Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /Oct /2009 00:05

 

 

 
Il m'arrive souvent de penser que mon chat est riche d'un passé qu'il me cachera, puis de feindre que je le crois. Qu'il sait nombre de choses importantes et secrètes…

 

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin

Je veux imaginer, parfois, qu'il fréquenta les labyrinthes des Pyramides et ceux des rues de Paris en compagnie de Villon ou qu'il fut témoin faussement endormi de la conversation d'un penseur et d'un chef d'Etat du côté de Colombey-les-Deux-Eglises. Puis je veux croire qu'il s'est fait une vertu, comme certains après un vœu, de garder volontairement le silence, après avoir mesuré toute la vanité des mots et déduit qu'il y avait sagesse en acmé à pratiquer le savant art de se taire…

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

C'est pourquoi il faut savoir saisir sa chance lorsque notre regard peut rencontrer le sien : dieux et démiurges, seuls, doivent ainsi créer en regardant.

Elle s'appelle Maya, car mon chat est une chatte…

… le sommeil. Quand il viendra, je rêverai d'être chat, pour vivre un peu plus proche d'elle, un peu plus loin de ceux qui me font parfois regretter d'être un homme.

Michel Onfray, Eloge de mon chat in Le désir d'être un volcan, Grasset, 1996

 


Les chiens vivent en meute. Ils ont un maître. Domination / soumission. Troupeau.

Les chats ont un territoire. Hiérarchie de l'espace partagé. Non plus le pouvoir, la tendresse. Indépendants, parfois en couple. Huit ans, huit ans déjà, Bonde et Capsule ont amené leur portée âgée de deux mois. Ils sont restés à la maison trois mois encore en prenant peu à peu leur distance. Bouchon, première nommée, première dame aux voluptueux atours, ne règne pas. Elle est aimable, on l'aime, pas de bagarre. Tchan et Cheng forment un joli couple, ils dorment entrelacés, simplement Tchan vient dès le petit déjeuner, Cheng reste un peu plus longtemps au nid. Coton est mélancolique, inquiète, affamée d'amour. Elle crache sur tout autre chat fors sa mère, Bouchon. Kriss a renoncé aux vains honneurs de la cimaise pour le plaisir de la couette. Matt est fugitive, encore en deuil, depuis le temps. Quand son frère Chess est mort sur la route… Chess était le philosophe… l'enterrement s'est fait en secret. Elle a passé trois jours couchée sur la sépulture. Après Chess, il y a eu Lou, victime du même. Et Bamboo… il s'éclipse… peut-être comme Lin s'escapade de temps en temps de son sweet home tout proche pour partager les croquettes des copains d'à côté.

 

 

 

Océane dit Charles Baudelaire

 

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort doux et charmant.
Quand il miaule, on l'entend à peine,

 

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde.
C'est là son charme et son secret.

 

Cette voix qui perle et qui filtre,
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

 

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases,
Elle n'a plus besoin de mots.

 

Non, il n'est pas d'archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument,
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

 

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu'harmonieux !

 

[De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
Caressé une fois, rien qu'une.

 

C'est l'esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

 

Quand mes yeux vers ce chat que j'aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,

 

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.
]

 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal, XLVII. Le Chat

 

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

 

Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ;
L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

 

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ;

 

Leurs reins féconds sont plein d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal, LVI. Les Chats

 

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse moi plonger dans tes beaux yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

 

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

 

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

 

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal, XXXIII. Le Chat

  

 
Par Océane - featuring lou - Publié dans : de litterrance
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Commentaires

J'aime les chats silencieux.
Les chats bavards m'exaspèrent. C'est comme s'ils n'arrêtaient pas de poser une question que l'on ne comprend pas et ils insistent, ils insistent . . .
Commentaire n°1 posté par Idothée le 31/10/2009 à 08h23
 
une question que l'on ne comprend pas

Les chats dialoguent.
_ Tu es qui ?
_ Mraooow
_ Tu es où ?
_ Mraooow
[ils comprennent que nous ne voyons pas dans l'ombre]

Quand il s'agit d'une modulation insistante, ce n'est pas une question métaphysique, c'est une histoire de croquettes ou de porte fermée [il y en a une qui accompagne toujours la demande d'un geste de la patte vers la poignée de la porte ; pour les croquettes, elle s'assied devant le plat, un sit-in en silence].

Dis-moi ce que tu n'as pas compris. Je ne laisse pas souvent d'espace libre pour les commentaires mais ils sont faits pour inscrire ce qui n'était pas visible entre les lignes.

A bientôt, Idothée :)
 
Commentaire n°2 posté par lou le 31/10/2009 à 09h09
Et quand ilsn' arrêtent pas de dire mwrrraouu mwraouuuu, alors qu'ils ont des croquettes, que la porte a été ouverte et refermée dix fois, qu'on les caresse, les brosse mais qu'ils tournent, toute la journée, insistent, insistent. Ne savent pas se déplacer sans mawwwrouaner toute la sainte journée ?
C'est le bruit du moteur ?
J'adore les chats : )
Il y a eu par ordre d'apparition sur l'écran :
Socrate
Kebab
Bagherra
Saga
Zelda
Scott
et enfin Attila
qui a déménagé parce que nous ne nous entendions pas.
Commentaire n°3 posté par Idothée le 31/10/2009 à 09h58
ça me réconcilierait presque avec Michel Onfray.

Pour e reste, Baudelaire sait parfaitement dire ce que je voudrais dire sur ce sujet, comme les autres.

Lou, la feuille de salade est plus que décorative, elle est croquante et savoureuse :)

Bisous Lou !
Commentaire n°4 posté par Océane le 31/10/2009 à 10h58
 
Je vois. Non, Idothée, tu n'es pas seule ;)

Un peu de lecture ?

 

Dormir avec son chat, ou le rude combat pour le contrôle de la couette

Et quand il y en a plusieurs, c'est un orchestre (de chambre) avec basse continue et lancinante, sans parler du poids de la tendresse (Bouchon est très tendre, elle n'est pas trop..., non,  juste des formes). Lou dort avec Rubens et comme un continuum de Ligeti et puis, tout de même, ça s'arrête de bonne heure, de très bonne heure, le matin, à l'heure des croquettes où ventre affamé, s'il n'a pas d'oreilles, a de la voix :)
 

Commentaire n°5 posté par lou le 31/10/2009 à 11h06
 
Voilà au moins un commentaire limpide pour le lecteur de Libellus :)

ça me réconcilierait presque avec Michel Onfray
Même limpide, il faut filtrer.
Les bretons haÏssent les normands, voilà !

Lou, la feuille de salade est plus que décorative, elle est croquante et savoureuse :)
Aimables visiteurs, passez... et on dit que je crypte tss...

Bisous Lou !
N'était-il pas convenu de ne pas publier les bisoulous ? on pourrait jaser -
 
- j'attends.
J'attends qu'on me parle de prosodie et de diction. J'ai du répondant sur le feu.
 
Et si un jour tu veux faire un deuxième single pour Marceline...

bisouO
 

Commentaire n°6 posté par lou le 31/10/2009 à 15h24
Perso, je reste inconsolable d'Isis et de Chaïa, mais j'ai la chance de vivre avec Pixelle, Césario, Viola et Mi-ou, qui ne VONT PAS dans les chambres (malgré leurs demandes réitérées). ♣
Commentaire n°7 posté par le 31/10/2009 à 19h44
Ils sont à vous tous ces chats ? Moi je n'en ai que deux... Kirov (KV1 pour les intimes) et Nuage (T34 pour les mêmes intimes)
Commentaire n°8 posté par mélanie le 01/11/2009 à 16h24
Je reste toujours étonné, au sens le plus fort, de l'ampleur de l'admiration pour les chats chez les esthètes. Est-ce leur sens de la danse, leur musicalité ronronnante, leur goût pour la musique ou la moindre contrainte, par rapport au poisson rouge, chez les velléitaires que sont les songe-creux et les rêve-encore ?  
Commentaire n°9 posté par DavidLeMarrec le 01/11/2009 à 17h03

 
malgré leurs demandes réitérées
Quelle résistance ! Bienvenue au maquis,♣ :)

Mélanie,
Ils sont à vous tous ces chats ?
Il y en a eu jusqu'à treize ensemble. Il y en aurait vingt-cinq si nos amis les chasseurs n'étaient là pour réguler l'immigration.
On en a déjà causé, on leur fera un hors-série un de ces jours - titre provisoire : tout sur les petits zizis, avec la complicité de Pierrot.
Lou fait de la discrimination positivement couette. Actuellement, seuls trois chattes sont chats de chambre, les autres sont dans la cuisine (cuisine à l'ancienne manière salle à manger).
Tchan, c'est parce qu'il a peur des espaces domestiques infinis, Cheng, c'est parce qu'elle n'est pas finie (prématurée pour la vie) et puis elle est avec Tchan (non, ça ne risque rien...), Matt, on verra quand elle ne fera plus de marquage.

Je reste toujours étonné
C'est seulement... David, tu ne connais pas au moins une personne qui collectionne les objets fragiles, en verre filé, posés en équilibre partout où on passe ? Ma grand-mère était une artiste à ce jeu. La crainte de [tiens, on verra l'heure au commentaire, il y a un con de chasseur qui vient de tirer, il fait quasiment nuit au niveau de la Loire] je reprends, les petites catastrophes en vue font oublier les grandes qu'on ne veut pas voir. La mort ni le soleil etc.
 

Commentaire n°10 posté par lou le 01/11/2009 à 17h50
J'ai lu il y a quelques mois un pamphlet de Jean Bothorel qui ne ménage vraiment pas Onfray - le "nietzschien de gauche" :

http://astore.amazon.fr/chet-21/detail/2213634521


le bouquin n'est pas mal du tout, je te le recommande mais tu le connais peut-être déjà...
Commentaire n°11 posté par Christian Texier le 03/11/2009 à 15h03
 
Christian,
Jean Bothorel ? si ça l'aide à vivre... A ma connaissance, Michel Onfray n'a pas publié de réplique. Probablement son empathie cultivée pour ceux qui souffrent. Je veux bien lui poser la question : a-t-il survécu à la publication du cher imposteur ? Peut-être qu'en joignant une amphore de poiré --- j'anticipe, on en reparlera.
 
Bothorel ? ce n'est pas un ancien copain de Bourdieu ? Que le monde est petit ! et nous... sautillant sur ce grain de poussière ;)
 
Commentaire n°12 posté par lou le 03/11/2009 à 15h44
J'ignore si c'était un pote à Bourdieu, mais peut-être bien ? il écrit bien en tout cas.

PS : Sollers en prend aussi pas mal pour sa grade d'ailleurs...
Commentaire n°13 posté par Christian Texier le 03/11/2009 à 17h26

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