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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 23:05

 

Jean-Marc La Frenière, Un feu me hante

Jean-Marc La Frenière, Un feu me hante, Éditions d'art Le Sabord, 2009

illustrations, Lino

 

Jean-Marc La Frenière

Jean-Marc La Frenière est né au Québec dans la Vallée du Richelieu, à Belœil, il vit à Saint-Ferdinand.

 

Un feu me hante

 

Si je n'ai plus de bouche, je parlerai quand même, avec mes pieds, avec mes yeux, avec mes poings, avec mes ongles sur les murs, avec mes doigts aveugles dans le braille des jours. Si les bêtes me dévorent, je parlerai par elles. Je serai l'os sonore dans la gueule du silence. Un feu me brûle et me hante. On ne peut pas tenir en laisse un cœur qui prend feu. Si je perds mes mots, je parlerai quand même dans une langue inconnue. J'ai perdu la raison entre l'écorce et l'arbre. Le soleil fait briller les coquillages de mes doigts. Je griffe l'ombre à la lumière de mes ongles. Quand l'étoffe des métaphores est cousue de fil blanc, je tire sur le fil. Chaque parcelle de profit cache une arme. Plus on achète, plus on vend ; plus d'enfants meurent sous les bombardements, plus le cœur en arrache, plus la matière écrase la porcelaine de l'âme. J'écris d'où les bombes surgissent, d'où les enfants ont faim, d'où les hommes trébuchent sur leurs propres lacets. Je lègue mon stylo aux pages qu'on rature. Il est blessé de mots et d'images un peu folles. Son encre sèche mal comme une femme battue, une fleur qu'on piétine, un tapis de prière chargé de dynamite. Je nourris la terre. Je nourris la graine. Je nourris l'oiseau. Je nourris le ciel d'une purée de mots.

 

Ainsi a parlé Jean-Marc La Frenière, dans une longue incantation, dans une langue inconnue, un chant de révolte.

 

Chaque vague enseigne la mer.

 

J'apprends aux pierres le mot aimer.

 

Qu'importe qu'on me prenne pour un fou, un déjanté de la tête aux rouages enrayés, j'attends la mer sur le bout d'une phrase, un train long comme le Transsibérien, un bateau en bouteille qui aurait démâté. Flâneur sans solde, voyageur sans bagage, étranger sans pays, j'écoute les oiseaux pépier dans les coquilles de l'encre, une tortue marine fait son nid sur la page.

 

L'histoire vraie du monde commence par le rêve.

 

 

Léo Ferré, Le chien, musique : Da Victoria, Théâtre des Champs-Élysées, 1984

 

Écoutez Jean-Marc La Frenière.

 

Jean-Marc La Frenière, lecture de trois poèmes à Nice, librairie Brouillon de Culture, 23 octobre 2010

 

On peut trouver ses ouvrages, ceux non disponibles en France, à la Librairie du Québec. On peut aussi lui écrire, le lien est tout en haut. Enfin, d'autres de ses textes seront publiés, comme les années précédentes, dans Scribulations 2013, à demander à l'éditeur, et écrivain, Jean-Marie Dutey, auquel Jean-Marc rend un hommage bien mérité.

 

*

 

En suivant le fil :

 

Jean-Marc La Frenière, La langue est mon pays

Jean-Marc La Frenière, J'écris avec la terre

 

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yueyin 17/09/2013 20:24


j'aime particulièremetn ce passage... ce sont des poèmes ? ou un seul long poème ?

Lou de Libellus 18/09/2013 06:02



 


C'est une prose poétique, souvent des alexandrins, au moins à l'oreille, et des assonances. Il y a des chapitres, quelques pages, le tout forme un tout.


 



 


 
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