Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 23:01
 
Pour la Pentecôte.
 
C'était en 1987, à En-Calcat, un dimanche, à la belle saison. Le portail donnant depuis l'abbatiale sur le cloître était ouvert. Il y avait juste une cordelette indiquant clairement que les fidèles ne pouvaient que regarder. Une femme, fidèle au demeurant, s'est glissée sous la ficelle. Quelques moines courageux l'ont raccompagnée jusqu'à l'église.
 
Denis, frère hôtelier, verrier, chanteur soliste, et Lou se connaissaient déjà bien.
Le Denis a dit au Lou :
_ Que veux-tu, elles viennent chercher le frisson monastique.

C'est en ce temps-là qu'un philosophe portant la bure nous a enseigné les trois choses que Dieu lui-même ne peut pas connaître :
 
_ Ce que va dire un franciscain qui monte en chaire pour prêcher. Les franciscains parlent du cœur avec une spontanéité tellement immédiate que Dieu en est surpris.
_ Ce que vient de dire un dominicain qui descend de chaire après avoir prêché. Les dominicains ont un discours tellement compliqué que Dieu ne peut le déchiffrer.
_ Ce que pense un jésuite en train de prêcher en chaire.
 
Rappelons qu'il s'agit là de la leçon d'un bénédictin.
 
Une autre vacherie sur les jésuites (elle est connue).
On demande à un jésuite :
_ Est-il vrai que les jésuites répondent toujours à une question par une autre question ?
_ Qui vous a dit cela ?
 
Les moines vivent dans la joie. Ils font vœu de pauvreté : cela veut dire qu'ils ne possèdent rien personnellement et non pas qu'ils sont dans la misère. Ils vivent comme tout le monde, mieux que les misérables de notre temps. Ils ont leurs querelles, comme tout le monde.
Un jour, à En-Calcat, deux cuisiniers se sont disputés. L'un des deux a frappé l'autre d'un coup de poêle. Une journée de jeûne, à plat ventre au fond de l'abbatiale. Ce n'était pas pour le coup, personne n'était blessé, mais on ne joue pas avec les ustensiles de cuisine qui sont à tous et qui coûtent cher. Le pauvre !
 
Allez ! Une autre d'En-Calcat.
 
Un frère, chargé de l'entraînement du club de rugby féminin de Dourgne (la commune à laquelle est liée l'abbaye) assurait l'accueil à la porterie. Une bonne sœur, l'air sévère, se présente avec trois novices - charmantes et souriantes.
_ Ma Révérende ? Ou bien est-ce qu'on dit Ma Révérende Mère ?
_ Ma Mère, seulement.
_ Ma Mère, vous savez ce que j'ai là-dessous [sous sa robe de moine] ?
_ ...
_ Vous voulez voir ?
_ ...
Il a ouvert d'un seul geste sa bure et dessous... il portait le T-shirt du club.
Il m'a semblé que la Révérende ne goûtait pas l'humour bénédictin. Les novices étaient pliées de rire.
 
L'humour monastique se pratique également chez les cisterciens, au moins à Sainte-Marie-du-désert.
 
Du frère Robert qui a conduit Grégoire jusqu'au dernier moment.
 
Grégoire-c'était un larron
 
_ Mon frère, est-il vrai que vous creusez votre tombe chaque nuit ?
_ Madame, je suis là depuis vingt-cinq ans, depuis le temps, même à la petite cuillère, ce ne serait plus une tombe mais une piscine.
 
Pour des raisons de travaux internes, Robert avait été mis dans une cellule donnant sur l'extérieur, ce qui est moins noble qu'une cellule donnant sur le cloître. De sa fenêtre, il voyait le pré et le bois où les moines élevaient des daines (pas pour eux, mais il faut bien gagner son pain). Il en était tout heureux :
_ Maintenant, de chez moi, je vois le jardin d'Eden.
 
Il était affecté à l'élevage des cochons et à la porterie, l'accueil.
Un jour, on a changé de cuisinier. Robert s'est retrouvé aux fourneaux. Il a fait un petit discours d'entrée (je le tiens de Grégoire) :
_ Merci à tous, ça fait dix ans que je nourris les cochons, ils ont toujours été contents.
 
Plus risqué.
Robert est psychologue de formation.
Le monastère reçoit un groupe de mongoliens encadré par des éducateurs extraordinaires, ils avaient la foi et le génie. La plus âgée du groupe avait 45 ans, un âge canonique pour ces personnes. L'un des encadrants m'a dit : elle faiblit, on le voit, même si ça ne se voit pas.
Mon Robert s'adresse à une fillette âgée de vingt ans – les mongoliens paraissent très jeunes.
_ Quand tu seras grande, tu te marieras ? Peut-être qu'on se mariera ensemble ?
[un très court silence de réflexion]
_ Ce n'est pas possible.
_ Et pourquoi ?
_ Parce que tu es déjà marié.
_ Tu sais bien que les moines ne sont pas mariés.
_ Si, tu es marié avec Jésus.
 
Cochon qui le conteste, ce n'était pas une leçon apprise par cœur. Ces gens-là sont intelligents.
 
A voir :  Le Huitième Jour.
 
Pascal Duquenne a reçu le prix d'interprétation masculine avec Daniel Auteuil au Festival de Cannes 1996.
 
En-Calcat-la porte du jardin 
 
Regardons les vitraux de notre cher Denis et les tapisseries de Dom Robert. C'est celui qui était toujours bronzé. Il passait ses journées dans la nature à faire des croquis. On ne le voyait qu'à l'office du soir. Des fois au dîner, quand il était rentré. Il emportait son panier avec ses crayons et ses couleurs. La liberté.
 
 
Lisons Le Psautier d'En-Calcat.
 
Si le Seigneur ne bâtit la maison,
en vain peinent les bâtisseurs.
  
Si le Seigneur ne garde la ville,
en vain veillent les gardes.
 
En vain prévenez-vous le jour et retardez-vous le repos,
mangeant le pain de la souffrance ;
 
Car Dieu donne à ceux qu'il aime,
en plein sommeil.
 
Voici l'héritage du Seigneur : des fils,
sa récompense : le fruit du sein.
 
Des flèches aux mains d'un héros,
tels sont les fils de la jeunesse.
 
Heureux l'homme qui de ces flèches
a garni son carquois !
 
Il n'aura pas le dessous, quand il devra plaider
contre des adversaires au tribunal.
 
Ps. 126
 
Ce court psaume (dit de Salomon) est une méditation sur la création, le temps, l'éternité.
L'éternité n'est pas dans notre temps, la création ne s'est pas faite selon notre temps. Le créé ne peut être que de chaque instant dans une œuvre impermanente.
 
Andreas Scholl-Vivaldi
 
Vivaldi, Nisi Dominus, int. Andreas Scholl, Australian Brandenburg Orchestra, dir. Paul Dyer, 2000
 

Remerciements à Yueyin pour avoir hébergé l'esquisse de cette page.
 

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commentaires

Lou 09/02/2013 16:35


 


Je comprends bien  cela. Depuis quelques mois, Libellus alterne les pages littéraires et musicales, avec, de temps en temps, quelques récréations, comme celle du jour, 5 février 2013, un épisode contenant une
allusion à une chronique récente, une autre pour un initié... Les dames reviendront le 17 février. Lundi prochain, il y aura de la musique.


 

Annie 09/02/2013 10:47


j'ai un défaut, que je vais dire en positif : j'ai plus de facilité avec la musique qu'avec la poésie.


La musique, par le jeu des sons, m'apporte toutes les sentations, les mots… non, ils ne peuvent que me transmettre du rationnel. Donc obtue la fille !

yueyin 13/06/2011 15:56



là nous sommes d'accord... et j'aime les cloîtres il est vrai, lire dans un cloître c'est un des must absolu de la vie (je lis aux jacobins à toulouse, à Albi, à Moissac (sauf qu'à Moissac il est
tellement beau que ça déconcentre)



yueyin 12/06/2011 21:02



hihi la foi certes, mon cher Lou, mais la foi en quoi :-))))



lou 13/06/2011 08:11



 


La foi en Monsieur Yueyin (ne se présente-t-il pas parfois comme Dieu ?), la confiance donnée aux trois jeunes Yueyin, et la nature, simplement.


 



yueyin 11/06/2011 22:01



quel beau billet, comme quoi les commentaires quand même... et à cause d'une de mes musique préférée (je suppose que je devrais le dire autrement) peut être encore plus maintenant que j'en sais
plus sur les paroles :-) C'est ce que j'écoute qaund je marche dans la nature (la nature est presque partout quand on regarde) j'ai peur que tu aies découvert mon côté contemplatif :-)



lou 12/06/2011 06:45



 


Je te verrais bien contemplative dans un cloître. Tu as la vocation, ensuite vient la foi, c'est bien ce que disait Dom Robert, non ?


Seulement, il y a un Monsieur Yueyin et trois jeunes Yueyin.


Comme le disait Jean-Paul II (qui n'a pas fait dans les jeunesses hitlériennes, lui) : n'ayez pas peur.


 



Jimidi 11/06/2011 13:35



dis donc, dis donc : on se marre, sous la bure !



lou 11/06/2011 13:59



 


Oui, c'est ce que disent les fourmis quand elles se réfugient sous les ronciers.


Sont-elles coquines ! Toujours le contrepet à l'antenne.


 



Lise 11/06/2011 12:50



"l'éternité n'est pas de notre temps". Voilà ube phrase qui pèse son poids de connaissance : mais nous ne nous y arrêtons pas, nous filons sur nos destriers, cherchant toujours ailleurs,
et plus. Alors que tout est là : l'éternité n'est pas de notre temps. Si seulement nous nous en souvenions !


Merci Lou pour cet article régénérateur.  



lou 11/06/2011 09:36



 


Andreas Scholl est un contre-ténor (vraisemblablement baryton, selon ce que nous entendons). Ce n'est pas notre ami David Le Marrec
qui viendra porter la contestation.


 



 


 
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