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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 00:01

 

Thomas Gunzig, Manuel de survie à l'usage des incapables

Thomas Gunzig, Manuel de survie à l'usage des incapables, Au diable vauvert, 2013

 

Thomas Gunzig

 

Thomas Gunzig (fils du physicien et cosmologue Edgard Gunzig, professeur de relativité générale à l'Université Libre de Bruxelles – après des recherches sur le vide quantique, l'inflation cosmique, la théorie du bootstrap), libraire (librairie Tropismes, Bruxelles), professeur de littérature (dans les écoles supérieures artistiques de La Cambre et de Saint Luc), écrivain (Prix Victor Rossel 2001 pour son premier roman Mort d'un parfait bilingue, Prix des Éditeurs 2003 pour son recueil de nouvelles Le plus petit zoo du monde), chroniqueur à la RTBF, est né le 7 septembre 1970, à Bruxelles.

 

« Pendant que tu te lamentes, les autres s'entraînent. »

Arnold Scwarzenegger, Pumping Iron

(un livre-reportage de Charles Gaines et George Butler, 1974, porté à l'écran en 1977 – tournage 1975 – Charles Gaines, scénario, George Butler, Robert Fiore, réalisation, avec Arnold Scharzenegger)

 

Première partie

 

Wolf regardait l'eau sombre chargée de morceaux de glace.

Il ne pensait à rien d'autre qu'au vent froid qui lui attaquait le visage. Il n'avait pas vraiment mal et ce n'était pas bon signe : ça voulait dire que les parties supérieures de son épiderme étaient gelées, ça voulait dire que c'était comme des brûlures et que la douleur ne viendrait que plus tard, ce soir, quand il serait en train de s'endormir, et que tout ce qu'il pourrait faire, ça serait mendier des aspirines au Norvégien qui dormait sur la couchette d'à côté.

 

 

Sur ce bateau, il y avait du bruit en permanence : le bruit rauque des moteurs, les bruits métalliques des câbles contre la coque, le bruit cristallin des morceaux de glace venant frapper la proue et le bruit mouillé de l'écume qui retombait de part et d'autre du bateau.

[...]

Sur ce bateau, Wolf était le moins expérimenté de tous. Les autres employés avaient déjà fait ça plusieurs fois : embarquer en Irlande sur un gros baleinier industriel et puis remonter vers le nord-est, en direction de l'Islande, passer l'île Jan Mayen pour remonter vers le Spitzberg. À partir de là, en pleine mer polaire, le seul endroit où en vertu des accords passés entre la Commission baleinière internationale, l'Organisation mondiale du commerce et les juristes de l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, on pouvait attendre de tomber sur une baleine et on pouvait la harponner.

[...]

Mais le capitaine, lui, ça faisait vingt ans qu'il était en mer.

Vingt ans et pas une seule baleine.

[…]

Une baleine ! A tribord !

Le canon à harpon claque, le rorqual est touché, le capitaine le capture.

Putain de merde ! Dit-il en regardant la baleine.

Tout le monde regarda.

Elle porte un numéro de série, un code-barres, une marque (Nike) : on ne la vendrait pas. Elle s'était égarée dans des eaux de pêche.

Wolf revoit son regard.

 

Deuxième partie

 

Au début, il n'y avait rien.

Ni espace, ni lumière, ni temps qui passe.

Pas d'hier, pas de demain, pas d'aujourd'hui.

Pire qu'un jour de grève.

Pire qu'une rupture de stock.

Rien d'autre que le rien, mais bon, le rien,

c'était déjà pas mal.

Le rien, ça laisse quand même des perspectives.

 

[…] il n'y avait rien […] il y eut quelque chose […]

Mais le quelque chose qu'il y eut à ce moment, entre la fin du rien et le début du reste, c'était quelque chose qui ne ressemblait pas à grand-chose. Un frémissement de particules sans nom. Un frétillement quantique, un hoquet d'atome.

En fait, ce quelque chose-là ne ressemblait à rien.

Il y eut comme un flottement jusqu'à l'apparition du business plan... Fondations, clim, locataires, Gencode et codes-barres: tout était prêt pour ouvrir le monde !

 

Thomas Gunzig, Manuel, Un monde

 

Les années cinquante du vingtième siècle ont été décisives dans la construction du troisième millénaire : James Dean et Marilyn Monroe pour la liberté sexuelle et l'élégance de mourir jeune, Ivy Mike, la première bombe à hydrogène, sur l'atoll d'Eniwetok, James Watson et la découverte de la structure de l'ADN, Charles Phillips et le Cobol, Bernardo Trujillo, le créateur de la grande distribution.

 

Jean-Jean, devenu, après une enfance malheureuse, agent de sécurité au centre commercial de la chaîne Eichmann Frères, installe des caméras vidéo au-dessus des primeurs dont s'occupe Jacques Chirac Oussoumo, assistant chef de rayon, un géant noir à la voix douce, et de la caisse de Martine Laverdure, que le DRH veut licencier : elle est un peu lente, mais ce n'est pas suffisant. Il y a une liaison entre l'assistant des primeurs et Laverdure. Si un enregistrement montre que cette relation s'épanouit sur le lieu de travail, ce qui est interdit, on pourra la renvoyer. Jacques Chirac passera dans les dommages collatéraux : le marché est une guerre.

 

Thomas Gunzig, Manuel, Wolf

 

Pendant ce temps, quatre jeunes loups, Noir, Gris, Brun et Blanc, des enfants au code génétique open source, se préparent. Blanc et Gris n'ont pas la même conception de la guerre, Blanc étant proche de Sun Tzu, et Gris suivant Clausewitz. Le fourgon blindé Securitas quitte le centre commercial. Le braquage est violent, sanglant, sauvage. La meute rejoint sa tanière, l'appartement 117 : ils sont tranquilles, on les craint, ils sont dangereux.

 

Martine a souri à Jacques Chirac, il lui a donné un baiser dans le cou, ils sont cuits. L'interpellation au bureau du DRH se passe mal : Jacques Chirac se fâche, Jean-Jean le vise de son taser, Martine s'interpose. Elle s'écroule, sa tête heurtant brutalement le coin d'une table en verre modèle Granas de chez IKEA.

Jacques Chirac vient annoncer aux loups la mort de leur mère :

Il y a un coupable et je le connais.

Une expédition s'impose : retrouver le coupable et sa famille, les tuer et les manger.

 

Côté Eichmann... Les frères Eichmann sont des légendes vivantes.

En un demi-siècle, ils étaient parvenus à transformer une petite épicerie familiale […] en un empire d'envergure mondiale. […] En un demi-siècle, les frères Eichmann partis de rien s'étaient discrètement élevés au rang de deuxième ou troisième fortune mondiale.

 

Les centres commerciaux prospéraient sur la misère. Pour vendre aux pauvres, ils avaient embauché d'autres pauvres qu'ils faisaient bosser à des cadences infernales.

Épuisement au travail et crainte du chômage bien entretenu assuraient la paix sociale. Une seule loi : l'hyper-productivité.

 

Côté Eichmann, on enquête sur l'accident. Pour la forme. On a dépêché Blanche de Castille Dubois, une blonde un peu loutre dont Jean-Jean tombe amoureux, après une énième scène de ménage où Marianne, sa femme, qui tient du mamba vert – notamment le reflet de sa peau et le venin de sa morsure, lui inflige encore une raclée.

 

L'amour, la haine...

 

A film is like a battleground. Love. Hate. Action. Violence. Death. In one word... emotion.

Samuel Fuller, in Pierrot le Fou / Jean-Luc Godard, 1965

 

Jean-Jean reprend son travail, sous la protection de la sécurité...

 

 

La réalité semblait reprendre doucement ses droits : la perspective sur la longue rangée de caisses, les ping des scanners, l'éternel tapis musical qui tentait de couvrir d'un peu de sucre l'atmosphère morose de l'endroit, les annonces à l'enthousiasme factice pour des « affaires du jour » sur des produits dont les noms prononcés lui évoquaient ceux des talismans les plus communs à sa civilisation (Dash, Gillette, Finish, Pampers, Nivea), le brouhaha où se mêlaient le chuintement métallique des caddies, les sonneries de téléphone et les voix des centaines de clients déjà présents.

Et bientôt, les explosions, les hurlements, le crépitement du feu. Les loups sont entrés.

 

Le monde éclate...

 

Plus tard... Eichmann et Eichmann... des choses cachées depuis la fondation du monde... Blanc... et Nietzsche et la jument... battue par son maître... et la folie... l'entropie...

 

Troisième partie

 

 

IKEA... Wolf... encore...

 

* * *

 

Le Manuel est-il un ouvrage d'anticipation ?

 

1932

 

Aldous Huxley, Le Meilleur des mondes

 

1944-1951

 

Clifford D. Simak, Demain les chiens


1952

 

Vercors, Les Animaux dénaturés

 

2004

 

Gregory Stock,  Vers l'humain génétiquement modifié, La Recherchen° 377, 30 juin 2004 

 

2008

 

Jean-Yves Nau, Un embryon humain génétiquement modifié a été créé aux Etats-Unis, Le Monde, 14 Mai 2008

 

Un embryon humain génétiquement modifié a été créé aux États-Unis

 

Après ceux des végétaux et des animaux, les patrimoines héréditaires des organismes humains pourront-ils bientôt être génétiquement modifiés ? Rien, désormais, n'interdit de le penser. Une nouvelle étape en ce sens vient d'être franchie, a révélé le Sunday Times, dimanche 11 mai. Selon le journal britannique, des scientifiques américains sont récemment parvenus à créer un embryon humain génétiquement modifié. Cet embryon transgénique n'a toutefois pas été transplanté dans un utérus et a été détruit après cinq jours de développement in vitro. Des expériences similaires pourraient bientôt être menées au Royaume-Uni.

 

Le travail américain avait initialement été présenté en février, lors d'une rencontre scientifique, avant de faire l'objet d'une publication dans la revue spécialisée Fertility and Sterility, sans que cela suscite d'émotion particulière au sein de la communauté des biologistes de la reproduction. Dirigés par Nikica Zaninovic, les chercheurs, qui travaillent au sein de l'université Cornell de New York, ont eu recours aux techniques de la thérapie génique. Développées depuis plusieurs décennies, celles-ci visent à corriger certaines anomalies structurelles du génome humain. Il s'agit, schématiquement, de greffer, au sein de certaines cellules cibles d'une personne malade, des fragments d'information génétique afin de corriger les effets pathologiques d'une mutation à l'origine d'une affection.

 

L'équipe américaine a mis au point sa méthode chez la souris avant de l'appliquer à l'homme, en dehors de tout objectif thérapeutique direct. Cette expérience a été menée sur un embryon humain conçu initialement dans le cadre d'un programme de procréation médicalement assistée. Les chercheurs américains annoncent être parvenus à intégrer au sein du génome de cet embryon humain, au moyen d'un vecteur viral, un gène dirigeant la synthèse d'une protéine aux propriétés fluorescentes.

 

Le même objectif pourrait être atteint en modifiant artificiellement le génome des cellules sexuelles, masculine ou féminine, avant de procéder à une fécondation in vitro. Ce type d'expérimentation a d'ailleurs été réussi aux Etats-Unis, à plusieurs reprises, en 2007, chez le poulet.

 

DANGERS POTENTIELS

 

Les chercheurs américains soutiennent que seuls de tels protocoles expérimentaux sont de nature à faire progresser la biologie humaine fondamentale et la compréhension des affections d'origine génétique. Ils ont notamment d'ores et déjà réussi à obtenir des lignées de cellules souches à partir d'embryons de souris transgéniques.

 

A l'inverse, certains observateurs soulignent les dangers potentiels qu'il y aurait à autoriser ce type de travaux sur des embryons humains. Ils font valoir, en substance, que les techniques développées permettront bientôt non seulement de corriger des anomalies génétiques mais aussi de modifier, à des fins non thérapeutiques, les performances d'un organisme humain. De fait, rien n'interdit d'imaginer que ces nouveaux outils moléculaires permettent, à terme, d'améliorer certaines caractéristiques physiques ou cognitives des êtres humains.

 

En Grande-Bretagne, où la création d'embryons chimères « homme-animal » est depuis peu autorisée, la Human Fertilisation and Embryology Authority s'est saisie de cette nouvelle question tout en refusant, pour l'heure, d'autoriser la modification génétique des cellules sexuelles humaines. En France, l'Agence de biomédecine n'a encore pris aucune position sur ces délicates questions éthiques.

 

Jean-Yves Nau

 

2010

 

Yves Eudes - Californie, envoyé spécial -  La clinique des bébés sur mesure, Le Monde, Le Monde Magazine, 31 juillet 2010 

 

Il est plus tard que vous ne pensez.

 

Le Centre commercial, la Cité, la Circulation, le Circuit informatique, le Catégorique professionnel forment un monde clos, le système de la marchandise, ici-bas et dans l'au-delà, le monde !

 

Il est plus noir que vous ne pensez.

 

* * *

 

D'autres lectures

 

Yueyin

 

Julie Désir

 

Miss Marguerite

 

* * *

 

Anticipation 2013, facebook, Julie 357

Cette chronique s'inscrit dans le challenge Anticipation proposé par Julie Désir.

 

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commentaires

yueyin 07/11/2013 19:28


Franchement j'aime autant pas, mes yeux saignent encore :-)

Le gentil 07/11/2013 08:56


Sans pousser à la roue, il faut réparer une crevaison de l'information : c'est aussi à Crick, mon cher Watson, qu'on doit la découverte de la structure de l'ADN (qui contribua à la paix entre les
nations bien mieux que la SDN).

Lou de Libellus 07/11/2013 13:22



 


Ton commentaire est en roue libre. La commémoration des années cinquante revient à Thomas Gunzig. Je fais un compte-rendu de son livre. Tu peux lui écrire pour le rectifier, il est bien plus
aimable que ses personnages.


L'ADN, je ne sais pas ce que c'est. Je me demande ce qu'on a pu trouver dans l'ADN des jaunes, des basanés, des nègres pour les pacifier comme cela s'est fait et se poursuit. Quant aux
Marshallais, ils ont pris tellement de bombes A, H, tout l'alphabet, que leur code génétique n'a plus figure humaine. Enfin... c'était for the good of mankind.


 



yueyin 07/11/2013 07:40


brrrr ça fait froid dans le dos, si je ne l'avais pas lu, tu me donnerais envie d'essayer tiens :-)

Lou de Libellus 07/11/2013 13:24



 


Tu vas le relire, de tes deux yeux, si tu y tiens. Pour faire plaisir à Gris. Tu sais comme il est sensible.


 



 


 
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