Mercredi 15 juin 2011 3 15 /06 /Juin /2011 00:05

 

Paul Jenkins Kyoto 2001

 

Paul Jenkins est né le 12 juillet 1923, à Kansas City, Missouri, au cours d'un orage foudroyant dont la mémoire est inscrite dans les archives.

Sa volonté d'être peintre s'affirme dès sa jeunesse. Il rencontre Mark Rothko, Jackson Pollock et Barnett Newman.

Son travail se situe dans la mouvance de l'Action Painting. Il est proche du mouvement Gutaï intégrant le corps à la peinture. Nous avons montré Kazuo Shiraga à l’œuvre ici et .

 

Son étude du Yi King et sa lecture de Carl Gustav Jung l'orientent vers la philosophie de l'Extrême-Orient, dont l'esprit conduit son travail.

 

Antonio Caldara, Spera consolati, int. Andreas Scholl, Schola Cantorum Basiliensis, dir. René Jacobs, in Maddalena al piedi di Christo, circa 1700, enr. 2001

[Remerciements à René Chabrière pour le Spera consolati]


Paul Jenkins

Paul Jenkins, Phenomena Fall from Grace, acrylique sur toile, 188 x 160, 2007

 

[en plus haute définition - un petit click pour le zoom en 1451x1698, 2,26 Mo]

 

La peinture de Paul Jenkins est un monde et non pas seulement un objet accroché à la cimaise. Son œuvre donne un lien entre notre vécu, tel que nous le percevons, et un espace spirituel, in the upper room.

 

Paul Jenkins-détail

 

La lecture commence au centre où l'on trouve cette réserve étonnante, cette part d'invisible qui assemble, par ses contrepoints en pâte lourde sur un jus d'aquarelle, notre paysage et un ciel furieux de générosité.

 

On ne cherche pas une représentation. La toile est bien de l'ordre de la figuration.

 

La fonction de l'art n'est jamais d'illustrer une vérité, ou même une interrogation. Elle est de mettre au monde des interrogations, qui ne se connaissent pas encore elles-mêmes.

 

Alain Robbe-Grillet, Pour un Nouveau Roman, 1963

 

J'ai fait des gestes blancs parmi les solitudes

 

Guillaume Apollinaire, Merlin et la vieille femme, in Alcools, 1913

 

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Le soleil ce jour-là s'étalait comme un ventre

Maternel qui saignait lentement sur le ciel

La lumière est ma mère ô lumière sanglante

Les nuages coulaient comme un flux menstruel

 

Au carrefour où nulle fleur sinon la rose

Des vents mais sans épine n'a fleuri l'hiver

Merlin guettait la vie et l'éternelle cause

Qui fait mourir et puis renaître l'univers

 

Une vieille sur une mule à chape verte

S'en vint suivant la berge du fleuve en aval

Et l'antique Merlin dans la pleine déserte

Se frappait la poitrine en s'écriant Rival

 

O mon être glacé dont le destin m'accable

Dont ce soleil de chair grelotte veux-tu voir

Ma Mémoire venir et m'aimer ma semblable

Et quel fils malheureux et beau je veux avoir

 

Son geste fit crouler l'orgueil des cataclysmes

Le soleil en dansant remuait son nombril

Et soudain le printemps d'amour et d'héroïsme

Amena par la main un jeune jour d'avril

 

Les voies qui viennent de l'ouest étaient couvertes

D'ossements d'herbes drues de destins et de fleurs

Des monuments tremblants près des charognes vertes

Quand les vents apportaient des poils et des malheurs

 

Laissant sa mule à petits pas s'en vint l'amante

A petits coups le vent défripait ses atours

Puis les pâles amants joignant leurs mains démentes

L'entrelacs de leurs doigts fut leur seul laps d'amour

 

Elle balla mimant un rythme d'existence

Criant Depuis cent ans j'espérais ton appel

Les astres de ta vie influaient sur ma danse

Morgane regardait du haut du mont Gibel

 

Ah ! qu'il fait doux danser quand pour vous se déclare

Un mirage où tout chante et que les vents d'horreur

Feignent d'être le rire de la lune hilare

Et d'effrayer les fantômes avant-coureurs

 

J'ai fait des gestes blancs parmi les solitudes

Des lémures couraient peupler les cauchemars

Mes tournoiements exprimaient les béatitudes

Qui toutes ne sont rien qu'un pur effet de l'Art

 

Je n'ai jamais cueilli que la fleur d'aubépine

Aux printemps finissants qui voulaient défleurir

Quand les oiseaux de proie proclamaient leurs rapines

D'agneaux mort-nés et d'enfants-dieux qui vont mourir

 

Et j'ai vieilli vois-tu pendant ta vie je danse

Mais j'eusse été tôt lasse et l'aubépine en fleurs

Cet avril aurait eu la pauvre confidence

D'un corps de vieille morte en mimant la douleur

 

Et leurs mains s'élevaient comme un vol de colombes

Clarté sur qui la nuit fondit comme un vautour

Puis Merlin s'en alla vers l'est disant Qu'il monte

Le fils de la Mémoire égale de l'Amour

 

Qu'il monte de la fange ou soit une ombre d'homme

Il sera bien mon fils mon ouvrage immortel

Le front nimbé de feu sur le chemin de Rome

Il marchera tout seul en regardant le ciel

 

La dame qui m'attend se nomme Viviane

Et vienne le printemps des nouvelles douleurs

Couché parmi la marjolaine et les pas-d'âne

Je m'éterniserai sous l'aubépine en fleurs

 

Guillaume Apollinaire, Merlin et la vieille femme, in Alcools, 1913

 

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Centre d'art contemporain Bouvet-Ladubay, Saint-Hilaire Saint-Florent, près de Saumur, exposition du 17 juin au 25 septembre 2011, du lundi au vendredi de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h, le samedi et le dimanche de 15 h à 18 h.

 

Par lou - Publié dans : du champ du signe
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