoir sur l’être.

 

F.B. : Tu as par la suite développé un travail à partir de photos d’identité, qui impliquait un vieillissement prématuré et en accéléré de la photographie.

 

J.-F.L. : C’est quelque chose que j’ai en effet abordé mais que j’aurais aimé plus précis. Je voulais qu’on ne voit plus la photographie dans le “ça a été” défendu par Roland Barthes, mais dans le “ça sera” de la photographie, c’est-à-dire dans son futur possible, dans cinquante ou dans cent ans. La fixation en photographie n’est plus en rapport au “ça a été”, avec l’histoire et avec son passé. Je voulais donc aller dans le futur de la matière photographique autant que dans son représenté. C’est-à-dire voir le présent comme quelqu’un pourra le voir dans cent ans.

 

F.B. : La photo est vieillie prématurément mais l’image du sujet reste la même…

 

J.-F.L. : Comme elle reste la même si tu fais un cliché maintenant et que tu réalises le tirage le lendemain, ou dans un mois, ou dans un an. Je voulais simplement accélérer le processus de la dégradation de sa matière .Au début, je voulais que ça soit une photographie plus vieille que sa date de création, jusqu’à sa destruction. Seulement maintenant, avec les nouveaux supports, c’est plus compliqué, car ces papiers sont très résistants aux conditions atmosphériques délétères auxquelles je les soumets. On ne peut pas arriver à étalonner dans le temps ce vieillissement, ce à quoi je voulais parvenir. C’est-à-dire qu’une image que je présente correspond à une image qui aurait, par exemple et précisément, quatre-vingt-dix ans. Seul un laboratoire spécialisé comme il y en a un en Italie pourrait faire cela.

ART PRESENCE, n° 24, octobre-novembre-décembre 1997

 

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commentaires

rene chabriere 15/03/2011 14:35



oui,  et j'avais emmené  mes  élèves  aux  rencontres  de la photographie  d'Arles,  en septembre, nous  avons  vu  justement  une 
série  d'exposition autour du "tir"   (  se faire  tirer  le portrait. )





Ces  expos  étaient  regroupées  sous le  thème de shoot.






 


 
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