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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 00:01

 

Maria Messina, La maison dans l'impasse

Maria Messina, La maison dans l'impasse, roman traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli, illustration de couverture : Colette Portal, Avant-propos de Leonardo Sciascia, Actes Sud, 1986

La Casa nel vicolo, Treves, Milano, 1921, pour la première édition – Sellerio editore, Palermo, 1982, réédition

 

Maria Messina

Maria Messina, Palermo, 14 marzo 1887 – Pistoia, 19 gennaio 1944

 

Maria Messina, La maison dans l'impasse - 4e

 

Première phrase.

Nicolina cousait sur le balcon ; elle se hâtait de finir son ouvrage, dans la lumière blême du crépuscule.

 

Dernières lignes.

Tu n'as pas l'impression, dit Agata, de sentir l'odeur de la mer ?

Tais-toi ! s'écrie Carmelina, qui pense toujours à Alessio quand on parle de la mer. Elles écoutent. Un bruit de pas, des voix. Une sève impétueuse bouillonne dans leur jeune poitrine. Elles grandissent comme certaines plantes bizarres et délicates, qui apparaissent entre les lézardes des vieux murs, et que la pluie aura tôt fait d'abîmer. Don Lucio toussote. Les deux jeunes filles sursautent, et rient aussitôt d'avoir sursauté ; elles se taisent et attendent encore, émues, le cœur battant, tandis que les heures passent, graves et silencieuses, dans le ciel étoilé.

 

Don Pasquale Restivo et sa femme, donn'Amalia ont eu trois filles, Caterina, Antonietta et Nicolina. Le secrétaire communal de Sant'Agata s'est ruiné dans sa fabrique. Don Lucio Carmine, administrateur, mieux, homme de confiance du baron Rossi, lui prête l'argent nécessaire au remboursement de ses dettes. Chaque année, il reporte le terme de l'échéance – les affaires de don Pasquale, le secrétaire, vont de plus en plus mal.

 

Les filles ont grandi. L'aînée est trop indépendante pour un homme qui tient à sa tranquillité, la plus jeune est encore une enfant. Don Lucio demande au père la main d'Antonietta. Elle donne son consentement, comme le veut son prétendant, mais elle aimerait emmener Nicolina, sa sœur. Le huis-clos est en place, dans la maison de l'impasse.

 

Don Lucio et Antonietta ont bientôt un fils, Alessio, puis une fille, Carmelina.

 

Au moment où commence l'histoire, Alessio est fiévreux depuis six jours, sa mère veille à son chevet.

 

La mort brutale du secrétaire avait laissé une veuve sans ressources. Caterina est restée auprès d'elle. La famille est dispersée.

 

A la naissance d'Alessio, le fils de Don Lucio et Antonietta, Nicolina se charge encore plus lourdement des corvées ménagères.

 

Dans la tradition sicilienne, les femmes travaillent et servent le maître, en silence, à leur place. Les religieuse cloîtrées, se disait don Lucio, s'en trouvent très bien et vivent longtemps... Oui, le bonheur se trouve dans l'habitude.

 

[…] L'état d'Alessio empirait[…] C'était le typhus.

 

[…] Le temps semblait alors passer plus lentement ; le silence était à peine troublé par le faible battement de l'horloge et par le bruit de succion que faisait don Lucio tirant sur sa pipe. Dans un demi-sommeil, [Nicolina] se disait que le balancier rythmait la marche du temps qui avance sans trêve, inexorable.

 

[…] Avec la guérison d'Alessio, Nicolina se sentit délivrée.

 

[…] En ce qui concernait ses habitudes, don Lucio faisait preuve du même ordre que dans ses comptes et ses objets personnels. Comme le débarras et les registres, sa vie était elle aussi divisée en de multiples cases, dont chacune contenait une occupation, une habitude ou une nécessité. L'avenir était bien tracé, sans aucune incertitude... Tout était méthodiquement décidé, prévu.

 

La vie au jour le jour, dans la ruelle : la solitude, le silence, l'immobilité – les trois termes dont l’occurrence est la plus fréquente. Depuis la terrasse, on aperçoit la misère, on entend mille voix brisées et lointaines, on connaît le dégoûtbruits confus dans la tiédeur d'un été finissant.

La couleur dominante du roman est le rouge : le sang, le crépuscule, le feu – le brasier de la haine. Le noir et le blanc sont les marques du deuil, comme la fin du crépuscule, dans l'air devenu violet.

 

Nicolina est devenue jalouse de sa sœur. Elle attend que don Lucio lui prête un regard d'amour.

 

A la naissance d'Agata, Antonietta se retrouve exsangue, épuisée.

 

Un après-midi, tandis qu'Antonietta est toujours alitée, don Lucio force Nicolina. Une habitude pour l'avenir.

 

Alessio était encore enfant lorsqu'il avait compris que "quelque chose" de très grave et de très laid assombrissait la maison, si paisible en apparence. Il avait compris qu'une rancune sourde, irrémédiable, dressait les deux sœurs l'une contre l'autre.

 

Irrité par les querelles et les scènes de ménage, don Lucio impose son droit à un peu de tranquillité chez lui.

 

[…] Dans le silence de la pièce passèrent d'amères paroles informulées.

 

Alessio s'évade parfois en longeant la mer.

 

Un matin, Alessio est parti voir son camarade de classe, le jeune baron Rossi. Sur la table de la chambre était posé un livre intitulé La vie est une sottise.

[…] A un moment, rapporte le domestique, mon petit maître a dû se rendre dans le bureau de son grand-père, le vieux baron. Il a laissé l'autre seul.

Le soir, Alessio n'est pas rentré à la maison de l'impasse.

 

Don Lucio aurait-il à porter le poids de la faute ? La fuite* d'Alessio aurait-elle une valeur expiatoire pour ses deux sœurs? Sont-elles sorties de la cage ?

La vie est une sottise.

 

Quelque chose de *Pirandello, ou mieux, de Tchekhov, de Katherine Mansfield, que Maria Messina ne connaissait peut-être pas.

 

* * *

 

Remerciements à Yueyin. Aller sur le motif.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

Lou 08/03/2013 05:18


 


Une écriture poétique, occurrences récurrentes, rythme, les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Terrifiée ? Ce récit est une tragédie, la marche du temps qui avance sans trêve, inexorable, jusqu'au sacrifice.
φόβος και έλεος


 

yueyin 07/03/2013 23:46


Une sacré écriture non ? moi il m'a terrifié ce roman :-)

 


 
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