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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 23:01

 

Richard Ste-Marie, L'Inaveu

Richard Ste-Marie, L'Inaveu, Alire, 2012

Illustration de couverture : Bernard Duchesne

 

Richard Ste-Marie

 

Ce n’est pas le mal, mais le bien,

qui engendre la culpabilité.

Jacques Lacan

 

Les bons romans portent

sur le combat entre le bien et le mal,

et la traversée des apparences vers la réalité.

Iris Murdoch

 

Il avait déjà parlé à la fillette. Quatre ou cinq fois. Ils habitaient la même rue. À trois heures de l’après-midi, il la croisa en voiture alors qu’elle marchait sur le trottoir, avenue Laval, en direction de l’avenue du Mont-Royal. Il reconnut la veste K-Way bleu pâle avec le numéro 8 maladroitement brodé sur le bras gauche. Juste comme il arrivait à sa hauteur, la petite entreprit de traverser la rue. Sans regarder. Il klaxonna et freina à bloc. Elle eut à peine le temps de remonter sur le trottoir. Il s’arrêta net et se précipita hors de la voiture pour la retrouver parce qu’elle s’était recroquevillée. Il craignait de l’avoir touchée.

Elle pleurait.

 

Il emmène la fillette au K-Way bleu pâle marqué du chiffre 8. Sa voiture est une Chevrolet Bel Air 1973 bleu pâle ou grise. Comme celle de Georges Duchesne.

 

Francis Pagliaro regardait les voitures circuler au ralenti dans l’incandescence de l’avenue Papineau à l’approche du pont Jacques-Cartier, sept étages plus bas.

[…]

Il aimait assez ces heures de la journée, surtout en hiver, quand la pièce était plongée dans l’obscurité, à peine éclairée en jaune par la lampe banquier de son bureau.

 

C’est une sorte de lampe de sanctuaire…

Enfin, j’ai souvent pensé qu’il s’agissait plutôt de la lampe allumée du confessionnal…

 

Régis Duchesne a trouvé, en rassemblant les effets personnels de son père, mort du cancer il y a quelque temps, un album de photos dans lequel sont rassemblées des coupures de journaux qui témoignent, sur plusieurs décennies, de crimes ayant eu lieu à Montréal. Accompagnant l’album, un étrange carnet noir, rempli de montants d’argent qui s’échelonnent sur la même période, et la mention d’un seul intermédiaire : CS.

Obnubilé par sa découverte, Régis Duchesne confie son inquiétude au sergent-détective Francis Pagliaro, de la Sûreté du Québec : son père ayant été toute sa vie un comptable peu loquace, Régis craint qu’il ait été mêlé à des histoires louches. Mais comment ouvrir une enquête avec si peu d’indices ? rétorque le policier.

Un élément nouveau, qui met en relation directe le cas Duchesne et celui de « La petite disparue du Vendredi saint », une tragédie qui avait horrifié toute la population de Montréal en 1973, amène Pagliaro à réviser sa position. Se pourrait-il que la solution de cette affaire, vieille de trente-cinq ans, se trouve encryptée au cœur des documents découverts par Régis Duchesne ? Et qui donc se cache derrière cet énigmatique « CS » ?

4e de couverture

 

Francis Pagliaro vient de commencer des études de philosophie à l'Université de Montréal.

Il travaille actuellement sur le dossier d'un réseau de prostitution juvénile.

 

Il se sentait comme ce pauvre Sisyphe du mythe, brigand et assassin condamné à rouler sa pierre jusqu’en haut de la montagne pour la voir débouler avant même d’avoir atteint son but, et obligé de tout recommencer, éternellement.

« Sisyphe », dit-il simplement tout haut, dans la solitude de son bureau. « Sergent-détective Sisyphe, Sûreté du Québec », répéta-t-il. Mais Sisyphe quand même…

 

Hésitant avant de prendre place à sa table de travail, il choisit d'abord dans sa discothèque le trio pour piano n° 2 de Schubert, qu'il installa dans le lecteur de CD. Il n'écoutait que du Schubert depuis des mois, sa préférence allant aux pièces pour piano seul. Aujourd'hui, cependant, il osait ce trio en mi bémol pour piano, violon et violoncelle. Le caractère mortuaire et obsessif du deuxième mouvement lui semblait particulièrement propice au travail intellectuel qu'il s'apprêtait à attaquer.

Dans le cadre de ses études de philosophie, il devait rédiger, pour la fin du trimestre d'été, un court écrit comparant les conceptions du bien et du mal dans l’œuvre de quelques philosophes.

 

Franz Schubert, Trio n°2, op. 100, pour piano, violon et violoncelle, Andante con moto, Jean-Claude Pennetier, Régis Pasquier, Roland Pidoux

 

« Travaillais-tu en haut ? demanda Lisa [sa femme], après qu'ils furent installés à table . As-tu commencé à lire tes trucs ?

Pas vraiment, je pense même que je vais attendre encore quelques jours.

Bonne idée, comme ça tu pourras m'aider à repeindre la clôture du jardin.

Alors, je vais commencer à lire tout de suite après le dîner ! »

 

Voyez comme elles sont rusées !

 

Régis Duchesne occupait une splendide maison de quatorze pièces sur deux étages, chemin Moncrieff, à Ville Mont-Royal.

Georges Duchesne, le père, était collectionneur. Entomologiste. Et il avait un immense tableau, résumant, de manière cryptée, les affaires qui avaient bouleversé la ville.

CS est venu le voir. Sa voiture est une Dodge Charger couleur or. Un soir, il vient le chercher pour le conduire dans une grande maison située à l'écart. Il y a d'entrée une pièce immense avec des lits, des hommes, des filles très jeunes. Georges Duchesne est pétrifié.

 

Une enquête sans espoir.

Une atmosphère glauque.

 

La traversée des apparences.

 

Jean Cocteau, Orphée, 1950

 

Le bien... le mal...

 

Charles Laughton, La Nuit Du Chasseur, 1955

 

De Richard Ste-Marie, on pourra lire : Un ménage rouge, Alire, 2013

Ce roman est paru en 2008 chez Stanké, l'édition de 2013, qui propose une intrigue et un découpage profondément remaniés, en constitue la version définitive.

 

Richard Ste-Marie est également artiste plasticien et musicien.

 

Richard Ste-Marie, La dame blanche, 1999

Richard Ste-Marie, La dame blanche, 1999

 

Écoutez-le.

 

Richard Ste-Marie, Archipels, émission du 14 février 2012, animateur : Matthieu Dugal

 

Bernard Herrmann, Citizen Kane Suite, 1941

 

Un aveu ? Sans aveu...

 

Eh bien, Monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux, je vais vous faire un aveu que l'on n'a jamais fait à son mari, mais l'innocence de ma conduite et de mes intentions m'en donne la force. Il est vrai que j'ai des raisons de m'éloigner de la cour, et que je veux éviter les périls où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge. Je n'ai jamais donné nulle marque de faiblesse, et je ne craindrais pas d'en laisser paraître, si vous me laissiez la liberté de me retirer de la cour, ou si j'avais encore madame de Chartres pour aider à me conduire. Quelque dangereux que soit le parti que je prends, je le prends avec joie pour me conserver digne d'être à vous. Je vous demande mille pardons, si j'ai des sentiments qui vous déplaisent, du moins je ne vous déplairai jamais par mes actions. Songez que pour faire ce que je fais, il faut avoir plus d'amitié et plus d'estime pour un mari que l'on en a jamais eu ; conduisez-moi, ayez pitié de moi, et aimez-moi encore, si vous pouvez.

Madame de Lafayette, La Princesse de Clèves, Troisième partie, 1678

*

Remerciements à Richard Migneault qui nous a fait découvrir Richard Ste-Marie.

- - -

ANNEXE

 

Une lecture de La Princesse de Clèves.

Premièrement (Première partie), la rencontre de la princesse et du duc de Nemours au cours d'un bal. Nemours arrive en retard et, frappé à la vue de la belle, il enjambe les bancs qui le sépare de l'obscur objet du désir, ce qui, même en ces temps anciens, ne se fait pas, à moins de ne plus être maître de soi.
Plus tard (Quatrième partie), Nemours, dissimulé, observe Mme de Clèves, retirée en pleine forêt dans un pavillon : elle tresse des noeuds à une canne des Indes qu'il avait portée peu de temps auparavant.

 

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

des pas perdus 28/09/2013 07:25


Je crois que chez moi un de tes commentaires a disparu avec les spams...

Lou de Libellus 28/09/2013 10:09



 


Couaaa !? Lou livré aux spaaams !? Dis-moi, en confidence, 2 + 2, ça fait bien cinq ?


 



yueyin 25/09/2013 22:53


je ne sais qu'en penser... :-)

Lou de Libellus 26/09/2013 07:17



 


Tu le sais très bien, tu lis le Lou dans le texte. Schubert et les autres seconds rôles sont très bien.


 



des pas perdus 25/09/2013 19:10


Voilà un écrivain que je ne connais pas. Encore un !

 


 
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