Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

Recherche

l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 23:01

 

Michel Tremblay, Au hasard la chance

Michel Tremblay, Au hasard la chance, Leméac/Actes Sud, 2012

 

Michel Tremblay

Michel Tremblay

 

Promesses jamais faites,

promesses jamais trahies.

Dicton japonais

 

Nous ne pouvons arracher une seule page de notre vie,

mais nous pouvons jeter le livre au feu.

George Sand

 

Ottawa, 1925

Ti-Lou prend sa retraite

 

A la mort du docteur McKenny, Ti-Lou a connu un moment de panique. Qui allait s'occuper d'elle dorénavant, s'inquiéter de l'état de son diabète, la chicaner quand elle avouerait s'être encore empiffrée de Cherry Delights fournis avec un sadisme conscient ou non par ses clients qui connaissaient sa faiblesse et qui voulaient lui faire plaisir ?

[...]

Vous m'enfirouapez depuis vingt-cinq ans, madame Ti-Lou, vous me faites rire, vous détournez la conversation quand j'essaie d'être un tant soit peu sérieux, vous entrez ici en virevoltant comme un papillon soul et vous sortez en esquissant des pas de danse, mais pendant ce temps-là, votre santé se détériore et vous ne faites rien. Si vous n'avez pas peur, moi oui.

 

Ti-Lou est une fière guidoune, une demi-mondaine, une charrue de haut vol.

Après une belle et lucrative carrière au Château Laurier, dans la suite royale où elle a reçu les grands de ce monde, Louise Wilson, la Louve d’Ottawa, rentre à Montréal pour y prendre sa retraite. Elle n'emporte que deux bagages contenant sa fortune en billets, elle s'enfuit.

 

A Montréal, elle s'en remettrait alors au hasard […], lire des romans de gare ou Tolstoï, ou bien se consacrer à l'écoute des disques de Beniamino Gigli […] dans les sanglots de Paillasse ou les adieux de Turiddu à sa mère.

 

 

Ruggero Leoncavallo, Pagliacci, 1892, int. Beniamino Gigli, chœur et orchestre de La Scala, Milan, dir. Franco Ghione, 1934

 

 

Pietro Mascagni, Cavalleria Rusticana, Mamma, Beniamino Gigli, orchestre et chœur de La Scala, Milan, dir. Pietro Mascagni, 1940

 

Premier hasard

Hôtel Windsor

 

Elle rencontre un jeune porteur de la gare Windsor qui veut bien porter ses deux valises jusqu'à l'hôtel Windsor, à côté. Elle loue la Suite Royale pour la nuit. Elle rit devant la prétention des lieux, le mauvais goût, les dorures partout.

Pour une putain royale, peut-être, pense-t-elle, pas pour un roi.

Ti-Lou veut prendre l'air. Le square Dominion est devant l'hôtel.

Le lendemain, tous les journaux de Montréal portent la même nouvelle en première page : LE MANIAQUE AU RASOIR FRAPPE ENCORE !

 

Second hasard

Paradise

 

Retour vers le passé. Ti-Lou veut prendre l'air. Le groom lui indique le chemin vers Dorchester et Saint-Laurent. Elle prend un taxi jusqu'au Paradise, un cabaret franchement décrépi où travaille sa cousine Maria. Elle y retrouve, par hasard, un vieil ami, le sénateur Pierre-Gilles Morin. Le lendemain, elle quitte l'hôtel pour se rendre à son appartement, déserté depuis longtemps, boulevard Saint-Joseph.

Le sénateur vient la voir avec une brassée de fleurs. Il doit repartir... sa femme... malade.

Ti-Lou est seule, vieillie, fanée, déjà morte.

 

Troisième hasard

Un partenaire inattendu

 

En sortant de l'ascenseur, au rez-de-chaussée, elle se jette sur le premier groom qu'elle croise.

C'est toujours la même séquence, et ce n'est pas la même histoire.

Des personnages se croisent dans les couloirs d'un palace, ils croient parfois se reconnaître, se connaissent-ils ?

Un récit à la manière de celui de L’Année dernière à Marienbad. On dirait un roman, un roman cinématographique.

Reprenons.

« Excusez-moi, mais le bar est où ? »

Elle ne peut être admise seule au bar, elle se sent vivre à l'époque victorienne !

Elle rencontre alors un homme, de son âge, qui l'invite.

Elle commande un Between The Sheets,

Between The Sheets

et lui, un double Martini.

Double Martini 

 

Albert est... un gigolo... pour les hommes.

« Me feriez-vous l'honneur, madame Ti-Lou, de manger avec moi ? Leur chateaubriand bouquetière est célèbre dans tout Montréal. »

La salle à manger est détestable, clinquante, chic. La nourriture y est excellente.

Albert lui propose une association, pour le fun et la recette. Elle n'est pas intéressée, et pourtant... si, pour une fois, elle avait trouvé un ami ?

 

Quatrième hasard

Une virago d'Ottawa

 

En sortant de l'ascenseur, au rez-de-chaussée, elle se jette sur le premier groom qu'elle croise.

« Excusez-moi, la salle à manger, c'est où ? »

[...]

Elle commande un verre de vin blanc et une douzaine d'huîtres.

Une femme d'un autre âge, ridicule de son maquillage et de sa vulgarité, vient s'asseoir en face d'elle. Juanita St-Clair, l'épouse d'un de ses plus fidèles clients, un sénateur. La bourgeoise grotesque et pitoyable recrache tout le fiel qu'elle a secrété pendant vingt-cinq ans d'infidélité de son mari.

Tranquillement, Ti-Lou déguste ses huîtres, elles sont parfaites.

Les deux femmes se séparent.

La Louve veut prendre l'air au parc. Le portier la met en garde : depuis quelque temps sévit le maniaque au rasoir.

Un homme promène son chien...

Le lendemain, on peut lire dans tous les journaux de Montréal : LE MANIAQUE AU RASOIR FRAPPE ENCORE ! La victime est la femme d'un sénateur d'Ottawa, madame Juanita St-Clair, dans le square Dominion, devant le Lion de Belfort […]. Ti-Lou... ne l'a jamais su.

 

Cinquième hasard

Un policier accomodant

 

Ti-Lou est arrivée à la gare de Montréal. Elle prend un taxi pour rejoindre son appartement, inoccupé depuis longtemps. Elle a oublié les clefs à Ottawa.

Un policier obligeant lui porte assistance, il prend soin de ses bagages tandis qu'elle appelle le propriétaire pour la dépanner.

Maurice, Maurice Trottier, c'est son nom, le policier, l'invite à dîner.

Il y eut un dîner, il y eut un petit-déjeuner, ils virent que cela était bon.

Un an plus tard, Maurice a entièrement rénové l'appartement. Pour la première fois de sa vie, Louise est avec un homme qui l'aime et qui ne paie pas pour cela.

Sa cousine Maria lui apprend qu'on vient de pogner le maniaque au rasoir, c'était un homme qui promenait son chien.

 

La fin est très belle. Mais ce n'est peut-être encore qu'une hypothèse.

 

Ti-Lou n'est pas le jouet du hasard, chaque hypothèse vient d'un choix qu'elle fait librement : passer une première nuit à l'hôtel, aller au bar, ou au cabaret, ou au restaurant, ou immédiatement chez elle, prendre un taxi ou se promener à pied. Le tout est de saisir sa chance.

 

Partager cet article

Repost 0
Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article

commentaires

denis 29/09/2013 10:38


encore un titre à lire et qui aurait pu se rattacher à mon challenge francophone, car là on a vraiment une diversité linguistique dans ce vaste monde du français d'ailleurs

Lou de Libellus 29/09/2013 17:46



 


Tu peux reprendre le lien. Je participe à Québec en septembre, mais sans cumuler l'envoi de liens, ce qui reviendrait à diffuser les récapitulatifs en cours, ou le mien qui va venir. Tu peux
mettre un seul lien vers la page des participations chez Karine et chez Yueyin.


 



yueyin 29/09/2013 09:40


Je viens de vérifier ce qu'il y avait dans un Between the sheets (joli nom pour un cocktail) maeztte, ça doit être drolement bon et drolement raide :-)

Lou de Libellus 29/09/2013 10:21



 


La recette est dans la photo - l'arrière-plan est un peu flou.


 



yueyin 29/09/2013 09:26


aaahhhh il a l'air excellent celui-là, il me plait (oui je sais je suis d'une objectivité sans faille en ce qui concerne Michel mais quoiqu'il en soit ton billet donne envie de lire) :-) En plus
j'aime Ti-lou (croisée dans la traversée du continent)

Lou de Libellus 29/09/2013 10:18



 


Oui, elle a vécue avant de se retirer...


 



 


 
Handicap International

un clic sur les images