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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 00:01

 

John Le Carré, Une vérité si délicate

John Le Carré, Une vérité si délicate (A delicate truth), traduit de l'anglais par Isabelle Perrin, Seuil, 2013

 

John Le Carré

John Le Carré, 2013

 

 

Une opération secrète à Gibraltar. Un commando de l’armée britannique est associé à une bande de mercenaires américains pour s'emparer d'un djihadiste impliqué dans un trafic d'armes. Des victimes collatérales. On étouffe. Les témoins gênants, on peut les acheter ou les éliminer.

John le Carré parle de la mondialisation du renseignement au prétexte d'une lutte entre chrétienté et islam.

 

En exergue

 

Nul hiver ne saurait contrarier la vigueur du printemps.

John Donne

Quand on dit la vérité, on est sûr, tôt ou tard, d'être découvert.

Oscar Wilde

 

Incipit

 

« Au deuxième étage d'un hôtel sans caractère de cette colonie de la Couronne britannique qu'est Gibraltar, un quinquagénaire au corps délié faisait les cent pas dans sa chambre. Ses traits typiquement anglais, harmonieux et respirant l'honorabilité, laissaient néanmoins deviner un tempérament coléreux poussé à la limite de son endurance. Quelque universitaire angoissé, aurait-on pu penser en observant la voussure et le pas élastique du lettré, ainsi que la mèche vagabonde poivre et sel qu'il devait sans cesse discipliner d'un petit revers de son poignet anguleux. Rares sont ceux qui auraient pu soupçonner, si débordante que soit leur imagination, qu'il s'agissait d'un cadre moyen de la fonction publique britannique arraché à son poste dans l'un des services les plus prosaïques du Foreign Office, ministère des Affaires étrangères et du Commonwealth de Sa Majesté, pour aller accomplir une mission top secret et hautement sensible.

Son prénom d'emprunt, comme il s'obligeait à se le répéter, parfois même à voix haute, était Paul, et son nom de famille, pourtant facile à retenir, Anderson. Quand il allumait la télévision, l'écran affichait Bienvenue, Monsieur Paul Anderson. Quel meilleur prélude à votre repas qu 'un apéritif offert par la maison à la Cambuse de lord Nelson ! Le point d'exclamation en lieu et place du point d'interrogation requis horripilait le puriste en lui. Il n'avait pas quitté le peignoir en éponge blanc de l'hôtel depuis le début de son incarcération, sauf lorsqu'il avait en vain essayé de dormir et l'unique fois où il était monté en douce à une heure peu catholique pour manger seul dans la brasserie sur le toit-terrasse que balayaient les effluves de chlore venus de la piscine sise au troisième étage de l'immeuble d'en face. Comme beaucoup d'autres choses dans cette chambre, le peignoir, trop court pour ses longues jambes, empestait le tabac froid et le parfum d'ambiance à la lavande.

Tout en arpentant la pièce, il s'entêtait à extérioriser ses sentiments sans la retenue de rigueur dans sa vie professionnelle, ses traits crispés exprimant une perplexité sincère, puis, l'instant d'après, dans le miroir en pied vissé sur le papier peint écossais, un air furibond. De temps en temps, il se parlait tout seul pour se défouler ou s'encourager. À voix haute, là encore ? Quelle différence, quand on était bouclé dans une chambre vide sans personne pour vous écouter hormis une photo colonisée de notre chère jeune souveraine chevauchant un alezan ?

Sur une table en formica gisaient les restes d'un club-sandwich qui avait chèrement vendu sa peau et une bouteille entamée de Coca-Cola tiède. Bien qu'il lui en coûtât, il ne s'était pas autorisé une goutte d'alcool depuis qu'il avait pris possession de la chambre. Le lit assez grand pour six, qu'il avait appris à abhorrer plus qu'aucun autre auparavant tant son dos le faisait souffrir dès qu'il s'étendait dessus, s'ornait d'une courtepointe imitation soie d'un cramoisi éclatant, sur laquelle reposait un téléphone portable d'apparence anodine dont on lui avait garanti qu'il répondait aux normes de cryptage les plus strictes, ce qu'il ne pouvait guère mettre en doute malgré sa confiance limitée en ces choses-là. Chaque fois qu'il passait devant, il lui adressait un regard lourd de reproche, d'impatience et d'agacement.

Paul, j'ai le regret de vous informer que vous serez tenu au secret durant toute la mission, en dehors des communications d'ordre opérationnel, le prévient laborieusement la voix sud-africaine d'Elliot, son commandant en chef autoproclamé. Si votre charmante famille devait affronter en votre absence quelque crise malheureuse, qu 'elle fasse part de ses ennuis à l'assistante sociale de votre service, qui transmettra. Me suis-je bien fait comprendre, Paul ? »

 

Le point d'exclamation en lieu et place du point d'interrogation requis horripilait le puriste en lui.

 

C'est un roman qui parle de l'identité.

Paul Anderson n'existe pas. Au moins sous ce nom. C'est un paisible bureaucrate, un homme ordinaire.

Un homme sans qualités, une suite ordinaire au deuxième étage d'un hôtel sans caractère. Sur une table en formica gisaient les restes d'un club-sandwich qui avait chèrement vendu sa peau et une bouteille entamée de Coca-Cola tiède. Banal. Et la vérité ? Si délicate...

 

Un extrait long en incipit, pour l'écriture, indissociable de l'écrit – l'énoncé.

 

Revenons à Caryl Férey. Qu'est-ce que l'usurpation ? En quoi Lou n'est-il qu'un conteur ?

 

Qu'est-ce que la littérature ? Comment repérer le littéraire ?

 

Longtemps, je me suis couché de bonne heure, c'est de la littérature. La marquise sortit à cinq heures, non.

 

Les marchands d'armes sont des criminels contre l'humanité, non. Au deuxième étage d'un hôtel sans caractère, oui.

 

Où est le vrai, où est le faux ?

 

Lou de Libellus n'est qu'un conteur.

 

_ _ _

 

Doit-on le dire ?

L'écriture académique, et vivante, de John Le Carré, dans une excellente traduction, accompagne très bien des scènes d'action, des courses-poursuites.

 

John Le Carré est grand, Isabelle Perrin est son prophète.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de chinoiseries
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commentaires

yueyin 28/01/2014 14:20


Je n'ai jamais lu John Le carré, les roman d'espionage, ce n'est pas torp ma tasse de thé, peut être parce que ayant grandit pendant la guerre froide, c'était le thème d'un tiers des films de mon
enfance-adolescence (l'autre tiers c'était les film de guerre :-) ) et franchemetn je ne suis pas sûre de sauter le pas là


"Sur une table en formica gisaient les restes d'un club-sandwich qui avait chèrement vendu
sa peau"


mais où va-t-il chercher tout ça ?

Lou de Libellus 28/01/2014 19:34



 


: - )


Le formica classe l'hôtel. Le sandwich n'est pas un tendre, on n'en vient pas à bout. Un reste de sandwich, ce serait un en-cas pour le goûter ;
des restes, c'est une dépouille. Et avec ça, il coûte, même s'il n'a que la peau sur la feuille de salade décorative.


On aime ou on n'aime pas,  c'est le style. Et puis, à Gibraltar, la viandasse anémique du mets, ce doit être du singe (en anglais... oui, tu le sais, ce n'est pas du monkey, c'est
du boeuf à cornes - un lointain cousin de notre cher gastéropode).


Tu entrevois ce qu'aurait pu être cet article bâclé (remerciements à Orange, qui nous a fait des misères), avec des images (en couleur), de la musique (tatatatata), et une looongue exégèse sur le
fil de lecture (l'identité). Tout ce que tu aimes : - )


 



Le gentil 27/01/2014 17:59


Deux questions pour un manifeste littéraire du oui-non : La marquise sortit à cinq heures pour pouvoir se coucher de bonne heure, est-ce de la littérature oui et non ? Et La marquise
qui avait couché à cinq heures en sortit comme d'un longtemps de bonheur, de la littérature non et oui ?

Lou de Libellus 28/01/2014 11:54



 


: - )))


 


Pourquoi, pourquoi, toujours pourquoi...


Pourquoi Anne Lauvergeon a-t-elle été virée, avec force compliments sur les services rendus - que ne l'a-t-on gardée ? -, pour placer Luc Oursel, un proche de Nicolas Sarkozy ?


Pourquoi Oppenheimer a-t-il mis ses talents de bricoleur antinipponite en oeuvre ?


Pourquoi Albert Einstein a-t-il été son Jean le Baptiste ?


Que de questions...


 



Le gentil 27/01/2014 14:54


C'est Guy qui dit que (je me suis mis en quatre pour le retrouver dans Quarto, page 1803) :"Le Carré n'est qu'un littérateur surfait, sans le moindre intérêt historique, qui ne s'est occupé
qu'à illustrer les truismes les plus éculés du presudo-axe éthico-cosmologique de la prétendue Guerre Froide. Il y avait beaucoup plus de talent, et de vérités reconnaissables chez Francis Ryck,
dans Les Compagnons indésirables, et ailleurs." ("Cette mauvaise réputation...", octobre 1993). Il y a un Ryck à la bibliothèque municipale de Corneville, qui est du
pré-Carré (John le) : Le secret (film ensuite). Rangé parmi les incunables, ès-quels il se vérifie qu'en effet  "Une certaine liberté semble s'être instaurée à travers les
siècles [pas moins que ce certes déjà beaucoup] dans la phraséologie liée au verbe enjoindre."

Lou de Libellus 27/01/2014 16:46



 


Octobre 1993... Tu sais que j'ai rencontré Guy, dans ma jeunesse, et encore la sienne, les folles sixties ? Il tenait table ouverte. Je n'allais pas au Flore. Octobre gris, 1993, il s'est suicidé
un an plus tard.


 


Francis Ryck, là, cloué je suis. Fan, je suis. Un grand, anarchiste, dans sa manière de vivre même.


C'est Le Compagnon indésirable, ben oui, réédité Le Secret, avec le film éponyme. Seulement, Guy ne dit pas (je ne suis pas sûr qu'ils aient l'adsl avec la wifi, là-haut) que la
vérité de Le Carré en 2013 est an-historique. Il ne connaissait pas le rond-point des Champs-Élysées-Marcel-Dassault, ce n'était pas son quartier.


 


à travers les siècles [pas moins que ce certes déjà beaucoup]


Certes, oui, bien sûr ?


 



Le gentil 27/01/2014 11:17


Je m'en..., je t'en..., je nous en..., je vous en...joins. Mais je lui enjoins, de même que non pas : je les em...(Dieu sait que, pourant), mais je leur enjoins, par exemple de
ne plus fumer de joints. Quant au roman, il a déjà été écrit, dans les années soixante-dix, par j'ai oublié qui, ainsi que le titre, on en a fait un film, Debord en parle quelque part, je ne sais
où. John a fait du remaké, du relooké, mais il est trop respectable pour qu'on le lui envoie en pleine figure et lui mette ainsi la tête au carré.

Lou de Libellus 27/01/2014 13:05



 


Enjoindre


Étymologie


Du latin injungere


enjoindre /ɑ̃.ʒwɛ̃dʁ/ transitif 3e groupe


Ordonner expressément


Permettez-moi d’user de mon autorité de médecin, répondit Rébecca, pour vous enjoindre de garder le silence et d’éviter les réflexions émouvantes. — (Walter Scott, Ivanhoé, Traduction de
l’anglais par Alexandre Dumas, 1820)


(Absolument) Il ne demande pas, il enjoint !


L'Église enjoint aux fidèles l'observation du repos dominical. — (Hatzfeld et Darmesteter)


Note d’usage : Une certaine liberté semble s’être instaurée à travers les siècles dans la phraséologie liée au verbe enjoindre. Ainsi on
trouvera assez fréquemment les formes ou variantes suivantes :


Le Gouvernement enjoint à son Ministre de reconsidérer son dossier.


Le Gouvernement enjoint son Ministre de reconsidérer son dossier.


Le Gouvernement enjoint son Ministre à reconsidérer son dossier.


De ces trois tournures, la première est la seule qui soit approuvée par les autorités normatives — (Le Gentil)


Synonymes


imposer


 


Si Guy dit que le dernier roman de Le Carré (qui ne s'appelle pas Le Carré) est un faux, total respect aux morts !


 


Le trailer du film est à l'étage au-dessus, dans la page.


 


C'est tout de même pathologique mais presque de pointer les rumeurs et les apostrophes sans jamais parler du sujet, tout un art.


Bien entendu, si Le Carré est un escroc, cela disculpe la famille Dassault de tout agissement financier dans le marché de l'armement, comme la famille Rothschild qui aurait (je ne sais plus bien
mes modes) contribué au réarmement de l'Allemagne nazie.


 


Tu es un peu maso, non ? Te farcir 327 pages de réchauffé dont tu connais le frais, ou le vrai...


A vrai dire... c'est une vérité si délicate... je préfère que nous en parlions en courrier privé. Pour les références...


 


Cet ancien ambassadeur en Roumanie, oh là là ! Il ne pouvait pas demander l'asile politique au Reich !? Ou bien militer à l'Occident, je parle des années 1960, là où se sont formés les plus
proches collaborateurs de nos meilleurs élus ?


 


La semaine proch', il y aura un roman de la collection Nous Deux (Editions), un bon, un vrai ! Avec peut-être une participation de l'écrivain, si je réussis à avoir un ticket...


 


(As-tu remarqué qu'OverBlog ne connaît pas les majuscules accentuées en commentaire, et il refuse le A accent dans les articles ? Ca ne viendrait pas d'une loi de Vichy ?)


 



Le gentil 27/01/2014 08:38


"dans une excellente traduction" ? Hélas, Lou ! Hé, Lou, non. "Il va falloir te montrer ferme, Kit, l'enjoint Suzanna en le serrant dans ses bras" (non, ce n'est pas un
roman érotique, et c'est page 174). Et, page 268, "avec Kit au club, l'enjoignant de larguer Harry" (non, ce n'est pas de l'érotisme gay). La petite Perrin, entre joint encens
et benjoin, je lui enjoindrais de revoir sa grammaire. De toute façon, comme l'écrivait Chardonne entre deux vins, à Morand entre deux eaux, à propos des traductions : "Les fautes n'ont
aucune importance, sinon pour le plaisir qu'elles donnent à les découvrir" (lettre du 12 janvier 1960).

Lou de Libellus 27/01/2014 09:44



 


Je ne vois pas ce que tu reproches au _l'_.


Ainsi, dans un roman (dont tu ne parles pas) imprimé sur 327 pages (paginées), tu as trouvé deux occurrences du verbe enjoindre (ordonner).


Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l'ordre. Ordonner, c'est toujours se rendre le maître des autres en les gênant…


Denis Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1796, ouvrage posthume


 


Bien sûr, Morand est un affreux, comme Guitry. La famille Dassault, en revanche, c'est l'Armée du Salut.


La guerre est devenue une entreprise privée, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué. (page 20)


[...] explique-t-il en recourant aux archaïsmes linguistiques dont il use quand il se sent menacé. (page 17)


Tu as lu aussi les premières pages.


La faute - autant dire un crime contre l'humanité - ne reviendrait-elle pas à John Le Carré ? Reviens avec l'original en anglais. Il y a de temps en temps des tournures de phrases qui sont
bizarres en français, c'est de la littérature. Quand je fais une petite fiction, je n'écris pas comme dans une chronique ou un commentaire. J'en ai une autre programmée pour vendredi... une
histoire de baignoire et d'électricité... C'est vrai, tu es trop jeune, tu as fait ton service une dizaine d'années après la fin du spectacle.


 



 


 
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